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 L'HOMME qui ne voulut pas ETRE ROI.....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: L'HOMME qui ne voulut pas ETRE ROI.....   Mar 30 Sep - 21:29

.......sunny ......

1er Chapitre....(Sources François Piétri).

Napoléon se plaignait de sa famille qui pourtant, lui devait tout. L'histoire nous a rapporté les difficultés qu'il eut avec ses frères et soeurs. Ses démêlés avec Lucien l'affectèrent beaucoup...Voici la vie du Prince de Canino qui préféra la tendresse à une couronne.

Dans la copieuse correspondance que Charles-Louis Sapey "législateur" pour l'Isère sous le Consulat et L'Empire, a entretenue avec Antoine Jean Piétri, alors préfet du département du Golo, on lit, bien plus tard, à la date du 11 août 1840, ces mots apparemment énigmatiques.....

""""La mort de notre pauvre ami m'a causé comme à toi, une vive douleur....Sa veuve m'a écrit..en me rappelant qu'il lui avait sacrifié plusieurs trônes.""""

L'ami dont il est question est Lucien Bonaparte, frère de Napoléon. Sa veuve est Alexandrine de Bleschamp, qu'il avait épousée, en secondes noces, en 1803. Et il est exact, en effet, que Lucien, par amour pour Alexandrine plus encore que par conviction républicaine, avait refusé, à diverses reprises, les couronnes d'Italie, d'Espagne, de Portugal, de Naples, que l'Empereur lui offrait avec une vive insistance, mais à la condition qu'il se séparât de sa femme.

C'est là une longue et assez dramatique histoire, qui a dominé, peut-on dire, la vie tumultueuse de ce cadet de Napoléon, le plus doué, et le moins docile de ses frères.

Nous sommes en 1802, au petit château du Plessis, dans l'Oise, où Lucien, après ses disgrâces successives comme ministre et comme ambassadeur, s'est retiré et mène, au milieu d'un cercle de parents et d'amis, une existence d'agréables distractions, coupée d'intrigues politiques. Il est à demi brouillé avec le premier consul, qui ne lui a point pardonné ses coups de tête, mais qui pense l'avoir assagi en le faisant sénateur.

Le grand attrait des soirées du Plessis est d'y jouer, entre amateurs, des tragédies du répertoire, spécialement celles de voltaire, alors fort à la mode. Chacun y tient son rôle avec plus ou moins de succès. Elisa passe pour excellente, Caroline pour médiocre, Junot fait les bouffons, Mme de Montesson (la veuve de Philippe égalité) les duègnes, Baciocchi est le violon de la troupe....Lucien, lui, s'est essayé dans "Alceste" du Misanthrope, mais s'est révélé détestable.

Un soir on l'on donnait "Alzire", une grande et fort belle personne, amenée dans ce milieu par Alexandre de Laborde lequel se cachait à peine de la protéger, fit sensation pour ses débuts. Elle se nommait Alexandrine de Bleschamp, fille d'un avocat au Parlement de Paris et, par sa grand-mère maternelle, Grimod de Verneuil, parente des Lamoignon des Croy, des Lévis. Bien que n'ayant point passé vingt-quatre ans, elle avait déjà perdu son mari, un sieur Jouberthon de Vauberty, ci-devant agent de change, qui après de mauvaises affaires, était parti pour Saint-Domingue avec une pacotille et y avait succombé à la fièvre jaune, laissant à court de ressources sa jeune épouse et une fillette de trois ans.

Etrange personne que cette Alexandrine de Bleschamp, dont M. Fleuriot de Langle a donné, une remarquable et minutieuse biographie....Cultivée, plus majestueuse que séduisante, avec une tendance à l'embonpoint, à la fois sentimentale et autoritaire, romanesque et positive, le type, en un mot, de ces femmes qui prennent vite sur un homme épris d'elles un ascendant définitif.

Tel fut le cas de Lucien, jusque-là..."coureur de belles"...obstiné et qui ne s'était guère montré le meilleur des maris, lors de sa première union avec la modeste Christine Boyer, fille d'un aubergiste provençal, mais qui allait devenir, cette fois, un modèle presque héroïque de fidélité et d'honneur conjugal.

Bientôt une noble inquiétude se saisit de Lucien. Alexandrine va être mère et, comme l'acte de décès de Jouberthon n'est point encore parvenu à Paris, tout mariage régulier est impossible, et l'enfant risque donc de naître bâtard. Il ne saurait être question, par ailleurs, de solliciter un décret de dispense, que le premier consul, déjà fort mécontent de la liaison cachée de son frère, se refuserait avec éclat à signer.

Faute de pouvoir convoler légalement, les amants se contenteront d'un mariage religieux, qu'accepte de célébrer dans le plus grand secret un prêtre libre nommé François Perier et qui valide ainsi, devant Dieu sinon devant la loi, l'heureuse naissance, quelques semaines après, d'un gros garçon que l'on déclare à la mairie du dixième arrondissement sous le nom de Charles-Laurent.

Trois mois plus tard, Lucien, enfin en possession de l'acte de décès de Jouberthon, épouse, devant l'adjoint au maire de Chamant et quatre témoins obscurs, celle que le premier consul appelait..."sa coquine". Par bravade il charge Duroc d'en porter la nouvelle à Malmaison.

Les difficultés vont commencer....nous sommes ici à l'origine de la longue querelle qui, de 1803 à 1814, va dresser l'un contre l'autre Napoléon et Lucien, et faire de celui-ci, pendant toute la durée de l'Empire, un rebelle, un proscrit.

Mais le curieux de l'affaire....et qu'explique, en partie, la vieille tradition familiale des Corses...c'est que les deux frères demeureront ce qu'on pourrait appeler des ennemis intimes, le cadet suivant avec orgueil l'extraordinaire ascension de son aîné, et l'autre s'évertuant sans succès à séduire le transfuge et à l'associer à ses vastes desseins.

.......A......Suivre...

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Percy
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MessageSujet: Re: L'HOMME qui ne voulut pas ETRE ROI.....   Mar 30 Sep - 23:48

Vous avez le chic pour nous dénicher des sujets plaisants dont la lecture est toujours source d'enrichissement.
Pour cet apport précieux et constant au forum, recevez cher J-B, mes plus cordiaux remerciements. Wink
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: L'HOMME qui ne voulut pas ETRE ROI.....   Mer 1 Oct - 22:48

........sunny .......

2è.. Chapitre....(Sources François Piétri).

Il y avait déjà quelques temps que la police de Fouché tenait le premier consul informé de l'aventure de son frère. Celui-ci savait notamment que Lucien, installé à l'hôtel de Brienne, correspondait avec Alexandrine, qui habitait place du Palais-Législatif, par un souterrain reliant les deux maisons.

Mais, feignant de tout ignorer, et ne s'attendant d'ailleurs point à ce qu'une telle liaison se terminât par un mariage, il n'allait pas tarder à essayer de la rompre.

Cette première tentation devait se présenter sous la forme, sinon d'une couronne...la République vivait encore...du moins d'une alliance royale, et qui se serait sans doute, par la suite, muée en monarchie de famille.

En mai 1803, l'infant Louis de Bourbon, que le gouvernement consulaire avait fait roi d'Etrurie, meurt à Florence. Il s'agit de maintenir la reine veuve, qui est fille du roi d'Espagne Charles IV, dans l'obédience française. Napoléon prie Lucien à souper et lui offre à brûle-pourpoint...."d'épouser cette jeune souveraine, qui le tient pour un aimable cavalier et nourrit à son endroit un sentiment très vif."""""".....Lucien avait connu l'infante deux ans avant, lorsqu'il était ambassadeur à Madrid.

Lucien, évitant de se démasquer, répond assez sèchement qu'il la trouve laide et qu'au surplus ses convictions républicaines lui interdisent d'épouser une princesse.

Napoléon, contenant sa mauvaise humeur, quitte la place sans mot dire, mais on comprend assez qu'à l'annonce, bientôt après, du mariage de Chamant, sa colère ait bruyamment éclaté et qu'il se soit juré de tout faire, en alternant la séduction et la menace, pour chasser l'intruse qui traversait aussi insolemment ses projets.

Dès le lendemain, il envoie Cambacérès au Plessis, lequel va user de sa double autorité de juriste et de second consul pour persuader Lucien de l'illégalité et de l'inconvenance d'une union que le premier magistrat de la République désapprouve.

Ce coup-ci, Lucien reçoit fort mal le message....De quoi se mêle son frère ?....Prétend-il être plus fort que la loi ? ...Faut-il lui apprendre comme à Cambacérès lui-même, les droits que tout Français tient de ce Code civil qui est leur oeuvre à tous deux ?....Songerait-on à une annulation arbitraire ?....En ce cas Lucien n'hésitera pas à en appeler aux tribunaux et à l'opinion.

Et, de fait, le public ,ne tarde pas à être informé de cette querelle de palais et à y prendre parti. Un jour que Lucien se promène au pré Saint-Gervais avec sa femme, des groupes se forment et leur font cortège. Une autre fois, au Français, le couple venu pour entendre Mlle George dans "L'Orphelin de la chine", est acclamé par le parterre et raccompagné à sa voiture.

Le premier Consul, de plus en plus irrité, en vient aux affronts. Dans l'invitation qu'il adresse à Lucien pour assister aux noces de leur soeur Pauline avec le prince Borghèse, il n'est pas fait mention de sa femme. Lucien renvoie la lettre de faire-part en la couvrant d'une annotation violente et rabroue durement l'oncle Fesch dont l'opportunisme s'emploie à le calmer.

Sur ce, toute la famille se voit interdire de fréquenter le ménage indésirable. Chacun s'y conforme docilement, à l'exception de Mme Letizia, qui n'admettrait point qu'on la commandât, et de Bernadotte, déjà en coquetterie avec l'Empereur de demain.

Devant une situation qu'il juge intenable, et pour épargner à sa femme de nouvelles avanies, Lucien se résoud à quitter la France pour se fixer à Rome. """""Je pars la haine au coeur""""".... écrit-il au faible Joseph, qui le plaint sans oser l'approuver.

Cependant, sur une sorte de médiation de Mme Letizia, et après un premier et bref séjour à Rome, Lucien revient à Paris. Napoléon se montrerait affirme-t-on, favorable à une réconciliation. On est dans le plein des attentats royalistes, et la question de la succession, prévue par la contitution de l'an X, se pose avec une certaine acuité.

Carnot et Lucien sont les seuls, aux yeux du premier Consul à pouvoir le cas échéant, le remplacer. Avant qu'un terrain d'entente ait été trouvé, éclate, en coup de tonnerre, le tragique épisode de l'éxécution du duc d'Enghien....Lucien n'y tient plus..."Allons-nous en dit-il à sa femme"....Mais voici qu'aussitôt un problème d'hérédité, autrement brûlant, est soulevé par l'adresse du Sénat qui offre la couronne impériale..."""" à Napoléon Bonaparte et à sa famille.""""

Lucien est brusquement convoqué à Saint-Cloud. Il sera candidat à l'Empire à la seule condition que sa descendance en soit exclue. La réponse immédiate du mari d'Alexandrine ne manque ni d'abnégation ni de grandeur.

""""""Ma femme, mon fils et moi ne faisons qu'un, et vous savez d'ailleurs que je suis hostile à l'idée même de l'Empire. Le Consulat avec un droit de désignation, comme dans la Rome d'Auguste, soit. La monarchie avec une dévolution dynastique, jamais....pas plus que je trahirai la mère de mon fils, je ne composerai avec le serment de fidélité politique que vous avez prêté jadis entre mes propres mains.""""""

Napoléon chasse alors son intraitable cadet de sa présence. """C'en est fait dit-il sourdement à Joséphine en la rejoignant sur le coup de minuit...je viens de rompre avec Lucien."""""" ....Et, il ajoute en ces mots, qui témoignent, une fois de plus, du regret qu'il éprouve à ne pouvoir utiliser l'ancien président des Cinq-Cents....""""Il faudra donc que je m'isole et que je compte que sur moi seul."""""

Le surlendemain, quatres berlines emportaient Lucien, sa famille et sa suite sur la route de Lyon, à destination de l'Italie. Le mot de la situation était donné par le bon sens de Mme Letizia....""""Napoléon sait bien, écrivait-elle, peu après, à Lucien, qu'il n'a pas le droit d'exiger que tu te maries à son goût plus qu'il ne s'est marié au tien et au mien."""""

Et la brave et raisonnable mère, prenant noblement le parti de son fils malheureux, le suivait à Rome et refusait d'assister au sacre de Notre-Dame, où le pinceau de David la fera figurer par ordre.....

Entre le triomphe d'un de ses enfants et l'injuste sort de l'autre, la veuve de Charles Bonaparte a choisi.

.....A.....Suivre.....

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: L'HOMME qui ne voulut pas ETRE ROI.....   Jeu 2 Oct - 22:51

........sunny .......

3è.. Chapitre....(Sources François Piétri).


Voici Lucien fixé en Italie pour de longues années, puisqu'on ne le verra revenir en France qu'aux Cent-Jours.

Mais il ne faudrait pas croire pour autant que Napoléon eût renoncé à fléchir une résistance dont il se sent, après tout, le mauvais marchand, le concours de Lucien ne cessant de lui apparaître comme autrement utile et souhaitable que celui d'aucun membre de sa famille.

Au moment où il vient à Milan pour se couronner de sa propre main roi d'Italie, l'Empereur charge Talleyrant d'employer à convaincre son frère les ressources de sa diplomatie.

Il ne semble pas que Talleyrand....qui déteste Lucien...se soit prêté de bonne grâce à ce jeu, à moins qu'il ne s'y soit montré maladroit à dessein, et pour être sûr d'échouer. Ne s'avise-t-il pas, dans deux lettres étendues qu'il lui adresse, et après avoir fait allusion à peine voilée à la vice-royauté d'Italie, qu'on serait disposé à lui offrir, de parler à Lucien....du contrat irrégulier qui l'unit à Madame Jouberthon.....comme aussi de l'intention qu'à l'Empereur ....d'assurer le bonheur de ses enfants naturels ?....

C'était jeter de l'huile sur le feu mal éteint..."""Henri IV....répond violemment Lucien...a dit qu'un royaume valait bien une messe, croyez-vous, monsieur, qu'un royaume vaille une femme et deux enfants ? """"

Et avec l'oncle Fesch, qui pense tout arranger en lui suggérant de garder sa femme, mais sans lui donner son nom ni l'associer à ses dignités, Lucien est encore plus tranchant.....""""Vous me reprochez de préférer ma maison à mes devoirs envers mon frère...pour violer des devoirs, encore faudrait-il qu'ils existassent....Or je n'en ai aucun vis à vis de l'Empereur, et je ne sacrifierai donc point mon foyer à un fantôme de patriotisme."""""

L'Empereur n'insiste plus et désigne sans enthousiasme Eugène de Beauharnais. Comme toujours, il y a chez Napoléon, pour ce cadet obstiné, un fond de tendresse latente dont on ne sait s'il prend racine dans l'esprit de famille ou dans le respect de la vertu. """Lucien parle la langue du sentiment.....écrit-il à Fesch....et moi celle de la politique...qu'il m'oublie comme je l'oublierai, ou qu'il attende le jour où le poignanrd de quelque assassin aura tranché ma vie ! """""""

Désormais, dans sa terre de Canino, achetée au pape Pie VII avec le produit de la vente, faite à sa mère, de l'hôtel de Brienne, Lucien, devenu prince pontifical, menera une vie à la fois active et obscure, occupée par le soin de ses fermes, sa collection de tableaux, ses travaus littéraires et la douceur, enfin, d'une fidélité conjugale qui lui vaudra sept enfants en moins de dix ans.

Il n'a pas perdu le goût pour la tragédie de salon qui fut à l'origine de son bonheur domestique. Madame Lucien joue "Zaïre" pendant que son mari, devant un auditoire bigarré où l'on distingue Guillaume de Humboldt, le duc de Chablais, le prince Poniatowski, le régiside Alquier et Gouvion Saint-Cyr, tient le rôle d'Orosmane. Il va de soi que les palabres politiques ne sont pas exclues de ces réunions. Un contemporain appelle Canino..."l'auberge de la réaction Impériale".

A leurs instants perdus, les deux époux s'essaient à la poésie épique...Lucien écrit "un Charlemagne" et Alexandrine "une Bathilde, reine des Francs"....compositions aussi médiocres l'une que l'autre.

En 1806, un dernier appel est lancé par l'infatigable cardinal-oncle, qui a entendu dire, après Presbourg, que l'Empereur songeait à créer "un royaume d'Ibérie" qui irait comme un gant à l'ancien ami de Charles IV et de Godoy.

Nouvelle explosion de Lucien, décidement, passe volontier sur l'importun prèlat une mauvaise humeur qui vise plus haut.....""""" Ayez assez de bon sens, mon oncle, pour m'épargnier la honte inutile de vos conseils...cessez de m'écrire jusqu'à ce que la religion et l'honneur, que vous foulez aux pieds aient dissipé votre lâche aveuglement...cachez la bassesse de vos sentiments sous votre pourpre et faites votre chemin en silence sur la route de l'ambition."""""

Le morceau est assez bien venu, mais lui vaut, cette fois, une semonce de Madame Mère, qui ne plaisante pas sur le chapitre de la hiérarchie familiale.

Toutes ces avances n'auront été, à la vérité, qu'un prélude presque discret à la tentation de grand style qui, en décembre 1807, va avoir pour théâtre la ville de Mantoue, où l'Empereur, en route pour Milan, à manifesté le désir de rencontrer Lucien sous le vague prétexte de prendre de ses nouvelles.

Lucien se méfie....Déjà, quelques semaines plus tôt, sa soeur Elisa lui a fait entendre que l'Empereur souhaitait, une fois de plus "se rapprocher de lui". Il a eu tort, insinue-t-elle, de traiter d'égal à égal avec le maître de l'Europe...en recevant un sceptre de sa main, il aurait été utile à la France...il importe que tous les Bonaparte ne forment..."qu'une seule famille politique", etc....

Par égard pour l'Empereur autant, sans doute, que par curiosité ou par défi, Lucien accepte l'entrevue et quitte Canino, accompagné de ses secrétaires...Boyer et Châtillon, pour arriver à Mantoue le 13 décembre.

Sur le coup de minuit, le..."sénateur Bonaparte", officiellement convoqué par Duroc au palais Guerrieri, pénètre dans un petit cabinet où l'attend..."S.M. l'Empereur et Roi". Comme souvent, et en dépit de ce protocole, le contact entre les deux frères s'établit par une sorte de taquinerie enjouée et réciproque.

"""""Sire, vous me paraissez grossi....Moi aussi, Lucien, je vous trouve changé et presque beau."""" Mais Napoléon n'est pas homme à s'attarder longtemps à ces fadaises...il rompt les chiens tout de suite...."""" Lucien, il n'a tenu qu'à vous d'être roi comme vos frères.""".....Et voici engagée à nouveau la querelle du mariage, qui fait brusquement monter le diapason du propos.

"""""Chacun sait que vous avez donné vingt-cinq louis à un mauvais prêtre pour faire semblant de vous marier. Mais j'ai vaincu plus fort que vous....Je peux vous chasser d'Italie.""""""........"""""Croyez-vous, répond Lucien avec une froide insolence, que mes domestiques, à moi, me donnent tort ?.

Le coup est si rude que l'Empereur s'en trouve interdit et comme calmé. Après un instant de silence, il veut bien reconnaître que la femme de Lucien à toutes les qualités, mais qu'il est regrettable qu'elle nuise ainsi, sans le vouloir, à l'avenir de son époux et de ses enfants.

......A...Suivre......

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: L'HOMME qui ne voulut pas ETRE ROI.....   Ven 3 Oct - 22:34

.........sunny ........

4è..et dernier Chapitre....(Sources François Piétri).


Lucien saisit la balle au bond....."""""Vous n'avez qu'à faire décider par un sénatus-consulte que mon mariage est régulier"""""".......""""""L'opinion ne l'admettrait pas, il vous faut divorcer"""""......""""""Comment le pourrais-je, à vos propres yeux, si mon mariage est nul ?"""""

"""""L'Empereur lui déclare....""""Justement, c'est à cette condition que je le reconnaîtrai, vous sacrifiez vos enfants à votre amour-propre, ils vous maudiront."""""

Ici, une belle réplique de Lucien...."""""Ah ! s'il s'agissait pour eux, mon frère, de se partager l'obscur patrimoine de Charles Bonaparte, personne au monde, vous le savez bien, n'aurait le pouvoir de les en frustrer !""""""

Napoléon ne se juge pas encore battu. Cessant de parler de mariage, il rappelle à Lucien tout ce qu'il a déjà offert...la présidence de la Cisalpine, l'hérédité impériale, la couronne d'Etrurie, la vice royauté de Milan....il est prêt à aller plus loin.

"""""Choississez, s'écrie-t-il, en lui montrant orgueilleusement une carte de l'Europe....je vous donnerai la couronne d'Italie, que je porte, préférez-vous celle d'Espagne qui, grâce à l'ineptie de vos chers amis Bourbons, va tomber bientôt dans le creux de ma main ? ...Ou Naples, si j'envoie Joseph à Madrid ? ou encore le Portugal ?....Votre femme, une fois divorcée, serait duchesse souveraine de Parme."""""

Cette dernière offre inspire à Lucien, remué malgré tout par l'éclatante confiance que lui fait l'Empereur, l'idée d'une transaction. Il se contenterait du grand-duché de Toscane, si Alexandrine restait à son côté. Mais Napoléon demeure inflexible...le divorce ou rien.

Lucien s'éloigne alors sans un mot. Meneval, qui s'est tenu dans une pièce voisine et qui le raccompagne à son auberge, dit dans ses Mémoires, qu'il était ému au point d'avoir les yeux baignés de larmes. A son retour, il trouve l'Empereur sombre et abattu. Puis, brusquement....

""""""Mon frère ne veut pas renoncer à sa maîtresse et à la racaille qui l'entoure. Je lui prouverais que ma tête est plus dure que la sienne.""""""

Et comme il est trois heures du matin et qu'il doit repartir à sept heures pour l'Allemagne, Napoléon se met au lit, rapporte Constant, non sans avoir dicté quelques lettres à Méneval.

Le croirait-on ?...Le vainqueur de tant de batailles n'a pas encore renoncé, pour sa part, à lever un siège devant lequel il vient d'échouer pour la quatrième fois !....il va procéder par tir indirect....Cinq jours après Mantoue, Joseph est chargé de s'entremettre pour une étrange et suprême transaction...Lucien, pourvu d'un trône de son choix, gardera Alexandrine auprès de lui...dans telle intimité qu'il lui plaira et dotée d'un grand titre, et il adoptera un de ses fils qui deviendra ainsi, sans que la question du divorce ait à se poser, son héritier légitime.

Joseph, embarassé, confie le message à son premier écuyer, Girardin, Lucien le reçoit fort mal et se refuse net à tout arrangement, même à certain projet cocasse.....et qui semble n'avoir germé que dans l'esprit de Joseph...d'une vice-royauté d'Espagne, avec résidence à Mexico, et qui donnerait juridiction sur toute l'Amérique latine.

Cette fois tout est bien fini...à la mésentente va succèder la persécution. La vie de Lucien ne sera plus qu'une succession pénible de tiraillements familiaux, de vexations policières, d'embaras d'argent, de projets manqués. Réussit-il à fuir vers l'Amérique avec les siens ? La croisière anglaise s'empare de son bateau et, les emmène tous, captifs politiques, à Malte, puis à Plymouth.

Il en revient en 1814, se réinstalle à Canino, songe un moment à rejoindre Napoléon déchu, jusqu'au jour où, apprenant le retour de l'île d'Elbe, il accourt à Paris sous un faux nom, pour se mettre au service de son frère et d'une cause qui lui apparaît comme celle d'une révolution.

On sait qu'avec Carnot, autre rapatrié volontaire, il sera le seul, après Waterloo, à défendre l'Empereur et le régime contre l'abandon et la trahison.

Ensuite c'est l'exil, la pauvreté et la vieillesse. Mais jusqu'à sa mort, en 1840, il demeurera étroitement uni à celle dont il préféré la tendresse à l'ambition d'une couronne et qui partagera bientôt sa tombe dans la chaplle collégiale de Viterbe.

On peut appliquer à ce roman véridique l'hypothèse du nez de Cléopâtre. Celui d'Alexandrine eût été plus court, qui sait si, Napoléon, ayant à son côté l'homme de Saint-Cloud et de Madrid, le cours de l'Histoire n'en aurait pas été changé..?.....

...FIN....

Merci François PIETRI...pour ces merveilleuses pages.... l'histoire de deux hommes qui ne se comprenaient pas....mais qui s'aimaient sans le savoir.

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: L'HOMME qui ne voulut pas ETRE ROI.....   Sam 4 Oct - 16:53

Cher Jean - Baptiste.
Votre textes sont tres interessants et je lis avec plaisir et je m'apprends aussi. Merci - comme toujours.
Amicalement et salut
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lieutenant legros

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MessageSujet: Re: L'HOMME qui ne voulut pas ETRE ROI.....   Mar 7 Oct - 16:05

Extrèmement intéressant !

Merci Jean-Baptiste.

Amicalement
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Corso
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MessageSujet: Re: L'HOMME qui ne voulut pas ETRE ROI.....   Jeu 9 Oct - 10:25

sunny

Bonjour jean-Baptiste. cheers

Où vas-tu dénicher tous ces trésors.
salut

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On me croit sévère, même dur. Tant mieux cela me dispense de l'être. Ma fermeté passe pour de l'insensibilité. A Caulaincourt
Si je monte au Ciel, et que Napoléon n'est pas au Paradis, alors ce ne sera pas le Paradis.
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MessageSujet: Re: L'HOMME qui ne voulut pas ETRE ROI.....   

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