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 Napoleon musulman ?

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Alexderome



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MessageSujet: Napoleon musulman ?   Ven 28 Déc - 1:30

Bonsoir
Avant tout je m'excuse d'être peu présent sur ce forum, manque de temps trop occupé sur le forum http://www.39-45.org/index.php qui me prend du temps mais où nous avons l'honneur d'avoir Bruno Roy-Henry, qui vous le savez, conteste la présence de Napoléon aux Invalides, ce dont je suis finalement convaincu, avec au départ beaucoup de réticences.
Je suis tombé sur ce qui suit :

"L'Islam attaque spécialement les idolâtres; il n'y a point d'autre dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète; voilà le fondement de la religion musulmane; c'était le point le plus essentiel: consacrer la grande vérité annoncée par Moïse et confirmée par Jésus. (...) Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu et Mahomet est son prophète. (...) Je suis, moi, musulman unitaire et je glorifie le Prophète. (...) J'espère que le moment ne tardera pas où je pourrai réunir tous les hommes sages et instruits du pays, et établir un régime uniforme, fondé sur les principes d'Al Coran qui sont les seuls vrais et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes". (Extraits de "Correspondance de Napoléon Ier Tome V pièce n° 4287 du 17/07/1799: profession de foi, voir aussi pièce n° 3148; et de l'ouvrage de Christian Cherfils: "Bonaparte et l'Islam" - Pedone Ed. - Paris - 1914 - p. 81 - 127)
Des historiens qui parlent de cette conversion, la qualifie de stratégie égyptienne. Cependant il suffit de lire le "Journal inédit de Ste Hélène, de 1815 à 1818" du Gal Baron Gourgaud -2 tomes- Ed. Flammarion, pour se rendre compte que la persistance de l'Islam chez Napoléon, lors de son séjour final à Ste Hélène, ruinent totalement cette hypothèse. Car, là, nulle ambition ou stratégie politique ne dictaient alors sa conduite.

ici : http://www.islamopedie.com/croyance/conversion/convertis.php

Quel est votre avis ? Intox ?
Bonnes fêtes
ALEX
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Jean-Yves
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MessageSujet: Re: Napoleon musulman ?   Ven 28 Déc - 10:18

Il me semble que Napoléon a dit que s'il avait du régner sur des juifs, il se serait converti à la religion juive, et, que s'il avait dû régner sur des musulmans il se serait converti à l'Islam, et qu'il avait une certaine admiration pour Mahomet, mais je ne crois pas que l'on puisse dire qu'il avait la foi musulman.

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Drouet Cyril



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MessageSujet: Re: Napoleon musulman ?   Mer 2 Jan - 20:31

Citation :
Quel est votre avis ? Intox ?

Du grand n'importe quoi, comme le net peut nous en gratifier jusqu'à la nausée...
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Alexderome



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MessageSujet: Re: Napoleon musulman ?   Jeu 3 Jan - 15:41

C'est bien ce que je pensais, merci pour vos réponses.
ALEX
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Drouet Cyril



Nombre de messages : 4184
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MessageSujet: Re: Napoleon musulman ?   Jeu 3 Jan - 16:18

Citation :
"L'Islam attaque spécialement les idolâtres; il n'y a point d'autre dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète; voilà le fondement de la religion musulmane; c'était le point le plus essentiel: consacrer la grande vérité annoncée par Moïse et confirmée par Jésus. (...) Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu et Mahomet est son prophète. (...) Je suis, moi, musulman unitaire et je glorifie le Prophète. (...) J'espère que le moment ne tardera pas où je pourrai réunir tous les hommes sages et instruits du pays, et établir un régime uniforme, fondé sur les principes d'Al Coran qui sont les seuls vrais et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes". (Extraits de "Correspondance de Napoléon Ier Tome V pièce n° 4287 du 17/07/1799: profession de foi, voir aussi pièce n° 3148; et de l'ouvrage de Christian Cherfils: "Bonaparte et l'Islam" - Pedone Ed. - Paris - 1914 - p. 81 - 127)
Des historiens qui parlent de cette conversion, la qualifie de stratégie égyptienne. Cependant il suffit de lire le "Journal inédit de Ste Hélène, de 1815 à 1818" du Gal Baron Gourgaud -2 tomes- Ed. Flammarion, pour se rendre compte que la persistance de l'Islam chez Napoléon, lors de son séjour final à Ste Hélène, ruinent totalement cette hypothèse. Car, là, nulle ambition ou stratégie politique ne dictaient alors sa conduite.


Les pièces de la Correspondance auxquelles il est fait référence sont la proclamation aux ulémas, nobles, cheiks, imams et fellahs de la province de Bahyreh lancée de Terraneh, le 17 juillet 1799 ; et la lettre écrite du Caire, le 28 août 1798, au cheik El-Mesiri, membre du Divan d’Alexandrie.
Voici ces deux documents :

« Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète !
Tous les habitants de la province de Bahyreh mériteraient d'être châtiés, car les gens éclairés et sages sont coupables lorsqu'ils ne contiennent pas les ignorants et les méchants; mais Dieu est clément et miséricordieux. Le Prophète a ordonné, dans presque tous les chapitres du Coran, aux hommes sages et bons d'être cléments et miséricordieux ; je le suis envers vous. J'accorde, par le présent firman, un pardon général à tous les habitants de la province de Bahyreh qui se seraient mal comportés, et je donne des ordres pour qu'il ne soit fait contre eux aucune espèce de recherche. J'espère que désormais le peuple de la province de Bahyreh me fera sentir, par sa bonne conduite, qu'il est digue de mon pardon. »


« Le général Kléber me rend compte de votre conduite, et j'en suis satisfait. Vous savez l'estime particulière que j'ai (sic)çue de vous au premier instant où je vous ai connu. J'espère que le moment ne tardera pas où je pourrai réunir tous les hommes sages et instruits du pays, et établir un régime uniforme, fondé sur les principes de l'Alcoran, qui sont les seuls vrais et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes.
Comptez en tout temps sur mon estime et mon appui. »


La première partie du texte que vous avez retranscrit n’est pas issu de ces deux écrits, mais de « Mémoires pour servir à l'histoire de France, sous Napoléon : écrits à Sainte-Hélène par les généraux qui ont partagé sa captivité, et publiés sur les manuscrits entièrement corrigés de la main de Napoléon ». On peut en effet y lire ceci :

« L'islamisme attaque spécialement les idolâtres; il n'y a point d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète : voila le fondement de la religion musulmane ; c'était, dans le point le plus essentiel, consacrer la grande vérité annoncée par Moïse et confirmée par Jésus-Christ. »



Reste le passage : « Je suis, moi, musulman unitaire et je glorifie le Prophète. »

Sans doute s’agit-il ici d’une référence à l’ouvrage de Nakoula El-Turk (Histoire de l'expédition des Français en Egypte ; traduction de Desgranges, 1839) concernant des propos tenus par Bonaparte devant les dignitaires du Caire suite à la victoire d’Aboukir :
« Je vous ai souvent dit et vous ai répété que j’étais un musulman, que je croyais à l’unité de Dieu, que j’honorais le prophète Mahomet »




En tous cas, rien de sérieux concernant la conversion de Bonaparte à l’Islam.


Au chapitre des citations napoléoniennes décontextualisées à dessein, on pourrait en trouver bien d’autres. Quelques exemples :



« Je respecte, plus que les Mameluks, Dieu, son Prophète et l’Alcoran.
[…]
N’est-ce pas nous qui avons détruit le Pape, qui disait qu’il fallait faire la guerre aux musulmans ? N’est-ce pas nous qui avons détruits les chevaliers de Malte, parce que ces insensés croyait que Dieu voulait qu’ils fissent la guerre aux musulmans ? »
(Proclamation du 2 juillet 1798)

« la religion du Prophète que j’aime »
(Proclamation du 22 juillet 1798)

« J’ai rassuré le peuple et protégé les muftis, les imams et les mosquées. Les pèlerins de la Mecque n’ont jamais été accueillis avec plus de soin et d’amitié que je ne l’ai fait, et la fête du Prophète vient d’être célébrée avec plus de splendeur que jamais. »
(Lettre au gouverneur Ahmed-Pacha, 22 août 1798)

« Nous sommes les amis des musulmans et de la religion du Prophète ; nous désirons faire tout ce qui pourra vous plaire et être favorables à la religion »
(Lettre au chérif de la Mecque, 25 août 1798)

« Je vous remercie des honneurs que vous avez rendus à notre Prophète. »
(Lettre à Menou, 26 août 1798)

« Nous avons célébré ici la fête du Prophète avec une pompe et une ferveur qui m’ont presque mérité le titre de saint. »
(Lettre à Menou, 28 août 1798)

« J’espère que vous aurez célébré la fête du Prophète avec le même éclat que nous l’avons fait au Caire. »
(Lettre à Kléber, 28 août 1798)

« Personne plus que moi n’est persuadé de la pureté et de la sainteté de la religion mahométane. »
(Lettre à Marmont, 28 août 1798)

« J’espère que le moment ne tardera pas où je pourrai […] établir un régime uniforme, fondé sur les principes de l’Alcoran, qui sont les seuls vrais et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes. »
(Lettre au cheik El-Messiri, 28 août 1798)

« Il n’y a pas d’autre dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète »
(Lettre au sultan du Darfour, 12 juillet 1799)

« Que le salut du Prophète soit sur vous ! »
(Lettre au Divan de Rosette, 21 juillet 1799)

« J’aime le prophète Mahomet.
[…]
Je hais les chrétiens, j’ai détruit leur religion, renversé leurs autels, tué leurs prêtres, mis en pièces leur croix, renié leur foi »
(Propos prêtés à Bonaparte suite à la victoire d’Aboukir par Nakoula El-Turk dans son Histoire de l'expédition des Français en Egypte)

« Il n’y a pas d’autre dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète.
[…]
Que le salut du Prophète soit sur eux.
[…]
Il y a sur cette flotte des Russes, qui ont en horreur ceux qui croient à l'unité de Dieu, parce que, selon leurs mensonges, ils croient qu'il y en a trois. Mais ils ne tarderont pas à voir que ce n'est pas le nombre des dieux qui fait la force, et qu'il n'y en a qu'un seul, père de la victoire, clément et miséricordieux, combattant toujours pour les bons, confondant les projets des méchants, et qui, dans sa sagesse, a décidé que je viendrais en Egypte pour en changer la face et substituer à un régime dévastateur un régime d'ordre et de justice. Il donne par là une marque de sa toute-puissance, car ce qu'ont jamais pu faire ceux qui croyaient à trois dieux, nous l'avons fait, nous qui croyons qu'un seul gouverne la nature et l'univers.
Et, quant aux musulmans qui pourraient se trouver avec eux, ils sont réprouvés, puisqu'ils se sont alliés, contre l'ordre du Prophète, à des puissances infidèles et à des idolâtres. Ils ont donc perdu la protection qui leur avait été accordée ; ils périront misérablement. Le musulman qui s'est embarqué sur un bâtiment où est arborée la croix, celui qui, tous les jours, entend blasphémer contre le seul Dieu, est pire qu'un infidèle même. »
(Lettre au Divan du Caire, 21 juillet 1799)

« Il n’y a pas d’autre dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète »
(Lettre au bey de Tripoli, 15 août 1799)

« Il n’y a pas d’autre dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète »
(Lettre au sultan du Maroc, 15 août 1799)

« La religion de Mahomet est la plus belle.
[…]
J'aime mieux la religion de Mahomet, elle est moins ridicule que la nôtre.»
(Gourgaud citant Napoléon, Journal de Sainte-Hélène)



En espérant ne pas avoir par ces citations donner du nouveau grain à moudre aux gugusses, ici et là sur le net, voulant mordicus voir en Napoléon un converti…


En vérité, le comportement de Bonaparte en Orient vis à vis de l'Islam relève de la politique et non de la spiritualité.

Lecteur de Volney, Bonaparte connaissait bien les prédictions alarmiste de ce dernier sur ce plan là :
"Pour nous approprier l'Egypte, il faudra soutenir trois guerres [celles contre les Turcs et les Anglais]
La troisième enfin, de la part des naturels de l'Egypte, et celle-là, quoiqu'en appence la moins redoutable, serait en effet la plus dangereuse. L'on ne compte de gens de guerre que six ou huit mille Mamlouks ; mais si des Francs, si ennemis de Dieu et du Prophète osaient y débarquer, Turcks, Arabes, paysans, tout s'armerait contre eux ; le fanatisme tiendrait lieu d'art et de courage, et le fanatisme est toujours un ennemi dangereux ; il règne encore dans toute sa ferveur en Egypte ; le nom des Francs y est en horreur, et ils ne s'y établiraient que par la dépopulation."
(Voyage en Syrie et en Egypte )

Dès le départ, Bonaparte a joué sur cette corde sensible :
Proclamation du 21 juillet 1798 :
"Faites connaître au peuple que, depuis que le monde est monde, il était écrit qu'après avoir détruit les ennemis de l'islamisme, fait abattre les croix, je viendrais du fond de l'Occident remplir la tâche qui m'a été imposée. Faites voir au peuple que, dans le saint livre du Koran, dans plus de vingt passages, ce qui arrive a été prévu, et ce qui arrivera est également expliqué.
[...]
Je sais tout, même ce que vous n'avez dit à personne ; mais un jour viendra que tout le monde verra avec évidence que je suis conduit par des ordres supérieurs et que tous les efforts humains ne peuvent rien contre moi. heureux ceux qui, de bonne foi, sont les premiers à se mettre avec moi !"

A noter que s'il opta pour ces méthodes pour s'attacher les Orientaux (sans véritable réussite d'ailleurs ; il tenta par la suite l'arabisme, mais c'est une autre histoire...), il en usa aussi pour les opposer à ses ennemis. Je pense ici à une proclamation de juillet 1799 où Bonaparte fustige les Russes, des « infidèles », des « idôlatres », dénonçant leurs croyance en « trois dieux ».

A Sainte-Hélène, face à Bertrand, Napoléon a assez bien expliqué sa position :
"Les politiques qui avaient le mieux observé le génie des peuples de l'Egypte, regardaient la religion comme le principal obstacle à l'établissement de l'autorité française.
[...]
Maîtres d'Alexandrie et du Caire, vainqueurs à Chobrakhit et aux Pyramides, la position des Français était incertaine. Ils n'étaient que tolérés par les fidèles qui, étourdis par la rapidité des évènements, avaient fléchi devant la force, mais qui déjà déploraient ouvertement le triomphe des idôlatres, dont la présence profanaient les eaux bénies. Ils gémissaient de l'opprobe qui rejaillissait sur la première clef de la sainte Kaaba ; les imans récitaient avec affectation les versets du Coran les plus opposés aux infidèles.
Il fallait arrêter la marche de ces idées religieuses ; ou l'armée, malgré ses victoires, était compromise. Elle était trop faible, trop dégoûtée pour qu'il fût possible de soutenir une guerre de religion.
[...]
Il fallait se rembarquer ou se concilier les idées religieuses, se soustraire aux anathèmes du Prophète, ne pas se laisser mettre dans les rangs des ennemis de l'islamisme ; il fallait convaincre, gagner les muphtis, les ulémas, les schérifs, les imams, pour qu'ils interprétassent le Coran en faveur de l'armée."
(Guerre d'Orient. Campagnes de Égypte et de Syrie, 1798-1799. Mémoires pour servir à l’histoire de Napoléon dictés par lui-même à Sainte-Hélène, et publiés par le général Bertrand)

De la même manière, il confiait à Roederer (Mémoires) :
"C'est en me faisant catholique que j'ai fini la guerre de Vendée ; en me faisant musulman que je me suis établi en Égypte ; en me faisant ultramontain que j'ai gagné les esprits en Italie. Si je gouvernais un peuple de juifs, je rétablirais le temple de Salomon."




Cette légende voulant que Bonaparte se soit converti à l'Islam lors de la campagne d'Egypte est ancienne. Ainsi, il la combattit à Sainte-Hélène devant O'Meara (Napoléon en exil) :
« Le docteur a dit que j'étais devenu mahométan en Egypte. Il n'en est rien ; je n'ai jamais suivi aucun des usages prescrits par cette religion ; je n'ai jamais fait de prières dans les mosquées ; je ne me suis point abstenu de vin, ni ne me suis fait circoncire. Je me suis contenté de dire que nous étions les amis des musulmans, ce qui était vrai ; et que je respectais leur prophète, ce qui était vrai aussi ; je le respecte encore. J'ai voulu que les imans lisent des prières pour moi dans les mosquées , afin de me faire plus respecter par le peuple qu'il ne le faisait , et pour qu'il m'obéît plus volontiers. Les imans répondirent qu'il y avait un grand obstacle à ce que je demandais, parce que leur prophète, dans le Coran, leur avait défendu expressément de respecter les infidèles, de leur obéir et de leur tenir la parole donnée, et que je passais pour infidèle. Je leur enjoignis alors de se consulter, et de voir ce qu'il était nécessaire de faire pour devenir musulman, attendu qu'il y avait dans leur religion des préceptes que nous ne pouvions pas suivre ; que quant à la circoncision , Dieu nous en avait rendus incapables ; que quant au vin, nous étions d'un tempérament froid, et que nous ne pouvions exister sans en boire ; et que, par conséquent, nous ne pouvions ni nous faire circoncire , ni nous abstenir de vin.
Ils se consultèrent, et environ trois semaines après, ils rendirent un fetham qui déclarait que l'on pouvait se dispenser de la circoncision ; que quant à boire du vin, les musulmans pouvaient en boire, mais que ceux qui en buvaient n'iraient pas dans le paradis, mais en enfer. J'ai répondu que cela ne pouvait me convenir , que nous n'avions pas besoin de nous faire musulmans pour aller en enfer, qu'il y avait d'autres moyens d'y aller sans venir en Egypte; et je leur enjoignis de se consulter de nouveau. Après en avoir délibéré et s'être chamaillés les uns avec les autres, ils décidèrent enfin qu'on pouvait se faire musulman sans se faire circoncire , ni s'abstenir de vin ; mais qu'il fallait faire de bonnes œuvres en proportion du vin qu'on buvait. Je leur dis alors que nous étions tous musulmans et amis du prophète, ce qu'ils crurent volontiers, attendu que les soldats français n'allaient point à la messe et n'avaient pas de prêtres avec eux : car il faut que vous sachiez que, pendant la révolution , l'armée française n'avait pas de religion. Menou , au contraire , s'est réellement fait musulman , et ce fut la raison pour laquelle je le laissai en arrière. »

On retrouve de nombreuses similitudes dans ses dictées à Bertrand :
« Le cheik El-Cherqâouy, le chef des ulemas de Gâma el-Azhar, prit la parole et dit, après s'être longtemps recueilli : « Vous voulez avoir la protection du Prophète, il vous aime; vous voulez que les Arabes musulmans accourent sous vos drapeaux, vous voulez relever la gloire de l'Arabie, vous n'êtes pas idolâtre. Faites-vous Musulman : 100,000 Egyptiens et 100,000 Arabes viendront de l'Arabie, de Médine, de la Mecque, se ranger autour de vous. Conduits et disciplinés à votre manière, vous conquerrez l'Orient, vous rétablirez dans toute sa gloire la patrie du Prophète. » Au même moment ces vieilles physionomies s'épanouirent. Tous se prosternèrent pour implorer la protection du ciel. A son tour le général en chef fut étonné. Son opinion invariable était que tout homme doit mourir dans sa religion. Mais il comprit promptement que tout ce qui serait un objet d'entretien et de discours sur ces matières serait d'un bon effet. Il leur répondit : « Il y a deux grandes difficultés qui s'opposent à ce que moi et mon armée.puissions nous faire Musulmans : la première est la circoncision, la seconde est le vin. Mes soldats en ont l'habitude dès l'enfance, je ne pourrai jamais leur persuader d'y renoncer. » Le cheik El-Mohdi proposa de permettre aux soixante cheiks de Gâma el-Azhar de poser la question publiquement et de délibérer sur cet objet. Le bruit se répandit bientôt dans toutes les mosquées que les grands cheiks s'occupaient nuit et jour à instruire des principes de la loi le sultan El-Kebir et les principaux généraux, et que même ils discutaient un fetfa pour faciliter, autant que cela serait possible, un si grand événement. L'amour propre de tous les Musulmans fut flatté, la joie fut générale. Il se répandit que les Français admiraient Mahomet, que leur chef savait par cœur le Coran, qu'il convenait que le passé, le présent, l'avenir étaient contenus dans ce livre de toute sagesse, mais qu'il était arrêté par la circoncision et la défense du Prophète de boire du vin. Les imams, les muezzins de toutes les mosquées furent, pendant quarante jours, dans la plus vive agitation. Mais cette agitation était tout à l'avantage des Français : déjà ils n'étaient plus des infidèles. Tout ce que le Prophète avait dit ne pouvait plus s'appliquer à des vainqueurs qui venaient déposer leurs lauriers au pied de la chaire de l'islamisme. Mille bruits se répandirent parmi le peuple. Les uns disaient que Mahomet lui-même avait apparu au sultan El-Kebir, qu'il lui avait dit : «Les Mameluks n'ont gouverné que par leurs caprices; je te les ai livrés. Tu sais et tu aimes le Coran; tu as donné le pouvoir aux cheiks, aux ulemas, aussi tout te réussit. Mais il faut achever ce que tu as commencé. Reconnais, professe les principes de ma loi : c'est celle de Dieu même. Les Arabes n'attendent que ce signal; je te donnerai la conquête de toute l'Asie.» Les discours et les réponses qu'on faisait faire au sultan El-Kebir variaient et se répandaient sous mille formes diverses. Il en profita pour insinuer que dans ses réponses il avait demandé un an pour préparer son armée, ce que Mahomet lui avait accordé; qu'il avait promis de construire une grande mosquée; que toute l'armée se ferait musulmane; et que déjà les grands cheiks El-Sadat et El-Bekry le considéraient comme tel.
Les quatre muftis portèrent enfin le fetfa rédigé et signé par eux. Il y était dit que la circoncision était une perfection; qu'elle n'avait pas été instituée parle Prophète, mais seulement recommandée; qu'on pouvait donc être Musulman et n'être pas circoncis; que, quant à la deuxième question, on pouvait boire du vin et être Musulman; mais que, dans ce cas, on était en état de péché et sans espoir d'obtenir les récompenses promises pour les élus. Napoléon témoigna sa satisfaction pour la solution de la première question; sa joie parut sincère. Tous ces vieux cheiks la partagèrent. Mais il exprima toute sa douleur sur la deuxième partie du fetfa. Comment persuader à des hommes d'embrasser une religion, pour se déclarer eux-mêmes réprouvés et s'établir en état de rébellion contre les commandements du ciel ? Les cheiks convinrent que cela était difficile, et dirent que l'objet constant de leurs prières, depuis qu'il était question de ces matières, avait été de demander l'assistance du Dieu d'Ismaël. Après un long entretien, où les quatre muftis ne paraissaient pas également fermes dans leur opinion, les uns ne voyant aucun moyen d'accommodement, les autres, au contraire, pensant que cela était susceptible encore de quelques modifications, le cheik El-Mohdi proposa de réduire le fetfa à sa première moitié, que cela serait d'un heureux effet dans le pays, qu'il éclairerait le peuple dont les opinions n'étaient pas conformes, et de faire de la deuxième partie une question qui serait soumise à une nouvelle discussion; peut-être pourrait-on consulter les cheiks et chérifs de la Mecque, quoiqu'ils parussent avoir une plus haute opinion de leur science et de leur influence sur l'Orient. Cet avis fut adopté. La publication du fetfa eut lieu dans toutes les mosquées; les imâms, après la prière du vendredi, où ils ont l'habitude de prêcher, expliquèrent le fetfa et parlèrent, unanimement, fort en faveur de l'armée française.
Le deuxième fetfa fut l'objet de vives et longues discussions et d'une correspondance avec la Mecque. Enfin, ne pouvant vaincre toutes les résistances ni tout concilier avec le texte et le commandement précis du Prophète, les muftis portèrent un fetfa par lequel il était dit que les nouveaux convertis pourraient boire du vin et être Musulmans, pourvu qu'ils rachetassent le péché par de bonnes œuvres et des actions charitables; que le Coran ordonne de donner en aumônes ou d'employer en œuvres charitables au moins le dixième de son revenu; que ceux qui, Musulmans, continueraient à boire du vin seraient tenus de porter ces aumônes au cinquième de leur revenu. Ce fetfa fut accepté et parut propre à tout concilier. Les cheiks, parfaitement rassurés, se livrèrent tout entiers au service du sultan El-Kebir, et ils comprirent qu'il avait besoin d'une année au moins pour éclairer les esprits et vaincre les résistances. Il fit faire les dessins, les plans et les devis d'une mosquée assez grande pour contenir toute l'armée, le jour où elle reconnaîtrait la loi de Mahomet. Dans ce temps, le général Menou embrassa publiquement l'islamisme. Musulman, il alla à la mosquée de Rosette. Il ne demanda aucune restriction. Cette nouvelle combla de joie toute la population de l'Egypte et ne laissa pas de doute sur la sincérité des espérances quelle concevait. Partout les cheiks prêchèrent que Napoléon, n'étant pas infidèle, aimant le Coran, ayant mission du Prophète, était un vrai serviteur de la sainte Kaaba. »
(Guerre d'Orient. Campagnes de Égypte et de Syrie, 1798-1799. Mémoires pour servir à l’histoire de Napoléon dictés par lui-même à Sainte-Hélène, et publiés par le général Bertrand)


En face, tous n'étaient pas dûpes. Témoignage de Mou'Allem Nicolas el Turki (Expédition française en Egypte):
"Ni les Cheiks, ni le peuple n'avaient cessé de considérer les Français comme des hommes étrangers à leur foi. Quant au détachement dont le général en chef et l'armée toute entière faisaient preuve à l'égard du catholicisme, il ne suffisait pas à leur enlever le caractère d'Infidèles, que seule une conversion à l'Islam aurait pu effacer."

"[Bonaparte] leur promettait d'embrasser leur religion, de faire construire une mosquée en son nom, et de faire tout le bien possible à la religion musulmane. Cependant les ulémas n'étaient pas séduits par ces paroles. Ce sont des mensonge, disaient-ils, qu'il profère pour s'établir en Egypte. N'est-il pas chrétien, fils de chrétiens ?
[...]
Le général en chef voulait que les fêtes musulmane et la solennité du débordement du Nil fussent célébrées avec beaucoup de pompe [...] Tout cela était employé inutilement pour gagner l'affection du peuple."





Néanmoins, après coup, et nourri de ses rêves d'Empire d'Orient, Napoléon évoqua l'hypothèse de la conversion :
"Ce n'est pas qu'il eût été impossible que les circonstances m'eussent amené à embrasser l'islamisme ; et, comme disait cette bonne reine de France : "Vous m'en direz tant !" Mais ce n'eût été qu'à bonne enseigne ; il m'eut fallu pour cela pousser au moins jusqu'à l'Euphrate. Le changement de religion, inexcusable pour des intérêts privés, peut se comprendre peut-être par l'immensité de ses résultats politiques. Henri IV avait bien dit : "Paris vaut bien une messe." Croit-on que l'empire d'Orient, et peut-être la sujétion de toute l'Asie, n'eussent pas valu un turban et des pantalon ?"
(Mme de Rémusat, Mémoires)

"Les cheiks me disaient toujours que si je voulais m'établir patriarche, il fallait que l'armée se fît musulmane et prît le turban. C'était bien mon intention, mais je ne voulais faire cette démarche, qu'étant sûr de réussir, sans quoi je me serais, comme Menou, couvert de ridicule."
(Gourgaud, Journal de Sainte-Hélène)
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