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 La mort de Murat

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Patrice Raynaud



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MessageSujet: La mort de Murat   Lun 23 Juin - 19:47

« Un Roi qui ne sait conserver sa couronne,
n’a d’autre alternative
que la mort du soldat »
J.Murat


FUSILLE SANS AVOIR ABDIQUE

Joachim Murat du 19 mai au 13 octobre 1815

Par :
Patrice Raynaud


Tolentino ! Plus qu’une défaite, c’est un revers militaire et politique.
Le 18 mai 1815, au soir, Joachim Murat rentre à Naples où, pour la dernière fois, ses lazzaroni (1) le fêtent comme un vainqueur… Pourtant tout est perdu : il se rend au Palais Royal, s’entretient avec la Reine Caroline et décide d’aller s’enfermer dans la place forte de Gaeta où sont ses enfants. Dans la nuit du 19 au 20 mai, après en avoir délibéré avec son entourage, c’est finalement le parti français qui l’emporte : Murat ira en France mettre son épée au service de Napoléon.
Jamais, au dire des témoins, il n’aura été aussi digne et calme que durant cette période.

Vers la France

Quitter par bateau le Royaume n’est pas facile, la flotte anglaise de l’Amiral Campbell surveille les côtes, les Autrichiens tiennent la contrée et les partisans des Bourbons relèvent la tête.
Le Roi va s’enfuir accompagné d’une poignée de fidèles (2) à la recherche d’un bâtiment.
Il emporte avec lui 400.000 francs et une importante quantité de diamants d’une valeur de plusieurs millions, cousus dans sa ceinture.
À la tombée de la nuit, par une porte discrète du Palais Royal, la petite bande quitte Naples, passe par la grotte de Posillipo, puis le Golfe de Baja et, enfin, la plage de Miniscola où ils louent 2 barques. Envoyé en éclaireur, le capitaine Malciewski, polonais d’origine, et son embarcation sont capturés par les Anglais. Les autres se dirigent alors vers l’île d’Ischia où ils montent sur un chebec, « la Santa Caterina ».
Hasard de l’Histoire, sur ce bateau Murat va retrouver Charles Antoine Manhés, entre autres « purificateur » du banditisme des Calabres, sa jeune épouse, le Prince Pignatelli di Cerchiara, son beau-père et quelques proches. Grâce à son beau-père qui a de bonnes relations avec le frère de l’Amiral Campbell, le Lieutenant Général Manhés réussit à quitter Naples sans être inquiété, sous pavillon anglais. Mais son embarcation ne permettait pas d’accueillir tout le monde. Aussi, seuls Murat, Eugène Bonnafous, de Coussy et Leblanc quitteront-ils Ischia sur ce navire.
La traversé se passe normalement, juste une petite tempête qui semble ne pas déplaire à Joachim. Le 25 mai à 10h du matin ils débarquent à Cannes.

« J’étouffe ! …. »

Tout commence par une quarantaine appliquée à tous les navires venant de Naples. Grâce à une dérogation du sous-préfet de Grasse, Murat et ses compagnons logent à l’Auberge des 3 pigeons. Murat ne se montre pas, il reste enfermé alors que ses compagnons vont aux nouvelles.
Le voilà en France, il faut prendre contact avec Napoléon. Ce dernier lui écrivait le 29 mars 1815 : « je vous soutiendrais de toutes mes forces … »
Il envoie des courriers. La première lettre qu’il reçoit vient du Duc d’Otrante, Fouché, qui en 1813 avait été, comme lui, rappelé d’urgence auprès du Maître en Saxe de peur qu’ils ne complotent. Cette missive est assez encourageante : en résumé, que Joachim ne bouge pas alors que l’Empereur forme une Armée, que lui, Murat, mènera à la reconquête de son royaume. Mais surtout il faut empêcher Joachim de venir à Paris pour éviter de faire « connaître trop tôt les évènements malheureux qui viennent de s’accomplir dans les 2 Siciles ». Oui, cela est clair, mais c’est Fouché qui parle….
À Cannes, il s’entretient et déjeune avec le Maréchal Brune qui commande la Région. Ils trinquent à leurs succès à venir…curieux repas, quand on connaît la suite, il ne manquait que Michel Ney !
C’est là aussi que Murat apprend que Caroline et ses enfants ont été amenés à Trieste, principal port de l’Empire des Habsbourg. Dans un premier temps, c’est le désespoir, mais, galant comme il l’a toujours été, il s’intéresse vite à la jeune épouse du général Manhés qui va donc accélérer son départ.
Il est seul et toujours sans nouvelles de l’Empereur. Enfin, son « état-major » vient d’arriver à Toulon depuis Ischia.
Murat va jusqu’à Lyon pour attendre les ordres, écrit beaucoup et grâce au Vice Amiral Allemand qui lui prête sa propriété, « Plaisance », prés de Toulon, il trouve un toit.
Le 9 juin, Murat reçoit par Baudus, l’ancien précepteur de ses enfants à Naples, la réponse de Napoléon. Comme à son habitude et rarement au bon moment, celui-ci reproche à Murat sa conduite en 1814 et sa précipitation en mars, il se plaint du manque de soutien des Italiens : c’est qu’il avait abandonné la cause de l’Empereur (ce dernier semble oublier les pertes italiennes en Russie et en Saxe et celles des Napolitains en Espagne, tout comme les mots reconnaissants et émus que lui même avait adressés aux troupes d’Eugène et de Joachim en 1813 pour les remercier de leur effort !). Enfin, qu’il reste entre Gap et Sisteron en attendant…. Autant dire que Murat se trouve en résidence assignée, loin des combats qui ont repris et où il aurait pu, une fois de plus, faire valoir ses talents de commandant en chef de la cavalerie de réserve. Combien de fois il avait sauvé des batailles depuis Mondovi, en 1796 ?
Et cela quand on sait, en sus, ce que les charges de cavalerie à Waterloo donnèrent sous les ordres du Maréchal Ney !
En plus, Napoléon a donné l’ordre d’empêcher le Roi de Naples d’approcher à moins de 100kms la capitale…Chateaubriand écrira qu’il fut mis au lazaret, attaqué de la peste des vaincus.
Le 18 juin 1815, depuis Lyon, Joachim écrivait à son beau-frère : « J’ai tout perdu trône et famille sans m’émouvoir ; mais l’ingratitude m’a révolté. J’ai tout perdu pour la France, pour son Empereur, par son ordre et aujourd’hui il me fait un crime de l’avoir fait …Et je ne suis pas libre du choix de ma retraite…. ».
Lors d’un repas devant ses convives à « Plaisance », il dira « Me laisser ici, pendant qu’on se bat là bas ! J’étouffe ! J’espère que sous peu, nous ferons encore manger de l’acier à ces gaillards là… ». Bien entendu, il s’agissait des Autrichiens.
Tout cela va devenir très vite dérisoire …
Une omelette lui sauve la vie…

Jusque-là, Murat vivait tranquillement. Il faisait table ouverte, même si ses finances diminuaient, et distribuait des décorations de l’ordre des 2 Siciles en établissant des contacts avec ses anciens compatriotes. Tout change quand, le 26 juin, sur la route d’Aubagne, il rencontre le Général Verdier, mis à la retraite depuis la veille, ancien d’Italie qui avait servi de 1801 à 1808, puis en 1813 et 1814, dans ce pays. Les nouvelles sont mauvaises : d’abord il y a eu Waterloo, mais, plus proche de lui, la réaction Royaliste, la Terreur Blanche, dans cette Provence qui était restée fidèle à Louis XVIII depuis 1814, laissant présager pour le beau-frère de Napoléon des heures inquiétantes.
Sans vouloir développer ici les antécédents historiques, il faudrait au moins remonter à la Révolution pour comprendre les relations entre le pouvoir parisien et cette région.
Juillet va se passer en tractations, les contacts se multiplient y compris avec les vainqueurs.
C’est à ce moment que Francis Macirone joue un rôle important. Né en Angleterre de père romain et de mère anglaise, Macirone avait de ce fait la nationalité britannique. En 1805, il avait envoyé à Naples pour y apprendre le négoce. L’année suivante, l’armée française envahissait le Royaume de Ferdinand IV et les ressortissants anglais étaient traités en prisonniers de guerre. Quand, en 1814, Murat avait rejoint les Alliés, Macirone s’était engagé dans l’armée napolitaine où il avait reçu le grade de Colonel et d’Aide de Camp du Roi. Il semblerait qu’il ait rendu des services précieux lors des tractations avec Lord Bentinck, en Sicile, et aussi à Paris.
Nous verrons que ce personnage n’est pas aussi ambigu qu’on a bien voulu le supposer.
Revenons à 1815. Macirone négocie avec le Duc de Wellington afin que Murat puisse rester en France, puis lui obtenir un droit d’asile. Cependant, Wellesley demeure intraitable à ce sujet : il fallait que Le Roi de Naples abdique ! Cette possibilité était, bien entendu, inacceptable pour Murat. Mais une requête identique était alors avancée par François II d’Autriche, nouvelle qui est rapportée à Murat par Armand.
De Coucy, quant à lui, poursuivait des démarches auprès de Fouché, « chef » du gouvernement qui expédiait les affaires courantes dans t’attente de la mise en place du pouvoir Royal. Il est à noter que Fouché se montra toujours loyal envers Murat y compris dans l’adversité.
Le 5 juillet, le Duc d’Otrante avait présenté un arrêté qui restituait au Prince Joachim « ses biens en France estimés à 10 millions, pour tenir lieu des biens situés dans le Royaume de Naples ».
À Paris, Coussy, Bonnafous, Gruchet et Macirone sont arrêtés sur l’ordre de Decazes, préfet de police de Louis XVIII.
En Provence, Murat, devenu Monsieur Marrain, du nom d’un notaire qui l’a hébergé, se cache et cherche des abris. Il est seul, sa résidence a été révélée à M.Joliclerc commissaire de police à Toulon, ses compagnons se sont embarqués le 2 août sur un navire suédois pour rejoindre le Havre avec ses affaires et ses liquidités.
C’est à ce moment que se situe l’anecdote de l’omelette : poursuivi par des groupes de bandits, le bruit court qu’il porte une véritable fortune sur lui… Il erre dans la campagne, affamé, fatigué : il frappe à la porte d’un mas isolé, une femme lui ouvre et lui offre l’asile. Elle lui prépare aussi une omelette. Son mari de retour reconnut le visiteur et l’hébergea plusieurs jours tout en servant d’intermédiaire avec ses relations à Toulon en vue d’embarquer pour la Corse.
La menace devient de plus en plus pressante, des bandes le recherchent et l’une d’elle manque de peu son objectif le 13 août, vers minuit. Enfin, il devra sa vie à ce couple de paysans qui le cache dans sa vigne, armé de 4 pistolets et d’un poignard. Impossible donc de demeurer céans.
Un capitaine nommé d’Oletta achète pour 600 francs une barque devant lui permettre de passer en Corse. Après quelques péripéties, Murat, accompagné de trois personnes, réussit à s’enfuir et à quitter les côtes. Mais la tempête se lève, l’embarcation prend du gîte, heureusement la balancelle qui fait la navette entre Toulon et Bastia les récupère, là il va rencontrer parmi les voyageurs le sieur Galvani, ancien commissaire des guerres, qui sera nommé son secrétaire sur-le-champ. Murat revit et retrouve enfin confiance en l’avenir !
De bandit à chef de bande…

En Corse, la réaction royaliste est « tempérée » par les bonapartistes et les indépendantistes.
À Bastia, le 25 août, c’est un certain Monsieur Campomele qui débarque : barbu, vêtu d’un vieil uniforme de simple soldat, un foulard de soie noire noué sur la tête. Il esquive les vérifications de papiers. Bien lui en prend car ses compagnons, qui n’en avaient pas, sont conduits à la citadelle.
Murat (alias Campomele), avec Galvani, sait qu’il peut compter sur Dominique César Franceschetti (3), déjà venu lui offrir ses services à Toulon. Ce dernier habite chez son beau-père, Colonna Ceccaldi, maire royaliste de Vescovato.
À l’auberge de la Strada Nova, ils se restaurent. Murat rencontre alors un ancien Commandant du régiment napolitain « Royal Corse », Biguglia, qui fournit deux chevaux qui, bien entendu, n’ont rien à voir avec ceux des haras de Berg. Il s’agit plutôt de deux rosses qui auront du mal à parcourir les 25 km jusqu’à Vescovato….
L’hospitalité corse est proverbiale ! Elle sera à la hauteur de sa réputation dans cette affaire pendant les quatre semaines que Murat restera dans l’île.
Après s’être reposé, rasé et endossé une lévite en drap vert à col de velours (ce qui rappelle sa polonaise de campagne), il se met en quête de renseignements sur son Royaume.
Toutefois, son hôte le signale finalement aux autorités, par respect de la loi tout en lui accordant l’hospitalité, en l’occurrence le Colonel Verrier commandant militaire de la Corse. Ce dernier détache 30 gendarmes pour arrêter Murat, mais la petite escouade se frotte aux habitants armés. Beaucoup d’entre eux n’oublient pas le brillant général qu’ils ont vu ou bien dont ils ont entendu les exploits. Murat rassure le lieutenant Serra sur ses intentions : il n’est pas venu semer le désordre en Corse et ne tentera rien contre l’autorité de Louis XVIII.
Néanmoins, son esprit travaille. Il faut connaître les possibilités d’un débarquement sur l’île d’Elbe…mais surtout envoyer un émissaire secret à Naples pour y contacter le Duc de Gallo, le Général Filangieri, le duc de Campomele et le banquier Falconnet, chacun ayant un rôle précis. A savoir, et respectivement : échanger un chiffre, avoir autant de précisions que possible sur l’état de l’armée, connaître les nouvelles de la Cour et enfin obtenir de l’argent. Enfin, à tous, faire savoir qu’il est en Corse…
Pour cette mission, Franceschetti désigna Simon Lambruschini, de Bastia. L’émissaire, cependant, ne réussit pas à l’île d’Elbe (en effet, le général Dalesmes venait de signer la capitulation la veille). En revanche, grâce à l’interception de la lettre par un agent du Grand-duc de Toscane, ce sont toutes les cours d’Europe qui désormais connaissent les visées de Murat. Aussi, le 11 septembre 1815, les Anglais envoient-ils un navire, le H.M.S. Spartan, pour empêcher la fuite du Roi.
Depuis le 6 septembre, entre-temps, les évènements se précipitent à Vescovato et plus largement en Corse, où personne n’ignore la présence du Roi en exil. Et pour cause : il a attiré 400 hommes armés et 200 soldats. Le Colonel Verrier écrit à Colonna : « ….on assure également qu’il paie cette troupe, qu’il donne des récompenses, accorde des grades et des décorations aux officiers…. pressez même le Général Murat de quitter votre demeure et d’aller attendre ses passeports dans un autre pays que la Corse… ». Le commandant Galloni, chef d’état-major du Colonel Verrier, essaye même d’arrêter Joachim avec des miliciens… mais il arrive trop tard et, bizarrement, est destitué par son chef !

Le 15 septembre, Murat est mis hors la loi alors que les deux bateaux (60 et 80 tonneaux) achetés à Bastia sont saisis. Deux jours après, la troupe part pour Ajaccio où elle arrive le 23 septembre.
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Patrice Raynaud



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MessageSujet: Re: La mort de Murat   Lun 23 Juin - 21:25

Ajaccio, ou la gloire retrouvée !

De cette époque, nous pouvons dater le projet de Murat de retourner à la conquête de son Royaume.
Sans vouloir refaire l’Histoire, depuis Vescovato, sa présence avait attiré des sympathisants. Son entrée à Ajaccio est à tel point populaire que les autorités locales, le commandant de la place Cauro (ancien chef d’escadron de l’armée napolitaine) et le Colonel Laforet, se réfugient dans la citadelle, la ville étant déclarée en état de rébellion.
Sur le plan intérieur, le parti Bonapartiste tient en respect les royalistes. De plus, rappelons qu’à Naples, Murat avait jadis nommé 2.000 officiers de son armée originaires de l’Ile…. Tous ces faits lui auraient permis de prendre le pouvoir en Corse, s’il l’avait voulu. Or, il rassure les autorités royalistes en insistant bien sur le fait qu’il ne tentera rien contre l’autorité de Louis XVIII ; il tient parole.

Revenons à la réalité. L’arrivée à Ajaccio est grandiose ! À 4 heures de l’après midi, les gardes d’honneurs lui présentent les armes, ce sont des applaudissements, des feux d’artifices pour accueillir le Roi de Naples et ses 600 soldats.
Il s’installe à l’Hôtel de la Croix de Malte où il fait envoyer les couleurs napolitaines, ce qui lève toute ambiguïté sur sa présence.
Quelques jours avant, Franceschetti avait rencontré le Général Arrighi, cousin de l’Empereur et représentant des Ramolino, la branche maternelle de Napoléon. Cette entrevue, par ailleurs restée sans suites, avait pour but d’aider financièrement le départ de la petite troupe vers Naples. Il était même conseillé au beau-frère de ne pas entrer à Ajaccio…. Quand Murat y arriva, monté sur un très beau cheval bai offert par le curé Moracinole, le clan des Ramolino avait quitté la ville !

De l’argent et des agents….

En effet, les problèmes d’argent se font pressants et cela depuis Vescavato. Murat disposait alors de 200.000 francs en diamants, de 10.400 francs en liquide, de 290.000 francs sous forme de traites et de 400.000 francs de disponibilités auprès le banquier Michel à Paris… Il paie ses soldats et leur fait fabriquer 40 uniformes en vue du débarquement. Il peut aussi acquitter tous les frais de son entreprise en laissant un dépôt de 100.000 francs en Corse. Il obtient un prêt de 90.000 francs à valoir sur les diamants.
Murat fait également imprimer une déclaration adressée aux Napolitains dans laquelle il promet une Constitution plus libérale, comme il l’avait déjà annoncé lors de la Proclamation de Rimini, le 30 mars 1815…

Macirone, qui avait été entre-temps libéré, lui porte des nouvelles et des nouveaux fonds. L’émissaire passe par Toulon où il rencontre Joliclerc. Il se rend enfin en Corse le 20 septembre, pour débarquer à Calvi, le 25. Enfin, à Bastia, il s’entretient avec le Colonel Verrier puis se rend sur le navire anglais "The Mearder" (Commandant Bastard). La conversation se fait en présence des frères Ignace et Simon Carabelli, agents de Medici (4). L’un est capitaine en demi-solde, l’autre avait occupé une fonction civile « importante » à Naples. Les deux ont reçu l’ordre d’empêcher le retour de Murat à Naples.

Macirone négocie la non-intervention des Anglais pour bloquer Ajaccio, sur la base du fait que il porte les documents attendus par Joachim, puis, le 28 septembre, accompagné des deux frères Carabelli, va rejoindre Murat dans le sud de l’île.
La rencontre est cordiale. Macirone remet à Murat les passeports délivrés par le Prince de Metternich le 27 août, suite à la conférence des Ambassadeurs des 4 puissances. Il s’agissait alors de lui permettre de s’exiler en Autriche sous le nom de Comte de Lipona (anagramme de Napoli), comme Caroline, soit en Bohême, Moravie ou Haute-Autriche. Il porte aussi des effets et de l’argent.
Murat est plus résolu que jamais. Toutes les mises en garde le laissent froid, pas plus celles de Franceschetti que celles de Macirone ne lui font douter de la réussite de son entreprise. Il va jusqu’à proposer à Ignace Carabelli, l’homme des Bourbons !, le poste d’Intendant de Salerne…

Après un repas chaleureux, Murat congédie ses invités. Vers minuit, ses fidèles montent sur les 5 bateaux, appelés « gondoles » en Corse, posant le cap vers le Royaume perdu. Toutefois, Macirone, Blancard, Donnadieu et Anglade (ces deux derniers capitaines de marine) refusent de partir. Au sein de l’état-major, seul le général Ottavi ne suit pas le Roi.
Le chiffre de 250 hommes est sûrement exagéré. Dans tous les cas de figure, ce départ se fait au son du canon : un de la part de la petite flottille, et 3 ou 4 de la part des occupants de la citadelle qui retrouvent du courage !

Le piège est en place….

L’expédition maritime a été mise sur pied par le nommé Barbara. D’origine maltaise, plus pirate et contrebandier que marin, il connaît comme sa poche les côtes italiennes et la Méditerranée. Par quel hasard Murat le fit-il capitaine de frégate et baron en 1808 ? Nul ne le sait. Le fait est qu’il le fait appeler à Ajaccio pour mettre au point l’opération alors que Barbara se trouvait lui aussi en exil à Porto Longone.
Qui a conseillé Murat ? Comment ce contact est-il noué ? Murat devait s’apercevoir trop tard de son erreur….
Sur le Quai des Grecs, juste avant de s’embarquer, Joachim Napoléon disait « Les dés en sont jetés, il n’y a que Naples ! ». Pourquoi cet entêtement ?
Le vers est dans le fruit. Il nous faut revenir en arrière.

Dés le 15 septembre, le comte de Medici, ministre de Ferdinand IV, informé par le Grand Duc de Toscane des intentions de l’ancien Roi, a juré sa perte. Il met au point un piège pour attirer Murat en Calabre, et se débarrasser enfin de lui. Même son propre souverain ne sera mis au courrant de la manipulation qu’en novembre, ainsi que le Général en chef des Troupes autrichiennes le Feld-Maréchal Lieutenant Koller. Du moins, c’est ce qu’ils diront.
Medici fait donc passer en Corse des agents porteurs de messages décrivant la grogne de l’armée, la haine des Autrichiens, le mépris pour le roi Bourbon (« Re Nasone », le roi gros nez, comme on l’appelait couramment), mais surtout l’attente de tout un peuple : le retour de Murat !

Quant à ce dernier, comment n’aurait-il pas cru à ces paroles de miel ? ses 7 ans de règne ont accru sa popularité, la preuve en est sa dernière entrée dans sa capitale après Tolentino…. Et tout ce qu’il a fait, ses largesses, ses honneurs…. Vraiment Murat ne doutait pas que ce soit la vérité. Même le choix (…au fait, choix de Barbara !) de la Calabre, pour débarquer, ne l'inquiète pas. Si on l’écoutait, il suffirait de rentrer à Naples, passer par un escalier dérobé qu’il connaît, et capturer Ferdinand pour en finir !
Hélas, Murat n’aura pas eu la patience d’attendre le retour de Lambruschini !

Sur place, la vérité est tout autre. Gallo a refusé de donner le chiffre. Le général Filangieri, qui sera poussé vers l’exil, ne donne pas d’espoirs. Les Autrichiens sont là, nombreux, et assurent la défense du Royaume. Fauconnet n’a pas donné d’argent et une partie des biens du Roi a été confisquée, l’autre partie étant virée à Agar comte de Mosbourg. La police de Medici contrôlait bien la situation et les hommes, y compris des anciens compagnons du Roi Joachim comme Coletta… D’ailleurs, Medici les utilise pour son plan, comme dans le cas de Di Borgia ou Pétroni !
Lequel Petroni était baron et intendant de Monteleone, à quelques lieues du Pizzo !
Et fit affecter le Capitaine Trentacapilli dans cette région….
La nasse est prête, il ne manque que Joachim.
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Patrice Raynaud



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MessageSujet: Re: La mort de Murat   Lun 23 Juin - 21:33

Tempêtes et Trahisons

Ceux qui connaissent la Méditerranée en automne, savent qu’elle est changeante et assez dangereuse.

Barbara commandait la barque sur laquelle etait Murat. Venait ensuite celle du commandant Courrand, puis le capitaine Ettore, celle des capitaines Mattei et Giacometti et, enfin, celle des capitaines Semidei et Medori .
La flottille cingla vers le détroit de Bonifacio, pour suivre la cote occidentale de la Sardaigne. Le temps les obligea à faire une halte dans l’îlot d’Asinara. Puis ils revinrent vers la partie orientale de l’île. La garnison sarde de La Maddalena ouvrit le feu sur les navires…sans dégâts, ce qui amusa Murat.
Dans l’île de Tavolara, le Roi passe en revue ses troupes, distribue les uniformes. Ensuite, ils repartirent. Le 5 octobre c’est Naples qui est en vue, Barbara s’étant trompé de route… !

Le 6 octobre, les cotes de Calabre citérieure (région de Cosenza) sont proches, on distingue Paola et la rade de San Lucido. Là, se produisent deux faits étranges. Suite à un fort coup de vent, le 7 au matin, la flottille est dispersée : il ne reste plus que la gondole royale et une embarcation, les autres étant repoussés plus au nord dans le golfe de Policastro. Le premier événement est l’interdiction par Barbara des feux de nuit permettant aux bateaux de se repérer et de se suivre, ce qui peut expliquer la dislocation des barques. Chose encore plus étonnante, Murat envoie sur le rivage Barbara, un matelot et le Commandant Ottaviani… Or, seul Barbara revint à bord ! les 2 autres étant arrêtés fautes de papiers en règle…. Alors qu’ à Ajaccio, en préparant son départ, Murat avait fait valider tous les passeports.
La felouque est envoyée pour retrouver les autres barques, seule celle de Courrand rejoint la troupe et encore pour peu de temps car, sur les conseils de Francesechetti, on attache sa gondole à celle du Roi. Or, dans la nuit, Courrand trancha l’amarre et s’enfuit. Lorsque ce dernier rencontra Ettore, lui dit que l’expédition était annulée et qu’il fallait faire demi-tour…

Barbara voulut accoster à Amantea sous prétexte qu’il y connaissait du monde. Or, en 1806, au moment de l’invasion française, la garnison bourbonienne de cette petite ville avait résisté un an avant de se rendre ! Joachim refusa, fait jeter à l’eau les proclamations imprimées à Ajaccio, puis demande à aller à Trieste. Sa décision est prise, l’expédition est un échec, il n’a que 27 hommes, alors il reste l’Autriche…
Barbara invoque alors le manque de vivres et la faiblesse du bateau : il veut aller au Pizzo, où là aussi il a de nombreux amis ! Mais quand Murat lui demande d’accoster et de se rendre avec son valet acheter les objets nécessaires à la poursuite du voyage, il refuse, et c’est alors le Roi lui-même décide d’aller à terre.

Franceschetti n’est pas rassuré mais, au moins, il est fidèle. Il décide de suivre le Maître ainsi que Galvani et Natali qui,lui, ne porte pas d’uniforme, ce qui met Joachim hors de lui. Depuis son départ, Murat porte un frac bleu foncé aux épaulettes en or, une ceinture écharpe dans laquelle il a placé 2 pistolets et un sabre, des pantalons de nankin blancs sur des bottes. Pas de décorations, juste une cocarde de 22 diamants à son bicorne. Entre 9 et 10 heures du matin, le Roi des Deux Siciles saute le premier sur la terre de son Royaume !
Dans un moment de lucidité, Charles, son valet de chambre, le supplie de ne pas débarquer.

Reconnaissez-vous votre Roi ?

Déjà les hommes sont dans la felouque, ils accostent. Murat bondit en tête, arrivent sur la place du Pizzo : ce 8 octobre est un dimanche, il y a du monde.
Les cris poussés par les hommes de Murat « Vive Joachim ! » font sortir de leur casernement les artilleurs garde cotes qui composent la garnison. L’affaire tourne mal, les militaires ne se rallient pas, plus inquiets que rassurés.

Quand Joachim demande « reconnaissez-vous votre Roi ? » la place se vide, deux jeunes lui demandent de fuir vers Monteleone. Très rapidement, les gens du Pizzo se sont ressaisis et armés. Menés par le Capitaine Gregorio Trentacapilli, de la milice ou de la Gendarmerie, ils débusquent le Roi dans une foret d’oliviers.
Murat demande au capitaine de le suivre…. Refus de ce dernier. Murat alors s’énerve « Per Dio, ti ammazo !» (Par Dieu, je te tue !) : de là, naît une fusillade. Dans la cohue, la troupe revient vers la plage, Murat se prend les pieds dans les filets de pêche, ses compagnons grimpent dans la barque qui s’enfonce dans le sable…..

La fusillade continue, le capitaine Pernice, Multedo, le sergent Giovanni sont tués. Franceschetti est blessé. Désormais, on en vient aux mains et les gens s’acharnent sur le Roi, lui arrachent les épaulettes, lui déchirent ses vêtements et ses favoris… Une femme lui crie « Tu parles de liberté et tu m’as fait tuer trois fils ! » (Trentacapilli avait eu 2 frères exécutés lors de répressions françaises en Calabre). Murat jette une bourse d’or à un meunier… c’est la curée ! Comme Brune, à Avignon, et les Mamelouks à Marseille.
La nouvelle est allée vite. L’intendant des domaines du Duc de l’Infantado, Francesco Alcala, arrive et remet Murat au capitaine pour que lui et ses hommes soient enfermés à la citadelle du Pizzo.


Une action bien récompensée…

Revenons-en, si vous le voulez bien, sur quelques détails de cette affaire.
L’histoire a retenu que Trentecapilli serait à l’origine de la capture de Murat. En fait, c’est un nommé Gerolamo Ventura qui le ceintura alors qu’il était dans l’eau. Ceci est attesté par Francesco Alcala, témoin de la scène. En revanche, il est reconnu que Trentacapilli prit les armes, les papiers, les passeports et un drapeau tricolore à Murat, ainsi qu’une « broche » de 100 ducats. Or, cette broche n’est autre que la cocarde en diamants du bicorne du Roi…Le Général Nunziante lui en fera cadeau pour ses services. Parmi les objets, on trouve aussi une cravache–poignard et deux lettres, une destinée à Ferdinand IV, et l’autre à Caroline son épouse.
Quelques temps au auparavant, le capitaine Trentacapilli avait touché un acompte de 3.000 ducats pour la capture de Murat, estimée au total à 5.000 ducats, sa mort, quant à elle, étant monnayée à15.000 ducats.
Tout cela fut envoyé par Nunziante au Roi Ferdinand à Naples.
Bien entendu, pendant l’altercation sur la plage, Barbara, dont la frégate était « à 2 portées de fusil » ne tenta rien pour soutenir ses passagers….
D’après les sources napolitaines, du côté des « révolutionnaires », il y aurait eu un mort (Pernice) et 8 blessés, ceci écrit de la main même de Ferdinand.

À ce stade, l’Aventure est finie. Il faudrait avoir une foi aveugle aux coïncidences et au hasard pour ne pas y voir les traces d’un complot réussi.

Pourquoi Murat s’y jeta-t-il ? En simplifiant, nous pourrions proposer deux phases. La première : il veut reconquérir son trône et les nouvelles de Naples qu’on lui remet sont encourageantes ; de plus, la vie sur le territoire français est devenue dangereuse. La seconde : c’est l’abattement, il voit qu’il est trahi, donc il choisit la fuite en avant, ce n’est pas la première fois… mais ce sera bien la dernière.

« Ne maudissez pas ma mémoire… »

Le Capitaine Stratti le conduisit à la citadelle. Murat lui dit : « Nel Pizzo é gioia la mia sventura » (au Pizzo, mon malheur fait la joie) (5).
La nuit du 8 au 9 octobre est agitée. Murat et ses compagnons sont enfermés dans une cellule commune, entassés avec des droits communs. À l’extérieur, les sentinelles crient car ils craignent l’arrivée de muratistes de Montéleone et des alentours.

Le 10 octobre, Franceschetti, Natali, son valet Charles et Murat sont transférés dans une cellule donnant sur l’esplanade de la citadelle. Francesco d’Alcala lui procure un frac bleu et des vêtements propres. Les 10,11 et 12 octobre, Murat prend ses repas avec le Général Nunziante (6). Les conversations sont aimables et profondes : pendant un instant, le prisonnier put croire à la clémence de Roi, mais dans la nuit du 12 au 13, l’ordre arriva de faire juger et exécuter le « général Murat ».
Parmi les 7 juges de Joachim, 5 avaient servi sous son règne comme le procureur général, La Camera.

Le 13 octobre, à 10 heures du matin, la cour se réunit pour le juger.
Il refusa tout en bloc. « Capitaine (il s’agit de Stratti : N.d.A.), dites au président que je refuse de comparaître devant son tribunal. Des hommes tels que moi n’ont de compte à rendre de leurs actes qu’à Dieu seul ; que mes juges prononcent, je n’ai rien à répondre » . Son avocat, le capitaine Starace, n’obtient pas d’autre réponse sauf la suivante « Je suis Joachim, roi des Deux Siciles ; sortez, monsieur »
Ces derniers compagnons ont été transférer, il est seul.

À 15 heures, la sentence tombe : la mort.
Les juges s’appuient sur les articles 87 et 91 du Code Pénal édicté par Joachim lui-même ! Dès lors, à Naples, dans le langage courant on dira « Joachim a fait la loi, Joachim va s’y soumettre ». Il aura néanmoins le temps de se confesser avant d’être fusillé. Le rapporteur lui notifia la sentence et il demanda à revoir ses amis ce qui lui fut refusé. En attendant le prêtre, il écrivit sa dernière lettre à Caroline et à ses enfants qui se termine ainsi « Ne maudissez pas ma mémoire. Je déclare que ma plus grande peine dans les derniers moments de ma vie est de mourir loin de mes enfants ». Le rôle de confesseur est attribué au chanoine Don Antonio Masdea, un homme de 70 ans, à qui il avait donné en 1813 la somme de 2000 ducats pour refaire l’église du Pizzo et 200 ducats pour les pauvres….
L’entrevue commença mal, Murat refusa tout dialogue craignant que ses mots soient utilisés contre lui plus tard, finalement il accepta et rédigea sur un papier : « je meurs en bon chrétien » signé JM.
La suite est connue c’est l’exécution.

L’officier l’amena où l’attendaient les soldats, sous la voûte d’un escalier, dans un espace d’un mètre soixante de large. Devant une porte l’attendait un fauteuil, il refusa de s’asseoir et d’avoir les yeux bandés, puis lança «Soldats faites votre devoir, tirez au cœur, mais épargnez la tête ! ». Lui-même commanda le feu : il demeura un instant debout, puis tomba.
L’officier s’approcha de lui, coupa la main crispée sur le revers de l’habit, dans laquelle il tenait une montre avec en camée le visage de Caroline, qu’il avait ouvert au moment du tir. Il avait reçu 6 balles dans la poitrine et une dans la joue droite, comme il bougeait encore l’officier lui tira 2 balles dans la tête !

Ainsi mourut Joachim Murat, sans avoir abdiqué.

Son corps fut mis dans un cercueil de bois blanc, puis jeté dans la fosse commune avant d’être transporté sous la dalle la nef de l’église où il repose encore aujourd’hui.

Une question se pose à propos de son exécution : qui sont ceux qui l’ont fusillé ?
Bien sûr, on parle de « soldats », terme vague. Nous soumettons une réponse : il existe une lettre de Monsieur Ginassi au rédacteur du « The Sun », à Londres, datée du 8 décembre 1815. Dans ce courrier, on reporte que le peloton était composé de 8 grenadiers vétérans de la division qui avait suivi Ferdinand en Sicile (7). Ce qui expliquerait les 7 balles reçues par Murat au lieu de 11. Compte tenu de l’étroitesse du lieu, il était impossible de manquer la cible. Mais aussi que le Pizzo était bien le lieu où devait mourir la victime du complot, Medici ayant envoyé sur place des troupes sûres plutôt que de laisser soit à la gendarmerie soit aux anciens soldats de Murat cette basse besogne…

La mort de Murat était une victoire politique immédiate pour les participants du Congrès de Vienne, mettant un point final à l’image de la Révolution française et le retour à l’ordre monarchique si cher aux dynasties européennes. Le Comte d’Artois, futur Charles X, de retour en France ne disait-il pas : « je n’ai rien appris ni rien oublié depuis 1789 ! » ?
Le 9 novembre 1815 Ferdinand IV de Bourbon convoqua ses ministres à Portici et exigea d’eux le serment de garder à jamais le secret d’état concernant l’affaire du Pizzo…

En 1816, Ferdinand IV rattacha la Sicile au Royaume de Naples et prit le nom de Ferdinand I Roi des 2 Siciles….

FIN



NOTES

1- « Lazzaroni », c’est-à-dire la partie la plus débridée de la populace napolitaine, sorte de masse qui se voulait libre et affranchie de tout lien avec l’autorité sauf avec le souverain lui-même, fût-il Ferdinand IV de Bourbons ou Joachim Napoléon. Ces « Lazzaroni », d’ailleurs, avaient été les acteurs principaux de la reconquête de Naples par les forces bourboniennes en 1799.

2- les compagnons de Murat : Le duc di Roccaromana,grand écuyer depuis le 12 mai 1812.Son fils a été tué le 5 mai 1815 lors de la retraite de Tolentino.Le Prince d’Ischitella.3 aides de camp : le Baron Rossetti, les marquis Giuliano et de Beauffremont,le colonel Malchewski, le maréchal de camp Bonnafous ,son neveu ,qui commandait le 1° chevau léger et son frére capitaine de frégate, son secrétaire de Coussy et son valet de chambre Leblanc.

3- Franceschetti :Né en Corse il fait toute sa carrière à Naples, nommé Maréchal de camp en avril 1815, il participa activement à l’expédition du Pizzo ,arrêté puis renvoyé en France, Il fut emprisonné avec Natali, Ottaviani,Lanfranchi et Medori au château d’If, jugé à Draguignan et libéré le 16 janvier 1817.Il intenta un procès à Caroline Murat pour récupérer les sommes dues sans pouvoir y aboutir ,il mourut en 1835 à Vescovato.


4- De Medici : De la famille des Princes D’Ottajeno, il fit carriére dans l’administration royale, homme de pouvoir et violemment anti-libéral dès 1791 il était chef de la police de Naples. La haine d’Acton Premier ministre et amant de la Reine Caroline de Naples, le conduisit 4 ans en prison. En 1804 il fut ministre des Finances, suivit Ferdinand en Sicile et en 1815 revint aux Finances et à la Police, par intérim, jusqu’en janvier 1816. Habile et intelligent il sera Premier ministre sous François 1er et mourut à Madrid lors d’un voyage avec son Roi en 1829. (le feld Maréchal lieutenant Koller lui reprocha d’avoir dépensé tellement pour payer les complices du guet -apens du Pizzo qu’il ne pouvait pas payer ses créances aux Autrichiens). Il quitta Naples entre 1820 et 1822 par peur des soulèvements des Carbonari.

5- Le Pizzo : En récompense, la ville reçut de Ferdinand IV, par arrété du 18 octobre 1815 : le titre de « Cité très fidèle ». Elle fut exemptée de gabelle à jamais, 3.164 ducats de rente annuelle, 6 rotoli (mesure de poids) de sel par an et par habitant, des médailles d’or pour les membres de la municipalité et les notables.

6- Nunziante : Fidèle des Bourbons, il avait fait toutes les campagnes contre les Français depuis 1798. À Palerme, il aida à la réorganisation de l’armée napolitaine. La restauration le nomma Commandant en chef de la 5éme division territoriale et Commissaire civil des Calabres.

7- Faut-il identifier, dans ses soldats, les Grenadiers de la Garde Royale sicilienne ? L’élite bourbonienne avait été en effet créée, en Sicile, à partir de soldats choisis parmi les anciennes unités de l’armée rescapée des désastres de Campotenese et Lagonegro. Par ailleurs, dès août 1815, les hommes de la Garde Royale sicilienne
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Trajan

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MessageSujet: Re: La mort de Murat   Mar 24 Juin - 0:21

merci pour ce récit, très détaillé, qui montre bien que jusqu'au bout, Murat se comporta avec panache et honneur, fidèle à sa légende. Sa fin tragique correspond aussi à la fin d'une époque dans l'histoire. Avec Murat disparait le dernier des Grands Cavaliers.
Cependant j'ai du mal à croire que Murat aie pu être abusé à ce point sans se douter de la trahison qui le cernait. Je l'imagine bien forçant son destin une dernière fois, choisissant délibérément la "fuite en avant", vers une fin qu'il méritait glorieuse.
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Patrice Raynaud



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MessageSujet: Re: La mort de Murat   Mar 24 Juin - 9:31

Le complot vu par un Autrichien le Baron Koller.
Extraits de lettres *

Les lettres sont adressées au Comte Franz de Saurau, ambassadeur d’Autriche à Naples.

1) du 3 novembre 1815
… « Le gouvernement (de Naples) a su mettre dans ses intérêts quelques amis de Murat, qui entretenaient avec lui, depuis son arrivée en Corse, une correspondance sur la possibilité d’un débarquement et sur la certitude d’une heureuse réussite. Cette affaire a été menée par le Baron Petroni, intendant de Monteleone. Lui même a écrit, et c’est par son entremise que Murat a reçu les encouragements et les adresses d’autres personnes…. Pour préparer l’opinion publique au Pizzo on employa le capitaine de gendarmerie Trentacapilli avec plusieurs de ses camarades déguisés. Celui-ci s’était chargé, dans le cas où la population se montrerait le moins du monde favorable à Murat au moment du débarquement, de l’assassiner…. »

2) du 29 novembre 1815
…. « Un des affidés de cette entreprise contre Joachim (sic) était aussi Barbara, un Corse, qui s’était chargé de le transporter en Calabre. Il était muni de passeports pour ne pas être arrêté si, en dehors de la direction du Pizzo qui était libre, il venait à rencontrer, sans le vouloir, postés en apparence pour empêcher un débarquement à craindre. Le gouvernement lui a payé la moitié de la valeur du bateau destiné à faire la traversée. Cette somme, dont on a pas pu me dire le montant, lui a été payée à Ajaccio. Après que le débarquement aurait eu lieu, on devait lui payer encore 12.000 ducats….. »

3) du 1er janvier 1816
… « Murat a reçu de Naples des renseignements trompeurs sur l’état, l’esprit et la dislocation de l’armée, écrits de la main d’un général qui lui avait été précédemment dévoué, en ajoutant que, comme le gouvernement considérait comme hasardeux d’opérer à Naples le licenciement de l’ex-garde, lui, le général avait tiré parti de cette circonstance, en faisant envoyer l’ex-garde au Pizzo et dans ses environs….C ‘est pour cela que Murat a demandé aux premières personnes qu’il a rencontrées au Pizzo : Où est ma Garde ? Qu’on appelle le commandant de ma garde !. ».


*Annexe A du livre du Marquis de Sassenay.
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lieutenant legros

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MessageSujet: Re: La mort de Murat   Mar 24 Juin - 18:46

Que pouvait-il faire d'autre que de se jeter dans ce piège ?
Se cacher, partir pour une vie de bohème et sans enjeu, ou rejoindre sa femme et ses enfants en Autriche, chez l'ennemi qu'il a tant combattu ?cela ne correspond pas au personnage ni à sa vie.
Amicalement.
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Patrice Raynaud



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MessageSujet: Re: La mort de Murat   Mar 24 Juin - 19:11

Quand on suit au jour le jour ces mois de mai à octobre , on voit qu'une fois en Corse tout et les agents napolitains l'incite à retourner vers Naples .
Vis à vis de Caroline et de ses enfants , il attend leur retour à ses cotés, il ne sait pas que sa famille est en Autriche.

De la Charbonnerie à l’Indépendance

En 1804, Joseph Bonaparte fut nommé Grand Maître du Grand Orient de France et Joachim Murat avait été initié un an auparavant, or, l’organisation de la franc maçonnerie avait servi de modèle, bien avant la Révolution, à la Charbonnerie en Franche Comté. Cette association politique secrète dont les adeptes avaient leurs rituels, leurs symboles , leur langage et leur hiérarchie, fut introduite en Italie ,et plus précisément dans les Abruzzes par le sieur Briot intendant de cette région en 1806 (*).Il repend la doctrine qui vont se développer dans le Royaume de Naples au profit de Ferdinand IV au début, puis de Murat à partir de 1809-1810.(**)
Les plus sensibles sont les militaires et la bourgeoisie, c’est ce qui va créer un parti italien autour de Joachim et un parti français autour de Caroline.
L’influence italienne se retrouve dans la politique du royaume : choix des Ministres, nominations et devient de plus en plus évidente en 1813 quand Murat réclame à Napoléon de lui confier la défense de l’Italie, ou en 1814 en s’alliant aux Autrichiens pour sauver son trône. Les exemples ne manquent pas !
Tolentino marquera le glas momentané des espérances, aussi les « carbonari » se retourneront contre les Autrichiens et les souverains de la Sainte Alliance.
L’armée supporte mal l’occupant ! En juillet et août 1820 c’est le révolte de Nola (où était cantonné le régiment des Lanciers de la garde royale sous J.Murat) Ferdinand 1er accepta d’accorder une Constitution .
en Espagne le même mouvement a obligé Ferdinand VII d’accepter la Constitution de Cadix , votée par les Cortés en 1812.
Revenons à Naples. Si l’Autriche avait été opposée à une intervention dans la Péninsule Ibérique , il n’en est pas de même pour l’Italie ,pour elle il n’est pas question de permettre à la République ou à la Révolution de s’installer dans cette région !
A la demande de Ferdinand 1er auprès de la Sainte Alliance pour rétablir le pouvoir absolu, les troupes autrichiennes se mettent en marche vers les Abruzzes, au même instant c’est le Piémont qui se soulève, une armée napolitaine avait pris pied dans les territoires romains, le 7 mars 1821 ils sont mis en déroute à Rieti, la seconde armée qui défendait la route de Naples se débanda sans se battre … le 24 mars les Autrichiens entraient dans Naples.
Les Autrichiens fourniront leurs propres prisons pour loger les chefs des insurgés !
Parmi les révolutionnaires se trouvent 2 français, Joubert et Dugied, qui de retour en France organiseront la Charbonnerie sur le modèle italien.
Les Carbonari vont se fondre dans le mouvement du Risogimento ( résurrection de l’Italie) ,datant de la seconde moitié du XVIII éme siécle et dont les principaux penseurs furent Ludovico Antonio Muratori, Vittorio Alfieri et Antonio Genovesi .
Après bien des péripéties, qu’il serait hors de propos de développer ici, le Risorgimento trouva son aboutissement en 1861 avec l’Unité italienne.
___________________

*C’est peut être la raison de l’intégration du 5 éme escadron des Chasseurs à cheval des Abruzzes dans les Vélites à cheval de la Garde Royale en 1808. Il est à noter aussi qu’en 1810 Murat créa la commune franche d’Atelata, dans les Abruzzes qui dispose d’une statue le représentant les bras croisés, en bronze, encore visible de nos jours.

**Dans une lettre, le Marquis de Circello au Prince Jablonoswki, ambassadeur d’Autriche à Naples, pour justifier la précipitation de l’éxecution , écrit : »Mais Murat, chef de secte des carbonari, pouvant disposer de toutes les ressources de ce nombreux parti..."


Je rajoutte ce texte car il montre la raison de la persistance du role de Murat en Italie même de nos jours.

Amitiés napolitaines Laughing sunny sunny sunny
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