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 VALEE Sylvain Charles - Général d'Empire

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FRIEDLAND
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MessageSujet: VALEE Sylvain Charles - Général d'Empire   Sam 17 Fév - 21:40

Général VALLE





VALLE Sylvain Charles (comte VALEE) - né à BRIENNE-LE-CHATEAU le 17 décembre 1773 - décédé le 16 août 1846.

Orphelin très jeune, VALEE à l'âge de 8 ans fut nommé élève du Roi à l’École Militaire de BRIENNE-LE-CHATEAU. Il avait presque achevé ses études lorsque la suppression de cette École lui fit quitter le lieu de sa naissance.

Il entra à l’École de CHALONS comme Elève Sous-Lieutenant ... il y trouva comme "émules" : HAXO, MARMONT, DUROC, un "frère" de NAPOLEON BONAPARTE, Paul-Louis COURIER, etc ...

L’année 1793 n’était pas terminée que le "jeune VALEE", nommé Lieutenant d’Artillerie, se faisait déjà remarquer de ses "Chefs". Dans les campagnes de 1793 et 1794, VALEE part au siège et à la défense du QUESNOY, de LANDRECIES, de CHARLEROI, de VALENCIENNES, de CONDE et de MAESTRICHT.

Au commencement de 1793, il reçut le grade de Capitaine et fut envoyé à l’Armée du RHIN que commandait MOREAU.

VALEE passa plusieurs années à l’Armée du RHIN, il y commandait l’Artillerie du Général DECAEN. Inconnu personnellement du général BONAPARTE devenu PREMIER CONSUL, il ne parvint qu’en 1802 au grade de "Chef d'Escadron".

Nommé Major en 1804, il fit plus tard la Campagne d'AUSTERLITZ, comme Inspecteur Général du Train d’Artillerie, puis par la suite, il se distingua aux Batailles d’EYLAU et de FRIEDLAND.

Bientôt après, l’EMPEREUR l’envoya en ESPAGNE où il débuta sous les ordres du Maréchal LANNES qui assiégeait SARAGOSSE. Après la reddition de cette ville, VALEE eut le Commandement de l’Artillerie du 3ème Corps, devenu "l’Armée d'ARAGON".

Général de Brigade en 1809, VALEE dirigea "l'Artillerie" de SUCHET aux sièges de LERIDA, de TORTOSE, de MEQUINENZA, de SAGONTE et de TARRAGONE. Après la prise de TARRAGONE qui avait résisté à "cinq assauts", l’EMPEREUR le nomma Général de Division.

Il suivit le Maréchal SUCHET devant VALENCE qu’il obligea, par le feu de son Artillerie, à ouvrir "ses portes", et mit en état de défense toutes "les places" qui se trouvaient dans le vaste commandement du Duc d'ALBUFERA.

On était en 1813 ... l’Etoile de l'EMPEREUR NAPOLEON 1er avait pâli à MOSCOU, à LEIPZIG : les FRANCAIS durent évacuer la Péninsule et malgré les efforts des Armées ANGLO-ESPAGNOLES et des "populations soulevées", VALEE parvint à conserver et à ramener en deçà des PYRENEES, l’immense matériel des troupes FRANCAISE en ESPAGNE.

L'EMPEREUR NAPOLEON pour lui en témoigner sa reconnaissance, le créa "Comte de l’Empire", par un décret daté de SOISSONS le 12 mars 1814 et après son retour de l’île d'ELBE, NAPOLEON le chargea de l’Armement de PARIS que le Général HAXO devait mettre en état de défense.

Mais pour la seconde fois, NAPOLEON avait succombé sous l’effort des "Peuples et des Armées de l’Europe coalisée".

VALEE fut appelé en 1818 par le Général GOUVION-SAINT-CYR, Ministre de la Guerre, à faire partie d’une Commission de Défense du Royaume, il y fit adopter un système général d’armement pour les places fortes et l’immense littoral de l’OUEST et du SUD.

En 1822, le Gouvernement créa pour lui le "titre et les fonctions d’Inspecteur du Service Central de l’Artillerie". En 1827, il mit au jour un vaste système qui embrassait toutes les branches du service et donnait à la FRANCE un nouveau matériel de campagne, de siège et de place.

De 1822 à 1830, Valée se consacra sans relâche à l’exécution du vaste plan qu’il avait conçu pour la défense des places et des côtes.

Le Gouvernement, pour récompenser les services du Général VALEE, rétablit pour lui l’emploi et la dignité de "Premier Inspecteur Général", et le Roi CHARLES X le nomma "Pair héréditaire du Royaume" par une ordonnance du 27 janvier 1830.

Quand l’expédition d’ALGER fut résolue, une commission composée des "Officiers les plus expérimentés de nos Armées de TERRE et de MER", fut chargée d’examiner les difficultés de l’expédition et de préparer le plan de campagne.

À la Révolution de 1830, l’emploi de Premier Inspecteur Général de l’Artillerie fut supprimé, VALEE se retira dans le LOIRET et s’y livra à l’agriculture : mais on ne pouvait tarder à l’enlever à sa retraite. Il fut Conseiller d’État en 1834, Membre de la Commission chargée des questions relatives à la fabrication de la "poudre et au commerce du salpêtre", puis enfin rappelé à la "Pairie".

En 1837, lors des préparatifs pour la "seconde expédition de CONSTANTINE", le cabinet obtint du Roi que "l’Artillerie et le Génie" fussent dirigés par le Général VALEE. Mais au moment de donner l’assaut à CONSTANTINE, un boulet des assiégés vint frapper à côté du Duc de NEMOURS le Général en Chef DAMREMONT : le Général VALEE le remplaça et le 15, JUGURTHA vit flotter le "Drapeau FRANCAIS".

La province de CONSTANTINE, en moins de deux années fut soumise, organisée, administrée de telle manière qu’un impôt régulier s’y percevait sans la moindre résistance, et qu’un voyageur pouvait la parcourir sans escorte. Jugeant inévitable et prochaine la reprise des hostilités avec ABD-EL-KADER et sentant la nécessité de fortifier les "Places FRANCAISES" dans les provinces d’ORAN et d’ALGER, le Général VALEE proposa au Gouvernement d’occuper les villes de KOLEAH et de BLIDA.

L’Émir, à cette nouvelle, invoqua le "Traité de la TAFNA" : mais le Maréchal VALEE passa outre et en mai 1838, occupa sans obstacle BLIDAH et KOLEAH, porta sur la CHIFFA la frontière FRANCAISE de l’OUEST et forma à l’EST des camps au FONDOUCK et sur les bords de l’OUAD-KADDURA.

Il employa l’automne et l’hiver 1838 à organiser la province de BONE. Au commencement de 1839, le cabinet du 15 avril s’étant retiré, le Maréchal VALEE, qui se sentait peu connu des nouveaux Ministres, envoya sa démission : mais le Roi et le Duc de DALMATIE le décidèrent à la reprendre.

À l’entrée de l’automne de cette année, VALEE mit à exécution le projet qu’il avait conçu d’occuper définitivement le plateau de SETIF et d’obtenir la soumission des tribus que les agents d’ABD-EL-KADER travaillaient à soulever. C’est le 27 octobre que l'Armée FRANCAISE franchit le passage si redouté des "Portes de Fer".

Le vieux Maréchal VALEE voulait faire à l’Émir une "guerre patiente et opiniâtre", anéantir ses principaux établissements, placer les troupes et les autorités FRANCAISES dans des centres militaires et commerciaux, sur une ligne parallèle de CONSTANTINE à TLEMCEN, rassembler dans chacun de ces centres une garnison assez forte pour en tirer une colonne de 3000 à 4000 hommes, destinée à combattre ou à châtier les tribus selon le besoin.

La "première Division" devait être commandée par le Duc d'ORLEANS à la fin de février, ... le Maréchal fit occuper CHERCHELL (antique CESAREA).

ABD-EL-KADER avait choisi la position inexpugnable du Col de MOUZAIA qu’il faisait encore fortifier. Mais le ministère du 1er mars remplaça celui du 12 mai : le "nouveau Cabinet" prescrivit au Gouverneur Général d’envoyer dans la province d'ORAN, une partie des troupes qu’il tenait réunies dans celle d’ALGER.

Cette campagne fut glorieuse : le Prince Royal et le Duc d’AUMALE y rivalisèrent d’intelligence et de bravoure. Après le départ de ces "jeunes Princes", le 27 mai, le Maréchal continua l’offensive et quand il rentra à ALGER le 5 juillet, il avait repoussé l’Émir au delà de l’ATLAS, anéanti ses meilleures troupes, occupé définitivement CHERCHELL, MEDEAH, MILIANAH, et châtié dans leurs propres foyers, les "tribus turbulentes" qui entourent la MITIDJA. Il fit alors trois essais nouveaux de colonisation qui réussirent : à BLIDAH, CHERCHELL et COLEAH.

Mais le "Traité de LONDRES" du 15 juillet avait changé en EUROPE la "position de la FRANCE".

Le 18 janvier 1841, VALEE quitta pour toujours "cette ALGERIE". Il présida la Commission pour l’Armement de PARIS.

Il est mort à PARIS le 16 août 1846, âgé de 73 ans. Ses restes furent déposés aux INVALIDES et le Roi ordonna que sa "statue" serait placée à VERSAILLES.



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MessageSujet: VALÉE (Syvain-Charles) La Vie du général Valée - 1ère Partie   Mar 18 Déc - 20:14

Récit présenté par M. Jean-Pierre BIBET
Sources : M. Jean-Pierre BIBET.
Témoignage du Colonel de Beauregard, descendant direct du maréchal Valée.


VALÉE (Sylvain-Charles)

Maréchal de France
COMTE

(1773 - 1846)
« Premier artilleur de l’Europe »

LA VIE DU MARECHAL VALÉE - 1ère Partie -

(Document en 14 partie)


Sylvain-Charles Valée, né en 1773, est mort, à l'âge de 72 ans, en 1846. Il était déjà âgé de 63ans, lorsque la prise de Constantine en 1837, par l'armée dont il assumait le commandement, lui valu la gloire, et l'élévation à la dignité de maréchal de France.

ENFANCE ET JEUNESSE (1773-1793)

Sylvain Charles Valée est né le 17 décembre 1773, à Brienne-le-Château, dans le département de l'Aube. Il était le fils de Charles Valée, piqueur des chasses du comte de Brienne, et de Louise Bonjour, fille d'un tailleur d'habits de Brienne. Son père habitait la ferme de Bassefontaine, ancienne abbaye transformée en poste de garde-chasse, située à trois kilomètres au sud-ouest du château de Brienne.


On sait que durant son enfance, il était "doux et tranquille comme un agneau". Il passa toute sa jeunesse dans cette région qualifiée de Champagne humide. Sylvain Charles Valée n'avait que deux ans lorsqu'il perdit son père, décédé le 7 mars 1776, à l'âge de 32 ans. Sa mère se remaria, avec Edme Royer succédant à Charles Valée comme garde-chasse. Elle lui donna deux filles, et mourut huit ans après le décès de son second mari, noyé accidentellement dans l'Aube, le 8 février 1792. De lui-même, il écrira plus tard: "On m'a toujours dit à cet âge (deux ans), j'étais doux et tranquille comme un agneau".

Vers l'âge de huit ans, sans doute grâce à l'entremise de la famille de Loménie de Brienne, Sylvain Charles Valée fut admis comme élève du roi, à l'Ecole militaire de Brienne. Cette école, qui ne comptait qu'une centaine d'élèves, dont une bonne moitié pensionnés par le roi, était tenue par des religieux de l'ordre des Minimes, et n'avait de militaire que le nom, mais dispensait une solide instruction générale, et facilitait ainsi l'entrée de ses élèves dans la carrière militaire. Le jeune Valée y fit sûrement la connaissance de son illustre ancien, Napoléon Bonaparte, de quatre ans son aîné, qui y vécut de 1779 à 1784, puis fut admis à l'Ecole supérieure militaire de Paris. Mais s'il y eut des rapports entre eux, il ne semble pas qu'ils eu une suite, ni influé sur la carrière de Valée.
Quant à lui, son séjour à l'Ecole de Brienne se prolongea bien davantage, jusqu'en 1792. Sylvain Charles Valée était appliqué et réfléchi. Silencieux et contenu, il était un de ces êtres chez lesquels la vie intérieure domine, et que leur réserve naturelle fait taxer de froideur, quelquefois même d'orgueil, par leurs égaux, comme le dira le comte Molé, lors de son discours à la Chambre des pairs, en 1847.

En 1792, il était toujours élève à l'Ecole militaire de Brienne, lorsque commença la Révolution. Devenu orphelin, il passe avec succès, à l'âge de 18 ans, l'examen d'entrée à l'Ecole d'application de l'artillerie de Châlons-sur-Marne. La guerre aux frontières abrège la durée de ses études. Au bout de sept mois, il est nommé lieutenant et entre au service au 6e régiment d'artillerie à pied, en garnison à Thionville. Durant quinze années, Sylvain Charles Valée va participer aux campagnes de la Révolution et de l'Empire, dans toute l'Europe du nord.
CAMPAGNES DANS LE NORD DE L'EUROPE (1793-1808)

Lorsque Valée est engagé dans la bataille, la France révolutionnaire a déjà contenu la coalition des armées européennes, arrêtant en 1792, leur invasion par les victoires de Valmy, de Jemmapes, et occupant Mayence, Francfort, la Belgique et la plus grande partie des Pays-Bas alors autrichiennes. Mais la coalition s'est reformée, en même temps que la guerre civile s'est étendue en France, et, en 1793, le territoire est de nouveau envahi sur tous les points. Sylvain Charles Valée va participer aux campagnes de 1793 (libération du territoire), 1794 (conquête de la rive gauche du Rhin), et 1795 (occupation de la Hollande). Il participe aux sièges de Charleroi, de Landrecies, du Quesnoy, de Valenciennes, de Condé et de Maëstricht. Promu capitaine en second, en avril 1795, il est envoyé à Douai, puis à Düren, où se trouve le parc d'artillerie de l'armée de Sambre-et-Meuse.

C'est dans cette petite ville rhénane, située entre Cologne et Aix-la-Chapelle, qu'il fait la connaissance de Françoise Caroline von Moegling, fille de médecin, alors âgée de quinze ans seulement, et noue avec elle une idylle qui trouvera sa conclusion dans un mariage célébré seulement quatre ans plus tard. Il sera l'époux aimant et fidèle de sa chère "Frentz", jusqu'à la mort de celle-ci, en 1828.

Les années 1795 et 1796 sont pour lui des années ingrates au cours desquelles il se voit confier le commandement d'un parc d'artillerie. Il s'y fera remarquer par son esprit de méthode et d'organisation. Les alternatives de succès et de revers des engagements de l'époque l'obligent à exécuter de nombreux mouvements: franchissement du Rhin, du Main, avancée jusqu'à Nuremberg, recul sur Würzburg, puis Düsseldorf. Son caractère ombrageux et mélancolique apparaît déjà dans les missives qu'il envoie à sa fiancée de Düren: "L'amour m'égare et me laisse concevoir de flatteuses espérances, que l'affreux destin qui me poursuit ne permettra jamais de réaliser ! Né pour être malheureux, puissé-je du moins l'être seul..." Le récit des évènements trouvera toujours, malheureusement, moins de place que les épanchements intimes, dans sa correspondance privée.

Depuis longtemps, Valée désirait quitter le service ingrat des parcs. Il obtint enfin satisfaction en mars 1797, par sa nomination à la tête de la 2e compagnie du 3e régiment d'artillerie à cheval. C'est en cette qualité qu'il prend part à la courte mais brillante offensive du général Hoche, marquée par les victoires de Neuwied, Montabaur, Altenkirchen, mais stoppée à Wetzlar par les préliminaires de l'armistice de Leoben, puis le traité de Campoformio du 17 octobre 1797., qui semble écarter de nos frontières tout danger immédiat. Dans cette accalmie, Sylvain Charles Valée obtient enfin le consentement au mariage du père de sa fiancée, et épouse Françoise von Möegling, le 10 mai 1798. Les exigences du service ne tardent pas à séparer les nouveaux époux, et le jeune capitaine rejoint des cantonnements successifs dans le duché de Nassau, au nord de Francfort, puis à la fin de l'année près de Colmar, à l'armée du Danube, commandée par Jourdan. Après des combats incertains au printemps de 1799, à Ostrach et Stokach, le repli sur le Rhin est décidé, et la compagnie de Valée s'installe près de Bâle, dans le village de Richen. Valée songe alors à faire venir son épouse, mais une maladie grave de celle-ci empêche le projet d'aboutir. Il ronge son frein, mais l'année 1800 va lui offrir l'occasion de se distinguer, avec la remise à exécution du plan de marche combinée sur Vienne par le Pô et le Danube. Tandis que Bonaparte, au sud, de retour de l'expédition d'Egypte, remporte la victoire de Marengo, l'armée du Danube, forte de 130.000 hommes, commandée par le général Moreau, longe le lac de Constance, contourne la forte position d'Ulm, et signe le bref armistice de Parsdorf. Au cours de ce mouvement, l'artillerie est engagée notamment le 13 juin 1800, à la bataille d'Engen, et l'état des services de Valée précise qu'ayant reçu "l'ordre d'occuper et de défendre une position très importante, ses pièces furent enlevées par la cavalerie ennemie: Valée rassemble ses canonniers, et les joignant à une compagnie de hussards, charge à leur tête, reprend sa batterie et occupe de nouveau sa position". Ayant épuisé ses projectiles, il brave le feu de l'ennemi en tirant à poudre, pendant que l'infanterie prend position autour de lui. Frappé par cet acte d'esprit et de courage, Moreau demande pour Valée une promotion qui sera refusée à Paris, et lui confie le commandement de plusieurs batteries, correspondant à un emploi de chef d'escadron.

L'armistice, au cours duquel Valée est à Augsbourg, puis Munich, est rompu avant la fin de l'année, et Moreau reprend sa marche sur Vienne. Le 3 décembre 1800, il remporte sa plus grande victoire à Hohenlinden, à l'est de Munich: Valée, qui y commande l'artillerie du général Decaen, s'y distingue encore, faisant manœuvrer ses pièces à bras sur des terrains rendus impraticables par des pluies diluviennes, et dirigeant habilement leur feu. L'armée est aux portes de Vienne, et l'Autriche, vaincue, signe la paix de Lunéville deux mois plus tard.

Valée rentre à Strasbourg, où il retrouve enfin son épouse. Le 2 décembre 1802, promu au grade de chef d'escadron, il est désigné pour le 5e régiment d'artillerie à cheval, sous les ordres du général Foy, en garnison à Besançon. Sylvain Charles Valée voit naître sa fille, prénommée Adèle, qui mourra hélas quelques mois plus tard. Quant à lui, il est de nouveau séparé de sa chère Frentz, qui retourne à Strasbourg: on lui confie la formation des camps de l'artillerie de réserve, dans le cadre des préparatifs du débarquement en Angleterre, après la rupture de la paix d'Amiens en 1803. Durant l'été, il est à Gray, Chalons, La Fère, Béthune, Gravelines, et enfin Dunkerque. Au début de 1804, il est affecté au parc général d'artillerie pour y remplir les fonctions d'inspecteur général du train: elles lui imposent des tâches assez ingrates, principalement administratives, qu'il dit ne pas aimer, mais qui contribueront à mettre en valeur ses qualités, reconnues de tous, de grand organisateur. Promu lieutenant-colonel, il est nommé Chevalier de la Légion d'honneur, par décret du 22 juin 1804 et reste affecté à l'armée des Côtes de l'Océan; mais l'Autriche ayant détourné sur elle-même la menace qui pesait sur l'Angleterre, l'armée des Côtes de l'Océan fait volte-face, se transporte sur le Rhin, et devient la Grande Armée.

En 1805, une nouvelle fille naît le 6 octobre au foyer de Sylvain Charles Valée, qui sera prénommée Adèle comme son aînée décédée, n'aura ni frère ni sœur, et jouera un rôle important sinon essentiel dans la vie de son père; mais celui-ci ne pourra assister à la naissance: la Grande armée fait mouvement. Le 30 septembre, le grand parc de l'armée passe le Rhin, à Kehl, gagne Augsbourg, et juste un an après l'anniversaire de son sacre l'Empereur Napoléon 1er remporte le 2 décembre 1805, en Moravie, contre la coalition germano-russe, l'éclatante victoire d'Austerlitz. Valée est appelé à Vienne, où Napoléon était entré le 15 novembre, et y organise l'évacuation de l'immense matériel pris au cours de la campagne. "Le major Valée", écrit le chef de l'état-major de l'artillerie, "était déjà connu comme bon officier de guerre, joignant la modestie au talent et à la moralité; aucun officier n'entend mieux que lui le service du train de l'artillerie..."

C'est toujours dans les mêmes fonctions que Valée participe à la campagne de 1806, engagée à la suite de la reprise des hostilités par la Prusse, qui aboutit rapidement à la déroute de son armée, à la suite des brillantes victoires simultanées d'Iéna et d'Auerstaedt, le 14 octobre 1806. Le 29 novembre, le général Songis, commandant en chef l'artillerie de l'armée, choisit Valée pour être le sous-chef de son état-major, et c'est en cette qualité que ce dernier prend part à la nouvelle campagne que la tardive intervention des russes oblige à entreprendre, dans "les boues de Pologne", au cours de l'hiver. Sylvain Charles Valée est promu colonel et officier de la Légion d'honneur, à l'âge de 33 ans, en janvier 1807. Il se plaint souvent de la lenteur de son avancement, qui selon lui est le lot du corps d'artillerie : "On me l'a fait trop attendre pour que cette faveur ne perde pas un peu de son prix..." Valée est aux côtés de l'Empereur, le 8 février 1807, lors de la bataille d'Eylau dont il écrit :" Je n'en ai jamais vu d'aussi chaude et sanglante; Valée suit à nouveau l'Empereur, et assiste à la bataille de Friedland, le 14 juin 1807. A sa femme, il écrit : "L'Empereur Napoléon doit être la terreur des empereurs et des rois de l'univers; il est au fait par lui-même, et nonobstant sa bonne fortune qui ne l'abandonne pas, bien au-dessus de toutes les têtes couronnées et régnantes actuellement..." Mais il ne le voit pas personnellement: "Je ne lui ai pas parlé depuis le départ de Boulogne".

Valée est à Königsberg, le 21 juin, à Tilsitt, le 28 quelques jours avant la signature du traité de juillet entre les deux empereurs; de nouveau à Königsberg, puis à Dantzig. Il donne souvent à sa femme ses impressions: Varsovie est "fort sale, fort pauvre... On y reconnaît la capitale d'un peuple autrefois grand, valeureux et considéré..." "L'Empereur, appuyé de sa grande armée, aura beaucoup à faire..." A Königsberg, il écrit: "Les femmes généralement sont grandes, très bien faites, se mettent avec assez de goût. Elles ont presque toutes une très jolie gorge...Il y en a d'une jolie figure, mais elles ont toutes des pieds affreux et mal chaussés". Il porte sur les Russes de l'armée un jugement très sévère : "Que diable avons nous de commun avec des êtres de cette espèce?;;;;Tout cela a à peine la figure achevée, les yeux mal coupés, le nez aplati, les lèvres grosses, la bouche très fendue, le teint basané, tout cela fort sale..." Valée passe l'été à Breslau et à Berlin, et reçoit enfin, à la fin d'octobre, la permission d'aller rejoindre sa femme à Strasbourg, où il va vivre une année entière auprès d'elle et de sa fille, tout en se consacrant à l'administration et à l'instruction du 1er régiment d'artillerie à pied. C'est le 10 décembre 1808 qu'il reçoit un ordre lui enjoignant de se rendre en poste à l'armée d'Espagne: il est à Bayonne, le 3 janvier 1809, et rejoint le 15, à Valladolid, le quartier-général de l'armée d'Espagne.

- Fin de la 1ère partie -


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CapitaineCOIGNET



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MessageSujet: VALÉE (Syvain-Charles) La Vie du général Valée - 2ème Partie   Mar 18 Déc - 20:27

Récit présenté par M. Jean-Pierre BIBET
Sources : M. Jean-Pierre BIBET
Témoignage du colonel de Beauregard, descandant du maréchal Valée.


La Vie du maréchal Valée
- 2ème Partie -


LA GUERRE D'ESPAGNE (1809-1814)

Lorsque Valée pénètre en Espagne, la campagne y est engagée depuis six mois, marquée par des revers qui n'ont pas permis à Joseph, frère de Napoléon et fait par lui roi d'Espagne, de se maintenir à Madrid. Il a fallu que l'Empereur vienne redresser la situation, dans une brève et brillante campagne qu'il laisse à Soult le soin d'achever, en poursuivant l'armée anglaise dans une retraite désastreuse qui aboutit à son rembarquement à la Corogne.

Mais, si Joseph a pu revenir à Madrid, Saragosse, assiégée à plusieurs reprises, résiste toujours. Lorsque le maréchal Lannes y pénètre enfin, en février 1809, la ville est en ruine, et 50.000 Espagnols y ont péri...Le 3e corps d'armée participe à la bataille, et Valée est le chef d'état-major de son artillerie. Il constate que ses troupes sont dans un état physique et moral lamentable, et s'emploie sans relâche à améliorer l'équipement, la subsistance, le parc de cavalerie, et aussi à limiter ou compenser les ponctions en effectifs, effectuées à tous les niveaux de la hiérarchies, pour renforcer l'armée d'Allemagne. En outre, sur les deux rives de l'Ebre, le 3e corps doit faire face au soulèvement de la population, à l'amorce de cette guerre de partisans qui sera si funeste à notre armée.
Ailleurs, les provinces du centre, la Manche et l'Estrémadure sont entre nos mains, et Soult a réussi à pénétrer au Portugal et prendre O'Porto (Porto), mais Wellington le rejette en Galice, pousse vers Madrid, livre la bataille indécise de Talavera de la Freina, et finalement est rejeté au Portugal.

Le 3e corps, future armée d'Aragon, voit arriver son nouveau chef, le général (futur maréchal) Suchet. Installé à Saragosse, il y réorganise l'armée, y restaure la discipline et le moral. Valée est chargé d'organiser les défenses de la ville, et de refondre l'artillerie en unités opérationnelles.
Les 15 et 17 juin, une première bataille est livrée contre le général Blake, qui s'est avancé jusqu'aux abords de Saragosse, à Belchite; elle s'achève par un succès complet: l'artillerie de Valée a dirigé son feu avec tant de précision qu'elle a réussi à faire exploser le parc à obus de l'ennemi, semant l'épouvante. Mais les débris dispersés de l'armée de Blake vont servir de renfort aux bandes de guérillas qui entourent le 3e corps.
Sylvain Charles Valée est nommé général de brigade, le 18 juillet 1809, et au mois d'août, il est nommé commandant de l'artillerie de l'armée de l'Aragon. Il s'emploie personnellement à renforcer la mobilité des pièces, et cherche à constituer une véritable artillerie de montagne, portée à dos de mulets, dont les premières pièces sont mises en essai. Il organise les parcs et dépôts, les approvisionnements. Chaque fois qu'il y a un siège, c'est lui qui, sur sa demande, en commande personnellement l'artillerie - l'arme savante de l'armée, l'arme décisive à l'époque, sans laquelle aucun assaut de place forte ne peut être gagné. Or l'Espagne est truffée de ces forteresses haut perchées et presque imprenables, puissamment armées et protégées, dont beaucoup résistent opiniâtrement. La savante préparation et mise en place de l'artillerie de l'armée de Suchet, l'efficacité de ses positions et de ses feux, vont susciter l'admiration de tous, la notoriété de son chef, et le succès complet des sept assauts successifs, conduits par Suchet de 1810 à 1812, dans les provinces qui lui sont confiées, l'Aragon et la Catalogne. Ainsi sera pacifié tout l'est de l'Espagne, qui, contrairement aux autres provinces, connaîtra jusqu'au repli, imposé par les revers subis ailleurs, une relative tranquillité et prospérité.

C'est au printemps 1810 que commencent ces brillants faits d'armes. Sur les autres théâtres d'opérations - conduites par Soult en Andalousie, Masséna au Portugal - la situation est beaucoup plus indécise, et tournera progressivement à notre désavantage, parfois au désastre.

C'est par la place forte de Lérida, à mi-chemin entre Barcelone et Saragosse, que Suchet décide de débuter sa campagne. Valée, laissant autant que possible sur place l'armement d'artillerie basé à Saragosse, fait venir de Burgos, de Pampelune et de Bayonne, les cinquante bouches à feu jugées nécessaires. Mais le siège est retardé par l'ordre, venu de Joseph à Madrid, de tenter un coup de main infructueux sur Valence, qui aboutit au repli. Le parc d'artillerie nécessaire au siège de Lérida est progressivement installé, à partir du 22 avril 1810, à quelque distance de la place-forte, non sans escarmouches, au cours desquelles est défaite l'armée du général O'Donnell, qui tentait de porter secours aux défenseurs. Des pluies extraordinaires et continuelles rendent très pénible l'ouverture de la tranchée et la mise en place de quatre batteries; on ouvre enfin le feu le 7 mai au matin; la vigueur de la riposte des pièces de la forteresse, causant de grands dégâts à nos batteries, impose d'en employer de nouvelles. Enfin, le12 mai au matin, douze batteries, dirigeant un feu considérable, ouvrent la brèche, l'assaut est donné le lendemain, et le drapeau blanc annonce la capitulation.
Ce prompt succès décide le commandement à procéder aussitôt à l'attaque de la place-forte de Mequinenza. Cette petite ville, située à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Lérida, dispose d'un fort sur l'Ebre, et est dominée par son château construit plus de deux cent mètres au-dessus, sur un rocher dont seul le prolongement vers l'ouest rend l'approche possible. La mise en place de trois batteries armées de quatorze bouches à feu nécessite l'ouverture d'un chemin à travers le roc. Le feu commence à l'aube du 8 juin; après trois heures de duel intensif d'artillerie, une large portion du parapet est écroulée, quatre embrasures hors de service; les bombes sur le donjon, et les boulets sur les remparts, empêchent l'ennemi de procéder à la réparation et au remontage de ses pièces. Après cinq heures de tir, le gouverneur demande à capituler.

La reddition de Lérida et Mequinenza, due au brillant comportement de l'artillerie, vaut au général Valée d'être créé baron de l'Empire, par décret impérial du 14 juin 1810.

Après ses premiers succès, Napoléon prescrit à Suchet de se diriger vers le sud, et de s'emparer de Tortose, et si possible de Valence. Les préparatifs se poursuivent durant l'été, au cours duquel Valée re-complète et groupe l'artillerie à Mequinenza. Il faut ensuite lui faire traverser l'Ebre, qui n'est navigable en été que lors des rares périodes de crues d'orages. C'est dans ces conditions qu'un premier convoi peut être acheminé le 7 septembre jusqu'à Xerta, sur la rive sud de l'Ebre; mais une nouvelle baisse des eaux oblige à aménager une route plus à l'ouest, et à transporter le reste de l'artillerie par voie de terre, en traversant d'âpres montagnes e des défilés dangereux; les convois parviennent à Xerta sans trop de pertes. Le dernier convoi est embarqué à nouveau sur dix-sept bateaux, le 8 novembre, et descend l'Ebre redevenue navigable; il est attaqué à une trentaine de kilomètres en aval, dans un endroit où le lit du fleuve est très resserré. Pendant quatre heures, les canonniers du convoi doivent lutter seuls contre l'attaque d'une forte bande armée, qui s'efforce de brûler les bateaux, mais n'y parvient que pour deux d'entre eux: enfin arrivent les renforts d'infanterie, et Valée parvient à acheminer ses bateaux jusqu'à Xerta, non sans avoir perdu vingt hommes dans cette embuscade. D'autres canonniers sont victimes des attaques subies, au cours de la descente de l'Ebre, par un convoi de barques chargées de grains, dont ils devaient assurer l'escorte; Vallée doit pourvoir au re-complètement en effectifs de l'équipage de siège, par mutation de fantassins "de bonne volonté, ayant la taille de 5 pieds 2 pouces (1 mètre 67), et la force nécessaire pour les manœuvres". L'infanterie nécessaire au siège tarde à venir, et ce n'est qu'à la mi-décembre que les opérations du siège de Tortose peuvent commencer.

Il s'agit d'un siège à priori difficile. Tortose, située non loin de la mer, sur la rive gauche de l'Ebre, possède une tête de pont sur la rive droite. Elle est entourée d'une enceinte bastionnée, renforcée à l'ouest par un ouvrage à cornes et à l'est par le fort d'Orléans, et flanquée d'un rocher escarpé couronné par le château. Il faut, tout d'abord, établir une communication en aval, entre les deux rives - faute de bateaux, on met en place trois portières et un pont volant. On ouvre la tranchée les19 et 20 décembre. Valée détermine l'emplacement des batteries, dont certaines doivent être établies sur le roc. Quarante-cinq pièces sont enfin mises en place, et ouvrent le feu le 29 décembre. Dès le 30, le pont de bateaux vers la tête de pont est coupé, l'avancée du fort d'Orléans démantelée, une brèche praticable ménagée dans la muraille. Puis toutes les batteries de mortiers et d'obusiers tirent sur le château. Le 1er janvier 1811, des pourparlers échouent, le feu reprend; la brèche est sur le point d'être franchie, lorsque le gouverneur fait arborer le drapeau blanc. "Les officiers et les soldats de l'artillerie eurent la plus grande part dans la prise de Tortose", écrit Suchet dans ses mémoires; "le talent distingué, l'activité persévérante du général Valée se montrèrent pleinement au milieu d'obstacles nombreux qu'il sut vaincre".

A la suite de cette victoire, Napoléon subordonne à l'armée d'Aragon les troupes de Catalogne, et confie à Suchet la mission d'assurer la prise de Tarragone, ville côtière située plus au nord (à une centaine de kilomètres au sud de Barcelone), qui résiste toujours, malgré cinq assauts infructueux de l'armée de Catalogne. Celle-ci, sous le commandement de Suchet, dispose de 40.000 hommes.

Valée s'occupe aussitôt de regrouper l'artillerie au fort du col de Balaguer, situé à mi-distance entre Tortose et Tarragone, et enlevé par un hardi coup de main le 9 janvier 1811. En même temps, il fait établir des batteries de côte pour protéger la marche des convois contre le tir de la flotte anglaise, qui croise dans ces parages.
Tarragone, située au bord de la mer, entre les rivières Gaya et Francoli, comporte une série d'ouvrages défensifs, et sa prise s'avère difficile. La ville haute est entourée de murailles antiques et d'une enceinte bastionnée, et assise sur un rocher escarpé de trois côtés; c'est seulement au sud-ouest que le terrain s'abaisse en pente douce vers le port et le Francoli. Là se situe la ville basse, défendue par trois bastions, par le fort Royal, et par le fort Francoli, construit à son embouchure. Un fort défend en outre, au nord-ouest, le plateau de l'Olivo. L'attaque doit être déclenchée contre la ville basse et le Francoli.
La première tâche de Valée est d'éloigner l'escadre et les chaloupes canonnières qui mouillent le long de la plage. Il fait construire une grande redoute sur le bord de mer, puis trois autres batteries de côte, et oblige la flotte anglaise à se tenir hors de portée. Puis on s'attaque au fort de l'Olivo, en établissant, non sans peine, quatre batteries dans le rocher. Le tir commence le 28 mai; l'assaut est donné le 29, et se termine à notre avantage : 47 bouches à feu sont prises, et retournées aussitôt contre la place. D'autres batteries sont édifiées alors, face au fort Francoli, ouvrage redoutable, avec escarpe, contrescarpe, place d'armes et avant fossé plein d'eau. Le tir de toutes les batteries commence le 7 juin à la pointe du jour; une brèche praticable est réalisée, et dès le soir, l'assaut est donné avec plein de succès. De nouvelles batteries sont édifiées, les parapets sont retournés sous la mitraille, et le tir est déclenché le 16 au matin, avec de grandes pertes de part et d'autre. Une batterie est établie sur le terre-plein de l'ouvrage, à l'abri d'un masque constitué de dix mille sacs de terre. Le feu est ouvert le 21 juin; un obus ennemi fait sauter le magasin à poudre et bouleverse la batterie : Valée la rétablit en moins de deux heures, sous le feu ennemi. Le soir même, l'artillerie a ouvert les brèches nécessaires; les bastions et le fort Royal sont enlevés d'assaut.
Mais les assiégés, qui espèrent l'arrivée de troupes envoyées par terre et par mer pour les secourir, résistent encore dans les haute et basse ville. Il faut donc se hâter de triompher des derniers obstacles. Quatre nouvelles batteries sont construites à travers toutes sortes de difficultés, et le feu est ouvert le 28 juin au matin. Dès cinq heures du soir, une large brèche ouvre aux grenadiers, qui livrent un furieux assaut, une brillante entrée dans Tarragone. Pendant 46 jours de tranchée et 32 jours de feu, l'artillerie avait été à l'honneur, et son activité avait été décisive. Au cours des cinq assauts successifs qu'il avait fallu mener, elle avait perdu 18 officiers, 260 canonniers, 15 de ses pièces avaient été mises hors de service. A la suite de cette victoire, le général Suchet obtint le bâton de maréchal, et Valée fut nommé général de division par décret impérial du 6 août 1811.
- Fin de la 2ème Partie -


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MessageSujet: VALÉE (Syvain-Charles) La Vie du général Valée - 3ème Partie   Mar 18 Déc - 20:31

Récit présentée par M. Jean-Pierre BIBET
Sources : M. Jean-Pierre BIBET
Témoignage du colonel de Beauregard, descendant direct du maréchal Valée.


LA VIE DU MARÉCHAL VALÉE - 3ème Partie -

LA GUERRE D'ESPAGNE (1809 - 1814) - Suite 2 -

Déjà un nouvel effort est demandé à l'armée d'Aragon, et le 25 août, l'Empereur lui assigne la conquête du royaume de Valence. Le maréchal Suchet, qui sait qu'à Paris on se fait des illusions sur l'état d'esprit des Espagnols, que le général Blake a réuni plusieurs armées pour défendre Valence, et qu'on y fait d'immenses travaux pour fortifier la place, décide d'abord de s'attaquer tout d'abord au fort de Sagonte, qui domine et protège la côte, à une vingtaine de kilomètres au nord de Valence, du haut d'un rocher très élevé, à pic sur presque tout son pourtour. Une attaque par surprise échoue le 28 septembre; dès lors c'est à Valée - de retour, après avoir passé un mois en France - qu'il incombe d'amener, depuis Tortose, l'équipage de siège. Valée fait tout d'abord tomber par son feu un ouvrage intermédiaire, le fort d'Oropesa, ainsi qu'une tour carrée voisine, située au bord de la mer, et les opérations du siège de Sagonte sont activement menées. Le 17 octobre, les batteries ouvrent le feu, une brèche est pratiquée, mais l'assaut échoue. C'est en rase campagne que le sort de Sagonte se décide : le général Blake vient au secours de la place, mais le 25 octobre, son armée est mise en déroute dans la plaine. Ayant perdu espoir d'être secourue, Sagonte capitule dès le lendemain.
Suchet s'avance aussitôt vers Valence, et s'établit sur la rive gauche du Rio Guadalaviar, face à Blake dont l'armée occupe la rive droite. C'est seulement après avoir reçu le renfort de deux divisions qu'il parvient, le 26 décembre, à franchir le fleuve en plusieurs points avec l'appui de l'artillerie, rejetant la plus grande partie de l'armée de Blake dans Valence, et complétant son investissement.
L'ouverture de la tranchée et la construction des batteries sont décidées pour le 1er janvier 1812. Malgré la pluie qui rend les chemins presque impraticables, Valée fait venir en toute hâte l'équipage de siège; dès le 5 janvier, l'ennemi évacue les lignes extérieures, abandonnant 81 bouches à feu, et se renferme dans le corps de place. Aussitôt commence le bombardement, à raison de mille bombes et obus par jour, et dès le 8 janvier au soir, Blake capitule, mettant en notre pouvoir plus de 18.000 prisonniers, 374 bouches à feu...
Pour achever la soumission du pays de Valence, une place restait à prendre : la ville de Peniscola, située sensiblement à mi-distance entre Valence et Tarragone, assise sur un îlot rocheux en pleine mer, reliée au continent par une mince langue de terre, et dominée par un château-fort bâti par les Templiers. Le 28 janvier1812, nos batteries commencent le bombardement; le 4 février, après avoir vainement essayé d'obtenir le secours des Anglais, le gouverneur capitule. Désormais, les provinces d'Aragon et de Catalogne sont pacifiées. Valée s'emploie à réparer le matériel, à confectionner les munitions, à armer les places fortes, avec l'intelligence et l'esprit d'organisation qui ont déjà établi sa renommée. Mais au fur et à mesure de la remise en état de l'armement, il reçoit l'ordre d'en céder une partie pour les troupes qui combattent ailleurs en Espagne, et pour la France : les échecs essuyés par Masséna, Soult, Jourdan, Marmont sous les coups de boutoir de Wellington, tant en Espagne qu'au Portugal, et les revers subis en Allemagne, après la retraite de Russie, obligent l'Empereur à ordonner ces prélèvements, puis à se résigner à l'abandon de la péninsule espagnole, dont les voies de communication avec la France sont menacées. Dans les douloureuses étapes de
cette retraite, l'armée d'Aragon saura conserver sa cohésion, organiser méthodiquement l'évacuation du pays, et venir en aide aux armées voisines en difficulté; et le service de l'artillerie supportera, pendant cette période, la plus grande part des travaux et des soucis.
Son épouse s'est rendue auprès de lui, à Valence, en 1813, mais a dû rentrer rapidement en France pour raisons de santé.
C'est en 1813 que commence la retraite. La défaite de Vitoria, dans le nord de la péninsule, oblige Suchet à quitter Valence; et l'abandon de Saragosse, à se retirer de l'Ebre, sur le Lobregat, rivière de Barcelone. En octobre, Wellington franchit à l'ouest la Bidassoa, et les effectifs de Suchet subissent de telles ponctions que toute opération offensive devient impossible. Le général Valée est chargé de faire l'inspection des places de la Catalogne et du Roussillon, pour en constituer l'armement. Il arrive le 27 octobre à Perpignan, et c'est de cette ville qu'il organise le secours des garnisons de Tortose, Lérida, l'armement des places de Barcelone, Figueras, puis la protection de la frontière, enfin l'évacuation de tout le matériel superflu pour la défense.
Dès janvier 1814, l'armement mis en place par Valée dans les dernières places fortes occupées en Espagne doit être évacué vers la France. Et il organise son départ, en huit convois successifs, à destination de Lyon et Avignon. En février, il retourne auprès de Suchet à Girone, organise le repli du reste de l'artillerie à Narbonne, et rejoint Perpignan, d'où il fournit du secours à l'armée du maréchal Soult en difficulté plus à l'ouest. Par sa comptabilité rigoureuse, par le contrôle sévère de ses ressources, il sait toujours utiliser au mieux de l'intérêt général les moyens qui sont à sa portée.
Par décret impérial daté de Soissons, le 12 mars 1814, sur la proposition du ministre de la Guerre, Napoléon de sa main, fait du général Valée un comte de l'Empire.
Le 13 avril, Suchet, de Narbonne, apprend la chute de l'Empire et le rétablissement des Bourbons. Les 18 et 19 avril, Wellington signe avec Soult et Suchet les conventions qui mettent fin aux hostilités en Espagne : les troupes françaises sortent avec armes et bagages des garnisons qu'elles y occupent encore. Le 26 avril, le général Valée est nommé commissaire extraordinaire pour traiter de la remise des places : à ce titre, il assure la rentrée en France d'une grande quantité de matériel, dont plus de 600 bouches à feu, et celle de 20.000 Français.

- Fin de la 3ème Partie -


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MessageSujet: VALÉE (Syvain-Charles) La Vie du général Valée - 4ème Partie   Mar 18 Déc - 20:57

Biographie du maréchal Valée présentée par M. Jean-Pierre BIBET
Sources : M. Jean-Pierre BIBET
Témoignage du colonel de Beauregard, descandant direct du maréchal Valée.


LA VIE DU MARECHAL VALÉE - 4ème Partie -


LA VIE EN FRANCE - LA REFORME DE L'ARTILLERIE (1814-1837)

(1ère Partie)


Une fois rentrées en France, les armées d'Espagne sont regroupées dans une armée du Midi, sous les ordres du maréchal Suchet. Valée en réorganise l'artillerie, réunit son matériel à Toulouse, achemine les compagnies dans les villes où elles doivent tenir garnison. une décision du 15 juin 1814 l'appelle alors à rejoindre Strasbourg, où il est nommé inspecteur général de l'artillerie. Il doit de nouveau montrer sa compétence en matière d'organisation, dans la constitution des nouvelles unités de son arme. Il le fait malgré un état de santé précaire : il est en effet atteint de rhumatisme lombaire, et de fréquentes rechutes de colique bilieuse, accompagnées de vives douleurs à l'estomac. Il se plaint aussi de douleurs aux jambes, dues à la goutte. Ses ennuis de santé, ainsi que ceux de son épouse, les préoccuperont constamment, et les conduiront à effectuer des cures thermales.

Au début de 1815, Valée arrive à Paris pour prendre part aux délibérations du Comité central de l'artillerie. Bien qu'ayant toujours fidèlement servi l'Empereur, il avait reçu du roi Louis XVIII plusieurs marques de satisfaction : chevalier de Saint-Louis en juin 1814, grand-officier de la Légion d'honneur en janvier 1815....lorsque le 26 février, le retour de l'Aigle provoque à nouveau le branle-bas de combat. Le 27 mars, il reçoit de Davout, alors ministre de la Guerre, la mission de rejoindre Strasbourg, pour y commander l'artillerie de la 5e division militaire, et organiser la mise en état des places de la frontière. Le 2 mai, mission remplie, il est à nouveau appelé à Paris, pour assurer la constitution du parc de l'artillerie de réserve à Vincennes : cette tâche, dans l'état désordre où se trouve le pays, s'avère très difficile. Des ateliers sont montés dans Paris même pour réparer les armes, et à la fin mai, sont en mesure de livrer1200 fusils par jour. Le 11 juin, un Conseil de défense est constitué, et Valée y est chargé de l'armement de Paris, que le général Haxo, commandant du Génie, doit mettre en état de défense. Le 11 juin, Napoléon quitte Paris pour rejoindre l'armée... et le 19 au soir, arrive dans la capitale la nouvelle du désastre de Waterloo. Valée multiplie les efforts d'armement, à Belleville, Picpus, Montmartre, le long du canal Saint-Denis, à la Chapelle, Ménilmontant, Clichy, et s'établit à la Villette, où Davout à transporté son quartier-général. Dès le 30 juin, les Prussiens se rendent maître d'Aubervilliers, et le 1er juillet, de Versailles. Le gouvernement entame des négociations pour la reddition de Paris, tandis que Valée se transporte avec Davout à Montrouge; c'est le 4 juillet que ce dernier fait savoir aux généraux les termes de la convention : l'armée doit évacuer Paris en trois jours, peut emporter son matériel, et doit être en huit jours sur la Loire. Valée fait aussitôt adjoindre au matériel de l'armée toutes les pièces de campagne qui ont été mises en position dans les ouvrages, prenant en outre toutes les mesures nécessaires pour conserver à la France le plus d'artillerie possible, et obtient enfin, mission remplie l'autorisation de quitter Paris pour s'efforcer de restaurer une santé très éprouvée par les fatigues physiques et morales qu’il vient d'endurer. Il va pouvoir connaître à quarante ans, auprès de sa femme et de sa fille Adèle, qu'il chérit tous les deux, et qui ont alors respectivement 34 et 9 ans, les joies de la vie familiale auxquelles il aspirait depuis son mariage.

Le 2 août 1815, il est désigné pour faire partie du Comité central de l'artillerie, chargé de préparer la réorganisation de ce corps, et l'épuration de son personnel. Après plusieurs séances, ce Comité propose, en février1816, de désigner comme rapporteur le lieutenant-général Valée, qui sera maintenu pendant quatre ans dans ces importantes fonctions, et dont les premiers soins seront de donner au Comité des locaux appropriés, de grouper autour de lui les dépôts, modèles, cartes et plans, de préparer l'installation d'un musée, de faire dépouiller et classer les archives de cette arme. Il avait dû auparavant, dans le courant de janvier 1816, justifier de sa conduite pendant les Cent-Jours, et faire reconnaître qu'elle avait constamment visé à conserver à la France tous les moyens possibles en artillerie.

Le Comité central, composé de généraux absorbés par des tournées d'inspection, par la reconstitution du matériel et la réorganisation des établissements, ne se réunit pas fréquemment; Valée lui-même est désigné pour l'inspection de la région du Centre, comprenant Paris, Vincennes (le dépôt central de l'artillerie dont il est directeur) et l'ensemble des fonderies, forges, manufactures d'armes et poudres. Il occupe alors un appartement situé au11, rue Saint-Dominique.
Sa femme et sa fille font de fréquents déplacements dans l'est de la France, au moins l'été, chez des amis ou aux eaux, et Valée les associes aux recherches entreprises pendant plusieurs années pour trouver une maison de campagne agréable mais simple, à un prix abordable: la famille n'a pas de ressources propres, et il n'a, comme il l'écrit lui-même, "d'autre fortune que son état".

Les difficultés de fonctionnement du Comité central, ainsi que diverses animosités personnelles, finissent par amener le ministre à mettre fin à l'activité de cet organisme, et une ordonnance du 13 février 1822 met à la tête de l'arme un inspecteur général du Service central de l'artillerie, assisté d'un Comité consultatif qu'il préside. Le même jour, et bien qu'il ne fût pas le plus ancien de grade, le général Valée est désigné pour cet emploi. C'est le début d'une période de huit années, au cours desquelles son expérience, son esprit méthodique et organisé, son dévouement au bien public vont lui permettre d'étendre sa renommée, et de mériter le titre de "premier artilleur de l'Europe". Grâce à lui, l'artillerie sera dotée d'une organisation nouvelle et d'un système complet de bouches à feu, adopté et mis en oeuvre en 1827, qu'on désignera sous le nom de "système Valée".

Déjà, avant 1822, il avait fait adopter un système général d'armement pour les places fortes et le littoral. Le travail qu'il accomplit dans ses nouvelles fonctions a été excellemment décrit par le comte Molé, qui, chef du Gouvernement sous Louis-Philippe, et responsable en 1837 de son envoi en Algérie, prononça en 1847 son éloge funèbre devant la Chambre des pairs.

Ces éminents services lui valent divers titres de reconnaissance. Il reçoit en 1827 la croix de commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis. En février 1828, il est nommé membre du Conseil supérieur de la Guerre, dès sa création; en novembre, accompagnant le roi Charles X en visite dans les principales places de l'Est, il est comblé de compliments et d'attentions. Par ordonnance du 12 novembre 1828, il est nommé conseiller d'Etat en service extraordinaire; et le 27 janvier1830, il est élevé par Charles X à la dignité de pair de France, à titre héréditaire.

Sur le plan de sa vie privée, ses aspirations, et celles de son épouse et de sa fille, à disposer d'une maison de campagne, en complément de l'appartement qu'ils occupent à Paris, ont été enfin satisfaites par l'acquisition, en 1821, d'une résidence dans le Gâtinais: le domaine du Pin, situé sur le territoire de la commune de Mérinville, à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Montargis. Il s'y rend souvent, s'y estimant "bien à l'abri des manœuvres et des combinaisons politiques", rejoignant sa famille qui y vit une grande partie de l'année, peu sociable, réduisant au minimum les mondanités qu'il exècre, il quitte Paris même pour de très brefs séjours, se passionne pour la remise en état du manoir délabré, redessine le parc et aménage un jardin potager: par lui-même, ou par les instructions qu'il adresse à sa femme et sa fille en correspondant constamment avec elles, il se consacre à ces tâches relativement mineures avec une précision et une minutie étonnantes.

Hélas, plus encore que la sienne, la santé de sa chère épouse ne cesse de décliner; une grave affection cardiaque l'oblige à s'aliter fréquemment; et dans la nuit du 22 au 23décembre 1828, la mort frappe cette compagne tendrement et fidèlement aimée. Il écrira: "Elle m'offrait le modèle de toutes les vertus....Elle est heureuse maintenant... et nous qui la pleurons, avons le cœur déchiré. J'ai pu du moins recevoir son dernier soupir et sa bénédiction..."Il est alors soutenu dans son épreuve par la sollicitude aimante de sa fille Adèle, bien que celle-ci ait aussi à mener sa vie propre: elle avait épousé à vingt ans, le 7 mai 1825, le baron (et futur comte) Charles de Salles, né à la Martinique en 1803, qui était alors élève officier à l'Ecole d'application d'état-major. Charles de Salles fera une brillante carrière militaire, servira auprès de son beau-père en Algérie, à l'armée d'Orient comme général de division en 1854, sera également député puis sénateur du Loiret, et mourra accidentellement en 1858. Adèle aura de lui quatre enfants, et résidera surtout à partir de 1837 dans le Gâtinais, à peu de distance du Pin, au château de Platteville. Aussi longtemps que vivra son père, pour qui elle a un véritable culte, Adèle de Salles ne cessera de séjourner souvent chez lui, de lui dire, de lui écrire - plus qu'à son mari! - sa tendresse, de s'occuper de sa santé, de ses soucis, et de multiples problèmes matériels de sa vie privée.

Mais les réformes introduites dans l'artillerie par l'adoption du "système" qui portait son nom imposent à Valée la diversion d'un travail assidu, propre à atténuer son chagrin. Déjà, en 1827, il avait été amené à séjourner longuement au camp de Saint-Omer, où l'on procédait à de nombreux essais, dirigés par lui, en vue de mener à bien l'application de sa réforme de l'artillerie. Il avait aussi fait adopter par le Conseil supérieur de la guerre une organisation nouvelle du personnel de ce corps, dont l'essentiel consistait à rattacher à chaque compagnie d'artillerie la fraction du train qui devait lui fournir les attelages, et à déterminer l'effectif de la nouvelle unité, dénommée batterie, par la condition de se suffire à elle-même pour atteler et servir une batterie de bouches à feu. Complétant la réforme du matériel, celle du personnel va mettre l'artillerie française, pour longtemps, au premier rang européen.

En outre, une ordonnance du 20 septembre 1829 rattache à l'artillerie le Service des poudres et salpêtres, et nomme Valée, alors Premier inspecteur général du corps royal de l'artillerie, directeur général de ce Service. Il s'emploie aussitôt à modifier la fabrication de la poudre, remplaçant l'ancien mode vicieux de trituration, et faisant reconstruire les poudreries. On lui doit aussi le transport vers l'intérieur des anciennes
manufactures d'armes, mal placées près des frontières, et l'établissement des manufactures de Saint-Etienne et Châtellerault.

Les distinctions dont Valée était l'objet, du temps de Charles X, ont eu pour lui des conséquences pratiques. D'une part, en tant que directeur général du Service des poudres, il est invité à occuper le petit hôtel réservé à cette fonction (ancien hôtel de la duchesse du Maine, contigu à l'arsenal édifié sur le terrain délimité par la Bastille, le boulevard Morland, et la caserne des Célestins): Valée semble ne l'avoir occupé que très temporairement. D'autre part, en tant qu'admis à siéger à la Chambre des pairs, Valée doit justifier d'un majorat de 10 000 francs de revenu net: pour y parvenir, compte tenu de la modestie du domaine du Pin, il devra reprendre une ferme voisine, donnée en dot à sa fille, et ajouter au domaine quelques bois que son gendre avait achetés.

- Fin de la 4ème Partie -


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MessageSujet: VALÉE (Syvain-Charles) La Vie du général Valée - 5ème Partie   Mar 18 Déc - 21:03

Biographie du maréchal Valée présentée par M. Jean-Pierre BIBET
Sources : M. Jean-Pierre BIBET
Témoignage du colonel de Beauregard, descendant direct du maréchal Valée


La Vie du Maréchal Valée - 5ème Partie -
Suite ...LA VIE EN FRANCE - LA REFORME DE L'ARTILLERIE (1814-1837)
(2è partie)


Le modèle d'artillerie, modèle 1827, né de l'adoption du "système Valée", ne tarde pas à faire ses preuves à l'occasion des évènements d'Algérie. Le dey d'Alger ayant frappé de son chasse-mouches le consul de France, en 1827, sous prétexte d'un différend sur les redevances dues par les comptoirs commerciaux et attachés à la pêche du corail, le blocus des côtes d'Algérie avait été décidé, et le dey menacé d'une punition éclatante; néanmoins, des pourparlers entrepris en 1829 avaient donné lieu à des tirs d'artillerie sur nos parlementaires. L'expédition avait été alors résolue par le ministère Polignac; c'était la plus justifiée des mesures impopulaires décidées par ce ministère, combattu par la presse, en butte à une opposition stipendiée par l'Angleterre, et constitué par un roi longtemps dénoncé comme inintelligent, borné, bigot, le dernier des rois Bourbons, aujourd'hui en voie de réhabilitation: déjà Stendhal, peu suspect de sentiments monarchistes, écrivait : "Il faudra des siècles à la plupart des peuples d'Europe pour atteindre au degré de bonheur dont la France jouit sous le règne de Charles X".

Ce gouvernement décide donc de venger l'insulte du dey d'Alger, et de monter une expédition, à la préparation de laquelle Valée participe par l'organisation de son artillerie. Le débarquement de notre armée à Sidi Ferruch, la bataille de Staouëli et la prise d'Alger en juin 1830, connaissent un plein succès, auquel contribue notre artillerie, grâce à sa mobilité qui résulte des réformes adoptées. Le gendre de Valée participe à l'expédition, et se fait remarquer par sa bravoure. Mais à peine le drapeau fleurdelisé est-il arboré que les murs d'Alger qu'il cesse d'être le drapeau de la France, à l'avènement, le 8 août 1830, du roi Louis-Philippe. Parmi les premiers actes du gouvernement figure l'annulation des nominations de pairs faites par Charles X, dont celle de Valée, et dès le 8 septembre, la suppression des fonctions de Premier inspecteur général de l'artillerie, qui entraîne sa mise en disponibilité. Comble d'infortune, c'est un ennemi personnel, qui le poursuivra pendant des années de son hostilité, le général d'Anthoüard, lié intimement avec le nouveau ministre de la guerre, et le lieutenant-général le plus ancien de l'arme, qui est nommé président du Comité de l'artillerie, et occupe l'hôtel de fonctions du directeur du Service des poudres et salpêtres.

Cette disgrâce temporaire de Valée, qui frappait alors tous les personnages en vue du temps de la Restauration, n'était aucunement motivée par des raisons politiques. Cet homme qui était né sous l'Ancien Régime, qui avait connu et traversé la Révolution, l'Empire, Les Cent-Jours, la Restauration et la Monarchie de Juillet, avait accepté de servir sous tous ces régimes, et n'avait été mis à l'écart par aucun d'entre eux : pour lui, la fonction publique, et en particulier militaire, était au service de l'Etat, indépendamment de l'aspect politique de son Gouvernement. Est-ce à dire qu'il n'avait, en cette matière, aucune opinion personnelle ? Il est difficile de répondre : toute sa correspondance privée est d'une grande discrétion à cet égard; dès qu'ils sont hauts placés, les personnages qu'il cite ne sont mentionnés que par leurs initiales ou par des surnoms.
Il apparaît toutefois que s'il était sévère sur la Révolution, s'il admirait (sans sympathie, semble-t-il) Napoléon, il était de tendance libérale, détestait les "Ultra" de la Restauration, se moquait des gens qui "s'estiment de qualité"; sur le tard, il estimera que Thiers, Guizot sont trop conservateurs. Il est piquant de constater que la seule période de sa carrière où, pendant deux ou trois ans, il avait été victime d'un certain ostracisme, ait été celle de l'avènement d'un régime constitutionnel relativement libéral, celui de la Monarchie de Juillet, qui était sans doute celui qui répondait le mieux à son inclination.

Il ne semble pas qu'il en ait réellement souffert. Son combat pour faire adopter le nouveau statut de l'artillerie lui avait imposé des "démarches et manœuvres auxquelles il répugne". En 1830, il a 56ans, et aspire déjà au repos.

Il mène alors, pendant plusieurs années, la vie simple et retirée à laquelle il aspire. A Paris, il fuit les mondanités, ne se rend qu'aux invitations de ses quelques amis - parmi lesquels les maréchaux et généraux des campagnes d'Espagne : Soult, Macdonald, et surtout Suchet jusqu'à sa mort en 1826, puis sa veuve. Il est un homme de goût, cultivé, comme en témoigne fréquemment sa fille, et il fréquente assidûment les musées. Cependant, il préfère la campagne, et effectue des séjours beaucoup plus prolongés dans sa chère ferme "du Pin". Il cultive son domaine, empoissonne et pêche son étang, surveille sa "ferme modèle", entreprend des travaux de jardin, plante, sème et récolte, vend son blé et son avoine, dont il est très fier. Il chasse volontiers, envoie son gibier à sa chère Adèle à qui il écrit (ainsi qu'à sa petite-fille Marie qu'il chérit aussi), et fait porter des colis, plusieurs fois par semaine. Homme religieux, il s'occupe de faire édifier une chapelle funéraire pour son épouse.
Sa fille après la naissance de Marie, a eu la douleur de perdre un fils (François), mais le remplace par Ferdinand, qui naît en 1831. Le ménage de Salles habite alors au 50, rue de Grenelle, à Paris. Charles, officier brillant mais ambitieux et impulsif, se plaint fréquemment du rythme trop lent de son avancement, songe à démissionner, et aimerait jouer un rôle politique, au moins à la campagne. Adèle continuerait volontiers à séjourner au Pin, mais son mari, qui a plus de moyens, aspire à mieux. En juillet 1837, il acquiert le château de Plateville, situé sur la commune de Villemandeur, à côté de Montargis. Adèle y vivra la plupart du temps, y recevant parfois son père et continuant à séjourner au Pin, distant seulement d'une vingtaine de kilomètres.

Le temps de la disgrâce de Valée s'achève bientôt. On le sollicite au Conseil d'Etat, dont il est membre depuis1828, et à partir de février 1834, il participe de nouveau à ses délibérations. En mars1834, on le remet en position d'activité, de manière à lui permettre de faire partie du Comité Supérieur de l'Artillerie. Enfin, en février 1835, il est à nouveau nommé directeur général du Service des poudres et salpêtres. Il ne s'installe pas, toutefois dans son hôtel attaché à cette fonction : son ennemi personnel, celui que dans sa correspondance il appelle "le Serpent", le général d'Anthoüard qui, à la suite du changement du ministre de la guerre, n'est plus président du Comité d'artillerie, mais occupe le dit hôtel, refuse de l'abandonner, sous prétexte qu'il est en droit de présider dans certains cas le Conseil d'administration des poudres. Une ordonnance royale est nécessaire pour supprimer ce privilège; néanmoins Valée se refuse à occuper l'hôtel de l'arsenal, et reste plus modestement dans l'appartement qu'il occupe alors, au N°38 de la rue de Bellechasse, à deux pas de son ancien appartement de la rue Saint-Dominique, à Paris.

Ce n'était pas sans motif qu'on avait fait à nouveau appel à Valée pour diriger le service des poudres, dont le fonctionnement était alors défectueux, tant sous le rapport de la fabrication de la poudre que sous celui du commerce du salpêtre. Sous son administration, des procédés vétustes sont abandonnés; l'introduction en France des salpêtres étrangers est autorisée, et simultanément de nouveaux procédés permettent à l'administration de s'en procurer de l'intérieur; enfin le Service lui-même est réorganisé. De toute cette action résultent, pour l'Etat, des économies considérables.

Les préventions qui s'étaient fait jour contre Valée se dissipent, du reste de plus en plus; le duc d'Orléans, qui se lie bientôt d'amitié en Algérie avec lui, contribue à lui faire rendre justice. C'est ainsi que par ordonnance du 11septembre 1835, il est élevé à nouveau (mais cette fois à titre non héréditaire) à la dignité de pair de France. C'est sans joie qu'il se réinstalle à Paris, chargeant sa fille Adèle de s'occuper de mille détails concernant ce qu'il appelle "son économie rurale", c'est-à-dire l'entretien et l'exploitation "du Pin". L'acquisition du château et des terres de Platteville sur la commune de Villemandeur (Loiret) par le jeune ménage en 1837, bien qu'il la trouve normale, le porte à la mélancolie; du Pin, il écrit à Adèle: "Le Pin est ce qu'il était, beau, frais, presque élégant, mais sans âme"..."Je n'avais n'y acquis ni embelli le Pin pour moi; j'ai pris plaisir à y travailler, mais pour un but qui m'échappe. Sa fille proteste aussitôt : "Le but principal de l'acquisition de Platteville est de s'acheminer à la députation (de son mari); la proximité du lieu me donnait la garantie d'être souvent au pin, qui ne lui sera jamais sacrifié"... "Le Pin est devenu pour moi la terre promise d'où je souffre d'être exilé". Mais cette propriété allait aussi devenir pour longtemps une simple terre promise pour son père, qu'appelait un nouveau destin...

- Fin de la 5ème Partie -


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MessageSujet: VALÉE (Syvain-Charles) La Vie du général Valée - 6ème Partie   Mar 18 Déc - 21:09

Récit présentée par M. Jean-Pierre BIBET
Sources : M. Jean-Pierre BIBET
Témoignage du Colonel de Beauregard, descendant du maréchal Valée.


LA VIE DU MARECHAL VALÉE - 6ème Partie -



LA PRISE DE CONSTANTINE (13 OCTOBRE 1837)

- 1ère partie -


Pour bien apprécier les circonstances dans lesquelles Valée allait jouer un rôle essentiel en Algérie, il n'est pas inutile de rappeler ce qu'était ce pays à l'époque. Il n'y avait pas d'Etat algérien, tout au moins depuis la domination romaine; il y avait un ensemble de classes dirigeantes, qui se composaient exclusivement d'étrangers : milice ou odjak, corps militaire recruté en Turquie, et réïs, patrons corsaires et pirates de toutes nations, groupés en corporation ou taëffe, dont le pouvoir extra-officiel était en fait souverain. Que les chefs nominaux se soient appelés pacha, agha, dey ou bey, il n'y avait pas de pouvoir réel, et les Turcs avaient habilement opposé les chefs les uns aux autres, s'appuyant sur des tribus déclarées "makhzen" (exemptes d'impôt, à charge de service militaire) : les collectivités n'étaient que très incomplètement soumises, et conservaient une indépendance des plus agitées. La "régence" d'Alger était alors gouvernée théoriquement par Hussein-Dey, né en Asie mineure, petit fonctionnaire qui devait sa place à la faveur de son prédécesseur Omar-Pacha. Et c'est ce même Hussein-Dey qui avait mis le comble au mécontentement de la France, dont les comptoirs commerciaux, reconnus en droit, étaient en but à toutes sortes de tracasseries, et dont les navires étaient attaqués par les pirates réïs; qui s'était permis, en 1827, de souffleter le consul français Deval, de son éventail de palmes de dattier : pour seul motif qu'il n'avait pas encore reçu réponse à sa lettre, réclamant indûment le versement de nouvelles indemnisations concernant l'établissement des comptoirs côtiers et l'exercice de la pêche du corail. Pour venger cet affront qui fait suite à de multiples vexations, et mettre un terme à une insécurité permanente, la France de Charles X - non sans hésitations, et avec l'hostilité des représentants à la Chambre des députés, et surtout de ce que nous appelons aujourd'hui les médias - avait tout d'abord organisé le blocus du port d'Alger, puis décidé en 1830, de débarquer en Algérie, et de reconquérir à tout le moins la région d'Alger. Mais cette expédition victorieuse n'avait pas donné l'Algérie à la France : sous les gouvernements successifs des généraux Clauzel, Berthezène, Savary, Voirol, Damrémont, des raids militaires victorieux mais sans lendemain avaient certes un peu affermi notre domination, mais laissaient subsister de vastes régions insoumises. Le prestige de l'émir Abd-el-Kader, adversaire subtil et ambitieux, subsistait largement à l'ouest, en Oranie, dont il était originaire, et se faisait sentir progressivement, au-delà de la Kabylie, vers l'est, où le chef nominal, le pacha (nommé aussi bey) Hadj-Ahmed, régnait sur le Constantinois. Du côté français, la séparation de fait des pouvoirs civils et militaires n'arrangeait rien; les colons qui tentaient de s'implanter dans la plaine de la Mitidja, au sud-ouest d'Alger, se trouvaient en pleine insécurité ; l'armée n'avait pas de casernements réguliers. Le général Bugeaud, à l'ouest, avait négocié avec Abd-el-Kader, à la suite de plusieurs succès militaires, de son propre chef et sans tenir compte des instructions reçues, le 30 mai 1837, le traité de la Tafna, qui fut sévèrement critiqué - et pèsera si fort, par la suite, sur le gouvernement de Valée - mais la France n'avait pas osé le renier : en échange d'une reconnaissance théorique de "la souveraineté de la France en Afrique", l'émir avait pratiquement les mains libres à l'ouest ; le gouvernement direct de la France était cantonné autour d'Oran et Alger, du Sahel et de la plaine de la Mitidja ; encore l'émir y faisait-il de fréquentes incursions, et tentait-il d'établir son pouvoir de fait sur les régions orientales, soulevant partout les tribus et leurs chefs locaux contre la domination française.

Clauzel, fait maréchal à la suite de sa conquête d'Alger en 1830, et nommé gouverneur général en 1835, avait obtenu du gouvernement Thiers et de la Chambre des députés les mains libres, avec 35.000 hommes de troupes - ce qui, en fait, était dérisoire au vu des buts à atteindre. - pour transformer en possession l'occupation d'une partie de l'Algérie, y établir des garnisons et masser des colonnes mobiles dans les villes importantes. Pendant sept ans, nos entreprises allaient être dirigés alternativement à l'ouest contre Abd-el-Kader, à l'est contre Ahmed-Bey. L'est, le Constantinois, avait toujours, dans l'histoire, été occupé et pacifié avant l'ouest, aussi bien par les conquérants carthaginois et romains, qu'arabes et turcs, ou même la civilisation chrétienne des premiers siècles. La docilité traditionnelle et l'importance de la population, l'étendue et la richesse du territoire, les relations faciles avec la fertile régence de Tunis, enfin l'ancienneté des établissements de la côte remontant au seizième siècle, expliquaient ce choix : sous la domination turque, le Beylical de Constantine était un vrai royaume, le peuple se laissait gouverner par quelques centaines de Turcs, et les Arabes de la province s'étonnaient que le bey de Constantine fût laissé libre d'exercer en paix un pouvoir qu'ils s'attendaient à voir tomber aux mains des Français avec celui du dey d'Alger : plusieurs chefs de tribus avaient déjà offert de concourir au renversement du pacha Hadj-Ahmed. Il fallait donc, non passe borner à défendre les comptoirs de la côte, mais conquérir, occuper et pacifier l'intérieur, dont la capitale, Constantine, n'était pas près de la mer, mais située à près de deux cents kilomètres du port de Bône.

Dernier représentant des Turcs en Algérie, indépendant du dey d'Alger du fait de la conquête de 1830, Ahmed-Bey, pacha de Constantine, était un homme imposant, brave, entreprenant, ombrageux et sanguinaire, faisant disparaître même ses proches au moindre soupçon. Libertin, riche et avare, ennemi juré des chrétiens, il nommait à tous les emplois, confisquait les biens selon son bon plaisir. Il avait envoyé par petits groupes dans les tribus les Turcs de sa milice, avait fait massacrer les chefs locaux, et les avait remplacés par des Kabyles, étrangers au reste de la population, qui traitaient les habitants en peuple conquis.

Le corps expéditionnaire, qui comportait 7 000 hommes, fut réuni à Bône à la fin d'octobre 1836, avec la participation du duc de Nemours, cinquième enfant du roi Louis-Philippe, alors âgé de 22 ans. L'attaque de Constantine, menée en novembre, échoua piteusement, faute de moyens d'artillerie contre cette place-forte aux défenses naturelles formidables. La retraite fut décidée et organisée dans la précipitation, sous le feu des arabes de Ahmed ; deux mille hommes y périrent, et cette défaite humiliante coûta sa carrière au maréchal Clauzel, remplacé par le général Damrémont, qui s'était illustré lors de la campagne de 1830. Ce dernier, après avoir entériné le traité ambigu conclu à l'ouest par Bugeaud avec Abd-el-Kader (traité de la Tafna), fit décider de porter l'effort de nos troupes sur Constantine, en réunissant des moyens suffisants pour venger l'échec lamentable subi lors de la première attaque, qui avait gravement entamé le prestige de nos troupes.

Il ne pouvait être question d'échouer à nouveau, et le Gouvernement prépara soigneusement l'expédition. Dès janvier1837, le général Valée fit des propositions sur la composition qu'il convenait de donner au corps expéditionnaire. Au mois d'août, le duc d'Orléans, fils aîné et dauphin, qui avait demandé d'y participer, et noué avec Valée des rapports personnels, lui écrivait son regret de voir le roi s'opposer à son désir, et de devoir s'effacer devant son cadet, le duc de Nemours. Cette lettre, la première d'une correspondance d'un grand intérêt entre Valée et le prince royal, s'achevait par un vœu qui devait être exaucé : "Nous nous retrouverons, j'espère, mon cher Général".

Ce cabinet, décidé à réussir à tout prix, voulut que l'artillerie fût dirigée par son chef, "le plus habile et le plus éprouvé", dira le comte Molé, alors Premier Ministre : "C'était assez désigner le général Valée. Mais comment, à l'âge de 64 ans, avec une carrière si bien remplie, l'ancien de grade de tant d'années du général Damrémont, comment pourrait-il accepter la position qu'on voulait lui offrir ? "Molé réunit un Conseil des ministres, au cours duquel le ministre de la Guerre exposa les dispositions prévues, ainsi que les plans de Constantine, en présence de Valée ; et ce dernier fit augmenter les approvisionnements de guerre, et prévoir un équipage de siège : L'événement a prouvé combien cette volonté fut prévoyante et éclairée". Il restait à obtenir que Valée consentît à partir avec le duc de Nemours, pour organiser et diriger le service de l'artillerie : dans la crainte qu'il refusât, on fit donner le roi... Et Molé déclare : "Le général Valée, dont la santé était chancelante, céda moins à la voix du monarque qu'à sa propre conscience, à ce sentiment du devoir auquel il ne refusa jamais rien". Quant au duc d'Orléans, dans son récit des campagnes de l'armée d'Afrique, il écrit : "Le Roi fit chercher dans sa retraite, d'où il ne comptait plus sortir, le lieutenant-général comte Valée, incontestablement le premier artilleur de l'Europe. Dévoué et modeste, il partit malade pour aller, en bravant un climat meurtrier, faire sa dix-septième campagne et son vingt-deuxième siège, sous les ordres du général Damrémont, qui n'était encore que capitaine lorsque lui était déjà lieutenant-général sur la brèche de Tarragone".

Quittant Paris le 2 septembre au soir, s'arrêtant à Lyon et Valence pour y inspecter l'équipement rassemblé, il arrive le 7 à Toulon, "étonné d'avoir pu sans trop souffrir faire ce voyage de quatre jours et cinq nuits sans s'arrêter". A Toulon, il écrit encore au ministre de la Guerre et au général Damrémont. Le 10 septembre, il s'embarque avec le duc de Nemours ; aussitôt après le débarquement à Bône, un Conseil de guerre discute encore des moyens et des chances de l'expédition. Tout n'a pas été réuni en temps voulu au camp de Mjez-Ahmar, situé sensiblement à mi-chemin entre Bône et Constantine ; mais le temps presse, la saison avance, et l'artillerie, grâce à Valée, est en place, qui est l'instrument indispensable à une attaque brusquée : la faiblesse des effectifs ne permet pas d'investir la place, de passer par les lenteurs d'un siège régulier. Il y a là, transporté par 1 200 chevaux ou mulets et 126 voitures: 33 bouches à feu (10 de montagne, 6 de campagne et 17 de siège), et en outre 4 canons nouveaux de 24, créés et emmenés par Valée, dont seule la présence permettra d'éviter l'échec. Le parc ne comportait que 200 coups par pièce de siège, ce qui imposait "une de ces parties d'échecs où l'on s'oblige à faire son adversaire mat à tant de coups et à telle case, sous peine de perdre. Cette partie-là ne réussit qu'aux joueurs les plus transcendants : le général Valée la gagna; l'organisation qu'il avait donnée à son artillerie en avait doublé la force et la valeur", lit-on dans les campagnes de l'armée d'Afrique.

- Fin de la 6ème Partie -


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MessageSujet: VALÉE (Syvain-Charles) La Vie du général Valée - 7ème Partie   Mar 18 Déc - 21:17

Biographie du maréchal Valée présentée par M. Jean-Pierre BIBET
Sources : M. Jean-Pierre BIBET


LA VIE DU MARECHAL VALÉE - 7ème Partie -

LA PRISE DE CONSTANTINE (13 OCTOBRE 1837)
(2ème Partie)


Valée arrive le 27 septembre, avec le duc de Nemours, au camp de Mjez-Ahmar, d'où il écrit à sa fille : Je ne croyais pas pouvoir aussi bien résister aux fatigues de mon ancien métier... J'espère qu'avec le peu de moyens qu'il m'est possible d'emmener avec le peu de chevaux que nous avons, j'aurai bientôt mis en ruines leurs murailles et leurs défenses... Le tout est en effet une affaire d'artillerie. Le Prince (le duc de Nemours) est parfait pour moi : "Nous sommes inséparables", m'a-t-il dit. Le général en chef Danrémont a eu l'air de prendre très bien mon arrivée ici ; il l'a du moins montré avec esprit. Une grande responsabilité morale est la conséquence de ma position... d'autant plus que le Prince appuie mes conseils et qu'ils influent sur l'exécution".

L'armée, aux effectifs de 12 500 hommes, se met en route en deux colonnes, les 1er et 2 octobre, juste au moment où la pluie se met à tomber... Il faut doubler les attelages des pièces d'artillerie. Une pièce est embourbée, les chevaux et les mulets refusent d'avancer, les hommes sont d'avis d'attendre que le terrain devienne meilleur ; Valée se fâche, et saisissant lui-même par la bride le premier cheval de trait, entraîne la pièce enlisée dans la boue. Enfin, le 6 octobre, l'armée arrive sur le plateau du Mansourah, et la reconnaissance de la place est faite aussitôt. Le spectacle est impressionnant.

Constantine est certainement une des villes les plus imprenables, les mieux défendues au monde. Elle est assise sur un plateau en forme de trapèze, incliné au nord et au sud, dont les angles sont orientés aux quatre points cardinaux. Le saillant nord, où se trouve la kasba, domine de soixante mètres le saillant sud, marqué par le marabout de Sidi Rached. Au sud-est et au nord-est, encaissés dans un ravin d'une profondeur de plus de cent mètres, coule la rivière du Rummel. Il en est de même du nord-ouest, où coule un ravin affluent, également très abrupt ; c'est seulement au sud-ouest que le plateau pentu est accessible, par un isthme étroit, bordé à droite et à gauche de pentes rapides. Dans son ensemble, le rocher de Constantine constitue une forteresse naturelle, d'un aspect étrange et saisissant.

L'attaque n'est possible que par le plateau de Coudiat-Aty, qui fait face à la ville au sud-ouest; mais il est nécessaire d'établir en même temps des batteries sur le plateau du Mansourah, au nord-ouest, pour éteindre les feux de la kasba, et prendre d'enfilade et de revers les batteries ennemies sur le front d'attaque. Les travaux commandés à cet effet sont visités le 7 octobre au matin par Valée, qui se rend ensuite au Coudiat-Aty, où il détermine sous le feu de l'ennemi, et sous la pluie, l'emplacement des batteries. Délayé par l'averse, le chemin de remblai construit par le génie pour leur acheminement s'effondre; des pièces sont renversées dans les ravins, il faut les remonter à force de bras et en plein jour sous le feu de l'ennemi...

Le 9 octobre au matin, les batteries ouvrent le feu et détruisent une partie des défenses, mais l'effet sur la ville est presque nul. Valée donne alors des ordres pour renforcer et rapprocher les batteries du Coudiat-Aty ; cette opération présente d'immenses difficultés, imposant de descendre les pièces par un chemin presque impraticable, sous le feu de la place. Seule l'énergie et la ténacité de tous viennent à bout de ces obstacles ; devant la pénurie des approvisionnements, déjà bien des esprits préconisent la retraite... Le 11 à midi, les batteries commencent à tirer en brèche sur une muraille de granit qui semble défier l'action des boulets; enfin, après plusieurs heures, un coup d'obusier détermine un premier éboulement, tout à côté de la porte Bab-el-Oued. Le moral de la garnison n'étant pas ébranlé, une nouvelle batterie de brèche est disposée dans la nuit sur le Coudiat-Aty, épaulée par des sacs de terre, à 120 mètres de la muraille, et 200 fantassins apportent des munitions à bras, sous le feu violent de l'ennemi. Le 12 au matin, Damrémont, accompagné du duc de Nemours, vient inspecter l'emplacement de cette batterie, où se trouve Valée; venant vers eux, il leur fait signe de se défiler de cet endroit dangereux, labouré par le feu des assiégés : "C'est égal", répond Damrémont ; et au même moment, un boulet qui avait ricoché le traverse de part en part. Appelé aussitôt par droit d'ancienneté au commandement en chef, Valée fait rapprocher cette"batterie de brèche" jusqu'au pied de l'esplanade, et la met en action. Elle commence à tirer avec des effets foudroyants ; l'épaisse muraille ne tarde pas à s'effondrer, et le 12 à 6 heures, le brèche est assez large, et le talus d'escalade est formé.
Valée refuse alors une trêve de vingt-quatre heures proposée par le bey Ahmed : "Pour traiter, répond-t-il, il faut nous ouvrir les portes de Constantine". Il ordonne de continuer le feu toute la nuit, avant l'assaut prévu le lendemain 13 octobre 1837 au lever du soleil. Tous les corps se disputent l'honneur d'y prendre part ; Valée forme trois colonnes où tous les régiments sont représentés. Dialoguant avec leurs commandants, supputant les pertes au cours du trajet qu'il faudra effectuer, sans s'arrêter pour tirailler, jusqu'à la brèche, Valée conclut : "Rappelez-vous, et faites comprendre à vos officiers que demain, si nous sommes pas maîtres de la ville à dix heures, à midi nous sommes en retraite". Le dialogue fut écrit au crayon, séance tenante, par un officier sur la manchette de sa chemise.

Dans la nuit, deux officiers vont reconnaître la brèche, et constater qu'elle est praticable, quoique d'accès difficile. Le 13 à 4 heures du matin, Valée et Nemours sont à la batterie de brèche, les canons tirent leurs dernières salves, et à 7 heures, le signal de l'assaut est donné. De la batterie de brèche où il se tient avec Nemours, Valée suit les péripéties, fait avancer la première colonne, commandée par La Moricière, qui franchit l'espace, gravit la brèche, et y plante le drapeau des zouaves, tandis que les tambours ne cessent de battre, et les musiques de jouer. Les colonnes livrent bataille devant chaque barricade, dans chaque rue, nettoient chaque maison, montant sur les terrasses car il y a des embuscades partout, et disparaissent dans le labyrinthe des maisons. Les blessés et les morts sont nombreux. Valée lance par groupes successifs, les dernières colonnes; mais l'explosion d'un dépôt de poudre brûle affreusement La Moricière, et une partie de ses hommes. La deuxième colonne pénètre enfin dans la ville, enlève les barricades de la rue du Marché - véritable voie stratégique de l'intérieur ; une porte est ouverte aux dernières colonnes, et les sapeurs du génie parviennent à tourner les défenseurs, rejetés sur la kasba, au sommet de la ville, d'où ils se jettent dans le ravin. Quant à Ahmed-bey, qui suit les péripéties, il s'enfuit à cheval vers le sud de la ville, implorant la clémence du vainqueur, et Valée donne l'ordre de faire cesser immédiatement le feu. Le spectacle est horrible; on évacue les blessés, on enlève les morts.

Accompagné du duc de Nemours, Valée fait alors par la brèche sont entrée dans Constantine, dans une atmosphère étouffante de fumée, de poussière. chemin faisant, il adresse aux blessés des paroles de réconfort, rédige pour les habitants une proclamation rassurante, interdit le pillage, fait respecter les mosquées. L'antique Jugurtha, la capitale du royaume de Numidie, est entre nos mains, et avec elle, tout le Constantinois.

Le jour même, Valée écrit à sa fille : "Nous avons été dans une position bien critique...Nous voici dans le palais du bey, et au milieu de cent cinquante de ses femmes...Je suis heureux d'avoir réussi". Ses ordres sont exécutés à la lettre ; jamais peut-être une pareille victoire n'a-t-elle été accompagnée d'une pacification aussi immédiate : dès le lendemain, la prière se fait du haut des minarets, les boutiques se rouvrent, les cafés se remplissent d'oisifs ; la ville, assainie et nettoyée, reprend son ancienne physionomie.

Valée envoie au roi, une couleuvrine trouvée parmi les bouches à feu de la place, "qu'une salamandre sculptée sur la culasse fait connaître comme ayant appartenu au roi François 1er, et la tente, garnie de draperies et de velours cramoisi soutachées de dessins d'arabesques, dont Ahmed se servait habituellement en campagne (actuellement visible au château de platteville, à Villemandeur, dans le département du Loiret).

Laissant à Constantine une garnison de 2 500 hommes, portée par la suite à 4 500 hommes, Valée achemine sur Bône le reste de l'armée expéditionnaire, l'équipage de siège, et un convoi de blessés. Il n'est que temps d'évacuer les troupes : le choléra commence à faire de nombreuses victimes. Il s'embarque à Bône le 4 novembre, sans avoir eu à faire tirer un coup de fusil ; salué par les habitants "qui montrent les dispositions les plus pacifiques".

La nouvelle de la prise de Constantine ne parvient au roi que le 22 octobre. Le canon tonne à Paris, la population manifeste un véritable enthousiasme. Dans une lettre datée du 23 octobre 1837 adressé à son fils Nemours, la reine Marie-Amélie, parlant de Valée, s'exprime en ces termes : "Aller faire son trente et unième siège sous les ordres d'un officier qui n'était que capitaine lorsqu'il était déjà lieutenant-général ; quitter tout, à son âge, pour aller préparer la gloire d'un autre en cas de succès, et ternir sa carrière en cas de revers ; être savant comme Gribeauval, savoir assiéger comme Vauban, et être modeste comme le maréchal de Boufflers devant Villars, c'est là, ce me semble, avec vingt-huit ans de grade de lieutenant-général et l'organisation de toute l'artillerie française, de beaux et réels titres à la dignité de maréchal de France..." Le même jour, le duc d'Orléans, écrivant à son frère Nemours, emploie à peu près les mêmes termes. Le 25, le roi envoie à Valée "un petit mot de premier mouvement, pour lui témoigner ce que j'éprouve", et nomme "gouverneur général par intérim des possessions françaises dans le nord de l'Afrique". Le même jour, le ministre de la guerre lui écrit : "Le nouveau matériel d'artillerie, déjà éprouvé avec succès dans plusieurs circonstances, a encore complètement triomphé des difficultés extraordinaires qu'il devait rencontrer dans un pareil pays et dans une expédition de cette nature, difficultés qui avaient d'abord paru insurmontables. La création de ce matériel... ne sera pas votre moindre titre de gloire, et vous donne des droits incontestables à la reconnaissance du pays". Et le Premier ministre, comte Molé : "Laissez-moi vous dire que je vous regarde comme la plus heureuse pensée de ma vie, celle que j'eus de vous faire demander par le Roi de nous prêter le concours de votre expérience et de vos lumières... Vous ne m'en voudrez pas d'avoir tant insisté, aujourd'hui que vous venez d'ajouter une si belle page à votre honorable et glorieuse vie... J'aime à vous transmettre ici l'élan de la reconnaissance nationale.

L'effet sur le public a été immense ; l'Europe, la portion même la moins bienveillante, a applaudi" (il s'agit d'une allusion à la politique britannique, constamment hostile à notre action en Afrique et il ne faut pas l'oublier à toujours été notre ennemie héréditaire).

Le 27 octobre 1837, le roi écrit à Valée : "Mon cher Général, je n'ai pas le temps de vous écrire en ce moment la lettre ostensible que je vous adresserai de tout mon cœur, lorsque l'état des récompenses que vous allez me demander pour l'armée... me sera parvenu. Mais je ne peux pas laisser partir ce premier courrier, sans vous exprimer tous les sentiments dont mon cœur est pénétré pour votre noble et brillante conduite" La perte du général Damrémont m'a profondément affecté" (il a pleuré en l'apprenant). "Mais à vous qui l'avez si dignement remplacé, que ne dois-je pas, mon cher Général ? C'est une dette de la France et il me tarde de l'acquitter. Je suis touché de ce que vous me dîtes de la conduite de mon fils (il s'agit de Nemours)...Votre affectionné, Louis-Philippe". En post-scriptum : "M. Horace Vernet, que j'ai chargé de faire pour Versailles un grand tableau de la prise de Constantine, est parti cette nuit pour Bône...Veuillez...le mettre à portée d'aller à Constantine..."Ce tableau, exposé au musée de Versailles, sera présenté à Valée en 1842, et il exprimera dans une lettre à sa fille son impression sur cette peinture officielle :"J'ai été, comme je m'y attendais, très peu satisfait de tout ce que j'ai vu...Par ordre, on a tout sacrifié, vérité, justice, à l'effet que l'on voulait produire en faveur des personnes pour qui les tableaux sont faits...Je n'ai pas eu la position que l'on m'y a donnée, je n'ai pu être aussi indifférent à l'action que j'y parais...Le peintre a mis beaucoup de soin à s'en disculper...J'ai indiqué l'exacte vérité de la position et de la situation de chacun...L'artiste...a promis de corriger ; j'y ai mis peu d'importance".

En mars 1838, le roi désirant avoir un portrait de Valée pour le placer dans la salle des maréchaux au musée de Versailles, désignait le peintre Court pour se rendre à Alger auprès du maréchal.

Le 11 novembre 1837, le roi élève officiellement Valée à la dignité de maréchal de France. Le 12 novembre, il écrit : "Je charge M. de la Salle de porter le bâton (de maréchal) au maréchal Valée...Ce que je désire surtout, c'est qu'il reste pendant quelques temps à Alger, pour y exercer les fonctions de gouverneur général dont je l'ai provisoirement investi". Et le 1er décembre, il est nommé à titre définitif, et non plus seulement par intérim, gouverneur général "des possessions françaises dans le nord de l'Afrique.

En 1839, le duc d'Orléans, contemplant la ville de Constantine, écrira dans ses mémoires : "Ma pensée s'arrête...sur l'illustre maréchal, qui, mûri par une longue expérience, devait couronner ses vieux services...par un fait d'armes digne des temps héroïques".

- Fin de la 7ème Partie -


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MessageSujet: VALÉE (Syvain-Charles) La Vie du général Valée - 8ème Partie   Mar 18 Déc - 21:29

Récit présenté par M. Jean-Pierre BIBET
Sources : M. Jean-Pierre BIBET
Témoignage du colonel de Beauregard, descandant du maréchal Valée.


LA VIE DU MARECHAL VALÉE - 8ème Partie -



LE GOUVERNEMENT DE L'ALGERIE
(25 octobre 1837 - 18 janvier 1841)

(1ère Partie)


Lorsque le maréchal Valée est investi de la responsabilité suprême en Algérie, et en même après le succès décisif dû à la prise de Constantine, la politique française à l'égard de ce pays est loin d'être définitivement arrêtée. les meilleurs esprits hésitent encore sur l'avenir de nos possessions en Afrique, et les partisans de l'occupation restreinte n'ont pas encore changé d'avis. Le gouvernement est partagé et fluctuant, et la tâche du gouverneur n'est pas facile. A cela s'ajoute le caractère propre de celui qui vient d'être appelé à cette fonction ; de formation et d'expérience presque uniquement militaire, il n'aime pas le jeu subtil des combinaisons politiques ; en tout cas, cette tâche est nouvelle pour lui, et il en est tout d'abord effrayé. Mais il a, dans ses nouvelles fonctions, la confiance du ministère de l'époque. Entre le Cabinet Molé du 15avril et le maréchal Valée, il y a eut jusqu'à la fin le plus parfait accord. La fin de ce Cabinet, au printemps de 1839, entraînera hélas la dégradation de ce climat de confiance, qui reposait en grande partie sur les sentiments d'amitié qui unissaient les deux hommes. Il faudra alors toute l'insistance du roi, et du nouveau Premier ministre (le maréchal Soult), pour l'amener à retirer la démission qu'il voudrait faire accepter.

Dès sa prise de fonctions, Valée rédige ses intentions, dans plusieurs mémoires qu'il adresse au Cabinet. Leur style est toujours net et précis, simple et élégant, très remarqué à Paris : "On trouve à la cour et dans l'intimité, écrit à l'équivoque une personne de l'entourage du roi, les rapports du maréchal Valée admirablement rédigés, d'une simplicité antique..." Citons-en quelques passages caractéristiques :"Je veux que la France refasse l'Afrique romaine...Je m'efforcerai de créer des villes, d'ouvrir des voies de communication...J'irai lentement, mais je ne reculerai jamais. Partout où je poserai les pieds de la France, je formerai des établissements durables... Quant aux populations indigènes, je veux les gouverner et non les piller. J'appellerai autour de moi
l'aristocratie territoriale et religieuse... Je les placerai toujours sous la main puissante du commandant de la province...L'autorité française veillera sur eux, et présentera constamment la France aux arabes comme protégeant et maintenant les droits de tous".
On trouve dans ces mémoires, dira Molé, non seulement son système de guerre et de gouvernement clairement exposé, mais encore tous les détails d'une administration complète et prévoyante, enfin ses idées sur le grand problème de la colonisation".

Dès son installation à Alger, Valée, auréolé du prestige de sa victoire et de son bâton de maréchal, essaie d'asseoir durablement la politique encore hésitante du Gouvernement. Après avoir tenté d'empêcher sa nomination de Gouverneur général, puis offert sa démission aussitôt refusée, il entend exercer le pouvoir sur place dans toute sa plénitude. Son premier soin est de distribuer les commandements selon ses vues personnelles, ou de batailler jusqu'à ce que le ministère de la Guerre ait adopté ses propositions. Il fait valoir que dans la pensée d'Abd-el-Kader, " le traité de la Tafna n'est qu'un moyen d'attendre le moment où il sera de force à lutter avec nous". La province d'Alger étant "le point le plus important et le plus vulnérable de nos possessions", c'est là qu'il faut réunir le corps le plus nombreux. Il s'appuie sur le dauphin de France, le duc d'Orléans. On donne satisfaction à presque toutes ses demandes, mais on maintient à 38.000 hommes l'effectif de l'armée, très insuffisant au moment où les démêlés avec Abd-el-Kader deviennent chaque jour plus aigus, au point d'empoisonner le climat de la conquête, pendant les trois années du commandement du nouveau maréchal. Le traité de la Tafna attribuait à la France Alger, le Sahel, la plaine de la Mitidja, et au-delà...Que signifiait l'expression "et au-delà" ? A l'est d'Alger, cela incluait-t-il la Kabylie ? Il y eut constamment à ce sujet des divergences d'interprétation, qui amenèrent Valée à conclure qu'entre l'émir et le gouvernement de la France, il y aurait fatalement une rupture. Puisqu'on ne lui donnait pas les moyens de la provoquer, il ne pouvait que temporiser, au lieu d'achever la conquête, et en attendant, gouverner la portion du territoire algérien qui était reconnue française sans discussion.

Installé dans son palais d'Alger, le nouveau maréchal-gouverneur, veuf depuis 1828, s'organise à tenir son rang : il a près de lui son gendre Charles de Salles, 34 ans (futur général, puis député et sénateur du Loiret). Dès la fin de 1837, il demande à sa fille Adèle, alors mère de Marie (10 ans) et Ferdinand (6 ans), de venir à Alger et d'y tenir sa maison. Adèle fait aussitôt ses préparatifs, et de nombreux achats pour son père.

En France, le gouvernement tergiverse sur la politique à adopter en Algérie. Le31 janvier 1838, le comte Molé écrit à Valée en lui posant un certain nombre de questions, auxquelles ce dernier répond dans une longue lettre du 9 février :"La France tente en Afrique une entreprise dont elle ne s'est dont elle ne s'est pas assez rendu compte...En voulant s'établir dans l'Algérie, elle n'a pas su arrêter un système fixe d'occupation...Il est résulté de cette incertitude une série d'évènements qui ont rendu notre domination incertaine, et qui exigent aujourd’hui, pour affirmer notre puissance, un développement de forces considérable...Il faut traiter avec des hommes habitués à ne suivre que les inspirations de leurs passions... qui, lorsqu'ils rencontrent la modération chez leurs adversaires, la taxent de faiblesse... Des capitaux considérables sont nécessaires pour commencer un établissement agricole...Les colons doivent acheminer la terre à un prix très élevé à des spéculateurs avides...La colonisation du pays ne peut tirer de force que du développement de notre pouvoir. Le but unique....à atteindre, c'est l'établissement de la domination française du Maroc à Tunis, de la Méditerranée au désert...Depuis qu'une expédition heureuse a mis Constantine en notre pouvoir, notre souveraineté y est incontestée. La paix et la tranquillité règnent dans toute l'étendue de cette province...L'occupation restreinte, l'établissement de
comptoirs et de faibles colonies sur les points principaux du littoral, est difficile à bien définir...Les arabes ont horreur de l'anarchie. Dès lors que nous serions bloqués dans Alger...l'évacuation deviendrait une nécessité...Beaucoup d'individus se sont compromis en se joignant à nous: les abandonner, ce serait nous déshonorer aux yeux des Arabes (ce pronostic sera confirmé cent vingt ans plus tard!)...La situation de la province de Constantine se prête merveilleusement à l'essai du système de domination...Celle des affaires dans les provinces d'Alger et d'Oran n'est pas aussi favorable. Le traité de la Tafna, que la France a ratifié, est au moins un malheur que nous devons déplorer...Abd-el-Kader n'a pas répondu d'une manière satisfaisante aux réclamations que je lui ai adressées contre la violation qu'il a faite de plusieurs articles de la convention. Il persiste à étendre sont autorité sur les parties du territoire que nous lui contestons; chaque jour, son pouvoir s'affermit...Il a le projet bien arrêté de nous renfermer dans un territoire très restreint...En attaquant l'émir au centre de sa puissance, nous neutraliserons ses démarches auprès des tribus indécises, nous raffermirons le dévouement de nos alliés...Il faut adopter un système et le suivre franchement. Car le plus grand danger est de n'en avoir aucun".

Mais Paris répond en refusant les renforts demandés par Valée, ou tout au moins en portant seulement les effectifs de l'armée d'Afrique à 48 000 hommes, ce qui, déduction faite des indisponibles et des garnisons, limite la force active à 16 000 hommes : les plans de campagne du Gouverneur général en Oranie doivent être abandonnés, et on lui assigne comme objectif prioritaire la seule pacification de la province du Titteri, c'est-à-dire du massif de l'Ouarsenis, cette partie de l'Atlas au sud-ouest d'Alger, qui domine Blida, Médéa, Miliana, et la plaine de la Mitidja.

Cependant, en Oranie, Abd-el-Kader fait face à des difficultés tribales, et cherche à gagner du temps. Il tente vainement de négocier directement avec Paris, où il envoie des émissaires, en vue de court-circuiter le Gouverneur général. Sagement, Paris refuse toute négociation, et renvoie les représentants de l'émir en Algérie. Pendant ce temps, Valée prépare la campagne limitée qui a été décidée : occupation de Blida, Koléa, établissement de camps militaires sur les bordures est et ouest de la Mitidja - toutes régions sur lesquelles le traité de la Tafna reconnaît notre souveraineté. Les préparatifs, retardés par des pluies continuelles, amènent le maréchal à n'engager cette action qu'à la fin de mars 1838. Toutes ces positions sont occupées sans coup férir en avril et début mai, et leur protection aussitôt assurée.

Dans le même temps, et durant l'été, Valée continue sa longue discussion avec le Gouvernement - et avec le duc d'Orléans, déjà passionné de l'Algérie - sur la politique à adopter dans les diverses provinces : limitation de la zone laissée au pouvoir d'Abd-el-Kader, à l'ouest et au sud d'Alger; administration directe ou établissement d'une régence à l'est, où le pacha Ahmed, retiré dans les montagnes de l'Aurès, multiplie les ouvertures pour sa réinstallation à Constantine, sous notre souveraineté. Aux prises avec des difficultés politiques à la Chambre des députés, et une opinion hésitante au vu des risques encourus, le Gouvernement tergiverse toujours. Valée insiste sur la nécessité de la colonisation, écrivant notamment :"L'autorité civile ne peut jamais précéder l'établissement de colons européens, car rien ne diminue la considération qui doit entourer le pouvoir comme le spectacle d'administrateurs sans administrés, de juges sans justiciables". En attendant, il fait de ses militaires "des soldats bâtisseurs", et les emploie à assainir les marécages de la Mitidja, appelée à devenir "la terre la plus riche d'Algérie".

Dès son arrivée à Alger, Valée s'était également préoccupé de donner à l'organisation du culte catholique une forme stable et digne. Tout était à faire sous ce rapport. Valée considère que l'érection d'un évêché à Alger, et la création de nombreuses paroisses, sont nécessaires et urgentes. Mais, écrit-il, "la première des qualités qui devront distinguer le chefs des églises d'Afrique...est une pieuse tolérance. Dans un pays où la religion de Mahomet domine toutes les populations,...il importe que tout esprit de prosélytisme soit banni de la pensée des prêtres..." Romme, sollicité à la fois par lui et par Paris, donne son accord à l'érection de l'évêché, et le premier évêque, Monseigneur Dupuch, prend possession de son diocèse à la fin de 1838. Le 6 juin 1839, le maréchal reçoit une lettre du Pape Grégoire XVI (traduction du latin):"...Ces bons offices rendus par toi à la vraie religion resteront impérissables dans la mémoire de la prospérité, qui se souviendra surtout que c'est dans les temps de ton gouvernement, qu'avec l'aide de Dieu...nous avons pu relever le siège épiscopal de l'Algérie...que tu as soutenu le nouvel évêque de ton patronage...Nous t'envoyons un tableau en mosaïque...Nous y ajoutons très affectueusement, fils chéri et homme illustre, notre bénédiction apostolique..."

Durant cette année 1838, le maréchal gouverneur doit également faire face aux actes intempestifs du commandant de la province de Constantine, le général de Négrier, qui agit en militaire et non en colonisateur, et procède à des exécutions sommaires. Après plusieurs rappels à l'ordre, il obtient l'accord de Paris pour son remplacement par le général de Galbois, à qui il remet des instructions précises : il s'agit de "pacifier et administrer le pays, plutôt que d'obtenir par les armes des succès éphémères qui ne font pas faire un pas à l'établissement de la domination française ni à la colonisation".Sur ce, Valée débarque à Bône le 16 septembre, et fait le 23 son entrée à Constantine, aux acclamations de la foule. Il y prend des arrêtés, organise l'administration, et nomme les autorités arabes régionales et locales. Le quartier général de la province est transporté de Bône à Constantine, et le maréchal installe solennellement les nouveaux fonctionnaires, fait donner lecture des arrêtés, et s'occupe ensuite de mettre Constantine en communication avec la mer par la ligne la plus courte, aboutissant à la rade de Stora. Il y fonde, à proximité de ce port, sur l'emplacement de l'ancienne Rusicada, la cité nouvelle de Philippeville. La population kabyle accepte avec calme cette prise de possession du pays. Le succès de cette expédition de Stora, vivement apprécié en France, vaut au maréchal de chaleureuses félicitations du Gouvernement : l'autorité de la France se trouve désormais reconnue, des frontières de la Tunisie aux "portes de fer" des Bibans et de la Kabylie.
- Fin de la 8ème Partie -


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MessageSujet: VALÉE (Syvain-Charles) La Vie du général Valée - 9ème Partie   Mar 18 Déc - 21:37

Récit présentée par M. Jean-Pierre BIBET
Sources : M. Jean-Pierre BIBET
Témoignage du colonel de Beauregard, descandant du maréchal Valée.


LA VIE DU MARECHAL VALÉE - 9ème Partie -
LE GOUVERNEMENT DE L'ALGERIE
(25 octobre1837 - 18 janvier 1841)

(2ème Partie)


Le 10 novembre, après avoir inspecté l'état d'avancement de la ville nouvelle de Philippeville, et réglé l'administration de la côte, il accepte de renvoyer 10 000 hommes en France comme on l'en presse, mais tient à écrire que cette réduction des effectifs devra renoncer à tout nouveau développement, à ajourner la plus grande partie des travaux projetés..." On cherche tellement à gêner mon action, à me refuser l'honneur de l'initiative, en contestant ma responsabilité, que je dois céder toutes les fois que la position parlementaire du Gouvernement peut être compromise".

Il "se lasse de la vie nomade", il "ne supporte pas la mer"...mais il tient à ne rentrer à Alger, en novembre, qu'en "ne laissant rien à faire en arrière". Dès le mois suivant, il est placé devant une situation délicate : le Gouvernement, qui se débat toujours dans les difficultés politiques, doit trouver un successeur au général Bernard - lequel s'était opposé à plusieurs reprises aux propositions de Valée - pour le ministère de la Guerre, et le comte Molé, dans une lettre du 6 décembre à Valée, lui offre le poste d'une manière très pressante :" S'il m'est permis de parler ici de mes sentiments personnels, je dirai que depuis longtemps je ne vois, je ne reconnais que vous, Monsieur le Maréchal, qui soyez à la hauteur d'une tâche aussi difficile que celle qui vous est offerte. Mais il fallait vous enlever à celle que vous terminez en ce moment d'une façon si glorieuse...Vingt fois j'ai pris la plume pour vous écrire...Le moment est arrivé où vous pourrez, comme ministre de la Guerre, confirmer et féconder cet établissement que votre main vient d'asseoir sur des bases durables. Le Roi et la France vous appellent ailleurs, vous appellent à des titres si glorieux et d'une voix si unanime que vous ne pouvez leur refuser votre consentement..." Connaissant son homme, Molé appuie sa demande d'une lettre autographe du roi :"Mon cher Maréchal...C'est de tout mon cœur que je vous demande d'acquiescer à ce que le comte Molé vous écrit...En acceptant ce poste...vous ajouterez un nouveau titre à tous ceux que vous avez déjà, et à tous les sentiments que je vous porte et que je vous garderai toujours". Valée ne pouvait opposer un simple refus à une proposition formulée d'une manière aussi flatteuse, mais qui ne le séduisait guère; il fait une réponse évasive et dilatoire : "Sire...Je suis bien peu préparé à une aussi difficile mission et j'espère encore que le Roi n'aura pas besoin de moi dans son ministère. Mais, Sire, soit que Votre Majesté me laisse en Afrique, soit qu'elle m'appelle dans ses conseils, la gloire de son règne sera le but constant de mes travaux..."Et dans sa réponse au comte Molé, on lit :"Etranger pendant toute ma vie à la politique et aux orages de la tribune, je serais d'un faible secours au gouvernement du Roi". Dans sa correspondance privée, il est plus explicite, et parle de "l'atmosphère pestilentielle des hommes, et des choses de Paris"....

Mais à Paris, les difficultés du Gouvernement de Molé s'accumulaient, et sa majorité était si faible que celui-ci résolu à remettre au roi sa démission, le 22 janvier 1839. Dès le lendemain, Louis-Philippe faisait connaître à Valée la nouvelle situation :"J'ignore encore ce que je ferai...Ce que je désire vivement et ce que je vous demande avec instance, c'est de continuer à rendre en Afrique, à la France et à moi-même, les grands et importants services dont vous avez poursuivi la glorieuse carrière avec tant de persévérance et de succès..."

Mais les sentiments de confiance et l'amitié qui unissaient Molé et Valée portent celui-ci à se sentir solidaire de la démission du président du Conseil, et il n'hésite pas à demander son rappel. Le roi, entre temps, a refusé la démission du gouvernement, dissous la Chambre, convoqué les collèges électoraux, et le 18 février, il demande à nouveau à Valée de rester à son poste "jusqu'à la terminaison de la crise actuelle". Les élections du 2 mars confirment l'échec du gouvernement Molé; un ministère de transition est nommé; après l'émeute du12 mai, un nouveau cabinet est constitué sous la présidence du maréchal Soult, qui connaît bien Valée, et lui demande de rester à son poste. Il accepte de surseoir à sa demande de rappel, et de préparer pour le duc d'Orléans la tournée d'inspection que celui-ci, depuis longtemps, désire faire en Algérie. Au surplus, écrit-il le 27 avril, "la tranquillité la plus parfaite règne dans les trois provinces de l'Algérie"...Il eût été plus exact de dire que l'heure de la lutte décisive avec Abd-el-Kader n'avait pas encore sonné. En tout cas, les circonstances semblaient pour compléter la soumission des portions de territoire encore inoccupées, entre Alger et Constantine - les Grande et Petite Kabylie, le plateau de Sétif - en vue d'établir définitivement la communication par terre entre ces deux villes, que personne, depuis les Romains, n'avait osé tenter. C'était là le grand dessein de Valée, et la prochaine venue du duc d'Orléans en fournissait l'opportunité.

A cet effet, Valée commence par assurer par une série d'opérations ponctuelles un minimum de sécurité pour une telle entreprise. Début mai, il fait réoccuper Djémila. Le 13 mai, il fait débarquer sur la plage de Djidjelli, sous les ordres du commandant de Salles, un bataillon renforcé par des éléments du Génie, et deux canons et deux obusiers, qui s'établit sur une ligne des collines dominant la rade, et dès le lendemain repousse avec vigueur l'attaque de plusieurs milliers de Kabyles, qui s'enfuient au loin; ce fait d'armes vaudra au gendre de Valée ses galons de lieutenant-colonel.

Pendant ce temps nos troupes, parties de Constantine, réoccupent Sétif sans coup férir. Mais Abd-el-Kader fait à nouveau parler de lui; franchissant les limites qui lui étaient assignées par le traité de la Tafna, il caracole autour des remparts du port de Bougie : il suffit d'une sortie du commandant de la place, à la tête de 250 cavaliers, pour l'amener à s'enfuir; Valée écrit à l'émir : "Si la paix est rompue, ce ne sera pas de ma faute..." et au ministre de la Guerre: "Si les infractions au traité deviennent trop manifestes pour pouvoir être tolérées...la guerre devra alors être faite à fond, l'occupation plus étendue à l'effet de le refouler dans le désert, et alors aussi il faudra une augmentation d'armée plus considérable".

Une période de correspondance assez tendue, sinon acerbe, s'ouvre alors avec le Gouvernement. Soult écrit à Valée le 5 juin :"...Je suis assuré de trouver en vous cette confiance et cette amitié qu'en d'autres temps (Espagne) nous aimions à échanger entre nous..." Puis il lui adresse des instructions maladroites, concernant Abd-el-Kader, qui, prises au pied de la lettre, équivalent à une déclaration de guerre immédiate, alors qu'il ne lui en donne pas les moyens. Valée conteste ces instructions; Soult lui répond en parlant d'une mauvaise interprétation, ajoutant: "...Dans tous les cas où vos résolutions ne devraient pas être prises d'urgence...vous voudrez bien demander des instructions..." Valée réplique en demandant à conserver une liberté d'action nécessaire pour l'exécution de certains projets en temps utile, et pour le maintien du secret des opérations. Et il envoie deux émissaires, chargés d'exposer au roi, au prince royal et aux ministres les causes de son mécontentement : tracasseries des bureaux, discussions de Chambre des députés, entraves continuelles apportées à son administration. Aussitôt arrivent les témoignages d'apaisement; Soult écrit :"...Je partage entièrement votre manière de voir sur la politique à suivre et à observer en Afrique..." Et le duc d'Orléans :"...Ce n'est que par un malentendu que l'apparence d'un dissentiment entre les vues du gouvernement et les vôtres a pu se révéler dans ces derniers temps...il est certain que...tout ce que vous continuerez de faire dans un système dont vous êtes le créateur et la personnification...sera approuvé, maintenu et trouvé bien...L'opinion publique sans exception vous est favorable, et la malveillance se tait devant des faits qui parlent d'eux-mêmes...Il me tarde bien de voir par moi-même ces résultats si positifs...A Alger, dans la première semaine de septembre, je me confierai entièrement à vous pour ce séjour en Afrique...certain que je ne puis ni ne dois avoir de meilleur ni d'autre guide que vous". Quant au roi, il déclare à l'émissaire de Valée :"Ecrivez au maréchal...qu'il doit marcher à son but sans se préoccuper des petites entraves et des petites tracasseries...Il m'est très précieux que le maréchal reste en Afrique..."

Fort de ces soutiens, Valée met au point et envoie au président du Conseil, au cours du mois d'août, trois rapports concernant ses vues dans les domaines politique, administratif, et militaire, qui reçoivent l'approbation complète du maréchal Soult : "Tel que je connais maintenant votre système, j'y applaudis sans réserve et je m'y associe". Mais il ajoute, in fine :"Je ne doute pas que vous ne fassiez tout ce qui sera en votre pouvoir pour réduire autant que possible l'effectif de l'armée, afin que la charge qui pèse sur le budget de l'Etat devienne plus supportable".

Ayant, dans ces limites, dissipé les malentendus et obtenu satisfaction, le maréchal Valée peut enfin prendre ses dispositions pour recevoir dignement l'héritier du trône.
- Fin de la 9ème Partie -


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MessageSujet: VALÉE (Syvain-Charles) La Vie du général Valée 10ème Partie   Mar 18 Déc - 21:43

Biographie du maréchal Valée présentée par M. Jean-Pierre BIBET
Sources : M. Jean-Pierre BIBET
Témoignage du Colonel de Beauregard, descendant du maréchal Valée.


LA VIE DU MARECHAL VALÉE - 10ème Partie -
LE GOUVERNEMENT DE L'ALGERIE
(25 octobre1837 - 18 janvier 1841)

(3ème Partie)



Ferdinand-Philippe, duc d'Orléans, fils aîné du roi Louis-Philippe, né à Palerme en 1810. C'était une personnalité très attachante. Après son enfance au Palais-Royal et ses études au Lycée, alors collège Henri IV, il avait reçu la meilleur formation militaire, s'asseyant sur les bancs de l'Ecole Polytechnique, suivant les cours des Arago, des Michelet, des Guizot. Adulte, il se lia avec les principaux généraux de l'époque - dont le maréchal Soult - et se prépara aussi complètement que possible aux choses militaires. La Révolution de 1830, en le faisant prince héritier, lui imposa des devoirs plus étendus. Usant de sa légitime influence, il propageait les idées qui lui paraissaient justes avec toute l'ardeur de sa nature, sa haute intelligence, la vivacité de son esprit esse facilité d'élocution, accompagnées d'une sociabilité et d'une chaleur communicative qui faisaient de tous ses proches des amis. Il avait pris part au siège d'Anvers en 1832, et déjà en Algérie, à l'expédition de Mascara en 1835; non sans regret, il s'était sacrifié en cédant sa place à son jeune frère le duc de Nemours, lors de l'expédition et de la prise de Constantine ; il avait hâte de reprendre contact avec l'Algérie, qui l'avait marqué, qu'il appelait la "Nouvelle France", et dont il se préparait déjà à être l'historien.

Cette tournée d'inspection qu'il désirait tant effectuer, et pour laquelle il "se confiait entièrement"au maréchal gouverneur, allait donner lieu à cette extraordinaire aventure connue sous le nom d'expédition des Portes de Fer, voulue par Valée avec ténacité, pratiquement seul contre tous - expédition dont le retentissement, et l'effet sur la pacification de l'Algérie, furent considérables. Le journal manuscrit du duc d'Orléans, tenu quotidiennement, "à la lueur des feux de bivouac", abonde en notations simples et directes sur son compagnon de voyage ; il est une contribution estimable à la connaissance de la personnalité du maréchal Valée.
Sachant qu'Alger et Constantine seraient les points forts de sa tournée, le duc d'Orléans avait suggéré à Valée de la commencer par Oran. C'était pour s'y retrouver que Valée s'embarquait à Alger le 15 septembre 1839, et le prince, à Port-Vendres le 19 septembre. Celui-ci débarque sans encombres à Oran; mais il n'en est pas de même de Valée : après neuf heures de navigation, le vent est devenu si violent que le bateau, ingouvernable, doit rentrer à Alger, et la tempête persistante l'empêche de repartir. C'est donc seul que, pendant deux jours, le prince visite les établissements militaires et passe l'inspection des troupes, écrivant dans son journal : "L'absence du maréchal me paralyse à chaque instant; il y a tant de choses que je ferais avec lui en dix minutes, et qu'il faut que je laisse en suspens...J'apprends qu'il est sorti d'Alger..., qu'il a été malade en mer, qu'il est rentré et que, ne pouvant ou ne voulant pas s'exposer de nouveau au gros temps, il n'a voulu que personne allât à Oran sans lui : He is arare fellow..." (un singulier compagnon). Le 27 septembre, il arrive en vue d'Alger :"Le cœur me bat pour savoir comment je vais trouver la maréchal, sa fille" (Adèle, qui était alors malade). Puis:"Sous la voûte de la marine, je trouve le maréchal que je baise sur le champ, coram populo, avant qu'il ait eu le temps d'ouvrir la bouche". Et c'est le début d'une tournée commune de quarante jours, au cours de laquelle les deux hommes vont vivre ensemble et se répartir subtilement les rôles : préséance du prince, autorité du maréchal.
A Alger, le prince "loge chez le maréchal, dont la jolie maison mauresque est restaurée avec une grande élégance et même avec goût. La je m'enferme avec lui pendant une heure...Je crois qu'il aurait tout autant aimé ne pas m'avoir ici, mais une fois que j'y suis arrivé, il tient à faire les choses le mieux possible, et je suis persuadé qu'il y mettra toute la bonne grâce et tout l'empressement dont il est susceptible...Je l'ai trouvé gai, bien portant, assez entrain toutes les fois qu'il n'est pas question de s'embarquer, et résolu, je crois, à être pour moi aussi bien que sa nature et ses habitudes lui permettent de l'être...Mais quel caractère que ce bon maréchal ! Quel "trabajo" de causer et de convenir de quelque chose avec lui ! Cependant, nous voilà d'accord sur la politique et sur mon voyage..." Et encore: "Je le crois dans les idées les plus sages et les plus heureuses sur la conduite de ce pays-ci, mais il est quinteux, susceptible, se plaint de tout le monde". Le lendemain 28 septembre, après visite des hôpitaux, revue et manœuvres, un grand dîner de 80 personnes réunit "tous les gros bonnets". Valée murmure à l'oreille du prince :"Monseigneur croît avoir du monde à dîner ; il y a salle pleine, et il n'y a personne : ça ne sait ni commander, ni obéir, ni comprendre". "Je crois dire, ajoute le prince, qu'il a un peu raison dans sa sauvage brusquerie". Et le 29 septembre, Valée mène le prince au spectacle ; la troupe est exécrable : néanmoins "le maréchal en revient enchanté et fredonnant tout seul".
Les jours suivants, les deux hommes vont visiter Koléa et Blida à l'ouest, et les camps retranchés de l'est :"Ces ouvrages...ont le caractère de permanence, de force, de régularité, d'ordre et de stabilité que le maréchal donne à toutes ses oeuvres dans ce pays"... "L'armée est bien conduite, avec ordre, fermeté et méthode...Le maréchal sait bien faire les affaires". Mais aussi : "Il est si volontaire et si imprévu. Il a fait de grandes choses ici, il est très capable...mais il n'est pas agréable à manier. Aussi, tout en lui rendant justice, on ne l'aime guère..." "Peut-être le strict et rigoureux respect des propriétés qu'il est parvenu a établir dans l'armée n'est-il pas étranger à ce langage sur lui". A Blida, le prince écrit : "Ce sont des travaux magnifiques, parfaitement entendus, très bien exécutés...C'est une belle pensée exécutée avec persévérance, avec cet esprit d'ordre et cette volonté arrêtée qui est le cachet distinctif du maréchal Valée..." "Je le répète : on ne se fait pas d'idée de ce que sont ces travaux, ni du bel ensemble de l'occupation de la plaine (la Mitidja) exécutée par le maréchal Valée, sans bruit, sans coup férir, mais sûrement et fortement".
Le 6 octobre, c'est l'embarquement vers l'est, la visite de Bougie, puis Djidjelli, dont la conquête est due au commandant de Salles : aussi "quoique le maréchal ait été malade pendant la traversée, est-il rayonnant : tout lui semble beau et bon". Le lendemain, les deux hommes débarquent à Stora, et gagne Philippeville, création du maréchal qui ne date que d'un an, et compte déjà 1 700 Européens, sans compter la garnison. Mais sous le commentaire admiratif du prince pointe aussi la critique : "Il est certain que l'excès des grands travaux et des magnifiques constructions qu'il a partout fait élever par les troupes, a puissamment contribué à la grande proportion des malades de l'armée ; mais il n'y songe que rarement".
La réception fait ressortir la différence des races : alors que les Arabes déclarent que "s'ils ont servi la France d'abord par soumission, ils la servent et la serviront désormais par reconnaissance, les Kabyles seuls... conservent une attitude austère ; ils affectent d'éviter tout contact avec les Arabes, et rien ne peut adoucir l'humeur ombrageuse et farouche qui caractérise cette race indomptée".
Le 12 octobre, le prince fait son entrée à Constantine, et la réception extraordinaire qui lui est offerte dépasse toute attente : affluence des indigènes, enthousiasme de la foule, discours empreints de reconnaissance et d'attachement à la France. "Ma première pensée, écrit le prince, est pour le souvenir de cet assaut terrible...et je vais chez le maréchal le féliciter ; il me saute au cou en pleurant, se montre bonhomme, et nous voilà tout à fait bien ensemble". Après un pèlerinage à tous les lieux de conquête, le duc d'Orléans reprend avec le maréchal, dans le plus grand secret, la discussion qui s'est élevée déjà plusieurs fois entre eux sur le but le plus utile à donner à la visite du prince dans la province. Il ne faudra pas moins de douze jours à Valée pour le convaincre d'entreprendre la grande aventure de l'expédition des Portes de Fer...
En attendant, les environs sont inspectés et une opération militaire est montée sur Mila le 16 octobre : deux divisions, dont l'une est commandée par le duc d'Orléans, occupent cette place, puis atteignent Djemila, et enfin campent le 21 sous les murailles de Sétif, où elles sont retenues trois jours durant par des pluies torrentielles : temps d'arrêt employé à perfectionner les fortifications de ce point stratégique, et à donner audience aux cheiks du pays kabyle, accourus de toutes parts. Une fête est donnée par les militaires arabes "qui ont soutenu contre les Français le siège de Constantine : fort divertissante, elle déride Valée lui-même!"
C'est à Sétif, le 24 octobre, que Valée emporte la décision sur la suite à donner à l'expédition. "Tout le monde, me dit-il, nous attend à Bougie, personne aux Bibans...Aller par terre de Constantine à Alger, en passant ces Portes de Fer dont les Romains, les Turcs et les voyageurs ne parlaient qu'avec effroi, c'est une grande chose...Il ajoute que les conséquences politiques sont son affaire, qu'il connaît la pensée politique du Roi et qu'il s'y conformera ; mais qu'il atteindra le but par les moyens qu'il croit convenables et dont lui seul est juge"..."Je lui fis répéter qu'il était certain que la guerre ne s'ensuivrait pas, qu'il ne la voulait pas plus que moi, mais qu'il fallait savoir se montrer, et que le moment était venu vis-à-vis d'Abd-el-Kader"..."Et bien! lui dis-je, en avant et à fond!...Vous me garantissez la paix ; ma conscience est satisfaite et je suis votre homme". Le maréchal avait gain de cause.
Entre temps, le prince envoyait à Paris des lettres et des rapports sur ses impressions. Le 15 octobre, il écrit à Soult : "...Partout, ce sont les troupes qui complètent la conquête du pays par ces grands travaux qui rappellent les Romains... Ce sont là aujourd'hui les campagnes de l'Afrique...Elles laissent des résultats plus durables que les expéditions guerrières...Ce que l'armée a fait de routes, de ponts, de constructions et de travaux de toute espèce est incroyable. Peut-être, la préoccupation d'atteindre plus promptement un but utile a-t-elle fait quelques fois perdre de vue la considération de la santé et de la vie des hommes..."Cette critique sera exploitée à Paris l'année suivante par les détracteurs du maréchal.
Les obstacles à l'expédition décidée étaient immenses. Il fallait cheminer de Sétif à Alger, à travers des montagnes inconnues, coupées par de nombreuses rivières qu'il n'y avait aucun moyen de franchir ; il fallait traverser de longs défilés, où une poignée de Kabyles pouvait arrêter la colonne alourdie par le convoi nécessaire à ses besoins, et la mettre en pièces. Néanmoins, l'expédition s'ébranle le 25 octobre, et le lendemain, à Aïn-Turc, à l'embranchement de la route de Bougie, vers le nord, part subitement à gauche, en direction de l'ouest. Le secret a été bien gardé, et les soldats surpris s'écrient : nous allons à Alger ! L'enthousiasme est à son comble...Le 27, la colonne campe au milieu des montagnes, à Sidi-Hasdan, et une fraction comprenant les malades et les éclopés repart à Constantine. Les 3 000 hommes valides s'engagent le 28, à travers la chaîne des Bibans, dans de sombres gorges, juste assez larges pour qu'un mulet chargé puisse y passer : les fameuses Portes de Fer. Ils mettent quatre heures à les franchir. Retardée par la pluie, la colonne bivouaque à la nuit sur les bords de l'Oued Biban. Le lendemain, elle fait une grande halte chez les Béni-Mansour, pour abreuver les chevaux et mulets. Enthousiaste, le prince écrit :"Le pas le plus difficile de notre opération est fait et bien fait : nous avons accompli sans coup férir ce que jamais aucune armée n'avait fait : nous sommes passés... dans un passage où les Romains ne se sont jamais engagés, et que les Turcs n'ont jamais traversé sans hostilité...Le maréchal a parfaitement combiné cette affaire, et il la conduit bien et habilement...Notre voyage...est un bel éloge du système du maréchal, et une éclatante constatation des résultats qu'il a obtenus".
Le même jour, on se saisit de deux courriers d'Abd-el-Kader : les lettres de l'émir, adressées aux habitants de Djidjelli, et envoyées de Mascara, proclamaient la guerre sainte contre les Chrétiens...

- Fin de la 10ème Partie -


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MessageSujet: VALÉE (Syvain-Charles) La Vie du général Valée 11ème Partie   Mar 18 Déc - 21:45

Récit présenté par M. Jean-Pierre BIBET
Sources : M. Jean-Pierre BIBET
Témoignage du Colonel de Beauregard, descendant du maréchal Valée.


LA VIE DU MARECHAL VALÉE - 11ème Partie -
LE GOUVERNEMENT DE L'ALGERIE
(25 octobre 1837 - 18 janvier 1841)
(4ème Partie)

La fin de l'expédition sera marquée par quelques escarmouches : le 31 octobre, une soixantaine d'Arabes et de Kabyles tirent sur la colonne, descendant du plateau des Mules dans la vallée de l'oued Zeitoun : le duc d'Orléans déclenche le feu de son arrière-garde, et la colonne ne reçoit plus que des coups de feu isolés. Mais ensuite les Arabes du bey de Sebaou arrivant de tous côtés, il faut agir plus vigoureusement : le 2e léger, soutenu par de la cavalerie et quelques obus de mortier, contient les Arabes et facilite la retraite. Les troupes engagées rejoignent le convoi et traversent à gué l'oued Isser, frontière entre la Grande Kabylie et la plaine d'Alger. Le 1er novembre, après d'ultimes escarmouches, la colonne traverse l'oued Khadra, fait sa jonction avec les troupes d'Alger venues à sa rencontre, et campe au Fondouk, à 9 lieues d'Alger. "Le maréchal , note le duc d'Orléans, a déployé une habilité et une résolution rares ; l'administration était organisée admirablement ; le secret et la rapidité d'une marche bien combinée ont permis de surprendre les populations, de devancer l'hostilité d'Abd-el-Kader...et de garantir ainsi le maintien de la paix, dont personne ne doute". Le 2 novembre, arrivé à Maison-Carrée, le prince tient à défiler devant le maréchal, à la tête de sa division à laquelle il va faire ses adieux : "Valée était enchanté et pleurait en disant : " Il faut que je meure maintenant, car après avoir eu dans mon armée les trois fils du Roi et en avoir vu deux au feu, je ne peux plus que déchoir..."
A Alger, le coup de théâtre de l'expédition, annoncé par affiches, provoque la stupéfaction, suivie d'un enthousiasme indescriptible. C'est au milieu d'une foule compacte, et au bruit de toutes les musiques mauresques, que la colonne parvient sur la place du Gouvernement, et défile devant le prince et le maréchal. Des fêtes ininterrompues couronnent cette expédition de quinze jours à travers la partie la plus sauvage et la plus inconnue de l'Algérie. "L'élan en faveur du maréchal et de l'armée, écrit le prince, a été grand à Alger. On rend justice au maréchal qui ne sait pas se faire aimer, mais qui sait faire le bien, et qui en a accompli un immense ici. Son départ serait, à mes yeux, le plus grand malheur qui puisse frapper la colonie..."
Le 4 novembre, un banquet par souscription de deux cents couverts, avec notables et colons, est offert au duc d'Orléans. Valée y déclare : "...Fertiliser une terre stérile depuis tant de siècles, appeler à la civilisation tant de peuples barbares, c'est la mission qui convient à une grande nation..." Et le prince : "Au nom du Roi je porte cette santé... au chef illustre qui a pris Constantine, donné à l'Afrique française un cachet ineffaçable de permanence et de stabilité, et fait flotter nos drapeaux là où les Romains avaient évité de porter leurs aigles !" Il ajoute dans son journal : "Le maréchal, dont le banquet d'aujourd'hui a été le début parlementaire, a très convenablement débité quelques phrases bien tournées ; je doute cependant qu'il arrive jamais au discours de longue haleine..."De son côté, le maréchal écrit au roi pour lui signaler la brillante conduite du prince, et les heureux résultats de l'expédition.
Le lendemain, c'est le duc d'Orléans qui, peu avant son embarquement, donne sur la place Bab-el-Oued un gigantesque banquet de plus de trois mille convives. Les officiers de sa division lui offrent, en guise de souvenir, une branche de palmier munie d'un manche, sur lequel est gravée une inscription : la "palme d'honneur des Bibans". Le prince se tourne alors vers le maréchal, chef de l'expédition, et lui demande son acceptation. "Le maréchal, qui pleurait réellement, ce qui vous paraîtra incroyable à tous à Paris, balbutie quelques mots entrecoupés et me fait un signe d'assentiment..."
Le lendemain, le "Phare" quitte Alger, emmenant son hôte royal vers la France.

L'enthousiasme soulevé par l'expédition des Portes de Fer assura pour longtemps la paix dans l'est algérien ; la tribu des Beni-Abbès, gardiens de ces fameuses Portes, sollicita la faveur de commercer avec nous. Mais ailleurs, les effets furent de courte durée. La fin de1839 et 1840, troisième et dernière année des responsabilités de Valée en Algérie, vont être marquées par beaucoup de difficultés, d'ordre politique en France, et d'ordre militaire dans l'ouest algérien.
Les tribus pacifiées de l'est confirment leur loyalisme ; les Kabyles sont dans la stupeur du franchissement de la chaîne des Bibans ; Abd-el-Kader a perdu la face, et ne tarde pas à réagir, rompant la trêve instaurée par le traité de la Tafna. Le 18 novembre, il envoie au maréchal une véritable déclaration de guerre : "Je t'ai déjà dit que tous les Arabes sont d'accord pour faire la guerre sainte...Le Roi, lorsque je lui ai écrit, m'a fait répondre que toutes les affaires étaient chez toi, soit de paix, soit de guerre. Tiens-toi pour averti ; avec tous les croyants, je choisis la guerre".

Les jours suivants, des plantations de colons dans la Mitidja sont dévastées, plusieurs détachements de protection détruits. Valée écrit au maréchal Soult, réclamant des renforts : 10 000 fantassins, 1 500 cavaliers, 500 artilleurs. Le duc d'Orléans, à peine rentré à Paris, se dispose à repartir. Dès le 24 novembre, Abd-el-Kader franchit les gorges de la Chiffa. "L'effectif de notre armée d'Afrique, dira le comte Molé, était alors de 43 000 hommes, dont 35 000 seulement sous le drapeau. L'émir avait réuni toute son infanterie et sa cavalerie régulière, de nombreux contingents de Kabyles, une partie de ses goums...Le maréchal, qui appelait de tous ses vœux un engagement à fond avec lui (mais, en fait, n'en avait pas les moyens), se disposa à l'attaquer avec un corps de 3 000 hommes qu'il avait réuni sous son commandement...Il choisit son champ de bataille dans la plaine en avant de Boufarik, non loin du cours de la Chiffa...Le 31 décembre 1839, ses habiles manœuvres attirent les Arabes sur ce terrain, il fait sonner la charge. Le vieux maréchal se met à la tête de ses troupes, s'élance sur l'ennemi à la baïonnette, sans laisser tirer un seul coup de fusil ; la victoire la plus complète, la plus glorieuse, couronne ses cheveux blancs. Les bataillons réguliers de l'émir sont détruits ; ses drapeaux, son artillerie...tombent en notre pouvoir. L'émir lui-même, en fuite, repasse l'Atlas..." Il en est de même des cavaliers de l'émir et des Kabyles, et la paix est rétablie dans la Mitidja. Le maréchal, en souvenir et revanche de la défaite de nos troupes survenues quelques années auparavant, à proximité du combat, donnera "à cette affaire, le nom de combat de l'Oued-el-Alleug". Rentré à Alger, il annonce son succès au Gouvernement avec sa clarté, sa simplicité, sobriété et modestie coutumière ; on lit dans les mémoires du colonel futur général Changarnier :"Notre cavalerie, conduite par un colonel brave, mais peu clairvoyant, fit deux ou trois zigzags, au lieu de déborder l'ennemi...Ces faux mouvements impatientait le gouverneur, il courut se mettre à la tête de nos cavaliers, et les conduisit jusqu'à la fin avec l'ardeur d'un sous-lieutenant...Nous fûmes bien étonnés de voir la feuille officielle, modifiant le rapport du modeste gouverneur qui a toujours moins dit qu'il n'avait fait, diminuer les pertes de l'ennemi et le chiffre de ses fantassins et de ses cavaliers."
En même temps qu'il rend compte de son succès, le gouverneur présente au Gouvernement du maréchal Soult, au début de 1840, son plan de conquête de l'ensemble de l'Algérie, embrassant deux années, et comportant des accroissements d'effectifs de l'armée : ceux-ci ne seront que très partiellement accordés, et seront portés, à partir du mois de mai, à 57 000 hommes.
Le plan de Valée comportait trois périodes de campagne en 1840 : occupation du port de Cherchell, en refoulant la tribu turbulente des Hadjoutes ; passage de l'Atlas, à partir de Médéa et Miliana, avec la construction d'une route reliant la Mitidja et la vallée du Chélif ; enfin, destruction des établissements de l'émir dans cette dernière vallée. Ce plan est unanimement approuvé le 14 février par le Gouvernement. Dès les premiers jours de mars, le corps expéditionnaire est réuni sur la Chiffa, et se dirige en trois colonnes vers Cherchell, qu'il atteint le 15 mars. Le maréchal y participe personnellement. Deux coups de canon ouvrent les portes de la ville désertée, aussitôt occupée et mise en état de défense. Mais de retour à Alger, Valée apprend que le Gouvernement est renversé, et que le 1er mars, Thiers est devenu pour la seconde fois président du Conseil. "Tout a été remis en question, écrit à Valée, le duc d'Orléans...et l'on attaque avec ardeur...le système que vous avez appliqué avec tant de succès et dont vous êtes le pivot..."L'opposition, dont les chefs arrivaient au pouvoir, n'avait cessé de critiquer les actes du maréchal, soutenant que c'était dans la province d'Oran qu'il fallait porter tous nos efforts. La presse s'emparait des lettres arrivant d'Afrique, les publiait, les commentait défavorablement. De nombreux extraits de journaux montrent avec quelle violence on attaquait alors le maréchal. Le 27 mars, le nouveau Gouvernement lui fait remettre une dépêche, lui prescrivant de transférer vers Oran des troupes prêtes à combattre, et d'attendre de nouvelles instructions avant de continuer les opérations prévues.
Valée y répond en annonçant qu'il exécutera les instructions, quelles qu'elles soient, mais que dans les circonstances du moment, la province d'Oran lui paraît "d'un intérêt secondaire", et le transfert d'unités vers cette province, au détriment de celle d'Alger, regrettable. Toujours amer, il écrit à sa fille Adèle : "Je ne reçois rien de bon de France depuis longtemps..." "Je continue à être extrêmement mécontent de ce qui me vient de ce pays. Je fais bien, pour l'acquit de ma conscience, et je me moque du reste..." Mais à Paris, Thiers est ébranlé par l'argumentation de Valée, et déclare au comte Molé, alors président de la Commission des crédits pour l'Algérie : "Avant de remplacer Valée..., j'ai voulu connaître l'homme, et le système que nous allons briser. J'ai lu toute la correspondance du ministre de la Guerre, et de ce moment je n'ai plus hésité à proposer au Roi et au cabinet de le maintenir dans sa position".
- Fin de la 11ème Partie -


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MessageSujet: VALÉE (Syvain-Charles) La Vie du général Valée 12ème Partie   Mar 18 Déc - 21:47

Récit présenté par M. Jean-Pierre BIBET
Sources : M. Jean-Pierre BIBET
Témoignage du Colonel de Beauregard, descendant du maréchal Valée.


LA VIE DU MARECHAL VALÉE - 12ème Partie -
- LE GOUVERNEMENT DE L'ALGERIE -
(25 octobre 1837 - 18 janvier 1841)
(5ème Partie)

Une lettre ministérielle du 2 avril 1840 autorise Valée à entreprendre la deuxième période du plan de campagne prévu, lui annonçant en même temps la venue, à cet effet, du duc d'Orléans : "Le Gouvernement vous confie (avec lui) ce qu'il a de plus précieux auprès la personne de S.M...." Le prince, à qui était dévolu le commandement d'une division, débarque à Alger le 13 avril, accompagné de son troisième frère, le duc d'Aumale, dont c'est la première campagne d'Afrique. Abd-el-Kader fait parvenir à Valée un message insolent :"...Celui d'entre vous qui restera vivant me verra un jour sur le trône d'Alger". Infatigable malgré ses revers, il ne disparaît que pour se reformer ailleurs, attaquer nos convois, dresser des embuscades meurtrières pour nos détachements. Mais pour en finir avec lui, il faudrait réunir des moyens que Paris ne veut ou ne peut fournir...
Avec le printemps, le maréchal organise la deuxième étape de son " plan de conquête". Le 19 avril, une brève expédition à l'est refoule l'émir, dont on lui avait signalé la présence dans la vallée de l'Isser, vers son fief de l'ouest. Le 25 avril, Valée est à Blida, et annonce au corps expéditionnaire le commencement des opérations. Le 27, l'armée passe la Chiffa, et la division du duc d'Orléans, abordant les Arabes à l'arme blanche, les culbute dans le ravin du Bou-Roumi.
Le 29, le maréchal en personne exécute un raid dans la Mitidja, afin d'assurer la tranquillité du Sahel avant de franchir l'Atlas. Une masse de 8 à 10 000 cavaliers se présente à l'ouest, et s'efforce de contourner le flanc droit du corps expéditionnaire, en direction du lac Halloula. Puis, devant l'avance de nos troupes, l'émir se retire vers la Chiffa sans avoir été entamé, ce qui fait écrire à l'historien Camille Rousset, dans son ouvrage sur "Les Commencements d'une conquête", ces paroles sévères : "On ne cessa pas de respecter le caractère du maréchal; on continua de rendre justice aux qualités solide de "ce bronze vivant, de ce lanceur de bombes, de cet obusier de vingt-quatre", comme disaient entre eux les jeunes officiers, mais on lui contesta les mérites d'un manieur d'armée..."
Dans la nuit du 29 au 30 avril 1840, Valée est informé de la présence de l'infanterie de l'émir au Tania de Mouzaïa. Il fait construire un camp à la ferme du même nom, et y fait acheminer les approvisionnements et le matériel destinés à Médéa. Le 7 mai, il se porte sur Cherchell, attaquée par des forces importantes ; une brillante manœuvre du colonel Changarnier met en déroute les Kabyles, et le corps parvient le 9 à Cherchell, où le commandant de la place a riposté avec vigueur à six jours d'attaque des Kabyles. La place est mise en bon état de défense, et le maréchal repart avec la colonne. Le 11 mai au soir, il donne l'ordre de tenter le lendemain le franchissement de l'Atlas par le col de Mouzaia, situé à 1 000 mètres d'altitude, et relié à la vallée par une route étroite et escarpée, aménagée en 1836. Depuis plusieurs mois, Abd-el-Kader y avait fait exécuter de grands travaux défensifs, comportant un grand nombre de redoutes tout autour du col, plusieurs batteries au col lui-même, et toutes les troupes régulières de l'émir avaient été réunies pour la défense de cette position.
Le duc d'Orléans, chargé d'enlever la position avec sa division renforcée, forme trois colonne d'attaque, dont deux doivent s'élever dans les montagnes situées à l'est de la route du col, en vue de se rendre maîtresse des crêtes, et de protéger la progression de la troisième colonne sur la route elle-même ; avec celle-ci doit se tenir le maréchal, le prince et tout l'état-major, et avancer l'artillerie. La première colonne, conduite par Duvivier et Changarnier, commence à gravir les pentes escarpées, et essuie bientôt un tir meurtrier ; ses flancqueurs débordent et enlèvent les retranchements les uns après les autres, et font bientôt flotter leur drapeau sur le point le plus élevé de la chaîne de l'Atlas. La deuxième colonne conduite par La Moricière, est arrêtée et décimée par les feux d'une redoute protégée par une pente infranchissable ; après un moment indécis, la redoute est prise d'assaut par l'arrière, par des zouaves détachés de la première colonne. La troisième colonne progresse alors le long de la route, mais est prise en écharpe par les tirs de l'artillerie de l'émir ; le maréchal dispose lui-même une batterie de campagne, qui la réduit au silence. Finalement les trois colonnes parviennent presque simultanément au sommet du col, que les Arabes évacuent en désordre. Cette belle victoire du 12 mai 1840 du col de Mouzaïa nous coûte près de 300 hommes, mais porte une grave atteinte au prestige de l'émir. Sur place, on construit au col des ouvrages de campagne, et le 16 mai, l'armée s'établit au pied de la pente sud de la montagne, dans le bois des Oliviers. Le 17, elle avance vers Médéa, faisant reculer l'infanterie arabe, et pénètre dans la ville déserte, mise aussitôt en état de défense.
Trois jours après le corps expéditionnaire reprend le chemin du col. L'émir a pris position sur la route de Miliana, et attaque le convoi au moment où il pénètre dans le bois des Oliviers, qui devient le théâtre d'une lutte acharnée. Le lieutenant-colonel de Salles, gendre du maréchal fait donner les tirailleurs et les chasseurs d'Afrique, et Abd-el-Kader s'enfuit avec des pertes considérables, mais non sans nous avoir tué plus de 50 hommes. Le lendemain 22 mai, les troupes rejoignent leurs cantonnements, et le maréchal accompagne à Alger les princes qui s'embarquent pour la France.
Pendant tout le cours de l'expédition, il n'a pu adresser au Gouvernement que des dépêches télégraphiques; le manque de nouvelles officielles immédiates, et l'acheminement plus rapide de correspondances particulières, mécontentent les ministres, qui ne sont pas en mesure de répondre aux demandes ou aux interpellations qui leur sont adressées.
La suite des opérations, que prépare le maréchal, comporte la marche sur Miliana, dans la vallée du Chélif. Passant outre les objections du ministre de la Guerre, alerté par les rapports défavorables de ses envoyés spéciaux chargés de lui rendre compte directement des opérations, Valée maintien son plan, et lui écrit le 31 mai :"...Les préparatifs d'une nouvelle expédition sont terminées...Personne n'ignore que l'armée doit se porter dans la vallée du Chélif...Je me décide à passer à nouveau l'Atlas". Il faudra l'intervention personnelle du duc d'Orléans pour que le Gouvernement n’élève plus d'objections à la marche sur Miliana; le prince écrit dans ce sens à Valée le 4 juin, mais dès le 9, arrivé à Paris, il lui envoie une nouvelle lettre privée, "pleine de la violence la plus injuste et des faits les plus inexacts", a été insérée dans le "Courrier Français", et est devenue le signale des attaques les plus furieuses de la presse contre vous". De fait, ce même journal dénonce jour après jour "la honte d'une stratégie inhabile et meurtrière...le temps perdu en contremarches inutiles...l'oubli des plus simples précautions usitées à la guerre..." Heureusement pour Valée, les "erreurs de stratégie et de sa politique" sont démenties officiellement par le Gouvernement, car l'une et l'autre avaient été adoptées d'accord avec lui...Ces faux bruits et ces intrigues n'empêchent pas Valée, bien qu'il en soit profondément affecté, de poursuivre avec ténacité son plan de campagne, dont l'exécution débute le 4 juin, à partir de Blida, avec un corps expéditionnaire de 10 000 hommes, accompagné d'un important matériel d'artillerie, l'armée parvient le 7 au soir dans la plaine du Chélif. Le lendemain, le maréchal prends dispositions pour se rendre maître de Miliana, y pénètre le même jour, aménage la place et la met en état de défense, y laissant 1 200 hommes.
Le 12 juin, l'armée quitte Miliana, essuyant des escarmouches; elle est le sur lendemain en vue de Médéa, et repasse le col de Mouzaïa, où elle est de nouveau assaillie sur son arrière-garde, au bois des Oliviers, par les troupes de l'émir. Après un combat meurtrier, les charges du colonel Changarnier parviennent à rejeter l'ennemi hors du Bois. Promu général le même jour à Paris pour sa brillante conduite, cet officier est alors chargé par Valée de diriger à nouveau une colonne sur Miliana, en vue de renforcer sa garnison et ses approvisionnements. La fin du mois de juin est employée à acheminer, depuis Blida, les munitions et les vivres sur les places de Médéa et Miliana, désormais solidement occupées et défendues sous les ordre du général Duvivier. Le maréchal, rentré à Alger le 7 juillet, adresse alors au ministre de la Guerre son rapport rendant compte des opérations : " La seconde période de la campagne n'a pas été moins glorieuse que la première...Les rapports des déserteurs portent à un chiffre très considérable le nombre des hommes tués et blessés...Abd-el-Kader lui-même a reconnu qu'il ne pouvait plus lutter contre nous, au moins en ce moment...Ses cavaliers irréguliers se sont retirés dans leurs tribus, il est parti pour Takdemt dans son fief (qui s'étend au sud et à l'est d'Oran, de Tlemcen à Mascara)...Le plan de campagne approuvé par le gouvernement du Roi a été exécuté dans toutes ses parties...La France est fortement établie dans la vallée du Chélif...Dans quelques mois, l'armée attaquera Abd-el-Kader dans la province d'Oran..." Mais le même jour, le 10 juillet, le maréchal écrit aussi de sa main un projet de lettre, non envoyé qui en dit long sur son état d'esprit, à la suite des campagnes de contestation et de diffamation qui se développent à Paris. A sa fille Adèle, il avait écrit de Blida le 2 juillet:"Je voudrais dès aujourd'hui demander mon remplacement". Le gouvernement fait face, dans le même temps, à la fronde du Parlement, où déjà le général Bugeaud se fait remarquer par la vigueur de ses interventions, accusant le Ministère de"n'avoir pas de système" en Algérie. Thiers, président du Conseil, lui fait face: ""M. Bugeaud, qui est un esprit absolu, quand on n'est pas tout à fait son système, prétend qu'on n'en a pas...Il faut coloniser, mais la colonisation ne doit venir qu'après la conquête. Il faut donner aux colons la sécurité...Il ne peut rester un doute sur la volonté du pays..."Il répondait ainsi aux attaques de l'opposition, dont le représentant avait notamment déclaré:"L'Afrique, c'est la ruine pendant la paix, l'affaiblissement pendant la guerre(la situation en Europe était alors très tendue). Puisqu'il faut tout conquérir, sans la possibilité d'une occupation restreinte...sans hésiter, nous sommes pour l'abandon!"Finalement, le gouvernement de Thiers obtient le soutien de la majorité, mais la situation personnelle de Valée est sortie amoindrie des débats, au cours desquels, sans une réponse énergique du Gouvernement, on a entendu dire qu'il était "difficile de rencontrer réunies les trois qualités requises en Afrique: le génie militaire, politique et administratif..." et la Chambre des pairs, où l'opposition demande pour l'Algérie un gouverneur général civil :"L'armée est sans confiance dans son chef..." Ce qui provoque un tollé général, mais une réponse molle du ministre de la Guerre.

- Fin de la 12ème Partie -


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MessageSujet: VALÉE (Syvain-Charles) La Vie du général Valée 13ème Partie   Mar 18 Déc - 21:48

Récit présenté par M. Jean-Pierre BIBET
Sources : M. Jean-Pierre BIBET
Témoignage du Colonel de Beauregard, descendant du maréchal Valée.


LA VIE DU MARECHAL VALÉE - 13ème Partie
- LE GOUVERNEMENT DE L'ALGERIE
(25 octobre 1837 - 18 janvier 1841)
(6ème Partie)
Sur place, Valée à toutes raisons de considérer que la campagne du printemps est un succès, au moins temporaire : l'émir est repoussé au-delà de l'Atlas, ses meilleurs troupes sont anéanties;Cherchell, Médéa, Miliana sont solidement occupées, et la tranquillité rétablies permet de donner plus d'impulsion à la colonisation, notamment à Blida, Cherchell et Koléa. Sur le plan militaire, Valée poursuit la défense de la partie conquise, renforce la position de Médéa, dresse les plans d'une nouvelle enceinte et d'une série de forts pour la protection d'Alger; il met au point lui-même avec les ingénieurs maritimes le détail des travaux à exécuter pour aménager la rade d'Alger, et y établir un vaste port. Il pousse activement les préparatifs de la campagne d'automne, faisant de Blida une base d'approvisionnements considérables, réorganisant et mettant au repos les régiments qui ont fait la dernière campagne.
Simultanément, de la fin du mois de juillet au début du mois d'octobre, le maréchal échange avec le président du Conseil et le ministre de la Guerre une correspondance dans laquelle il présente son plan de campagne pour l'automne, qui sera approuvé dans un premier temps, et comporte notamment, moyennant l'envoi de renforts, l'attaque d'Abd-el-Kader dans son fief de Takdemt, à partir de Mostaganem, et de l'occupation de Mascara. Dans ces lettres, on trouve à la fois des fleurs, et des critiques feutrées :"Croyez, Monsieur le Maréchal, que, pour ma part, j'apprécie vos grands services, vos hautes qualités militaires et administratives et que vous trouverez en moi le concours le plus amical, le plus actif, le plus soutenu..." Mais aussi :"Nous vous demandons en retour la même cordialité...Je vous demande pour le département de la Guerre la déférence, le soin à correspondre, sans lesquels l'ordre et la bonne administration seraient impossibles...Je vous recommande, monsieur le Maréchal, le plus grand soin du soldat...Il suffirait du moindre accident pour nous exposer de nouveau, vous et le ministre, à un fâcheux déchaînement..."Le plan de campagne d'automne est tout d'abord approuvé; mais les soucis du gouvernement Thiers l'amènent à y renoncer, et à décider l'abandon de l'expédition sur Mascara et Takdemt :"Il faudra vous attacher à contenir la province de Constantine et à consolider vos établissements de Médéa et de Miliana..." Une controverse se développe aussi sur la défense de la plaine de la Mitidja, qui oblige Valée à démontrer l'inefficacité d'une protection continue par l'édification de remparts et de fortins. Le gouvernement justifie l'abandon du plan de campagne par les soucis que lui donne l'évolution de la situation en Europe, où l'Angleterre a réussi à isoler la France, et à l'exclure des négociations qui ont abouti, le 15 juillet, du Traité de Londres réglant les affaires d'Orient.
A la fin de l'été, sur le rapport d'un légionnaire échappé de Miliana, Valée apprend que la garnison de cette ville apparaît comme désespérée. Changarnier part aussitôt, avec un convoi de ravitaillement organisé à Blida, et parvient le 4 octobre aux portes de Miliana :"La moitié de la garnison (1 200 hommes), écrit-il, était dans le cimetière, un quart dans les hôpitaux, le reste se traînait sans force et sans courage, incapable de défendre les remparts..." En quelques heures, la place est ravitaillée, la garnison remplacée, les malades évacués. Sur le chemin du retour, la colonne est harcelée et attaquée aux passages difficiles par la cavalerie arabe; elle arrive à Blida le 7 octobre, ayant perdu 42 hommes. Valée rend compte de l'expédition au ministre de la Guerre, qui lui répond le 23 octobre en suggérant le démantèlement et l'évacuation de Miliana, et en lui reprochant de ne pas donner de détails sur l'état sanitaire de la garnison. Valée, en fait, avait déjà envoyé le 18 octobre les renseignements demandés et se prononçait catégoriquement contre l'abandon de cette place. Il ne dissimulait pas la gravité du désastre, et pour en éviter le retour, se disposait à diriger en personne le ravitaillement des garnisons bloquées.
A cet effet, un corps expéditionnaire de 6 000 hommes quitte Blida le 27 octobre, avec le maréchal, qui s'établit au col de Mouzaïa, et occupe le 29 le bois des Oliviers et le pied du djebel Nador; Changarnier repousse vigoureusement l'attaque de 1 200 Arabes contre l'arrière-garde. La garnison de Médéa est très fatiguée, mais contrairement à celle de Miliana, son moral est excellent. Ayant appris qu'Abd-el-Kader est en position à proximité, dans la vallée de la Chiffa, le maréchal quitte Médéa le 30 octobre et divise le corps expéditionnaire en trois colonnes, qui tentent d'encercler le camp de l'émir ; mais celui-ci parvient à s'échapper, et les colonnes se content d'incendier le camp.
C'est à Blida, le 1er novembre, que le maréchal reçoit une lettre désagréable, datée du 23 octobre, du ministre de la Guerre. Il y répond aussitôt, dans une lettre où il laisse percer son irritation sur la remise en cause continuelle des décisions prises, sur l'accusation de ne pas se soucier suffisamment des souffrances des soldats, sur l'abandon suggéré de Miliana :"...L'occupation des trois places qui forment à l'ouest la ceinture de défense de la Mitidja...est indispensable...

J'attendrai que le Roi me fasse donner un ordre formel d'abandonner les places de l'intérieur, et je continuerai jusque-là, à en faire des bases importantes d'opérations...La persévérance seule assure le succès d'une vaste entreprise; c'est elle qui nous a conduits en deux années de Bône aux portes de Fer, qui nous a donné Blida, Koléa, Cherchell et Philippeville...Médéa et Miliana seront l'année prochaine des centres d'action et de population. Ce système vaut bien celui de courses et razzias sans but qu'on voudrait y substituer..." Simultanément, il écrit à sa fille :"Le ministre récrimine toujours...Je répondrai par la déclaration de ma résolution de quitter...Ce ministère mauvais tombera; je n'espère pas mieux d'un autre". Il ne sait pas que sa prophétie est déjà réalisée, et quatre jours auparavant, le 29 octobre, le gouvernement Thiers est tombé!Un nouveau cabinet est formé par le maréchal Soult, qui prend aussi le portefeuille de la Guerre, et son premier soin est d'assurer le gouverneur général "de son désir de seconder ses vues pour l'affermissement de la puissance française en Algérie". Quelques jours après, il approuve entièrement les dispositions prises, recommandant seulement à Valée de faire en sorte que la campagne soit aussi courte que possible.
Le 5 novembre, le corps expéditionnaire quitte Blida pour se diriger sur Miliana, qu'il atteint le 8 novembre, après avoir dispersé les cavaliers arabes au col de Gontas. La place, dont l'approvisionnement est complété, est en excellant état de défense. Au retour, la colonne recherche, en vue de la remettre en état, la grande voie qui, au temps de la domination romaine, unissait Cherchell à Miliana, met le feu aux villages kabyles rebelles, disperse à nouveau des cavaliers arabes, et rentre à Blida le 11 novembre. Du 15au 20, le maréchal retourne à Médéa dont il améliore la défense et l'approvisionnement, puis revient à Alger, mettant ainsi fin à la campagne d'automne. Il y reçoit, datée du 9 décembre, une lettre du maréchal Soult, le félicitant de l'heureuse issue de la campagne. Mais cet éloge est suivi d'une conclusion inattendue. Une nouvelle lettre de Soult du 29 décembre1840 met fin à ses fonctions:"Monsieur le Maréchal, le Roi, cédant au vœu que vous avez plusieurs fois exprimé de cesser vos fonctions de commandant en chef de l'armée d'Afrique et de gouverneur général de l'Algérie, m'a donné l'ordre de vous autoriser à rentrer en France. Le lieutenant-général Bugeaud est destiné à vous remplacer dans le commandement de l'armée et dans les fonctions de gouverneur...Je vous exprime...mes regrets de voir cesser des relations dont je sentais tout le prix et dont j'aurais voulu de tout mon cœur pouvoir prolonger la durée".
Le maréchal Valée, qui avait effectivement fait savoir depuis bien des mois qu'il souhaitait être déchargé de ses responsabilités, était ainsi pris au mot. Le motif essentiel de la décision semble avoir été de donner satisfaction aux Chambres, où s'était manifestée à plusieurs reprises une hostilité non équivoque contre le maréchal. On en avait été longtemps arrêté par la difficulté que présentait le choix d'un successeur. Le général Bugeaud, qui paraissait désigné, était détesté par la gauche, et le gouvernement Thiers tenait à la ménager; le cabinet du maréchal Soult n'avait pas eu les mêmes scrupules. Sacrifié, Valée supporta cette disgrâce avec la sérénité que donne la conscience du devoir scrupuleusement accompli. En trois années, après la prise de Constantine et l'expédition des Portes de Fer, il avait pacifié l'est algérien, fondé Philippeville, occupé définitivement et fortifié Blida, Cherchell, Médéa, Miliana, organisé l'implantation de dizaines de milliers de colons dans la Mitidja. N'ayant pas obtenu les moyens nécessaires pour venir à bout de la résistance d'Abd-el-Kader, il n'avait pu que le contenir dans son fief du sud-oranais. Seule l'obtention de ces moyens permettra l'achèvement de la conquête de l'Algérie : prise de la smala d'Abd-el-Kader en 1843, reddition de l'émir au général la Moricière en 1847, enfin soumission complète de la Kabylie en 1858.
Le 18 janvier 1841, le maréchal Valée quittait Alger, après avoir adressé aux habitants de l'Algérie et à l'armée d'Afrique deux belles proclamations, et dissuadé la majorité de ses officiers généraux de partir avec lui. Après une traversée très pénible, il s'acheminait lentement vers sa propriété du Pin, à Mérinville, dans le Loiret où lui parvenait, daté du 3 mars, le témoignage d'attachement du duc d'Orléans:"...Au moment où, après tant de glorieux faits d'armes et d'éclatants succès, vous venez de quitter un pays où vous laissez d'impérissables souvenirs et l'exemple du seul système possible, au moment où vous rentrez dans la carrière de la politique intérieure de la France, précédé de tout ce que vous avez fait de beau et de grand en Afrique, j'éprouve le besoin de vous exprimer tous les sentiments que vous me connaissez pour vous. Les deux campagnes que j'ai été assez heureux pour faire sous vos ordres, mon cher Maréchal, compteront toujours parmi les meilleurs moment de ma vie, et j'espère que votre séjour en France, et les nouveaux services que vous rendrez encore à une patrie pour laquelle vous avez tant fait, resserreront de plus en plus les liens déjà étroits qui se sont formés en Afrique".
Ces liens, hélas, la mort accidentelle du prince à 32ans, le 13 juillet 1842, devait les dénouer peu après, en même temps qu'elle privait la France de ses chances d'avoir en lui un bon roi.
Trois mois plus tard, la duchesse d'Orléans écrivait au maréchal:"Vous savez...combien il s'honorait d'avoir servi (en Afrique) sous vos ordres. Avant de partir pour l'expédition de Médéa...il émit un vœu que je viens remplir aujourd'hui...:"Je serais bien aise si le maréchal Valée, sous lequel j'ai eu l'honneur de servir, voulait bien accepter un souvenir de moi..." et elle joignait à sa lettre une paire de pistolets avec incrustations en or sur les crosses, un sabre et un poignard arabes.
Vingt-cinq ans plus tard, en 1866, la ville de Constantine rendra à Valée un solennel hommage, inaugurant sa statue en bronze à l'entrée de la ville, sur l'emplacement même où les batteries de brèche avaient été établies, au pied du grand boulevard central qui portera son nom pendant un siècle.
- Fin de la 13ème Partie -


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MessageSujet: VALÉE (Syvain-Charles) La Vie du général Valée 14ème Partie   Mar 18 Déc - 21:55

Récit présenté par M. Jean-Pierre BIBET
Sources : M. Jean-Pierre BIBET
Témoignage du colonel de Beauregard, descendant du maréchal Valée.


LA VIE DU MARECHAL VALÉE - 14ème et dernière partie -
LES DERNIERES ANNEES (1841 - 15 Août 1846).

LE PERSONNAGE


Lorsque Sylvain-Charles Valée rentre en France, il est âgé de 67ans. Il aspire au repos, à une vie calme et retirée. Il va vivre entre ses deux domiciles: sa "ferme-château" du Pin dans le Gâtinais, et l'hôtel particulier, entre cour et jardin, qu'il partage avec le ménage de sa fille à Paris, 32 rue Vaneau.

Au Pin, "soldat-laboureur", il gère sa modeste propriété, s'occupe de sa ferme et de son petit étang, apportant à la moindre de ses plantations les mêmes soins minutieux qu'il appliquait à la gestion des affaires en Algérie, lisant aussi beaucoup. Il va parfois séjourner chez sa fille, dans son château de Platteville, ou la reçoit au Pin, où Adèle dit "qu'elle a laissé son cœur..."

A Paris, il se borne à assister le moins souvent possible aux réceptions et mondanités que lui impose sa dignité de maréchal de France; mais sa conscience professionnelle lui fait un devoir d'être assidu aux séances de la Chambre des pairs, où il est appelé à deux reprises aux fonctions de secrétaires, mais il y siège sans plaisir : dans sa correspondance avec sa fille, il les qualifie de "représentation de marionnettes à perruques jouée à Luxembourg". Il y parle aussi de "l'isolement dévolu aux Maréchaux de France, qui n'ont d'important que le nom que l'on ne peut leur ôter".

Aux séances de la Chambre, il se montre réservé sur toutes choses, et s'abstient en particulier d'exprimer son opinion dans les débats sur les affaires de l'Algérie. Une seule fois, en juin 1842, il croit devoir intervenir pour réfuter une assertion, émise à la tribune de la Chambre des députés par le maréchal Soult, répondant à une interpellation au sujet d'exécutions sommaires dans la province de Constantine, reprochées au général de Négrier: il précise que Constantine n'a pas "capitulé", mais a été prise d'assaut; et que les exécutions sans jugement dont il est question n'ont eu lieu qu'après son départ d'Algérie.

Au début de la session de 1841, les fortifications de Paris sont décidées, après une discussion vive et passionnée. Le maréchal Valée est élu aux acclamations, pour présider la Commission constituée à fixer les bases de leur armement, et il s'y consacre avec
ardeur.

En revanche, il refuse avec obstination de reprendre, et de parachever l’œuvre qu'il avait entreprise sous la Restauration pour la réforme de l'artillerie, du temps où il avait été successivement rapporteur, puis président de son Comité central, membre du Conseil supérieur de la Guerre, et Premier inspecteur général de l'artillerie. Il fait valoir que dans de pareilles fonctions, il ne pourrait oeuvrer qu'avec un rang et des pouvoirs inférieurs à ceux qu'il avait eus pendant de longues années dans ce corps comme chef de l'arme; rappelle qu'à Constantine, il n'avait pas hésité à se mettre sous les ordres d'un officier général (Damrémont) de grade inférieur; et déclare devoir à la dignité de maréchal de France dont il est revêtu de ne pouvoir, en pleine paix, accepter la présidence du Comité de l'artillerie. "Tranquille, écrit-il au maréchal Soult, sur mon banc de la Chambre des pairs, je continuerai à défendre le pouvoir royal". Mais Soult insiste, et le 1erdécembre 1842, Valée est amené à écrire directement au roi, pour empêcher la publication de l'ordonnance du 29 novembre, rétablissant à son profit l'emploi de Premier inspecteur général de l'artillerie:"Sire...Je ne connais aucun précédent qui puisse justifier l'acceptation de fonctions que j'ai déjà remplies comme lieutenant-général...Il n'y a pas encore deux années, je gouvernais, au nom de votre Majesté, de vastes provinces, et j'avais sous mes ordres une belle et nombreuse armée...En me donnant aujourd'hui un emploi qui n'a été encore occupé que par des lieutenants-généraux...le gouvernement me placerait dans une position où je ne pourrais rendre d'utiles services". Cette lettre entraîne le retrait de l'ordonnance, et de cette date, Valée se contentent de siéger à la Chambre des pairs.

Il suit avec le plus grand intérêt le déroulement des évènements d'Algérie. En 1845, la presse critique sévèrement l'action du général Bugeaud, nommé maréchal de France à la suite de sa victoire d'Isly sur les Marocains chez qui s'était réfugié Abd-el-Kader, et il écrit alors à sa fille:"Le maréchal Bugeaud n'a ce qu'il mérite et ce qu'il à fait à d'autres. Ce qui lui arrive de la part de la presse doit lui rappeler ces paroles de l'Ecriture : "Celui qui tue par l'épée, périra par l'épée". Mais il est loin de s'en tourmenter, car il disait dernièrement que quoiqu'on dise de lui, il était satisfait pourvu qu'on en parle..."Comme il n'aime décidément pas son successeur, il note qu'après cinq ans, avec une armée de 100.000 hommes - alors qu'on n'avait voulu lui en donner que 35 à 40 000 - on est au même point qu'à son départ, réduit à envoyer des renforts de protection des colons de la Mitidja, à évacuer les petits ports...."Où est l'homme providentiel, qui disait avoir la situation en main?" Et encore : "Bugeaud fait une affreuse guerre au lieu de pacifier...Combien sont de faible valeur les motifs de guerre cruelle et dévastatrice !"

Il se tient, avec intérêt, aux courant des réalisations industrielles de son temps: le calorifère dans les maisons, l'apparition du chemin de fer...En 1845, il assiste à l'inauguration, à la mairie de Montargis, de son buste "fait dans un jour de sévérité..." En février 1846, le roi Louis-Philippe, voulant donner à Valée une nouvelle preuve de son estime, lui écrit pour lui demander d'être témoin à la naissance de l'enfant à naître au foyer de sa belle-fille, la duchesse de Nemours, qui donne le jour, le 13 février, à la princesse Marguerite-Adélaïde.

Au mois de juillet, Valée se rend près de Reims pour assister à un mariage. C'est au retour de cette cérémonie qu'il est atteint d'un refroidissement qui dégénère rapidement en une grave pneumonie. Le 15 août1846, dans la soirée, avant que ses enfants aient pu accourir à son chevet, il voit venir la mort, à l'âge de 73 ans, avec la sérénité d'un homme qui l'a déjà bien des fois regardée en face sans la craindre.

Les obsèques sont célébrées le 20 août; les cordons du poêle sont tenus par le président de la Chambre des pairs, les ministres de l'Intérieur et de la Guerre, et le maréchal Bugeaud. Conformément aux ordres du roi, le cercueil est déposé dans l'hôtel des Invalides, où il est placé dans le caveau des gouverneurs; sa statue sera installée par la suite au musée de Versailles, dans la galerie des maréchaux.

A travers sa vie (à partir du moment où il atteint la célébrité), par la lecture de sa correspondance officielle et privée, par le témoignage de ses contemporains, et par la graphologie, on peut se faire une idée précise de la personnalité de Sylvain-Charles Valée: une personnalité hors du commun, qui comporte à la fois des points faibles et des qualités exceptionnelles.

Il est de santé délicate, fragile; il est souvent obligé de se ménager. "Nulle considération ne vaut celle de la santé...Nos deux santés malingres..." écrit-il à sa fille. Maux de tête et d'estomac, névralgies, rhumatismes (pour lesquels il va en cure à Barèges), coliques fréquentes, figurent couramment dans sa correspondance. Il est tenté de refuser la responsabilité suprême en Algérie, uniquement pour raisons de santé. Il évite de voyager à cheval, il ne supporte pas la mer. Et cependant, on a l'impression qu'il ne se porte jamais si bien que lorsqu'il est en campagne ! Et il vivra 73 ans, ce qui était beaucoup à son époque (sa chère fille Adèle, de santé délicate aussi, vivra 82 ans !).

Cet homme n'est jamais enjoué, ne semble jamais heureux. "J'ai été toute ma vie malheureux", lit-on dans son bref testament. "J'ai souvent regretté de ne pas avoir la gaieté en partage", écrit-il à sa fille...D'où lui vient cette tristesse permanente, dont on espère qu'il aura été libéré au moment de sa mort ? Peut-être de son enfance, au cours de laquelle il perdit son père alors qu'il avait deux ans, vit sa mère se remarier presque aussitôt, et mourir alors qu'il était âgé de dix-huit ans , Dans sa correspondance privée, on ne relève pas une seule allusion à sa mère, qui ne s'occupa, semble-t-il pas beaucoup de lui, lorsqu'il était pensionnaire au Collège de Brienne.

Misanthrope, il est soupçonneux et méfiant. Sauvage, fuyant les mondanités, il n'a qu'un petit nombre d'amitiés solides. Il n'aime pas "l'étiquette". Bien peu de gens trouvent grâce à ses yeux...Il reconnaît qu'il est "disposé à ne pas voir en beau !" Sévère sur autrui, comme pour lui, il écrit :"La faveur est en général un motif de haine; tant qu'on l'a, on vous flatte; quand elle vous acquitté, on vous hait, ceux même à qui vous avez fait le plus de bien..."

Sa froideur, sa réserve, son austérité qui lui ont beaucoup nui, cachent un tempérament pudique, sensible - une sensibilité d'"écorché vif". Très exigeant, il veut toujours que, sous ses ordres, le service soit impeccable; son esprit critique est très développé, et s'accompagne d'une grande méfiance. Mais autant il est froid et réservé dans sa vie sociale et professionnelle, autant il est sensible et communicatif dans sa vie privée.

"Mon cœur, écrit-il à son épouse, reste tout entier à celle qui la première en a fait l'acquisition". Et à sa fille:"Je ne jouis des choses de la vie qu'à condition de partager mes impressions avec vous".

Amer et bilieux, susceptible et rancunier, angoissé, prévoyant facilement le pire, toujours soupçonneux, il éprouve beaucoup de mal à se mettre à la place des autres; il en veut à ceux qui ne vont pas dans sa ligne, et se plaint souvent qu'on ne lui rende pas justice.

Mais à côté de ces aspects plus ou moins négatifs de sa personnalité, que de brillantes qualités ! Qualités morales : d'une absolue probité et intégrité, il consacre sa vie au bien public. Vivant toujours avec simplicité, n'ayant d'autre moyen d'existence que sa solde, il tient à peine un train conforme à son rang; il doit emprunter à son gendre une part du patrimoine exigé de ceux qui siègent à la Chambre des pairs, et mourra pauvre.
Discipliné, il fait valoir ses observations, mais respecte scrupuleusement les décisions prises, même lorsqu'il les désapprouve - et cela sous tous les régimes qu'il aura connus: l'Ancien Régime, la Révolution, le Consulat, l'Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet...Sa rectitude morale est saluée unanimement. Farouchement ennemi de toute compromission, il écrit néanmoins à sa fille: "Avec un peu d'esprit de conduite, je sais me conformer à ce que je ne puis empêcher, et supporter ce que je ne peux pas vaincre". Foncièrement honnête, homme de devoir, il dit encore :"Certains de mes amis redoutent, à ce qu'ils disent, la sévérité de mes principes..."

Qualités intellectuelles: doué d'une solide formation, cultivé, il écrit toujours avec concision et simplicité. Ses rapports sont des modèles de précision et de clarté.

Son intelligence exceptionnelle lui confère une aptitude aussi grande à la conception,, pour laquelle il sait prendre son temps, qu'à la réalisation, qu'il poursuit avec ténacité. Organisateur né, il se passionne aussi bien pour ses tâches professionnelles que pour sa vie privée, pour la vision d'ensemble, que pour le plus petit détail. "Comme Napoléon, dira le comte Molé, il s'absorbait dans le détail, sans oublier un seul instant l'ensemble, et le rapport du détail avec lui". Homme complet, plus encore qu'un brillant officier, c'est un ingénieur hors de pair, qui entreprend et mène à bien la réforme complète de notre artillerie.

Homme d'ordre, précis et méthodique, minutieux et même méticuleux, animé d'un souci constant d'efficacité, il reconnaît qu'il "ne sait pas faire les choses à moitié". La conscience morale de cet homme d'idéal le rend aussi exigeant pour lui-même que vis-à-vis d'autrui.

Laissons au général Changarnier le mot de la fin :"Intègre, tout entier à ses devoirs et à la France, peu disposé à vanter ses propres services, il était détesté des intrigants et des hâbleurs qu'il méprisait. C'est un des caractères les plus purs que j'aie connus".

- Fin du Récit en 14 Parties -


Mention : La statue du maréchal Valée a été rapatriée d'Algérie, de la ville de Constantine pour être érigée sur la place de Brienne-le-Château (Aube)
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VALEE Sylvain Charles - Général d'Empire

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