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 La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....   Mar 18 Nov - 19:01

.....sunny .....

1er Chapitre......(Sources André Gavoty).


Le 15 août 1804, trois mois après la proclamation de l'Empire, tandis que Napoléon était au camp de Boulogne et Joséphine en traitement à Aix-la-Chapelle, où ce courtisan de Corvisart lui faisait espérer qu'elle pourrait encore donner un héritier au trône, le Paris élégant de la Chaussée-d'Antin et du faubourg Saint-Honoré était à peu prés désert. Ce jour-là, les Parisiens restés par obligation ou par goût dans la capitale pouvaient lire dans les "Débats" l'article suivant.

Paris, 26 thermidor....M. de Ség....fils, sous-préfet dans le département voisin de Paris, et dont le père remplit de hautes fonctions dans l'Etat, avait fait dernièrement une courte absence pour se rendre ici auprès de sa famille. Le jeudi 14 thermidor, jour fixé pour son départ, un incident assez indifférent à connaître l'empêcha d'exécuter son projet et le mis dans le cas de rester deux jours de plus cher M. son frère, où il logeait. M. de Ség., qu'un grand fonds de mérite et des connaissances héréditaires dans sa famille avaient rendu propre à exercer des fonctions qu'on remplit rarement d'aussi bonne heure, était d'un âge où l'on ne renonce pas aux amusements......Le vendredi de grand matin, il entra dans la chambre de M. son frère et lui proposa d'aller se baigner avec lui dans la rivière. Ne l'ayant pas trouvé disposé à faire partie, il sortit seul, et, depuis ce moment, il ne l'a pas reparu, ni donné aucun signe de vie à sa famille.
Seulement, une personne qui le connait prétend l'avoir vu passer, quelques jours après, en voiture, dans la rue du Bac, et en avoir été saluée. Mais aucun autre indice ne vient à l'appui de cette particuliarité et tout porte à craindre qu'il n'y ait eu erreur de la part de celui qui croit l'avoir rencontré.

Ce fait divers fit sensation. Sauf quelques jouvenceaux peu informés encore ou quelques contemporains du Bien-Aimé aux facultés amoindries par l'âge, nul ne pouvait hésiter sur l'identité du disparu. Il s'agissait évidemment d'un petit-fils du vieux maréchal de Ségur, mort au début du Consulat, et d'un fils de Louis-Philippe de Ségur, ci-devant comte, qui, à peine quinquagénaire, remplissait en effet de hautes fonctions dans l'Etat.

Le Grand-maître des Cérémonies n'ayant qu'un frère.....ce vicomte de Ségur qui divertira Paris en signant un billet "Ségur sans cérémonie" et que deux fils Octave et Philippe, la discrimination est aisée. Le plus jeune Philippe, ami d'Eugène de Beauharnais, engagé en 1800 dans les hussards "canaris", étant officier d'ordonnance de Bonaparte depuis 1802, le disparu ne peut être qu'Octave. Celui-ci âgé de vingt-six ans, marié et père de famille, a obtenu de Bonaparte le poste de sous-préfet de Soissons et, six jours plus tôt, M. Puységur, maire de cette ville, avait en effet signalé son absence au ministre de l'intérieur Chaptal.

Une Enigme Policière....

A Paris, ceux qui, de près ou de loin connaissent les Ségur courent aux nouvelles rue des Saussaies, vois habituellement calme mais aujourd'hui torride et animée, où, non loin du Palais de l'Elysée, le maître des Cérémonies à son domicile. C'est dans cette demeure, partagée par son frère Philippe, que le jeune sous-préfet a été vu pour la dernière fois.

Les visiteurs n'apprennent pas grand chose de plus, sinon que, le vendredi 3 août, Octave avait réveillé son cadet à 4 heures et demie du matin pour lui demander de l'accompagner jusqu'à la Seine, où il comptait faire une pleine eau. Bien que le soleil se levât, que la journée promît d'être chaude et qu'il fût aussi bon nageur que son aîné, Philippe, réveillé prématurément, avait accueilli cette proposition par un cordial mais énergique refus.

Octave était donc parti sans plus attendre, vêtu d'une redingote bleue, d'un pantalon gris et coiffé d'une casquette de voyage.

Comme il n'était rentré ni pour déjeuner ni pour dîner, Philippe avait parcouru les berges entre le Pont-Neuf et Saint-Cloud sans recueillir aucun indice. Bien que les aptitudes du disparu pour la natation rendissent une crampe improbable et sa grande habitude des bains une congestion moins vraisemblable encore, des mariniers poursuivaient leurs investigations sur la basse Seine.

L'inquiétude des visiteurs ou leur curiosité, loin d'être apaisée, se trouve accrue par leur démarche rue des Saussaies. Ils peuvent exprimer leurs regrets aux parents et au frère désolés....témoigner sans mentir de l'émotion soulevée par l'évènement chez les nombreux amis qu'Octave, comme Philippe possède dans la meilleure société....demander que l'on transmette leurs condoléances à Mme Octave et à ses enfants, suggérer enfin des motifs d'espérence....Rentrés chez eux, ils doivent convenir, en s'épongeant le front, que le mystère reste entier.

Ce fait divers était bel et bien le prologue d'un drame qui allait, pendant de longs mois, passionner l'opinion. Afin de mieux comprendre les réactions provoquées par cette disparition dans les milieux les plus divers, voici comment le disparu apparaissait à ses contemporains.

Moins brillant peut-être que son cadet, plus réservé qu'expansif, et ayant gardé d'une enfance assombrie par la Terreur un reste de timidité, Octave est tenu par ses administrés pour un fonctionnaire intègre, bienveillant, calme et énergique. On lui reconnait une maturité d'esprit supérieure à celle de son âge. Dans le monde, doué d'une belle taille et d'une jolie tournure, il est jugé "charmant". Les jeunes personnes particulièrement attentives aux agréments d'un visage ont remarqué la pénétration de ses yeux noirs, la vigueur de ses cheveux bruns coupés courts à la mode nouvelle, le dessin précis d'une bouche aux abords soigneusement rasés, comme un teint mat rehaussé par un mince collier de barbe accompagnant presque jusqu'au menton un ovale régulier. Somme toute, une physionomie fort acceptable pour un héros de roman, ce qui incite les dames à rechercher la clef du mystère dans une aventure galante.

Pourtant, s'il est aimable avec elles, nulle ne lui prête de propos hardis, aucune ne l'accuse de rechercher ouvertement des succès féminins dans les salons qu'il fréquente. Séduisant il n'a rien d'un séducteur avide de conquête et passe même pour être un excellent mari.

Par amour, il a épousé à Paris le 13 mars 1797 et n'ayant pas atteint ses dix-huit ans, sa cousine Germaine Félicité d'Auguesseau, dernière descendante d'une illustre lignée. Celle-ci partageant ses sentiments, lui a donné trois fils qui, malgré leur jeune âge, répondent déjà à la tendre affection de leurs parents. Avant d'aller habiter ensemble Soissons, Octave et Félicité avaient vécu chez Louis-Philippe de Ségur, leur père ou beau-père, et chez Mme Ségur, tante de Félicité.

Comme ces derniers avaient déjà la charge de Philippe et d'une folle, les jeunes époux avaient tenu à accroître les ressources familiales en effectuant un travail personnel. En collaboration, Octave et Félicité ont ainsi traduit des romans de l'Anglais. Cette langue leur est assez familière pour qu'ils l'emploient fréquemment dans l'intimité et pour que la jeune femme ait offert à son mari un cachet sur lequel elle a fait graver cette tendre devise....." Friendship, esteem ans eternel love"....Amitié, estime, amour éternel, ces mots semblent devoir caractériser les rapports d'un couple que les plus séduisantes interlocutrices d'Octave ne songent pas à troubler par d'intempestives coquetteries.

Pourtant, la malignité publique, cherchant une explication à l'irritant mystère de cette disparition, cherche la femme et émet des hypothèses aussi ingénieuses que variées. Mais tandis que les âmes imaginatives inclinent vers une explication romanesque, les gens rassis ou passionnés de politique entrevoient un drame d'une autre envergure.

Bonaparte a dès les premiers mois du Consulat, manifesté sa sympathie pour les Ségur en accordant une pension au vieux Maréchal qui avait signé sa nomination de sous-lieutenant d'artillerie ...Celui-ci étant venu le remercier aux Tuilleries, le Premier Consul avait fort courtoisement fait sortir le piquet de garde pour rendre à ce glorieux mutilé de Lawfeld et de la guerre de Sept ans les honneurs dus, sous l'ancien régime, à un maréchal de France. N'a-t-il pas reporté sur l'ami de Joséphine une bienveillance analogue, et le père d'Octave ne jouit-il pas de son entière confiance ?...De plus, si la police est l'instigatrice d'un enlèvement, pourquoi aurait-elle laissé la presse s'emparer de l'affaire ?.

....A....Suivre......(Fouché Intervient).

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....   Mer 19 Nov - 11:41

.....sunny .....

2è Chapitre.........(Sources André Gavoty).


Fouché Intervient.

Alors une opinion diamétralement opposée se fait jour, qui va être celle de Fouché. Celui-ci, après deux ans d'inaction, vient d'être rétabli par Napoléon dans ses fonctions de ministre de la Police générale. Grâce aux bulletins quotidiens qu'il adresse a sa Majesté, et aux réponses de Napoléon, nous allons, plus heureux en cela que les contemporains d'Octave, pouvoir suivre la pensée du plus perspicace policier de son temps sur cette mystérieuse affaire et, mieux que les contemporains de la victime, connaître les réactions de l'Empereur.

Napoléon, arrivé sur les bords de la Manche depuis trois semaines, apprend la disparition d'Octave le même jour que les parisiens, ce 15 août 1804, qui est le trente-cinquième anniversaire de sa naissance. Il en est informé par une lettre de Cambacérès à laquelle il répondit sur le champ qu'il trouve l'affaire..."fort extraordinaire"...et qu'il va réclamer des détails à Fouché. En effet, il adresse au ministre de la police cet impérieux billet.

""""" Ostende, ce Thermidor....L'évènement du jeune Ségur est fort extraordinaire. J'imagine que la police aura fait toutes les perquisitions convenables. Faites-moi connaître ce qu'il faut penser de cet évènement.""""" Napoléon.

Trois jours plus tard, de Paris, Fouché répond à sa Majesté....""""On sait que M. Octave Ségur, sous-préfet de Soissons, n'a point reparu depuis le 16 de ce mois.""""

Pour expliquer la disparition, le ministre de la Police suggère à l'Empereur une raison politique. Octave pourrait être la victime de conspirateurs royalistes outrés de voir les membres d'une famille qui s'est illustrée au service de la monarchie passer à Napoléon. De plus un ragot court..Ségur, comme conseiller d'état, aurait pris part à un conseil privé au cours duquel il aurait préconisé l'arrestation et l'exécution du duc d'Enghien.
Le rapt ou le meurtre d'Octave pourrait donc être une manière de "vendetta" destinée à venger la mémoire du jeune prince.

Le mince et blême ministre met donc ses agents en compagne. Sans négliger de rechercher si le malheureux sous-préfet n'a pas été vu en compagnie de personnes légères dans les maisons de jeux du Palais-Royal....car un policier doit douter des réputations les mieux établies et parce qu'un homme irréprochable peut, un jour, avoir une défaillance. Fouché recherche la piste d'un attentat royaliste.

Dans la crainte du pire, Fouché ordonne qu'on examine avec soin tous les cadavres que gendarmes ou policiers pourront découvrir. Un soir, il pense avoir abouti. Dans son bulletin à l'Empereur du 13 fructidor (31 août), il signale qu'on a trouvé dans la fôret de Meudon un cadavre qui peut-être celui de Ségur.....on prévient son père et son frère.

Ainsi, Ségur et Philippe sont placés devant cette affreuse alternative...ou sortir de leur incertitude en reconnaissant le visage du disparu sur un cadavre retrouvé au coin d'un bois, ou s'assurer que ce visage n'est pas le sien et retomber dans leur cruelle anxiété. Mais la confrontation est négative et, de sa main Fouché ajoute dans la marge du bulletin...Cet individu n'est pas le fils de M. de Ségur. On fait toutes les recherches pour le reconnaître.

Moins de vingt-quatre heure plus tard, l'infortuné grand-maître des cérémonies, devenu policier par amour paternel, éprouve une nouvelle émotion. Entendant dans la nuit des rumeurs provenant d'une cave, il se demande si son fils, qu'on recherche au loin n'est pas tout simplement gardé prisonnier à Paris. Puisque nul ne l'a revu, pourquoi n'aurait-il pas été victime d'un rapt exécuté le matin même du 3 août à un angle de rues, rapt suivi de séquestration dans une cave parisienne ?

Il alerte la police, fait cerner une maison de la rue Blanche d'où proviennent les rumeurs suspectes. On ouvre...au nom de la loi...et c'est une nouvelle déception, dont Fouché informe l'Empereur le 1er septembre......De Ségur fils. Le cadavre de Meudon n'est pas le sien...son père signale une maison où, la nuit, on entend du bruit, comme si on gardait quelqu'un...c'est une boulangerie !

Napoléon reçoit ces deux bulletins à Aix-la-Chapelle où, le 2 septembre, il a rejoint Joséphine. Estimant qu'il serait inhumain de laisser à Paris les Ségur en proie à ces lancinantes inquiétudes et effectuant des recherches aussi douloureuses que vaines, il les convoque en Rhénanie. L'exercice actif de sa charge sera pour Ségur un puissant dérivatif.

Quand à son officier d'ordonnance, il lui témoigne une bonté dont Philippe lui sera reconnaissant....Bien plus soucieux qu'on ne le pense de ceux de son intérieur, écrira-t-il, Napoléon me sachant accablé à Paris d'un grand chagrin, m'avait paternellement appelé à Mayence pour me distraire.

Fouché, sans attendre le départ des Ségur, presse l'enquête. Afin d'atteinddre la province....car ses recherches dans les bas-fonds de Paris n'ont pas abouti...il laisse le conseiller d'Etat, chargé du 1er arrondissement de la police, alerter les préfets de son ressort pour la circulaire suivante....

Paris, 13 fructidor an XIII (31 août).....Je vous adresse, monsieur, le signalement de M. Octave-Gabriel-Henri Ségur, sous-préfet de Soissons, âgé de vingt-cinq ans, qui a disparu depuis le 15 thermidor dernier, je vous invite à faire sans délai les recherches nécessaires pour découvrir les traces de ce jeune homme, dont l'absence cause les plus vives alarmes à sa famille et je vous prie de me transmettre le résulat des perquisitions qui auraint été faites à cet égard.

Les Préfets touchés par cette cirulaire font fouiller les moindres cantons de leurs départements respectifs. Après huit jours, leurs efforts ayant été vains, Fouché, se défiant de leur zèle ou de leur adresse, décide d'étendre encore le champ des investigations, en faisant insérer cette cirulaire même dans les journaux de Paris du 10 septembre et en la faisant reproduire par la presse de province. Ainsi tous les lecteurs des feuilles publiques pourront devenir les auxiliaires de la police, car les gazettes font suivre la cirulaire du signalement détaillé que voici.....Taille de 5 pieds 6 pouces, cheveux noirs à la Titus, sourcils idem, yeux bruns enfoncés, nez enfoncé d'en haut relevé de l'extrémité, bouche bien faite, dents blanches, menton rond, visage plein et ovale. Parti de chez M. son père, rue des Saussaies Faubourg Saint-Honoré, le 15 thermidor à 4 heures 30 du matin....il était vêtu d'une redingote bleue, pantalon de nankin et des bottes....il devait avoir quinze à vingt louis dans sa poche et une casquette de voyage. Depuis cette époque, on n'en a eu aucune nouvelle.

En ce temps où les journaux ne disposent d'aucun moyen pour reproduire un croquis, Fouché on le voit par la précision de ce signalement, ne néglige rien pour retrouver la victime présumée des chouans. Pourtant cette publicité exceptionnelle donnée à l'affaire n'aboutit à rien. En outre, et avant même qu'elle ait pu produire tous ses effets, la mesure vaut à Fouché un blâme de Napoléon. Le 14 septembre, tandis que le ministre de la police informe, de Paris, son maître que Ségur fils....a été signalé à tort à Plombières....Napoléon lui écrit de son côté.

Cologne, le 27 fructidor an XII.....Monsieur Fouché, ministre de la Police, J'ai vu avec peine dans les journaux que le conseiller d'Etat du 1er arrondissement avait envoyé le signalement de M. Octave Ségur, comme si toutes les probabilités n'étaient pas que cet homme fût noyé. S'il en était autrement, ce serait un évènement bien extraordinaire et que la police ne devrait jamais divulguer, car il ne tend qu'à effrayer et la sûreté est, comme tout le reste, une affaire d'opinion.....Napoléon.

....A....Suivre.....

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....   Mer 19 Nov - 12:04

...aujourd'hui a Varsovie il pleut, il fait froid - mais je n'ennuye pas.
Superbe...superbe...
J'ai mon quoin de lecture et tres interessant texte.
Merci et flower
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ThiNap
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MessageSujet: Re: La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....   Mer 19 Nov - 15:03

Turos M. J. a écrit:
...aujourd'hui a Varsovie il pleut, il fait froid - mais je n'ennuye pas.
Superbe...superbe...
J'ai mon quoin de lecture et tres interessant texte.
Merci et flower
... et à Paris, il fait gris mais sans pluie.
Moi non plus, je ne m'ennuie pas. Ce soir je vais à la Bibliothèque Marmottan pour assister à une conférence de Véronique Gérard-Powell qui a pour thème "Les généraux de l'armée d'Espagne et leurs saisies artistiques (1808-1813").
Plus d'information


Bon allez, j'arrête les digressions par rapport au sujet Jean-Baptiste ... vite, la suite !

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ThiNap
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Percy
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MessageSujet: Re: La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....   Mer 19 Nov - 23:10

Vous êtes encore parvenu à nous dénicher une trouvaille dont seul vous avez le secret.
Un régal pour nous !
Merci à vous ! salut
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MessageSujet: Re: La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....   Jeu 20 Nov - 9:31

Superbe ! cheers Comme le dit ThiNap, vite la suite !

A Vilnius, apres la neige de hier matin, aujourd'hui nous avons la pluie. Meteo ideale pour lire de telles aventures.

Bravo
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Re: La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....   Jeu 20 Nov - 11:31

.....sunny .....

Merci les Amis (ies).....Bien content que ce sujet vous intéresse........alors poursuivons...!!


3è Chapitre.......(Sources André Gavoty).

Puisque l'Empereur, suggérant une solution vraisemblable, veut faire cesser le mystère en "noyant" Octave, Fouché invite les journaux à ne plus parler du disparu et utilise à d'autres tâches ses argousins. Officieusement l'affaire est classée.

Les circonstances sont assez favorables à l'oubli souhaité par l'Empereur. Les journaux sont remplis des échos du triomphal voyage au " Département réuni" et des fêtes offertes aux princes allemands. Les conversations de salons sont alimentées par les mille détails du prochain sacre et de la mission que le général Caffarelli a remplie en allant de Cologne à Rome inviter le Saint-Père à procéder au sacre.

Tandis que l'on discute la décision impériale de donner pour cadre à la cérémonie Notre-Dame au lieu des Invalides primitivement proposés, on oubli quelque peu le sort d'Octave. Napoléon, lui ne perd pas de vue deux problèmes qui restent à résoudre à son sujet....il pourvoit d'abord à la vacance administrative.

Puis, revenu à Saint-Cloud, le 12 octobre, l'Empereur se préoccupe du sort de la pauvre Mme Octave. Mère de trois fils ne disposant que de médiocres ressources, Félicité se trouve placée par la disparition d'Octave dans la situation délicate d'une femme qui, sans être veuve, n'a plus de mari, Napoléon, par affection pour Ségur et pour le capitaine Philippe....magnifique officier dont la bravoure et le dévouement justifieront bientôt sa bienveillance, Napoléon s'efforce de corriger l'injustice du destin envers Félicité. Afin qu'elle puisse restée sous l'ègide de son oncle et beau-père, il lui offre d'être dame du palais de l'Impératrice.

L'Affaire Rebondit.....

Chargé d'organiser les fêtes du Sacre, le père d'Octave court de l'atelier d'Isabey aux établis et métiers des menuisiers, tapissiers, doreurs, tailleurs et brodeuses mis à contribution. Si on l'interroge sur son fils, il élude maintenant les réponses. Si bien que certains le croient au courant d'une partie du mystère.

Prosper de Barante écrit ainsi le 15 octobre 1804, à une amie....""""On ne doute guère que le père d'Octave ne soit instruit du sort de son malheureux fils...on remarque qu'il est contrarié et point affligé-quand on lui en parle."""""

Sait-il quelque chose ou est-il las, et agacé d'une question mille fois faite et à laquelle il n'a rien à répondre ?....on ne sait, mais, en tout cas, il garde le silence. Félicité montre la même discrétion. Encore émue de son abandon, elle entre discrètement en fonctions et n'assiste pas au Sacre à Natre-Dame.

Au débit de 1805, la nouvelle dame du Palais est vue aux cercles de l'Impératrice où ses allures discrètes, son maintien réservé conviennent à sa situation délicate, mais où sa grâce ne peut rester inaperçue, car...sans être jolie, elle est parfaitement séduisante. Félicité partage son temps entre l'éducation de ses garçons, qui lui témoignent une réconfortante tendresse, et son service aux Tuilleries, à la Malmaison et à Saint-Cloud, où le couple Impérial se transporte tour à tour.

Soudain un jour d'Août, la jeune femme trouve dans son courrier une lettre dont la suscription lui saute aux yeux. Le coeur battant, elle la retourne. Au dos, un cachet de cire porte l'empreinte du sceau offert par elle à son mari et qui a disparu avec lui. Avant même de l'avoir rompu, Félicité sait déjà qu'Octave est encore vivant et qu'Octave l'aime toujours, car elle peut distinguer dans la cire les mots qu'elle avait fait graver aux jours de joie et de tendresse....Friendship esteem and eternal love !....Timbrée de Boulogne, voici cette lettre telle que l'a publiée une amie de la jeune femme.

""""" Je pars, chère Félicité, je vais affronter un élément moins agité que ce coeur qui ne battra jamais que pour vous !"""""

Ce mince billet est lourd d'enseignements. Octave vivant, c'est l'anéantissement des thèses fondées sur l'assassinat, le duel homicide ou la noyade. Les expressions employées indiquent que l'embarquement est volontaire, ce qui permet d'écarter toute idée de rapt ou de complot royaliste.

De toute évidence le drame, tout en restant mystérieux, cesse d'intéresser la sécurité publique pour relever du domaine des sentiments. Ceux qui ont attribué à la disparition du sous-préfet de Soissons une cause romanesque semblent en droit de triompher.

Ségur et son fils en jugent ainsi, car, cette fois, au lieu d'alerter Fouché, le capitaine Philippe, voulant empêcher l'embarquement annoncé et retrouver un frère tendrement aimé, prend sur lui de mener l'enquête. Aussi, bien, il est sur place, étant arrivé le 2 août à Boulogne, où, accompagné de Rapp, il a précédé de vingt-quatre heures l'Empereur.

Le contrôle des cadres de terre et de mer ne fournit pas à Philippe le clef du mystère. Estimant qu'Octave peut servir sous un faux nom, il s'enquiert alors d'un officier qui, par son signalement et sa haute stature, pourrait être le disparu....là encore il échoue. C'est dans la multitude des troupiers qu'il lui faut chercher....il profite donc des exercices d'embarquement pour passer en revue les hommes rassemblés. Soit que la tâche excède ses moyens, soit que le destin favorise celui qui veut, en s'embarquant, rechercher la fin d'un obscur soldat, Philippe ne parvient pas à retrouver son frère.

Cinq années s'écoulent sans que l'on apprenne rien de plus sur Octave de Ségur. Cinq années au cours desquelles sa mère, sa soeur, et ses enfants l'on vainement attendu, tandis que trois des siens ont été intimement liés au destin de l'Empire.

Félicité, elle, les a passés dans l'entourage de Joséphine qui lui a témoigné une constante bienveillance. En elle, nulle trace de mélancolie. N'est-il pas naturel qu'une femme de son âge reprenne goût à la vie et n'est-elle pas une mère attentive pour ses enfants qui l'adorent ?....Depuis le billet de Boulogne, elle n'a reçu, dans l'été de 1809, dit-on, qu'un second message plus bref encore que le premier. Il contenait la seule devise du cachet transcrite à la main par son mari....Friendship, esteem ans eternal love ! Témoignage touchant de fidélité et d'amour mais qui ne saurait suffire à meubler des années de solitude. Aussi ne s'étonne-t-on point qu'elle ait cherché à plaire aux réceptions des Tuilleries, dans le salon bleu de Saint-Cloud, comme à la ville.

Le Secret du Revenant.....

C'est alors, en juin 1810, qu'éclata l'étonnante nouvelle....Octave de Ségur est retrouvé !...Octave a repris sa place à son foyer !....Et des salons du faubourg Saint-Germain, des cercles de Saint-Cloud ou de la Malmaison volent de bouche à oreille ou de poste en poste vers la province, mille détails chuchotés ou griffonnés relatifs au revenant.

On le peint le teint basané, gardant une fière allure, malgré la gêne que lui font éprouver les sympathies ou les curiosités qui l'assaillent et auxquelles il fait tout pour se dérober. Toutefois, parti avec les lèvres, rasées et le collier de barbe qui convenaient à un sous-préfet nommé par la faveur du Premier Consul, il revient avec les moustaches d'ordonnance mieux adaptées au visage du lieutenant de hussards qu'il est devenu par son seul mérite et sans que son nom y fût pour rien. Les contrôles de l'Armée le tiennent en effet pour l'enrôlé volontaire Ponchot, officier de fortune ayant conquis ses épaulettes à la pointe de son sabre.

Si Octave a disparu un matin d'août 1804, quittant parents, amis, épouse et enfants, s'il a déserté son poste de Soissons et perdu jusqu'à son nom, ce n'était pas pour se punir d'avoir, par quelque secrète forfaiture, manqué à l'honneur....ce n'était pas qu'il fût épris d'une autre femme que la sienne....mais parce que le grand, l'unique amour de sa vie venait d'être brisé. Dévoré de soupçons, mais taisant son mal à tous, il a quitté la rue des Saussaies parce qu'il avait perdu sa foi en son épouse.

Par une nuit étoilée, arrivé subrepticement à Plombières, il a vu Félicité conversant, dans une promenade sentimentale, avec un jeune cavalier en qui il a cru reconnaître Etienne de Choiseul. Au lieu de tuer l'un ou l'autre des deux promeneurs nocturnes, il a préféré s'immoler lui-même. Puisque l'être auquel il tient le plus au monde a cessé de l'aimer, il disparaîtra.

Sans révéler sa présence, sans provoquer le galant, il repart dans la nuit. Si discrètement que les agents de Fouché, pris en défaut, répondront qu'il....a été signalé à tort à Plombières.... Avec de faux papiers que sa position de sous-préfet l'a mis à même de se procurer, il s'est enrôlé sous le nom de Ponchot comme volontaire au 6 ième hussards qui faisait partie de l'Armée d'Italie.

......A.....Suivre......

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....   Ven 21 Nov - 10:17

......sunny .......

4è Chapitre.......(Sources André Gavoty).


Simple cavalier, astreint à une sévère discipline et à d'humbles besognes, il s'est efforcé de se forger une âme nouvelle et d'oublier l'accomplissement de ses devoirs quotidiens, les heures heureuses de son bonheur perdu. L'oubli n'était pas venu de son régiment s'étant rendu au camp de Boulogne où il devait participer à l'expédition contre l'Angleterre, il avait voulu, avant d'effectuer un embarquement qu'on disait imminent et qu'il estimait plein de risques, lancer un dernier adieu à Félicité.

S'il meurt noyé, elle aura ainsi l'étendue de son sacrifice et la force de son amour. Ce dernier billet ayant provoqué les recherches de Philippe, Octave avait failli être reconnu. Il était à bord d'une des péniches visitées par son frère, mais il jouait si parfaitement son rôle de soldat, qu'aucun de ses camarades ne soupçonnait son travesti. Ayant échappé de justesse à son frère, il avait suivi la Grande Amée en Autriche et, comme lui, s'était vaillamment battu à Austerlitz. Depuis lors, sa bravoure l'avait fait nommer brigadier et maréchal des logis.

Pendant la seconde campagne contre l'Autriche, un jour qu'il chevauchait insouciant du danger, sa fougue l'avait emporté si loin qu'il avait été blessé et fait prisonnier par les Autrichiens, puis emmené en captivité en Hongrie. Peu après Wagram, mourait à Vienne....Etienne de Choiseul. Octave écrivait alors un second billet à sa femme. Caressait-il l'espoir de regagner son coeur ? On peut le supposer, mais il était trop fier pour implorer Félicité.

Un an plus tard, par un providentiel hasard, le hussard Ponchot s'était trouvé en face du colonel Philippe de Ségur. Les détails de cette émouvante rencontre ne seront bien connus que le jour où seront publiées les lettres de Philippe à son père, mais on sait déjà qu'elle eut lieu dans un hôpital de Hongrie où Octave était soigné.

Malgré les moustaches du hussard, son cadet, qui depuis sa disparition portait toujours sur lui une miniature de son frère, le reconnut d'emblée et se jeta dans ses bras. Lui ayant arraché son secret et reçu ses tristes confidences, Philippe s'était employé à le ramener dans son foyer. Octave avait d'abord refusé, puis, cédant non à la raison mais à son inaltérable sentiment pour Félicité, il s'était décidé et son retour avait provoqué la surprise que l'on a vue.

En reprenant son nom de Segur, le hussard Ponchot va-t-il retrouver le bonheur auprès auprès d'une épouse repentante et touchée par le long sacrifice qu'il s'est imposé pour elle ? Quelques contemporains en doutent et estiment qu'il a peut-être eu tort de revenir.

""""""Quelle étonnante chose que ce retour d'Octave de Ségur ! écrit Prosper de Barante à Mme de Staël, le 25 juin 1810. Peut-être eût-il mieux valu pour lui qu'il eût plus de constance et de force de caractère. Il ne sera pas heureux. Mme de Ségur est bien peu faite pour quelqu'un qui aime....elle est sèche et hostile contre ceux qui sont autrement. Il est vrai qu'Octave, au bout de six ans de solitude, de misère, de vie militaire, a peut-être maintenant le coeur un peu bronzé et indifférent, et qu'alors il sera moins facilement blessé....mais comme vous dites, sa conduite est bien faite pour émouvoir l'imagination et pour faire aimer...ce genre de chose est toujours touchant, excepté pour ceux qui en sont la première cause."""""""

La réunion d'Octave, dont le coeur ne s'était pas bronzé, et de l'infidèle Félicité allait être vite interrompue. Après les joies du retour, l'étreinte de sa mère infirme, la tendre mercuriale de son délicieux père, l'accolade de ses fils, Octave, devant la réserve de sa femme, doit tristement constater que six années de sacrifice n'ont pu ressusciter la confiante intimité de leurs années heureuses.

Il éprouve, en outre, une gêne affreuse de fréquenter le monde. Héros d'une aventure qui a passionné toute une société et dont les âmes sensibles veulent écrire le roman, Octave redoute les questions indiscrètes et plus encore les propos à voix basse que sa présence provoque. Un ordre vient écourter le pénible tête à tête du ménage, ordre qu'Octave ne fait rien pour différer, s'il ne l'a provoqué, et qui l'envoie en Espagne.

Tandis qu'Octave sert sous Masséna, Félicité assure par quartier son service d'honneur auprès de Joséphine répudiée, trainant son désoeuvrement de reine sans royaume des eaux d'Aix à Navarre et de Navarre à la Malmaison.

Irréprochable comme mère, elle ne l'est pas comme épouse. Parfois, quand elle n'est pas de service, elle voyage....mais ce n'est pas pour rejoindre son mari. Mme d'Albany l'avait rencontrée ainsi parcourant l'Italie en compagnie d'un jeune et galant étranger. Et c'est pourquoi Octave poursuivait tristement à travers l'Europe sa vie errante de soldat.

Au premiers jours de la campagne de Russie, Philippe maintenant général et aide de camp de l'Empereur, ayant quitté à regret sa chère Lucie et ses enfants, arrive le 24 juin 1812 devant Kovno.

Il assiste au défilé des 16è chasseurs, 7è et 8è hussards, qui, avec des cavaliers prussiens et polonais, forment la 1er Division de cavalerie légère commandée par le général Bruyère, quand soudain, des rangs des hussards un officier se détache, le salue réglementairement et l'interpelle d'une voix joyeuse.

C'est Octave qui, promu capitaine au 8è hussards, y commande une "Compagnie". Philippe lui donne l'accolade, tout heureux de revoir son aîné....""""que je pus, écrit-il, embrasser pour la première fois depuis longtemps."""""

Exactement quatre jours plus tard, le 28 juin, la division Bruyère, s'ébranle vers deux heures et demie du matin pour éclairer la marche de l'avant-garde que commande le roi Murat. Vers midi, l'Empereur arrive à Vilna et court aussitôt aux avant postes du général Bruyère qui poursuivant les Russes sur la gauche de la Wilia a fait charger le 8è Hussards.

""""""Alors, écrit Philippe de Ségur, au moment où j'arrivais à Vilno, le grand-maréchal Duroc m'appelle, me serre la main et m'apprend que, à deux lieues au delà de cette ville, mon frère vient de se heurter, en gravissant une colline, contre trois régiments de la garde russe. Sa compagnie a été écrasée...lui-même a disparu !""""""

......A.....Suivre.....

salut

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MessageSujet: Re: La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....   Ven 21 Nov - 13:14

C'est passionant, mais il disparaissait souvent ce garçon ! Laughing
Je verrais bien Perez dans le role d'Octave.
C'est le sous préfet aux champs Laughing
J'espère qu'il ne s'est pas engagé dans la GI Russe...
Je connaissais A.Gavoty comme critique de musique classique mais pas sous cet angle
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MessageSujet: Re: La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....   Ven 21 Nov - 22:30

Comme toujours - merci pour Votre texte.
Amicalement et flower
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....   Sam 22 Nov - 10:51

.....sunny .....


5è....et dernier....Chapitre.......(Sources André Gavoty).

Philippe rejoint aussitôt les hussards d'Octave encore alignés devant la fôret de sapins, théâtre de leur charge meurtrière. Des deux côtés d'un chemin de bois gisent les morts déjà dépouillés. Comme au temps de la confrontation de Meudon, Philippe s'efforce de retrouver sous les arbres le corps d'Octave.

Dans chacun d'eux, écrit-il, je tremblais de reconnaître mon frère, surtout quand leur figure était cachée dans le sable et que leurs cheveux noirs et leur haute taille me jetaient dans la plus cruelle incertitude. Et quelle angoisse, quand le hussard qui m'accompagnait, saisissant par les cheveux et retournant brusquement ces têtes, me montrait leurs traits !

Le général apprend alors des hussards survivants que leur capitaine, s'éttant battu comme un lion, a été projeté à terre par un coup de lance, s'est relevé, a repris le combat pour être terrassé par deux nouveaux coups de lance. Des officiers Russes l'ont emporté, respirant encore Phlippe envoie aussitôt l'ordonance d'Octave, précédée d'un trompette, en parlementaire auprès des Russes, afin de savoir si son frère vit encore.

Il attend une heure la réponse. Avec le crépuscule grandit son angoisse....Les Russes ne vont-ils pas, gardant le parlementaire prisonnier, profiter de la nuit pour venir capturer un aide de camp de l'Empereur attendant seul à une corne de bois ?....Philippe est si désemparé qu'il avoue qu'en dépit de son devoir, cette perspective lui sourit presque, tant est vif son désir de revoir une dernière fois Octave.

Soudain, un cavalier accourt dans l'ombre. C'est le trompette, porteur d'un message. Octave vit encore, ses blessures n'ont pas entraîné la mort, on peut expérer sa guerison et son nom comme son intrépidité lui garantiront....une captivité douce et honorable. Il est d'ailleurs, le premier prisonnier fait par les Russes dans cette guerre qui devait si cruellement finir.

Après deux ans de captivité, en Russie, l'abdication de Fontainebleau et le traité de Paris permettent au prisonnier de regagner la France. Son frère, le général, est mis en disponibilité pour avour accepté un commandement pendant les Cent-Jours. Octave qui n'a pas assez de fortune pour quitter l'armée, continuera à servir et est affecté à l'Etat-Major de la Garde royale.

Il reprend alors sa place au foyer, soucieux d'élever ses fils, maintenant adolescents, selon les traditions de famille. Mme Octave le voit revenir sans joie, bien qu'il la traite avec autant de déférence que de froideur. Gardant à son égard, une politesse inaltérable, il ne lui fait aucun reproche, mais la considère comme une parente éloignée, descendue sous son toit.

Félicité, piquée au jeu et blessée dans son amour-propre de jolie femme, éprouve alors un extrème désir de reconquérir son mari. Selon une contemporaine, elle employa vis-à-vis de lui, toutes les ressources de la coquetterie. Lui, nature loyale, dans la dignité recouvrait des sentiments ardents et immuables, craignant la versabilité de sa femme, repoussa ses avances.

"""""Prenez garde, Félicité, lui disait-il quelquefois, c'est ma vie que vous jouez !....Enfin, dit Mme de Boigne, il se laissa séduire et se livra à un sentiment qui avait toujours régné sur son coeur."""""

On voudrait terminer l'histoire de la disparition d'Octave sur cette reconciliation et sur les jours heureux qu'il vécut alors, retrouvant après des années de détresse, les sentiments qui avaient embelli ses premières années de mariage. Ce bonheur, hélas ! devait être bref.

Après quelques mois passés par le ménage dans une garnison où servait également leur fils aîné, Eugène, qui, en 1819, allait épouser Sophie Rostopchine, Octave éprouva de nouveaux chagrins intimes. Il obtint son changement de régiment et voulut que Félicité, quittant une garnison qui leur avait été néfaste, l'accompagnât.....Sous prétexte que son fils y restait, écrit Mme de Boigne, elle voulut y passer l'hiver, Octave s'y opposa. Il y eut même une scène assez vive entre eux. Pour la première fois, il lui adressa quelques reproches, fondés sur les soins qu'elle avait pris pour le ramener à elle.

Il revint seul à Paris, loua un appartement tel qu'il savait devoir lui convenir le mieux, s'occupa de l'arranger conformément à ses goûts. Il l'engagea plusieurs fois à s'y rendre, elle s'y refusa constamment. Enfin, il lui écrivit que si elle n'était pas à Paris avant six heures tel jour, elle s'en repentirait toute sa vie. Elle n'arriva pas et, à neuf heures, Octave se précipita dans la Seine.

Ce fut le 15 août 1818 et sous le Pont-Royal qu'il trouva la mort, justifiant tardivement l'hypothèse de Napoléon...."""Comme si toutes les probabilités n'étaient pas que cet homme fût noyé ! """""

L'entrefilet, publié le surlendemain, dans les journaux, donne à quatorze ans de distance, la réplique aux lignes parues le 15 août 1804 et citées au début de cette étude. Ces deux faits divers encadrent l'existence d'exaltation et de désespoir, de sacrifice et de révolte, d'héroïsme militaire et de mal du siècle d'un contemporain de Werther. Le journal ne mentionne pas un détail saisissant de ce drame romantique. Cet excélent nageur qu'un plongeon ne pouvait paralyser, avait eu la funèbre énergie de croiser les doigts sous l'eau. Il fut retrouvé les mains jointes, soit qu'il se fût contraint ainsi à couler, soit qu'il eût, avant l'ultime seconde, esquissé un suprème geste de prière !

Félicité se retira, pendant quelques mois, dans un couvent, désespérée d'un drame dont elle était la cause et qui inspira peut-être à... Musset..."les Caprices de Marianne".

Ainsi disparut définitivement Octave de Ségur, mort pour avoir trop aimé une femme.....la sienne.

......FIN......

salut

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MessageSujet: Re: La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....   Sam 22 Nov - 11:14

Trés belle histoire, merci Jean Baptiste.
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Percy
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MessageSujet: Re: La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....   Dim 23 Nov - 0:26

Remarquable récit que vous nous avez conté là et que j'ai pris plaisir à découvrir au fil des épisodes mis en ligne.
Encore merci à vous ! salut
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MessageSujet: Re: La Mystérieuse Disparition d'Octave de Ségur.....   

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