Forum des Amis du Patrimoine Napoléonien

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 Le Médecin de l'Empereur.....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Le Médecin de l'Empereur.....   Lun 6 Oct - 22:41

.......sunny ........ 1er Chapitre.....(Source le Dr. Ganière)


La première visite que Corvisart fut appelé à rendre au Premier Consul se situe probablement au début du mois de juillet 1801. Le célèbre praticien était alors à l'apogée de sa carrière. Agé de quarante six ans, médecin à l'hôpital de la Charité, professeur de clinique interne à la nouvelle école de Médecine, titulaire d'une chaire au Collège de France, il avait en effet acquis une réputation solide et possédait l'une des plus belles clientèles de la capitale.

Il lui manquait cependant le plus prestigieux patient qu'un médecin de son temps était en droit d'espérer. L'heure venait de sonner pour lui d'obtenir cette consécration suprême.

En venant à Malmaison apporter ses conseils à l'homme providentiel que la France s'était donné pour chef, Corvisart savait que depuis quelques mois nombre de ses confrères parmi les plus renommés, l'y avaient précédé.

Il n'ignorait pas non plus que le Premier Consul, profondément déçu par leur incapacité à soulager ses misères, avait, dans un mouvement d'humeur et de découragement, déclaré renoncer pour toujours aux secours de l'Art jusqu'au jour où un membre de son entourage lui avait suggéré de faire appel au médecin de la Charité, dont tout le monde se plaisait à dire le plus grand bien.

Bonaparte devait tout d'abord refuser. Puis, devant la persistance de ses malaises et l'insistance de ses proches qui ne cessaient de vanter en toute circonstance les méthodes de diagnostic et de traitement de leur protégé, il avait fini par s'incliner.

C'est ainsi qu'un beau matin, Corvisart, accompagné du sénateur Guehenneuc, beau-père du général Lannes, prit place dans une voiture qui devait le conduire auprès de son nouveau client.

Tout le long du trajet, le médecin resta songeur et silencieux. Au moment de mettre pied à terre, il se contenta de dire, non sans une évidente mélancolie....."""""Je ne sais ce que je gagnerai à cette visite, mais j'y perdrai assurément le plus précieux des biens...la liberté."""""

L'entrevue dura une heure. Respectueux du secret professionnel, le médecin se montra toujours très discret sur la nature de l'affection qu'il eut à soigner et sur la thérapeutique qu'il préconisa. On sait cependant, en se référent à divers témoignages que Bonaparte était très maigre, présentait un mauvais teint, se plaignait de violents maux d'estomac, toussait facilement, accusait quelques éruptions cutanées, toutes manifestations que la tradition rattachait à une gale contractée lors du siège de Toulon et que les médications antérieures, administrées avec une imprudente générosité, avaient transformée en une ..."gale rentrée"....ou..."répercutée".

Cette histoire de gale ayant été complaisamment répandue dans l'opinion, personne n'ignorait qu'au cours des opérations qui avaient permis de chasser les Anglais du grand port méditerranéen, le capitaine Bonaparte, commandant une batterie d'artillerie, s'était emparé du refouloir tombé des mains d'un cannonier tué à ses côtés.

Or ce cannonier, tout le monde le savait, était atteint d'une gale sévère. Le jeune officier contracta ainsi la maladie qui, par la suite, devait causer à l'intérieur de son organisme de redoutables ravages. Ceux-ci, sous l'action de traitements aussi inutiles qu'intempestifs, stumulés par un surmenage incessant, avaient fait de si grands progrès que la vie même du Consul se trouvait maintenant en danger. L'imagerie populaire, la verve des rimailleurs avaient fortement contribué à entretenir cette légende.

Corvisart attacha-t-il foi à ces rumeurs ?.....il est impossible de le savoir. Quoi qu'il en fût, il examina longuement le malade, l'interrogea sur son mode de vie, son alimentation, ses habitudes, et crut trouver une relation directe entre les symptômes observés et une mauvaise hygiène générale.

Il conseilla une plus grande régularité dans les heures de travail du Premier Consul, une nourriture mieux appropriée, un exercice physique régulier...(ce fut sans doute à la suite de ces recommandations que Bonaparte se mit à jouer aux barres dans les jardins de Malmaison). Quelques frictions adoucissantes sur le corps, la pose d'un vésicatoire sur la poitrine, l'administration de remèdes anodins vinrent compléter ces prescriptions.

Avant de se retirer, Corvisart estima pertinent de s'espliquer longuement sur les constatations qu'il venait de faire et les déductions qu'il convenait d'en tirer.

Cette franchise fut sans doute à l'origine de sa faveur...."""""Je ne crois pas en la médecine""""".... dira en effet le général à la suite de cette première visite..."""" mais je crois en Corvisart."""" ....Il ne pouvait lui décerner de plus flatteur compliment.

Cette confiance, née spontanément entre deux hommes faits pour se comprendre devait bientôt se manifester de façon éclatante. Quelques jours plus tard, en compagnie du professeur Barthez, de Montpellier, qui avait donné ses soins au père du Premier Consul au cours de sa dernière maladie, Corvisart était nommé médecin du gouvernement aux appointements annuels de douze mille francs.

A ce titre, il était chargé d'étudier tous les problèmes se rapportant à la profession médicale, à l'hygiène publique et aux moyens propres à lutter contre la diffusion des épidémies.

Il fit dès lors figure de personnage officiel, habitant un confortable hôtel particulier de la rue Saint-Dominique dont il venait de faire l'acquisition, ne se déplaçant plus qu'en voiture conduite par un équipage à la livrée consulaire.

Chacun, surmontant parfois une secrète jalousie, cherchait à se concilier ses bonnes grâces ou s'employait à deviner dans ses attitudes ou son comportement l'indice de quelque évènement d'importance.

Ne vit-on pas la Bourse de Paris témoigner d'une certaine fièvre, un jour d'août 1803, à la simple nouvelle parue dans les journaux de son brusque départ pour Bruxelles où le Premier Consul, toujours selon les mêmes rumeurs, était tombé malade ?

Le rétablissement du pouvoir héréditaire entraina..ipso facto...la création d'une Maison Impériale et d'une Faculté de la Cour. L'un des premiers nommés, parmi les nouveaux dignitaires, fut précisément Corvisart qui, le 19 juillet 1804, recevait le titre de ...premier médecin de leurs Majestés Impériales et Royales....en même temps qu'il se voyait attribuer les fonctions d'administrateur général du Service de Santé de l'Empereur.

Il prenait rang ainsi d'officier civil de la Couronne et se trouvait sur un pied d'égalité avec l'intendant général, le trésorier, le premier aumônier, le premier chambellan, le maître des cérémonies, le premier écuyer, le commandant de la vénerie, les captaines des chasses.

.......A....Suivre......

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Le Médecin de l'Empereur.....   Mar 7 Oct - 18:37

Cher Jean - Baptiste.
Je vous remercie comme toujours pour Votre texte.
Avec ma part je donne deux originale formules de notre maître:
Si ils peuvent etre en latin - par "Materia Medica"
"Aqua laxativa de Corvisarti medecine de Napoleon
Rp:Tartari solubilis
Tartari stibiati
Sacchari
Aquae destillatae
deuxieme il y a ce celebre et usage encore a XX siecle le sirop sur l'appetit
"Syrupus Corvisarti
Rp:pepsini
Acidi citrici
Aquae destillatae
Syrupi Cerasorum.
Je pense que c'est sont tres interessantes nouvelles.
Premier médeciament n'a pas la proportion donnes des ingredients et il est assez de toxique, parce que assortit de la quantite grande du potassium et l'antimoine.
J'attends "...a suivre..." et je cherche egalement successifs des curiosites.
Amicalement et salut
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Le Médecin de l'Empereur.....   Mar 7 Oct - 22:37

.......sunny .......Je savais que ce sujet plairait à notre Amie... Maria Joanna....!!!!


2è....Chapitre.....(Sources Dr. Ganière).

Il avait droit à un rutilant uniforme vert brodé d'argent, était invité en bonne place aux fêtes officielles, jouissait du privilège des ...petites entrées....ce qui lui donnait accès auprès de Sa Majesté à toute heure du jour, et était le seul, tels les anciens médecins des rois de France, à porter la canne à l'intérieur des appartements impériaux.

Chef du service médical de la Cour, il régnait sur un véritable état-major...un médein ordinaire, quatre médecins consultants, deux médecins faisant le service par quartier (leur nombre devait être porté à quatre), un premier chirurgien, un chirurgien ordinaire, quatre chirurgiens consultants, deux puis quatre chirurgiens par quartier, un premier pharmacien, deux pharmaciens ordinaires, auxquels on adjoignit plus tard un chirurgien accoucheur de l'Impératrice, un médecin et un chirurgien des Enfants de France, un chirurgien-dentiste, un chirurgien-bandagiste, un chirurgien-oculiste et même un chirurgien-pédicure.

Tous ce monde prêtait serment entre ses mains, ne recevait d'ordre que de lui, émargeait à un budget particulier sur lequel il avait la haute main. Pour sa part, le premier médecin recevait une rétribution annuelle de trente mille francs, soit le double de ce qui été alloué à son collaborateur le plus favorisé. A cette somme venait s'ajouter de nombreuses et substancielles gratifications, certaines s'élevant parfois à cent mille francs.

Pour assumer ces lourdes charges, Corvisart avait dû se démettre, non sans regret, de ses diverses obligations professionnelles, abandonnant sa chaire au Collège de France, sollicitant sa mise à la retraite de ses fonctions de médecin de la Charité et le titre de professeur honoraire de la Faculté.

D'autres honneurs étaient venus remplacer ceux auxquels il avait dû renoncer. Officier de la Légion d'Honneur en 1804, baron d'Empire en 1808, membre de l'Institut en 1811, commandeur de l'ordre de la Réunion la même année, tels étaient les titres dont il pouvait désormais s'enorgueillir.

Il n'était pas cependant satisfait. Il aurait aimé davantage, comte peut-être, ou bien couvert de rubans et de crachats, sans doute parce que, selon les documents d'archives, les anciens médecins des rois de France avaient été encore plus comblés.

Bien que n'ayant jamais eu à soigner l'Empereur pour quelque maladie sérieuse, Corvisart fut cependant l'homme indispensable. Deux fois par semaine, il franchissait la porte des Tuileries et était aussitôt admis auprès de son impérial patient.

Une conversation à bâtons rompus s'engageait. Très brièvement, on parlait de la santé de l'Empereur, puis on passait à d'autres sujets, parmi lesquels la médecine et les médecins tenaient une grande place. Napoléon se montrait sévère pour un art dont il se gaussait volontiers, et plus encore peut-être pour ceux de ses disciples trop enclins à se prendre au sérieux.

Le premier médecin, lorsque la discussion prenait un tour passionné, faisait front, trouvait des arguments de défense, invoquait la faillibilité humaine. L'entretien se terminait toujours sur une boutade.

Corvisart profitait alors de cet instant de détente pour glisser une demande de gratification, solliciter une faveur, suggérer un avancement. Car cet homme arrivé n'en restait pas moins, au milieu des fastes qui l'entouraient, un perpétuel quémandeur mettant son immense crédit au service de tous ceux qui s'adressaient à lui. Et malgré la fréquence de telles démarches, il avait le plus souvent gain de cause.

L'Empereur prenait un tel goût à ces conversations que certains jours, en dépit de ses multiples occupations, il prolongeait la rencontre, invitant le médecin à s'asseoir près de lui pendant qu'il absorbait son déjeuner, ou bien le faisant assiter à quelque audience, ou encore l'emmenait à la chasse.

De tous les hauts personnages, Corvisart faut ainsi l'un des familiers les plus proches de l'Empereur, souvent aussi son confident. Que de secrets fut-il ainsi amené à connaître, que de détails intimes lui furent certainement dévoilés !...sa discrétion légendaire, qualité essentielle pour un médecin mais que les historiens ne cessent de déplorer, lui fit garder pour lui seul les révélations dont il devint ainsi le dépositaire. Peut-être, s'il eût consenti à parler, certains événements de l'épopée napoléonienne nous apparaîtraient-ils aujourd'hui sous un jour insoupçonné.

Une seule fois, pendant toute la durée du règne, Corvisart fut mis en défaut. L'Empereur ayant été pris subitement de coliques si violentes qu'il craignit un instant avoir été empoisonné, envoya en toute hâte un courrier quérir son premier médecin à son domicile du faubourg Saint-Germain.

Hélas ! ce dernier était à la campagne, aux environs de Paris et ne put se présenter aux Tuileries que le soir, alors que l'alerte était déjà presque oubliée. Une scène assez violente s'ensuivit, l'Empereur reprochant au praticien de le laisser sans secours et l'invitant, pour éviter le renouvellement de tels incidents, à venir loger au Palais.

Soucieux de sauvegarder son indépendance, le médecin refusa, mais promit de ne plus quitter la capitale sans en avoir averti son souverain.

Aprés sa visite à l'Empereur, le premier médecin gagnait les appartements de l'Impératrice. Joséphine, la première, l'honora de sa confiance. Il la guida avec adresse au milieu de mille maux plus ou moins imaginaires, mais ne parvient jamais à combattre une stérilité qui devait un jour la faire écarter du trône.

Lorsque Napoléon eut pris la résolution de divorcer et de prendre une nouvelle épouse, Corvisart fut l'un des premiers consultés. Comme à l'accoutumée, ses paroles furent empreintes de dignité et de bon sens. Il refusa de prêter son concours à une curieuse mise en scène qui eut consisté à faire simuler par Joséphine une grossesse imaginaire et de lui attribuer, le moment venu, l'enfant qu'une autre aurait porté dans son sein.

Après avoir convaincu l'Empereur qu'une telle manoeuvre serait indigne de sa gloire, il préconisa l'adoption, en honneur chez les Romains, afin de donner au souverain un successeur choisi pour ses seuls mérites.

Cette solution ne fut pas retenue. Fondateur d'une dynastie, Napoléon ne pouvait songer à laisser sa couronne qu'à un héritier de son sang.

......A....Suivre.....

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Le Médecin de l'Empereur.....   Mer 8 Oct - 18:04

Cher Jean-Baptiste.
Merci pour Votre gentillesse.
Savez - vous cette anecdote:
"...un jour Corvisart se trouvait aux bains Vigier. Il etend tousser dans la baignoire separee de la sienne par une cloison, et, a la recidive, il croit reconnaitre que cette toux indique un principe d'affection pulmonique. En sortant, les deux voisins se rencontrent; le medecin voit un homme de pres six pieds et fort a proportion.
Il l'aborde et lui dit
- Monsieur je suis medecin; s'il m'est permis de vous donner un conseil, prenez garde a votre toux; cela ne parait rien, et pourtant elle est d'une mauvaise nature. Il faut eviter de vous baigner -
- Ah! Monsieur, j'en serais bien fache, lui repond le colosse, le bain me fait le plus grand bien, je me porte a merveille -
Et, en s'en allant il pensait probablement.
- Voila un medecin sans pratiques qui ne serait pas fache de s'en
procurer -
Quelques mois apres, au retour de la belle saison le docteur se retrouve aux memes bains et se rappelle le tousseur. Comme sa taille le rendit remarquable, il en demande des nouvelles au garcon.
- Ah, Monsieur un tel? Nous avons su qu'il etait mort la semaine derniere; c'etait un de nos habitues -
- Il est mort? - reprend le docteur - et de quoi -
- On nous a dit d'une maladie de poitrine; il avait les poumons gates -
- Eh bien! voila de ces choses qui font plaisir - s'ecria Corvisart. Et il retira radieux.
Amicalement et salut
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MessageSujet: Le Médecin de l'Empereur.....   Mer 8 Oct - 22:55

.......sunny .......Merci..Maria Joanne pour cette anecdote...!!!


3è....et dernier Chapitre.....(Sources Dr. Ganière).


Le choix d'une nouvelle Impératrice d'un ..."Ventre"...ainsi que le proclamait l'Empereur....posa des problèmes délicats. Un peu inquiet sans doute sur ses facultés procréatrices, il demanda un jour, le plus sérieusement du monde....""""Jusqu'à quelle époque peut-on sans danger différer de chercher dans le mariage les profits qu'on en attend pour la postérité ? """""......"""""Cela dépend, Sire, répondit le premier médecin, de l'organisation de chacun et aussi des économies qu'il a su faire sur les erreurs de jeunesse.""""""

"""""" J'entends bien, mais selon vous, quel est le temps moyen de la puissance en matière de paternité ?...Par exemple un homme de soixante ans qui épouse une jeune femme a-t-il encore des enfants ? """"""....."""""Quelques fois Sire""""".....""""""Et à soixante dix ans ? """"".....""""Toujours Sire, surtout si son épouse est jeune et jolie."""""

Etant donné qu'il venait à peine de dépasser la quarantaine, ces paroles, prononcées sur le ton de la plus aimable ironie, rassurèrent probablement le monarque sur l'heureuse issue de l'union qu'il se préparait à contracter.

Celle qui allait succéder à Joséphine, l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche, se confia au premier médecin dès leur première rencontre, avec un abandon presque touchant. Jeune perdue au milieu d'un monde où tout lui était étranger, d'un naturel dolent, habituée à être entourée de sollicitude, la nouvelle Impératrice, bien que dotée d'une belle santé, s'accrocha souvent à ce quinquagénaire comme à un véritable sauveur.

Lorsqu'elle fut enceinte et que cette promesse d'une maternité prochaine vint combler les plus chers désirs de son époux, l'influence de Corvisart grandit encore. Le médecin fut soumis dès lors à d'interminables interrogatoires et contraint à se plier aux fantaisies les plus imprévues.

Le point culminant de sa carrière courtisane fut sans doute atteint le jour de la naissance du roi de Rome où, au milieu de l'affolement général, il fut le seul à se distinguer par son attitude pondérée et son imperturbable sang-froid.

La plupart des autres membres de la famille Bonaparte suivirent l'exemple du couple impérial, rois, reines, princesses, toutes les personnalités de la finance, des arts sollicitèrent ses conseils.

A deux reprises, le premier médecin suivit ou rejoignit l'Empereur aux armées. La première fois, au cours de la campagne de 1805, il fit à ses côtés, son entrée dans Vienne où il séjourna une dizaine de jours...la seconde, quatre ans plus tard, en août 1809 lorsqu'il fut appelé à se rendre à nouveau dans la capitale autrichienne auprès de Napoléon souffrant, disait-on, d'un mal mystérieux mais très probablement bénin.

Les mauvaises langues affirmeront qu'il n'avait été convoqué en réalité que pour confirmer un début de grossesse chez la maîtresse de l'Empereur, la belle comtesse Marie Walewska.

Par contre Corvisart ne se trouvait pas auprès de l'Empereur lors des épreuves de la fin du règne. Il n'était ni en Russie, ni en Allemagne, ni dans l'Est de la France lorsque chancelait le trône. Il ne fut pas non plus à l'île d'Elbe. Pendant ces jours sombres, il resta aux côtés de Marie-Louise et de son fils qu'il avait reçu mission de ne pas quitter. Il les accompagna même jusqu'à Vienne, où il revenait pour la troisième fois, après que l'Impératrice, sur les instances de son père, eut résolu de ne pas suivre son mari dans l'exil.

Revenu à Paris, Corvisart repris le cours de ses occupations professionnelles. En juillet 1814, il quittait à nouveau la capitale pour se rendre à Aix-les-Bains, où il rejoignit l'Impératrice venue, sur ses conseils prendre les eaux.

Fut-il alors secrètement chargé d'amener Marie-Louise à accepter la régence au nom de son fils, au cas ou les Bourbons seraient contraints, sous la pression des évènements, de quitter le pouvoir ?...Certains rapports de police le donnent à penser. Mais le projet n'eut pas de suite. Quelques semaines plus tard, l'Impératrice reprenait la route de Vienne et Corvisart regagnait la rue Saint-Dominique.

Comme tout le monde il apprit, les premiers jours de mars 1815, par les gazettes, le débarquement de l'Empereur sur les côtes de Provence. Il suivit, avec des sentiments un peu confus, les étapes de sa marche triomphale. Quelques jours après l'entrée du souverain aux Tuileries, il retrouvait sa charge de premier médecin, mais sans manifester un grand enthousiasme.

L'aventure, en effet, lui paraissait vouée à l'échec. La nouvelle du désastre de Waterloo, qui l'emplit d'une profonde tristesse, ne le surprit donc pas outre mesure. Il savait que la victoire des alliés annonçait la fin d'un monde et que, pour lui, cette irrémédiable défaite militaire faisait sonner l'heure de la retraite définitive.

Après le départ de l'Empereur et le retour de Louis XVIII, il s'enferma dans une solitude dont il ne devait plus sortir. Tenu pour suspect en raison de son ancienne appartenance au régime déchu, en proie à des soucis d'argent, torturé par des rhumatismes, il renonça sans regret à toute vie active, abandonnant délibérément une clientelle qui pourtant lui restait fidèle et consacra son temps à la lecture et à la méditation.

Toute tentative pour le faire revenir sur cette décision, ainsi que toute promesse pour obtenir son ralliement à la monarchie des Bourbons, devaient rester vaines. Après avoir tellement aimé le monde, il était maintenant un ermite, redoutant une attaque dont il se savait menacé et attendant paisiblement la mort.

Celle-ci vint le saisir sans le surprendre le 18 septembre 1821. Deux mois plus tôt, il avait appris la disparition, dans son lointain exil de Saint-Hélène, de celui qui avait fait sa fortune. Comme si la disparition de son bienfaiteur lui avait porté un coup fatal, il ne cessa dès lors de décliner.

Le 15 septembre, il eut une syncope dont il se remit difficilement. Lorsqu'il reprit connaissance, il fit appeler son fils adoptif pour lui dicter ses dernières volontés car il savait ne devoir nourrir aucune illusion sur son état. Lentement ses forces déclinèrent. Trois jours plus tard, il expirait.

Trente ans plus tard, au autre docteur Corvisart devait devenir médecin de sa Majesté l'Empereur des Français. Napoléon III, appelé à monter sur le trône de France, s'ingéniait en effet à s'entourer de personnages dont les noms rappelaient les illustrations du premier règne.

Or un petit neveu de Corvisart exerçait la médecine à Paris et commençait à se faire connaître par ses travaux sur la pathologie digestive. En se confiant à un praticien aussi capable, le nouvel Empereur pouvait donc penser agir en homme sage, mais, ce faisant, il rendait aussi à celui qui avait servi le fondateur de sa dynastie le plus mérité des hommages.

.....FIN.

Des moments de vie... du fidèle médecin Corvisart.. auprès de Napoléon 1er......Merci Docteur Ganière.

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Le Médecin de l'Empereur.....   Jeu 9 Oct - 9:57

Bonjour Jean-Baptiste,

Comme vous l'écriviez par avant, quel dommage que ce haut personnage n'ai pas resenti le besoin de coucher ses souvenirs sur le papier.

Amicalement
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MessageSujet: Re: Le Médecin de l'Empereur.....   Jeu 9 Oct - 21:24

Cher Jean-Baptiste
Comme toujours - merci. A mon avis Corvisart a ete le pionnier de la defense a la cardiologie.
Amicalement et salut
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MessageSujet: Re: Le Médecin de l'Empereur.....   

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