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 Barbes et cheveux au 19eme siècle

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Jean-Yves
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MessageSujet: Barbes et cheveux au 19eme siècle   Dim 1 Juil - 22:28

Le Normand Alfred Canel écrivit un petit ouvrage anecdotique, en 1859, intitulé : Histoire de la barbe et des cheveux en Normandie . En voici un extrait concernant la période allant de la Révolution au Second Empire.


Quel rôle pouvait d'ailleurs jouer la barbe, lorsqu'on s'avisa de la singulière mode de poudrer les cheveux ?Ce qu'elle avait de mieux à faire pour éviter la part de déguisement qu'elle aurait forcément empruntée à la chevelure, c'était de se dissimuler le plus possible. Elle n'y manqua pas. Toutes les faces qui assistèrent à
l'inauguration de la révolution de 1789 ne laissaient apercevoir aucune trace de poil.
Voyez la collection des portraits des membres normands de l'assemblée constituante : partout absence
complète de barbe. Par les représentants, on peut, sous ce rapport, apprécier ce qu'étaient les représentés. — La chevelure des uns nous fera aussi juger de la chevelure des autres, voici donc quelques détails :
Règle générale : toutes ces têtes constituantes sont munies de la queue ou du catogan.— A propos de ce petit ornement, alors indispensable, nous ferons observer que la plus belle queue normande que nous connaissions est celle qui, en 1794, descendait de la nuque du général Dagobert. Pour la longueur, elle valait pour le moins celle du grand Frédéric de Prusse : vraie queue populaire, dont le ruban est devenu proverbial
pour qualifier ces routes faisant admirer, à perte de vue, la rectitude de leur alignement. — Les queues de 1789, plus ou moins nourries, plus ou moins enrubannées, sont de longueur moyenne. Elles prennent naissance au-dessous de l'échafaudage chevelu qui règne sur les parties latérales et sur la partie postérieure de la tête.
Cet échafaudage est plus ou moins majestueux, plus ou moins richement étagé. Il se termine tan tôt par un bourrelet unique, bouclant en dessus ; tantôt, par deux bourrelets : quelquefois par un plus grand nombre ; mais alors ils sont moins apparents.
Ici l'ornement en bourrelet est au niveau de l'extrémité inférieure de l'oreille ; là il se trouve descendu davantage.
Le plus souvent les cheveux reposent sur l'occiput, dont ils ne dissimulent pas complètement la flexion ; parfois aussi ils se projettent en arrière, étendus comme un parapluie plus ou moins ouvert. — Si cette partie de la tête est abandonnée aux fantaisies de son propriétaire ou plutôt de l'artiste qui l'exploite, la règle reprend son empire sur le point opposé. Sur tous les fronts, sans exception, vous ne remarqueriez que des cheveux symétriquement
relevés.....
Cette mode était si universelle que notre compatriote le célèbre père Duchêne, tout en colère qu'il fût,
d'habitude, contre les traditions du passé, avait été obligé lui-même de lui payer son tribut de soumission. Un premier portrait nous le représente dans la tenue suivante : barbe complètement rase, cheveux retroussés d'une tempe à l'autre, puis tombant et arrondis en bourrelet par derrière et sur les côtés, avec accompagnement de la queue ornée d'une rosette. Mais il est juste d'ajouter qu'il ne fut pas des derniers à faire à la nation le sacrifice de tout cela. Dans une seconde gravure, il nous réapparaît le front garni de cheveux suivant leur pente naturelle, et le reste de la tête élagué de telle manière qu'il n'aurait guère donné prise au fer despotique du coiffeur. Il est vrai que l'extrémité de la toison de l'occiput conserve quelque longueur. C'est que, peut-être, pressentant quelle fin il pourrait avoir, il avait voulu laisser un peu de besogne à son coiffeur officiel de 1794.
Ce nouveau genre de coiffure, appelé à la Titus, ne faisait guère que de naître ; mais il se propageait avec
une merveilleuse rapidité, au préjudice des chevelures des derniers jours de la monarchie. Il y avait cependant
un accessoire de celles-ci qui s'opiniâtrait à ne pas mourir avec le siècle qui lui avait donné naissance : c'était la queue, dans ses nombreuses variétés. Sur beaucoup de têtes, elle survécut aux diverses autres combinaisons ses contemporaines. Ici, elle s'associa fraternellement avec la Titus ; là elle marcha de compagnie avec les ailes de pigeon, sorte de terme moyen entre l'ancienne et la nouvelle mode, adopté principalement par les royalistes.
Toutefois, après une lutte acharnée qui ne fut pas sans éclat, mais dans laquelle la Normandie n'eut qu'un rôle de comparse, elle finit par être obligée de battre en retraite. Chassée de l'armée, elle ne put long-temps se main tenir dans le civil.
Au commencement de l'empire, les queues étaient encore passablement choyées dans notre ci-devant
province. On y remarquait la queue mince et enrubannée, que l'on ornait d'une bourse les jours d'apparat, la
grosse queue sans tresse, ou à double tresse, nouée vers son extrémité inférieure ; le catogan ou cadogan,
formé par une longue mèche de cheveux plusieurs fois repliés sur eux-mêmes ; la tresse, qui se portait
retroussée et fixée par un peigne vers le sommet de la tête. — Celle-ci n'allait guère qu'en compagnie des ailes de pigeon.
La conscription fit disparaître la plus grande partie des queues ; il n'en restait plus guère qu'un petit nombre à l'époque de la restauration ; en 1830, c'était une rareté. La dernière qui survécut à ses soeurs, dans la ville de Pont-Audemer, fut coupée en l'an de grâce 1848.
Pour ce qui concerne la Normandie, les dernières révolutions des cheveux n'avaient guère agité, en général,
que la surface des populations. La queue seule avait pénétré jusqu'au fond des masses, mais encore seulement dans les villes ; car les nuques rurales ne l'avaient admise qu'avec réserve. Ce qui dominait, dans les campagnes, c'était la coupe que nous avons signalée sur la tête de Guillaume-le-Bâtard, devenu roi d'Angleterre, avec cette différence, toutefois, que, très-souvent, le plus souvent peut-être, les cheveux de nos paysans ne prenaient un peu de développement qu'en arrière des oreilles, qui, à ce moyen, restaient ainsi à découvert. Il en était ainsi, du moins, dans l'arrondissement de Pont-Audemer. Nos souvenirs sont précis à cet égard.
Nous ne pouvions pas oublier, non plus, avec quelle simplicité primitive il était procédé quelque fois, en ce
temps-là, à la mise en ordre des toisons campagnardes. Quand l'esprit d'économie ou d'autres circonstances
empêchaient de recourir à l'homme de l'art, cette opération se pratiquait en famille. Après un coup de peigne
préparatoire, la jatte en bois du pressoir était emboîtée le plus régulièrement possible sur la tête à tondre ; les
ciseaux suivaient exactement, dans la région frontale, cette règle circulaire, et c'était une affaire finie sur ce
point. Par derrière, la main gauche de l'opérateur rassemblait les cheveux destinés à tomber sur le cou, et sa
main droite leur faisait subir, sans autre formalité, la réduction jugée nécessaire. Quelques légers coups de
ciseaux suffisaient ensuite pour la régularisation de l'oeuvre.
Au commencement du XIXe siècle, ce ne pouvait être que par exception que ce procédé était mis en oeuvre.
Qui sait si, une centaine d'années plus tôt, ce n'était pas, dans les campagnes, le procédé le plus habituel ?
Quoi qu'il en soit, la vieille mode, qui avait régné sur nos campagnes pendant une période de plusieurs
siècles, ne devait plus ajouter à sa longue durée qu'un petit nombre d'années nouvelles. Elle commença à
s'effacer peu à peu devant la coupe à la Titus, à l'époque où celle-ci achevait de prévaloir définitivement dans
les villes.
Je ne dois pas omettre de consigner ici un renseignement jusqu'alors inédit, qui se rattache, si non à l'histoire
des cheveux, du moins à leur littérature en Normandie. Il en ressortira qu'alors même qu'il n'y eut plus dans la province de coiffure nationale, il restait encore au moins un Normand qui ne dédaignait pas de prendre la plume en l'honneur des cheveux et de l'art dont le but est de les faire valoir avec tous leurs avantages.
Le nom que j'ai à citer est un nom historique, et je l'écris ici sans maligne arrière-pensée, car celui qui le
porte est un homme bienveillant, qui mérite estime et sympathie pour sa personne. Je ne divulgue d'ailleurs que ce qu'il avoue lui-même comme une plaisanterie de jeunesse.
Or le nom est celui de M. de Guernon-Ranville, un des membres du dernier ministère de Charles X ; l'oeuvre
: Essai sur la culture des cheveux, suivi de quelques réflexions sur l'art de la coiffure, par L. J. Duflos, coiffeur.
(Paris, chez l'auteur, rue Saint-Honoré...,1812, in-8° de 28 pages.)
Personne, pas même M. Quérard, le célèbre dénicheur de pseudonymes, cryptonymes, etc., n'a révélé cette
particularité. Partout L. J. Duflos est désigné comme lepère de la brochure. Il n'était que le coiffeur de M. de
Guernon-Ranville. C'est celui-ci qui est le véritable auteur. Il était étudiant et il avait vingt ans lorsqu'il composa
cet écrit. Comme il le donna à son Figaro en échange d'un mémoire de coups de peigne, l'artiste de la rue Saint-Honoré a pu provisoirement le produire au grand jour, sous son propre nom, pour la plus grande illustration, pour le plus clair bénéfice de la boutique ; mais la lumière doit se faire, un jour, pour la postérité, et nous avons cru devoir lever le voile qui la cachait encore.
Voilà pour les cheveux pendant la première période du XIXe siècle.
Quant à la barbe, elle n'avait pas essayé de prendre une nouvelle revanche. Pour constater son droit à
l'existence, elle se contenta de paraître à l'état de garniture de la partie sous-temporale des joues, où elle fut
cultivée sous le nom de favoris. Combien de faces, d'ailleurs, demeurèrent veuves de cet ornement !
Les moustaches elles-mêmes étaient tombées, comme le reste, dans le discrédit. Tant que dura l'empire,
elles demeurèrent le privilège d'une partie de l'armée. Le civil, alors connu sous le nom de Pékin, se distingua
par le port des lunettes et l'incubation de la myopie. Dans les premières années de la restauration, au contraire, le poil de la lèvre supérieure, se faisant brigand de la Loire par esprit d'opposition contre le nouveau
gouvernement, essaya de s'allonger sur un certain nombre de visages de la bourgeoisie. Mais comme la
politique est loin d'avoir la même force d'attraction que la mode, la tentative resta sans succès. La barbe ne
devait reparaître avec éclat que sous le règne de Louis-Philippe, et, quelquefois, les longs cheveux avec elle.....
Tout le monde se rappelle les phases diverses de cette nouvelle révolution. Il nous suffira donc d'avoir donné
ici la date de sa naissance. D'ailleurs la Normandie n'a aucuns droits à être citée, à cette occasion, d'une
manière spéciale. Le temps et les circonstances l'ont si bien identifiée à la France, que, en matière de barbe et
de cheveux, elle ne peut plus avoir d'histoire particulière. Peut-être même aura-t-on raison de dire que nous aurions dû nous en apercevoir long-temps avant d'être venu à parler de l'époque actuelle.

APPENDICE
Il se fait encore, en Normandie, des abattis complets de chevelures féminines ; mais avec quelque
différence, et ce n'est plus par suite d'un caprice de la mode. Allez dans le département de la Manche, à Saint-
Hilaire-du-Harcouet, le mercredi, qui est le jour auquel se tient le marché du lieu ; vous verrez, presque en
pleine rue, de jeunes paysannes se présenter à un individu, près duquel est placée une longue poche,
soumettre ensuite leur chevelure à son minutieux examen, puis cet homme les repousser avec dédain, ou
s'armer d'une paire de ciseaux, sous le double tranchant de laquelle disparait bientôt la toison qu'il a trouvée à sa convenance. L'opérateur, qui fait ainsi son choix avant d'agir, n'est pas un fratrès en réputation, parmi les élégantes de la campagne, pour la supériorité de sa coupe ; c'est tout simplement un de ces marchands de cheveux chargés d'approvisionner au loin les artistes dont la mission est, autant que possible,
« De réparer des ans l'irréparable outrage, » sur les têtes d'une certaine position sociale, qui ne peuvent se résigner à ne pas toujours paraître jeunes.
Avant 1830, la plus belle toison était payée, dans la Manche, par un misérable mouchoir rouge et blanc, de
fabrique rouennaise, ce qui n'empêchait pas l'affluence des visiteuses auprès de l'homme aux ciseaux, pour qui était le véritable profit. « J'ai vu, disait un jour de marché à M. Julien Travers un des aubergistes de cette
bourgade, — j'ai vu tondre à ma porte plus de têtes qu'il n'y en a tout-à-l'heure dans Saint-Hilaire [13]... »
La Bretagne, le Maine, l'Anjou, la Vendée, sont les pays les plus renommés pour le commerce des chevelures.
Nous voudrions que la partie méridionale d'un de nos plus riches départements leur en eût laissé le monopole.

FIN

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