Forum des Amis du Patrimoine Napoléonien

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 Napoléon à l'île d'Elbe.

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Napoléon à l'île d'Elbe.   Ven 7 Nov - 13:57

.....sunny .....

1er Chapitre.....(Sources G.Lenotre).

Après avoir été le maître des destinées de l'Europe, Napoléon, fut, après sa première abdication, réduit à la souveraineté d'une île minuscule. Pourtant, il y organise aussitôt son existence.

Le sieur Pons ou, pour mieux dire, le citoyen Pons, car il restait de coeur attaché au culte des grands révolutionnaires de l'an II de la République était, malgré cette obstination retardataire, le meilleur et le plus scrupuleux des hommes.

Né à Cette (Sète) où les têtes sont chaudes, il avait été en 1793 un furieux jacobin et un farouche sans-culotte le bonnet rouge avait quelque peu déteint sur ses idées et, bien longtemps après que la chose eût passé de mode, il professait encore la haine des tyrans et s'entêtait à rêver de fraternité universelle.

Quand Bonaparte fut consul, Pons se refusa à servir le régime naissant, même il fut soupçonné d'avoir mis la main à certain pamphlet où Napoléon se trouvait malmené.

Comme il était tout d'une pièce, comme il ne se résignait pas à plier l'échine, il ne rallia pas point davantage à l'Empire et, comprenant que la liberté était pour longtemps enchaînée, il se décida de quitter la France.

Des amis lui procurèrent une situation indépendante, celle de directeur des mines de fer de l'île d'Elbe, dont les revenus étaient attribués à la grande chancellerie de la légion d'honneur. Pons partit donc en 1800 pour Porto-Ferrajo, capitale de la petite île méditerranéenne, emmenant sa femme et ses deux fillettes, élevées dans le respect des grands hommes de la République.

Pons fit merveille à l'ile d'Elbe. Les mines à son arrivée, étaient presque abandonnées, il les remit en exploitation et en tripla bientôt le rendement. Il édicta des règlements qui assuraient aux ouvriers l'aisance et le bien-être, constuisit pour eux des habitations saines, leur donna l'exemple du travail, partagea leur nourriture, s'intéressa à leurs familles.

Au bout de six mois, il n'était désigné, d'un bout à l'autre de la petite île où il vivait en sage, que sous le sobriquet de ..."il nostre babbo"...."notre papa". Il avait maison de ville à Porto-Ferrajo et maison de campagne à Rio-Marina, près de mines satisfait de son indépendance, sans maître, honoré, adoré même de ses mineurs qu'il traitait en camarades, ce pur républicain s'estimait parfaitement heureux et pensait que sa vie s'écoulerait désormais sans plus de heurts ni de malencontres, quand il apprit, un jour de mai 1814 que Napoléon, après avoir distribué tant de couronnes, venait d'en recevoir une à son tour....les rois de l'Europe qui la lui décernaient ne s'étaitent pas mis en frais à l'égard du conquérant qu'ils avaient vaincu.

Ils lui octroyaient la souveraineté de l'île d'Elbe et déjà le navire qui portait le proscrit entrait dans la rade de Porto-Ferrajo. Pour Pons, la nouvelle fut un coup terrible...il était sûr de soi...il savait bien qu'aucune force humaine ne parviendrait à faire de lui un courtisan...tout de même...c'était jouer de malchance d'avoir quitté la France afin de n'y point vivre sous la despotique autorité de l'Empereur, et de l'avoir maintenant pour maître dans l'île minuscule où Pons s'était réfugié pour fuir.

Il n'était pas sans inquiétude de savoir comment son inflexible républicanisme serait jugé par le nouveau souverain, et il se promit bien, dût-il perdre sa place, de ne pas renier ses convictions démocratiques et de garder l'attitude d'un homme libre et fier.

Comme Pons était l'un des plus importants fonctionnaires de l'île, il fut, avec quatre autres, désigné pour aller, à bord de la frégate anglaise qui amenait Napoléon, présenter les hommages des Elbois à leur roi inattendu.

Très émus à la vue de l'Empereur qui se promenait, un chapeau de marin à la main, sur le pont du navire, les cinq délégués ne purent que balbutier quelques mots. Napoléon parla seul...et, quoique Pons fût disposé à le juger sans indulgence, il dut reconnaître que le despote parlait bien, avec une étonnante facilité, et "comme s'il eût appris par coeur sa harangue".

Revenu à terre l'administrateur des mines assista à l'entrée triomphale du monarque acclamé...le 4 mai, à midi, un coup de canon annonça le débarquement...le nouveau drapeau Elbois, confectionné en hâte dans la nuit, fut hissé sur la forteresse, livrant à la brise sa toile blanche coupée d'une bande orange semée d'abeilles....la cloche de l'église sonnait en volée...de toutes les embarcations sillonnant le port montaient des cris et des chants....Flûtes, guitares, tambourins faisaient rage...et l'on vit, de la barque amirale, monter sur le môle l'Empereur, souriant auquel le maire présenta les clefs de la ville.

Le vicaire général était là, avec son clergé, ses enfants de choeur et le dais enguirlandé de papier doré, sous lequel se plaça le souverain.

Il portait son légendaire costume vert, culotte blanche, souliers à boucles et petit chapeau...on se mit en route vers l'église, la garde nationale Elboise s'efforçant d'ouvrir parmi la foule un passage au cortège.

Derrière le dais impérial marchaient Drouot et Bertrand, le trésorier Peyrusse, les deux secrétraires, le médecin, le pharmacien, toute la maison impériale que suivaient les commissaires étrangers et l'état-major de la frègate anglaise.

.....A...Suivre.....

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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lieutenant legros

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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Ven 7 Nov - 17:35

Vivement la suite Jean-Baptiste.

Amitiés
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Percy
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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Ven 7 Nov - 19:11

J'ai lu le Bartel et le Gruyer avant de me rendre sur place au printemps de cette année.
Je prends donc un vif plaisir à découvrir cette nouvelle version.
Un tout grand merci à vous ! salut
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe   Ven 7 Nov - 19:44

.....sunny ......

J'ai pensé à vous Percy...Wink ....je me souviens du compte rendu de votre voyage...on découvre la vie de ce Sétois et ses rapports et anecdotes..avec Napoléon...pas mal...!!!

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Percy
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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Ven 7 Nov - 22:44

Citation :
J'ai pensé à vous Percy... ....je me souviens du compte rendu de votre voyage.

Croyez bien que j'y suis très sensible.
Encore merci à vous. Wink
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Napoléon à l'île d'Elbe....   Ven 7 Nov - 23:02

......sunny ......

2è Chapitre....(Sources G.Lenotre).


La bousculade était telle qu'il fallait s'arrêter à chaque pas, et l'Empereur recevait des pétards dans les jambes. Le vicaire général invectivait ses ouailles indisciplinées, les exhortant à la déférence, les menaçant du poing et, tant bien que mal, on parvint ainsi jusqu'à l'église.

Un vieux tapis recouvrait un fauteuil que flanquaient deux chambellans improvisés et ahuris...Napoléon prit place sur ce trône mesquin, tragique symbole de la déchéance, et le "Te Deum" fut chanté.

On dit que l'Empereur, agenouillé, pria, ou fit mine de prier...sa pensée, certainement, comparait cette cérémonie presque burlesque à la grandeur du passé aboli...lui que le pape avait couronné dans la cathédrale de Paris et qui avait ceint les deux couronnes de France et d'Italie, recevait dans cette pauvre église de village, une investiture comparable à celle de Sancho-Pança, comme si le destin se fût obstiné à accumuler sur sa tête toutes les traverses et tous les contrastes.

A l'hôtel de ville, que, provisoirement, il devait habiter, eut lieu la réception des autorités...ce n'était plus la salle du trône des Tuilleries ou la galerie d'Apollon de Saint-Cloud, mais une pièce nue garnie en hâte d'un siège empapilloté de papier doré et surélevé d'une marche....trois violons et deux basses grinçaient dans un coin, tandis que défilaient devant le souverain les municipalités de l'île.

A tous ceux qui passèrent devant lui, rouge d'émotion ou blêmes de peur, l'Empereur adressa la parole, s'informant, questionnant, parlant de son nouveau royaume en connaisseur, comme s'il l'avait toujours habité....avec ceux qui ignoraient le français, il causait en italien, et les Elbois se retiraient ébahis d'admiration pour ce souverain qui semblait connaître mieux qu'eux leurs affaires et leurs intérêts.

Quand enfin la réception fut terminée, la suite de l'Empereur, harassée, aspirait à quelque repos....lui demanda un cheval et alla visiter la citadelle...il explorait encore son île quand vint la nuit, et il ne rentra à l'hôtel de ville qu'à l'heure où les rues s'illuminaient et où s'organisaient, sur les places, les bals populaires.

Encore ne se sentait-il point fatigué...au lieu de dormir, il prépara son travail du jour suivant, avec la même activité qu'il mettait à disposer ses troupes, la veille d'une bataille dont dépendait le sort de l'Europe.

Le rigide administrateur des mines, Pons, que séduisait peu " la pompe" des cours fuyait la société des grands, s'était esquivé aussitôt qu'il l'avait pu sans manquer de respect à l'Empereur et s'était refugié chez lui, loin du bruit et des courtisants.

A minuit, il fut réveillé par des coups frappés à ses volets....il se leva, alla ouvrir et se trouva en présence d'un officier de la maison impériale...sa Majesté voulait le voir sans tarder. Pons s'habilla, se rendit à l'hôtel de ville, fut introduit dans le salon de Napoléon qui, tout de suite l'interrogea..."""Pouvez-vous me donner à déjeuner demain à Rio-Marina ?...Oui Sire...A neuf heures du matin ?.....Oui Sire....Dites-moi franchement si cela ne vous sera pas trop grand dérangement....Celà ne me dérangera pas du tout, seulement j'aurais besoin de l'indulgence de votre Majesté ma maison est abandonnée..... Mais, Mme Pons ? ne sera-ce pas abuser de sa complaisance ? réfléchissez bien, pouvez-vous me recevoir sans trop la déranger ?.....Que votre Majesté se rassure, à neuf heures, votre Majesté trouvera sa table dressée."""""

Pons n'avait pas l'âme servile et n'était rien moins qu'un adorateur des potentats grands ou petits...il professait le respect du malheur et il jugea que, pour une fois, il devait imposer silence à ses sentiments démocratiques et recevoir de son mieux l'Empereur déchu.

Sa femme et lui consacrèrent le reste de la nuit aux préparatifs...à une heure du matin, il courait à Rio-Marina, ouvrait sa maison, réquisitionnait un jardinier pour l'orner de fleurs, dressait la table, organisaiit une réception brillante.

Le jour venu, il fit habiller de blanc un groupe de jeunes filles, rangea ses mineurs en haie le long de la route, leur apprit à crier "Vive l'Empereur" mobilisa le curé en habits sacerdotaux, convoqua le maire et les adjoints et, quand l'heure fut venue, se dirigea lui-même à cheval au-devant de son hôte.

Napoléon l'accueillit avec bienveillance et fît son entrée dans le pays. Arrivé à la demeure de Pons, toute fleurie, il s'arrêta et fronça le sourcil...Horreur ! le jardinier, dans son ignorance du langage politique des fleurs, avait disposé, de chaque côté du perron, deux parterres de lis !...."""Me voilà logé à belle enseigne"""" grommela Napoléon, et ses yeux se détournèrent du maître de maison.

C'était la disgrâce. Pour la première fois que le pauvre Pons se mêlait de courtisanerie, il n'avait pas la main heureuse. Un instant après le général Dalesme, qui faisait partie de l'escorte impériale, s'approcha de Pons, très marri de sa bévue involontaire, et lui confia que l'Empereur venait de s'informer....""""si ce monsieur était toujours républicain.""""

Le déjeuner commença. Napoléon n'adressait point la parole à Pons, affectant de se renseigner auprès des autres convives de la situation des mines et de leur exploitation. Il y avait là une intention marquée. Pons, que la colère étranglait, se levait pour quitter la table...Dalesme le retint, non sans peine.

Au café, Napoléon paraissait mieux disposé. Il attira Pons dans l'embrasure d'une fenêtre et lui demanda....s'il voulait rester avec lui.....Pons, faisant effort, répondit...qu'il ne désirait rien tant que d'être utile à sa Majesté...A quoi sa Majesté, brusquement, riposta.....Je ne vous demande pas si vous pouvez m'être utile, je vous demande si vous voulez continuer votre administration, je suis un vieux troupier, je vais droit au but...restez-vous ou ne restez-vous pas ?......Le pauvre administrateur, éperdu, répliqua..qu'il ferait ce qu'on voudrait.

Ajoutez à cela qu'il sentait sa gaucherie et ne possédait pas l'art de parler, il donnait à l'Empereur, tantôt du Monsieur le comte, tantôt du Monsieur le Duc, tantôt du Monsieur tout court. Et quand on revint à Porta-Ferrajo, ayant quitté le cortège pour rentrer chez lui, il apprit presque aussitôt, que sa Majesté avait vivement senti ce manquement d'étiquette et murmuré.....Il ne s'est pas géner pour s'en aller ! ....Tel fut le premier contact du républicain Pons avec un despote couronné. Il gardait l'impression qu'il avait déplu, et, dans sa fierté démocratique, il s'en félicitait presque. Il était persuadé qu'il allait perdre sa place....mais il était résolu à ne faire aucune bassesse pour la conserver.

....A...Suivre....

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Napoléon à l'île d'Elbe....   Lun 10 Nov - 15:45

......sunny ......


3è Chapitre....(Sources G.Lenotre).

Le Rêve de l'Argent....

Pourtant l'honnête administrateur des mines de Rio-Marina était obligé de reconnaître que Napoléon était singulirement intéressant...quelle franchise dans l'expression, quelle rapidité de pensée, quelle netteté dans les décisions !

Et puis cet homme véritablement extraordinaire semblait n'avoir été diminué en rien par les catrastrophes qui, du plus beau trône du monde, l'avait précipité à ce gouvernement de Lilliput....il s'occupait de ses quelques centaines de sujets, avec autant de zèle et d'attention qu'il en apportait naguère à diriger quatre-vingts millions d'hommes. Il créait des chemins, plantait des mûriers, surveillait son jardin, colonisait à Pianosa, îlot désert et aride dont il fit, à la barde de l'Europe, la conquête et où il installa une partie des six cents grognards de la vieille garde, tout ce qui lui restait d'une armée de trois millions d'hommes.

Jamais une plainte ou un regret....sans cesse, jour et nuit, il travaille...à sept heures du matin, il est dans son potager...il sort et se promène dans la campagne environnante, à cheval ou en cabriolet, sans escorte. Après le déjeuner, qui est frugal et rapide...parfois il déjeune par terre, là ou il se trouve....il se remet en route, explore son île, escalade les rochers, un bâton de berger à la main.

C'est ainsi que, par des sentiers de chèvre, il gravit le pic de Giove, au sommet duquel on découvre l'île d'Elbe tout entière....là, s'abandonnant à la fougue de son imagination ardente et sans bornes, il trace le dessin d'une habitation solitaire à élever sur cette cime rocheuse....ici le bâtiment principal, ici les dépendances, plus loin, un jardin, une citerne...Mais bientôt il laisse retomber ses bras en secouant la tête, car il faudrait des millions pour réaliser un pareil rêve, et, il n'a plus d'argent.

Oui, Napoléon a régné quatorze ans sur le monde et il est pauvre, les rois qui ont signé l'engagement de lui servir une pension annuelle de deux millions, négligent, d'un tacite accord, d'acquitter leur dette. Ils espèrent ainsi le réduire par la famine et provoquer la désertion de ses fidèles...quand tous l'auront abandonné, il sera facile de s'emparer de lui et de le réduire à merci. Car, avec ses six cents braves, il terrifie encore, et la Sainte Alliance le guette à travers les flots bleus.

Lui a deviné les dangers qui le menacent....aussi ne perd-il pas une heure pour se créer des ressources, pour fortifier son étroit royaume...il y pourra tenir deux ans contre toute l'Europe coalisée, ses forts se hérissent de canons, sa petite troupe est tenue en haleine, il compte sous à sous, sa dépense, refuse des stores à sa mère et marchande des chaises pour le salon de sa soeur Pauline. Toutes deux sont venues le rejoindre et tiennent sa cour.

Ah ! cette cour ! Quelle tristesse !....Après quelques jours passés à l'hôtel de ville, il a fallu chercher un gîte...mais les maisons confortables manquent à Porto-Ferrajo. L'Empereur s'est décidé à jeter bas quelques moulins à vent situés sur la colline qui domine la ville et à dégager deux pavillons, occupés par les services militaires.

Entre ces deux bicoques il élève un pavillon central et l'ensemble forme le "..Palais des Mulini ""...les Tuilleries Elboises. Quatre fenêtre en façade et des volets de bois. Au rez-de-chaussée une grande pièce qui sert à la fois de salle à manger, de théâtre, de salle de bains et de salle de billard. Au premier étage, un salon, puis une chambre à coucher et un cabinet de travail. C'est tout. De cela se contente l'homme qui a possédé Trianon, Saint-Cloud, Fontainebleau, l'Elysée, Versailles, et qui avait ses habitudes aux châteaux royaux de Schoenbrunn, de Potsdam et de Varsovie. Les rideaux sont en percale et l'on taille les habits de la livrée dans le même drap vert dont sont confestionnés les tapis des tables.

Il faut faire figure pourtant, car il importe d'inspirer le respect aux Elbois autant que de montrer à l'Europe qu'on est un souverain et non un banni. Et l'on donne aux Mulini des fêtes auxquelles se pressent toutes les dames de Porto-Ferrajo. On crée un théâtre dans la ville...les loges y coûtent, par abonnement, dix sous.

Une inflexible étiquette règne au Palais des Mulini....On ne voit pas l'Empereur sans avoir solicité une audience...Drouot et Bertrand veillent dans son antichambre, comme ils l'auraient fait aux Tuilleries...le mameluk Ali...qui est originaire de Versailles, couche en travers de la porte du maître, et les deux calèches de service doivent toujours être attelées...ainsi que le fourgon de bouche garni de citrons, d'oranges de bouteilles de vin et d'eau-de-vie.

Les harnais portent l'aigle impériale, les postillons et les cochers ont galons d'or au chapeau, frac vert et veste rouge. El lorsque le souverain sort dans le fracas de ses voitures dorées, avec ses piqueurs faisant claquer leur fouet, Bertrand et Drouot galopant aux portières, c'est encore, parmi les nuages de poussière, quelque chose comme l'illusion du grand Empereur qui passe.

Sur ces efforts pour paraître, malgré la pénurie grandissante, et sur la vie de la petite cour exilée, Pons de l'Hérault, le directeur des mines, a noté de précieux souvenirs...on possède en outre un livre charmant,..."Le Roi de l'Ile d'Elbe", de Paul Gruyer, qui, il y a quelques années, a entrepris le pélerinage de Porto-Ferrajo.

Consciencieusement, il a visité les diverses résidences de l'Empereur et suivi ses explorations au coeur des montagnes. Il a retrouvé et décrit ce...Palais des Mulini...dont les murs conservent encore les vestiges des peintures ornementales dont Napoléon les fit décorer, le jardinet dominant la mer, où l'on montre, sur le ciment d'une allée, la trace du fer du cheval de l'Empereur...l'hôtel de ville où, pieusement, sont gardés le drapeau blanc à bande orange orné d'abeilles et les restes de la bibliothèque impériale....et encore San Martino, le Saint-Cloud Elbois...quatre murs blancs, un toit de tuiles, une porte étroite, avec cette inscription fallacieuse....""" Ubieumque felix Napoléo"""" ...(Napoléon est partout heureux). Par là l'exilé proclamait qu'il était satisfait dans son île et qu'il ne projetait point d'en sortir.

...A...Suivre.....Le Secret de l'Exilé.

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Lun 10 Nov - 19:51

Vraiment trés bien Jean Baptiste. Merci! Quel travail de transcription !

Amitiés
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Percy
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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Lun 10 Nov - 21:00

Je salue également l'abnégation de J-B face à une telle tâche.
Notre reconnaissance lui est acquise pour ce remarquable travail.
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Mer 12 Nov - 11:11

.....sunny ..... Merci....les Amis.....Alors poursuivons...!!!!


4è Chapitre....(Sources G.Lenotre).

Le Secret de l'Exilé.


Car, s'il n'avait qu'un désir, reconquérir la France, il le gardait secret au plus profond de sa pensée, et ne confiait son rêve éperdu, ni à ses intimes, ni à sa soeur Pauline, ni à sa mère.

Toutes les heures de sa vie étaient occupées à duper son entourage et surtout sir Campbell, le représentant de l'Angleterre, qui, correct, froid, soupçonneux, était, à Porto-Ferrajo, le geôlier.

Pour le mieux tromper, Napoléon affectait l'air heureux, parlait de l'avenir de ses plantations, de son bonheur d'être enfin délivré du poids et des responsabilités d'un grand pouvoir....il s'amusait à des jeux d'enfants, gaminait sur la plage de Porto-Longone avec les pêcheurs, mangeait en leur compagnie la bouillabaisse, et fourait des poissons vivants dans la poche de Bertrand, que ces plaisanteries exaspéraient.

On le voyait aussi jouer dans son jardin, à Colin-Maillard, avec les dames de sa petite cour, et les rapports de sir Campbell à son gracieux souverain montraient le perturbateur de l'Europe, désormais assagi et soumis, résigné à son oisiveté et dégoûté de toute aventure.

A Pons aussi cette apparente quiétude faisait illusion. Malgré les préjugés démocratiques qu'il nourrissait contre les monarques en général et les conquérants en particulier, l'honnête directeur des mines n'avait jamais imaginé que Napoléon déchu pût accepter son infortune avec tant de philosophie. Et il se surprenait à admier cette singulière force d'âme qu'il estimait digne des grands sages des républiques antiques.

Ce qui ajoutait à l'instinctive vénération du directeur des mines à l'égard de cet homme que, jadis, il avait refusé de reconnaître pour maître, c'est que, perspicace et réfléchi, il devinait les déchirements qui, sans ces dehors tranquilles, torturaient le coeur de l'exilé.

Il l'avait vu, un jour, alors qu'on bâtissait en hâte le pavillon des Mulini, sortir de sa poche une tabatière sur le couvercle de laquelle était encerclée une miniature du roi de Rome. """"" Pauvre chéri ! Cher Petit chou ! """" murmurait l'Empereur à l'aspect de ce portrait du fils qu'il ne devait jamais revoir. Et, tout en contemplant l'image bien-aimée, il butait dans les pièces de bois et les pots de couleur des ouvriers qui préparaient la chambre destinée à l'enfant.

Une autre fois, assis devant une table, il feuilletait un paquet de gravures apportées de Rome. Tout à coup, il s'arrêta et s'écria...."""Voilà Marie-Louise ! """"

Tous ceux qui étaient présents portèrent sur lui un regard d'anxiété...il s'en aperçut et, cherchant à dissimuler son trouble, tourna le feuillet.
Il prit la gravure suivante...c'était le portrait du prince impérial.

Ici, écrit Pons, les paroles me manquent pour faire comprendre l'expression que l'Empereur mit dans ces mots...."""" Mon fils ! """" Ce tableau et toujours présent à ma pensée. Ce n'était pas un cri. Non. L'Empereur ne cria pas. Nous l'entendîmes à peine. Et, se couvrant le visage avec la gravure, il répéta...."""Mon fils ! """"...Nous n'osions pas respirer.

En présence de telles scènes, l'ancien jacobin de 93 sentait grandir en lui un attendrissement singulier pour cet homme de fer, si dominateur des autres et de soi-même qu'il parvenait à cacher les cruelles blessures dont saignait perpétuellement son coeur d'époux et de père.

Au fond, peut-être, Pons l'aimait déjà, ce despote intraitable, mais sans oser encore se l'avouer, car, depuis leur première rencontre, s'était engagé entre eux un duel dont les reprises se succédaient presque sans répit.

Le sujet de la querelle était le rendement des mines de Rio-Marina. L'Empereur exigeait que Pons lui versât les revenus de son exploitation. Pons soutint que ces fonds appartenaient à la Légion d'Honneur et qu'il n'en pouvait disposer sans un ordre du grand chancelier. L'Empereur insista....Pons tint bon.

""""Je vous donne l'ordre de me remettre cet argent, dit Napoléon....Je n'obéirai pas, répliqua Pons.....Je vous enverrai mes grenadiers !....Je les jetterai par la fenêtre !."""""

La discussion se prolongea durant quatre mois. Pons envoya trois fois sa démission. Elle ne fut pas acceptée. Puis la querelle obliqua sur des farines avariées que la garnison refusait et dont l'Empereur exigeait qu'on fît du pain pour les ouvriers mineurs. Pons déclara que ce qui est mauvais pour les soldats l'est également pour les ouvriers.

L'Empereur s'emporta, jurant que ces farines étaient excellentes. Pons en fit boulanger une partie, prévit le médecin et le pharmacien, tenta l'essai sur lui-même et sur quelques hommes robustes qui furent indisposés, et il protesta qu'on le tuerait plutôt que de poursuivre l'expérience.

Napoléon excédé de cette résistance et de cette exaspérante ""intégrité républicaine"" entrait en fureur....Monsieur, je suis toujours Empereur ! criait-il.....Moi, Sire, je suis toujours Français ripostait Pons frémissant.

La dispute se renouvelait presque chaque jour, plus acerbe et plus vive. Pons rentrait chez lui brisé de l'effort qu'il faisait pour se contenir en présence de son souverain....encore n'y parvenait-il pas toujours.

Quand l'Empereur l'emmenait dans quelque excursion et que la querelle reprenait, ces deux hommes, marchant côte à côte, se dévoraient du regard, s'arrêtaient pour échanger des bouts de phrases cinglants comme des coups de cravache. Egalement inflexibles, ils ne cherchaient nul terrain d'entente et chacun voulait imposer sa conviction à l'autre.

Seulement l'Empereur, même lorsqu'il jouait au Jupiter tonnant, se dominait encore, tandis que le pauvre Pons, le coeur battant, la gorge serrée, la tête en feu, tremblait de colère vraie et suffoquait d'indignation non feinte.

Si bien que, parvenu à la halte, tandis qu'on dressait la table et qu'on sortait le déjeuner des paniers, Napoléon le calmait d'un mot, le faisait asseoir à ses côtés, lui servait de sa main impériale, le café....et Pons, remué jusqu'au fond des entrailles par cette condescendante munificence, ne savait plus s'il devait sauter à la gorge de cet implacable tourmenteur pour l'étrangler et en débarasser le monde, ou bien tomber à ses genoux en lui criant son admiration, son amour et on dévouement.

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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Mer 12 Nov - 11:25

Bonjour Jean Baptiste,
Nous connaissons assez bien Napoléon, mais Pons me plait bien sunny
La parution de la suite c'est pour quand ? Laughing
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fabrice le grognard
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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Mer 12 Nov - 18:48

Voici quelques photos de notre voyage à l'Ile d'elbe, n'est ce pas Percy?

arrivée à Porto Ferrio



A suivre!

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Patrice Raynaud



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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Mer 12 Nov - 20:17

Jolies photos . Merci.

A propos Fabrice , tes nouveautes sont dans le dernier Figurines . Te voila sur le chemin de la Gloire .
Je suis trés heureux pour toi . cheers cheers cheers
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fabrice le grognard
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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Mer 12 Nov - 21:03

Merci Patrice. La gloire dis-tu ? Au fait cela fait déjà la troisième fois que je paraits dans "Figurines"! Bah! on peut toujours y croire, mais je reste modeste! Laughing lol! salut

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Percy
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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Mer 12 Nov - 23:36

J'ai pour ma part déjà mis en ligne mes propres photos de l'île d'Elbe, mon cher Fabrice.
Cependant, il faut convenir que les tiennes viennent bien à point pour illustrer le sujet initié par notre ami JB.
Je suppose donc qu'il ne verra aucun inconvénient à ce que tu publies la suite de ton reportage photographique dans ce fil.
Notre plaisir sera donc double : celui de lire et celui de visualiser les lieux par l'image... Wink
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Napoléon à l'île d'Elbe....   Jeu 13 Nov - 10:59

.....sunny .....

Comme l'a dit l'Ami Percy.....vos photos... Cher Fabrice seront les bien venues....!!!.


5è et dernier Chapitre.....(Sources G.Lenotre).


Au vrai, chacun d'eux découvrait en l'autre ce qu'il n'avait jamais rencontré....Pons, un maître digne du pouvoir et manifestement créé pour être obéi....Napoléon un fonctionnaire préférant son strict devoir à son intérêt. Pons était enthousiasmé de la superbe dialectique de l'Empereur, que touchait grandement la courageuse défence de l'administrateur des mines....Napoléon prenait goût à l'irréductible probité de son courageux sujet....celui-ci, qui n'avait jamais tremblé devant personne, se sentait tout petit devant ces colères olympiennes.

Ainsi furent-ils séduits l'un par l'autre et cette lutte aboutit à un résultat imprévu...les adversaires furent vaincus tous les deux. Le plus grand s'inclina le premier. Pons se jeta à ses pieds, désormais conquis pour la vie, et c'est le plus frappant exemple de la miraculeuse fascination qu'exerçait l'Empereur sur tous ceux qui l'approchaient.

De ce jour-là Pons fut, de tous ceux qui entouraient l'Empereur, le plus dévotement, le plus absolument soumis....corps et âme, l'ancien robespierriste, ennemis des tyrans, se donne à son maître adoré.

Ses yeux dessillés aperçoivent la tragique grandeur de cette misérable cour des Mulini, où, en dépit de l'argent qui manque, l'Empereur essaie de tenir son rang....de ces soirées de gala, monotones et lugubres, où l'on passe de l'eau et des sirops pour économiser la glace et les sorbets, trop coûteux...de cette salle des fêtes où les cloisons mobiles cachent des baignoires....de cette pauvreté si allègrement supportée, il souffre plus que tout autre, plus que l'Empereur lui-même, de ces bandes de touristes chaque jour débarqués dans l'île, afin de considérer, comme un objet de curiosité, le héros déchu, et qui ricanent de la voir, à l'aide de leur lorgnettes, courant après ses poules échappées dans les vignes, jouant à la main chaude ou au baiser deviné avec les dames Elboises, grotesquement affublées d'invraisemblables robes de cour.

Et, Pons encore frémit de rage quand il assiste au travail de l'Empereur, rognant sur ses dépenses, calculant à un franc près le revenu de ses salines, de ses mines, de la pêche du thon, diminuant ses frais de nourriture, réduisant les indemnités des officiers de sa garde, ordonnant de vendre une partie de ses chevaux d'attelage et disant gaiement en fin de compte...."""" Je suis plus pauvre que Job ! """""

C'est Pons encore qui recevra, avant Pauline, avant Madame mère, avant Drouot et Bertrand, la première confidence du projet de fuite.

En janvier, l'Empereur lui demande un rapport sur les moyens d'organiser une flottille expéditionnaire.....Une flottille, c'était avouer...je veux partir. L'administrateur des mines rédigea le rapport et Napoléon....faisant appel à sa vertu républicaine, lui recommanda un silence absolu.

Et pour finir ici l'histoire de l'étonnant revirement qui bouleversa l'âme du brave Pons, il suffit d'ajouter que l'ancien jacobin ébloui, devenu fidèle, l'intime du misérable palais impérial, quitta femme et enfants pour suivre l'Empereur en France.

Il débarqua avec lui au golfe Jouan, l'accompagna jalousement dans la traversée des Alpes, se fit emprisonner pour son service au château d'If, devint, pendant les Cent-Jours, préfêt du Rhône et, aprés Waterloo, réclama comme une faveur insigne, la gloire de suivre le proscit à Saint-Hélène. N'ayant pu l'obtenir il ne consentit point à vivre dans la France, veuve de son maître.

Il s'exila volontairement pour ne reparaître qu'en 1830, Louis-Philippe lui confia la préfecture du Jura....mais Pons apporta dans ces fonctions une indépendance qui cadrait mal avec les compromissions du régime parlementaire. Au bout de quelques mois, il était..."mis à pied".

Dix-huit ans plus tard, un Bonaparte revenait....mais ce n'était point le sien....et il se refusa à le reconnaître...il ne voulut même point échanger contre la rosette que lui offrait Napoléon III...."Le ruban du golfe Jouan", et le vieux père Pons mourut en 1853, avec l'orgueilleuse conscience de n'avoir, de toute sa vie, courbé le front que devant un seul homme.

Encore se donnait-il pour excuse que celui-là était le plus grand de tous et qu'il avait vaincu le monde avant de le vaincre lui-même.

....FIN......

salut

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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Jeu 13 Nov - 23:55

Superbe récit que celui-là !
Pons s'y révèle sous un jour très favorable qui le rend sympathique et attachant.
Quant à la conclusion, elle est d'un lyrisme sublime ! sunny
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Patrice Raynaud



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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Ven 14 Nov - 13:01

Je regrette que l'histoire se termine , je l'aimais bien ce Sétois Sad
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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Ven 14 Nov - 13:46

....sunny .....


Oui.....moi aussi.....un homme de caractère, il savait dire non...mais finalement est tombé dans les yeux de velours de Napoléon....!!!


salut

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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Sam 24 Jan - 20:54

Ma modeste contribution à cette superbe évocation:
PONS a transmis cette carte le représentant à Poggi di Talavo, policier à l'Elbe pendant le séjour impérial (envoi reçu des descendants de Poggi en Corse)
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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Sam 24 Jan - 21:00

.....sunny .....


Merci...Général BERTRAND....pour cette belle photo...elle complète bien l'article...


salut

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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Sam 24 Jan - 21:26

Et le verso...
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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Sam 24 Jan - 21:33

La résidence de PONS à Rio (Marina)


La légende raconte que l'Empereur, le 5 mai 1814, harangua la foule du balcon situé au-dessus de cette porte... Toujours est-il que cet immeuble fut mis en vente en 2006 et est je pense (2008) en voie de totale restauration... Mais on ne visite pas, c'est privé!
Juste à côté se trouve un musée consacré aux mines de l'île.
C'est via Castelfidardo...
On peut manger tout près (rapport qualité prix excellent !) aux restaurants en contrebas "Il Mambo" ou "Il Mare" ceci dit sans aucune publicité! Very Happy
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Percy
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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Dim 25 Jan - 19:30

Je me souviens de notre visite à ces lieux et de l'excellent repas que nous avons pris ensuite dans l'un de ces établissements.
A recommander sans modération ! Wink
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cyril

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MessageSujet: Re: Napoléon à l'île d'Elbe.   Dim 25 Jan - 20:19

En tout cas j'ai très apprécié cet article et les photos salut
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