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 Le testament du mathématicien Fortuné Ricard

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Jean-Yves
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MessageSujet: Le testament du mathématicien Fortuné Ricard   Dim 15 Avr - 18:51

Trouvé dans "La Gazette Nationale ou le Moniteur Universel du 23 nivôse an " :

Pétition relative au testament de feu Fortuné Ricard

Les exécuteurs testamentaires de Fortuné Ricard, maître d'arithmétique, avaient placé sur l'état la somme de 500 livres, dont cet honnête citoyen leur avait confié l'administration, par son testament. la suppression de deux tiers des rentes dues par la nation et le paiement du dernier tiers en bons négociables dont le cours et fort incertain, ne laissent pas que de déranger baucoup les calculs faits par le testateur et de contrarier l'exécution de ses dernières volontés. Mais comme l'emploi de cette somme était destiné à des objets d'utilité publique, les exécuteurs testamentaires se flattent d'obtenir, en faveur de la rente confiée à leur administration, une exception particulière. Si même ils réussissaient à obtenir sur les premiers fonds de la caisse d'amortissement, le remboursement du capital et intérêts échus depuis le 1er septembre 1784, époque de la délivrance du legs et du placement par eux fait en conséquence, (lesquels capital et intérêts font au plus un objet de 1100 livres) ; ils se proposent de replacer ces fonds sous la garantie d'une institution politique quelconque, dont la durée vraisemblable, calculée d'après les règles de probabilité, sera au moins égale à l'espace de tems (sic) nécessaire pour l'accomplissement des intentions du testateur ; ce qui n'existe plus, au reste, qu'une durée de 484 ans, seulement.
Pour qu'on puisse juger de l'importance de la pétition présentée à cet effet par les exécuteurs testamentaires, nous rappellerons ici le testament de fortuné ricard, et les principales dispositions du legs de 500 liv., en conservant les plus fidellement (sic) que nous le pourrons, les termes mêmes employés par le testateur.
"Il me reste, dit-il, à déclarer mes intentions à l'égard d'une promesse de 500 L. , souscrire em a faveur par Mr. P., banquier de cette ville. Cette somme provient originairement d'un don qui me fut fait par Prosper Ricard, mon très honoré grand-père, lorsque j'entrais dans ma huitième année. Il m'enseignait alors les principes du calcul. Après m'avoir montré que les intérêts jointsq d'année en année un capital qui dort, forment au bout de 100 ans, plus de 131 fois la première mise, voyant que j'écoutais cette leçon avec la plus grande attention, il tira de sa poche une pièce de 24 livres, et d'un ton solennel, que je crois encore entendre :"Mon enfant, me dit-il, souviens-toi tant que tu vivras, qu'avec l'économie et le calcul rien n'est impossible. Voilà 24 l. que je te donne et que tu iras porter chez M. P. qui, à ma considération, les prendra dans son commerce. Tous les ans tu y joindras les intérêts sans jamais y toucher. A ta mort, il faut que le produit en soit employé en bonnes oeuvres pour le repos de ton âme et de la mienne.
J'ai exécuté cet ordre ponctuellement, continue le testateur, et aujourd'hui que j'ai 71 ans la somme monte à 500 liv. ; mais comme il faut enfin se borner, je veux qu'elle soit partagée en cinq portions de 100 liv. chacune, auxquelles on continuera de joindre chaque année les intérêts, et qui seront employées successivement ainsi qu'il suit :
1°. dans cent ans, la première portion de 100 liv. montera à plus de 13100 liv. Le testateur destine cette somme à un prix et des médailles d'accessit pour les premières dissertations théologiques, tendant à prouver la légitimité du prêt à intérêt, observant que, de tout le monde chrétien, la France est le seul état où il y ait encore du doute sur cette question de morale si intéressante pour la propriété publique.

2° Cent ans après, la serconde portion de 100 liv. qui montera à plus de d'1.700 000 liv., est destinée à fonder à perpétuité 80 prix, dont 15 pour les actions vertueuses ; 15 pour les ouvrages de science et de littérature ; 10 sur des questions d'arithmétique et de calcul ; 10 pour de nouveaux procédés en agriculture ; 10 pour les chefs-d'oeuvre des beaux-arts, et 10 pour des courses, jeux d'adresse, et exercices propres à développer les forces et l'agilité du corps.

3° Cent ans après, la troisième portion qui montera à plus de 226 millions, servira à l'établissement de 500 caisses patriotiques de prêt gratuit pour secourir les malheureux, et pour faire fleurir, par des avances, l'agriculture, le commerce et l'industrie ; ce qui doit employer 196 000 000 liv. Les 30 millions restans (sic) sont consacrés à la fondation de douze musées dans lesquels le testateur, entr'autres dispositions, veut qu'on ne soit admis qu'après avoir fait preuve non de noblesse, mais de moeurs, ainsi que de n'avoir jamais avili sa plume par des écrits contre la religion et le gouvernement, ni par des satyres personnelles.

4° Cent après, la quatrième somme de 100 liv., montant avec les intérêts à prèsde 30 milliards, doit être employée à faire bâtir, dans les situations les plus agréables qu'on pourra trouver en France, cent villes de 150 000 ames (sic) chacune. Les moyens de peupler ces nouvelles villes, de les gouverner et de les faire fleurir, sont développés dans un mémoire qui était annexé au testament. Il doit résulter en peu de tems (sic) de ce seul article une augmentation de 15 millions d'habitans (sic) et un doublement de consommation dont le testateur espère que les économistes lui sauront quelque gré.
Il observe très sagement en cet endroit, qu'il serait bien que tout le numéraire de l'Europe ne suffirait pas pour former ces 30 milliards, et qu'il serait impossible de trouver des placemens (sic) solides pour cette somme en argent ; aussi, laisse-t-il à la discrétion de ces exécuteurs-testamentaires, de fixer quand il conviendra, de convertir l'argent en immeubles contribuera, dit-il à faire hausser la valeur des biens-fonds ; et quand toutes ces précautions vivifiantes auront tellement produit leur effet, qu'il ne se trouvera presque plus de propriétaire en France qui veuille vendre ses immeubles, on cherchera des placemens (sic) chez les nations voisines.

5° Enfin ladite somme de 100 liv. qui, au bout de 500 ans, montera avec les intérêts accumulés à plus de 3900 milliards, doit servir aux emplois suivants :
Six milliards seront consacrés à payer la dette nationale de la france, sous la condition que les administrateurs de ces finances subiront, avant d'entrer en place, un examen sur l'arithmétique.
(A suivre)

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MessageSujet: Re: Le testament du mathématicien Fortuné Ricard   Dim 15 Avr - 20:11

Douze milliards seront employés de même à payer la dette de l'Angleterre que le testateur suppose n'avoir fait que doubler, ainsi que celle de la France, pendant cet espace de tems(sic) ; ce qui est assurément un calcul très modéré. Il supplie les anglais de ne pas refuser cette légère marque de souvenir d'un homme qui estime sincérement leur nation. Il désire qu'en reconnaissance de ce legs, la nation anglaise consente a appeler les français ses voisins, et non ses ennemis naturels ; qu'elle daigne sentir que la nature n'a jamais rendu les hommes ennemis des hommes ; que les haines nationales, les prohibitions de commerce, et surtout les guerres, proviennent toujours d'une monstrueuse erreur de calcul ; mais pourtant il n'ose rien exiger à cet égard, observant que quand on rend service, il n'est pas beau d'y mettre des conditions qui pourraient gêner et contrarier ceux qu'on oblige.
Trente milliards feront les fonds d'une rente de 1500 millions à partager en tem (sic) de paix entre toutes les puissances de l'Europe. En tems de guerre la portion de l'aggresseur sera donnée à celui qui aura été attaqué injustement ; ce qui engagera peut-être les souverains, dit-il, à calculer avant d'entreprendre des guerres. Il laisse à la sagesse de ses exécuteurs d'étendre sur les autres parties du monde le bénéfice de cette disposition ; et si par ce moyen ils voyaient jour à éteindre, dans le monde entier, la fureur absurde et barbare de la guerre, il consent volontiers à y sacrifier encore 100 milliards.
Un milliard est destiné à remplacer le produit des loteries, sorte d'impôt sur les mauvaises têtes, qui contribue infailliblement à les rendre beaucoup plus mauvaises ; un autre milliard à racheter toutes les charges inutiles.
Quatre milliards serviront à acquérir les grandes possessions les plus mals cultivées quiseront en france. On divisera ces posessions en 500 mille petits héritages ou bénéfices ruraux de 4 à 5 arpens (sic) chacun, où l'onfera bâtir autant de maisons propres et saines. Ces bénéfices ruraux seront distribués en pur don à autant de paysans mariés, choisis dans chaque paroisse par unsénat comosé de dix paysans les plus âgés, et présidé par leur doyen.
Il destine 6 milliards à fonder des maisons d'éducation dans les campagnes : 20 milliards à fonder 40 mille maisons de travail ou ateliers publics, ou chaque homme ou femme aura droit de se présenter à toute heure pour y être nourri et occupé, observant que s'il est dangereux, ridicule et insensé de donner des aumônes en argent à un mendiant valide, la société n'a aucun droit de le priver de sa liberté et de le punir, lorsqu'elle ne lui offre aucune autre ressource pour gagner sa vie.
Le testateur ne fonde point d'hôpitaux et observe qu'on comemnce à revenir sur le compte de ces établissemens (sic), où l'air qu'on respir double le danger des maladies ; mais il consacre 10 milliards à établir dans chaque paroisse des maisons de santé composées d'un médecin, d'un chirurgien et d'un nombre convenable de soeurs de charité ou gardes-malade. Ces maisons fourniront gratis tous les secours,a limens (sic) ou remèdes dont les malades pourront avoir besoin dans leur domicile, et l'on ne transportera dans les maisons de santé que eux qu'il serait impossible d'assister chez eux.
Nous regrettons bien que le bornes de cette feuille ne nous permettent pas de rapporter toutes les sages dispositions du testateur, qui toutes font voir jusqu'à quel point l'exercice du calcul avait donné de rectitude à son jugement ; amis nous ne pourrons omettre une des plus intéressantes.
Il observe que les piège tendus par le vice engloutiraient moins de victimes, si la patrie offrait plus de ressources à la beauté indigente ; que l'on a une infinité d'établissemens pour la noblesse en différents pays, et que nulle part il n'en existe en faveur de la beauté ; en conséquence, il veut qu'on emploie deux milliards à l'établissement de cent hospices, qui seront nommés Hospices des anges. On admettra dans chacun cent filles choisies dans le peuple, de la figure la plus intéressante, et de l'âge de 7 à 8 ans. Elles y recevront l'éducation la plus parfaite à l'égard des moeurs, des connaissances utiles et des talents agréables; elles pourront ens ortir à l'âge de 18 ans pour se maireir, et elles recevront chacune alors une dot de 40 milles livres ; car je ne veux pas, dit le testateur, qu'on puisse leur reprocher leur manque de fortune, ni les épouser par intérêt. czelles qui ne se marieront pas à 18 ans recevront à l'Hospice des anges jusqu'à leur majorité. Chaque année, au mois de mai, toutes ces jeune filles, vêtues de blanc et couronnées de roses, formeront une procession solennelle, au son d'une musique douce et légère. A l'exception de cette fête, elles paraîtront rarement en public, et s'occuperont dans leur asyle (sic) de tout ce qui peut les rendre dignes de devenir un jour des épouses inestimables et d'excellentes mères de famille.
(A suivre)

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MessageSujet: Re: Le testament du mathématicien Fortuné Ricard   Dim 15 Avr - 20:31

Quoique le testateur ait indiqué une foule d'emplois utiles pour cette portion de sa fortune, et qu'il ait pourvu à tous d'une manière assez libérale, néanmoins il ne se trouve avoir disposé, au bout du compte, que d'une modique somme 200 milliards environ ; ainsi il reste plus de 3700 milliards pour lesquels il s'en rapporte à la sagesse de ses éxécuteurs testamentaires, se contentant seulement de les inviter à faire dans toutes les villes l'acquisition des maisons qui nuisent à la voie publique et à les faire abattre ; à multiplier les places, les quais, les fontaines, les jardins et tout ce qui peut ajouter à la salubrité de l'air ; à faire dessécher les étangs, défricher les landes, creuser le lit des rivières qu'on pourrait rendre navigables ; à les réunir par des canaux de communication ; en un mot, à employer tous les arts pour achever de remplir le voeu de la nature qui semble l'avoir destiné la France à être le séjour le plus délicieux de l'Univers.
Nos lecteurs nous pardonneront bien, sans doute, dans un tems où il s'est commis tant et de si graves erreurs de calcul, de leur remettre sous les yeux cette dernière opération d'un des plus savants et des plus honnêtes arithméticiens qui ait existé. les esprits les plus mal intentionnés n'ont jamais pu trouver qu'une seule objection contre ce testament : C'est la difficulté de son exécution ; mais cette objection est nulle si l'on veut bien réfléchir que l'exécution aura lieu d'elle-même au moment où toutes les personnes qui y sont intéressées voudront y concourir avec zèle et persévérance."
Que pensez-vous d'un tel testament ?

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