Forum des Amis du Patrimoine Napoléonien

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 Les Grognards....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Les Grognards....   Dim 14 Déc - 12:24

.....sunny ......

Ils grognaient, mais le suivaient toujours.....

1er Chapitre......(Source Louis Madelin).

"""""Vos généraux, disait brutalement Belliard à Napoléon, vos généraux désirent le repos pour jouir des bienfaits de Votre Majesté...jusqu'à présent vous ne leur en avez pas laissé le temps."""""

Il se trompait ou parlait pour un très petit groupe. Les maréchaux presque unanimement..."désiraient le repos", et aussi bien n'avaient-ils jamais été tout à fait à Napoléon.

Mais, en dessous d'eux, il y avait les généraux, les officiers supérieurs, les petits officiers et les soldats. Et pour le coup, chez ceux-là, l'obeissance se doublait d'amour. "J'obéis d'amitié". Le mot que Joseph Bélier a retrouvé sur les lèvres des guerriers francs de la chanson de geste, nous allons en voir, chez ces soldats francs de l'autre épopée, l'esprit animer toutes les âmes.

Des généraux qui ne reçurent pas le bâton, aux soldats qui ne crurent jamais l'avoir dans la giberne, ce même sentiment fait le lien, et c'est pourquoi, puisqu'ils communiaient dans le même sentiment exalté de la gloire et de l'amitié, il ne faut pas séparer les officiers des soldats.

Voici, derrière le groupe de maréchaux, rutilants de broderies, venir la masse sombre de la Grande Armée....les soldats qui, dans le régime de l'ordre, "obéissent d'amitié".

C'est la véritable armée impériale, et à sa tête le plus magnifique corps d'officiers généraux et supérieurs qu'on puisse rêver. il était, sauf exception, extrêmement différent, à certains égards, du groupe des maréchaux par l'origine, par l'éducation, par le caractère, par les sentiments.

Certes, parmi ces hauts officiers de 1810, vous trouveriez encore une très belle proportion de ces jeunes soldats d'humble naissance qui, de 1792 à 1799, avaient pris part aux guerres de la Liberté, volontaires de 1792, conscrits de 1793, engagés de toutes les époques qui avaient précédé la Révolution de Brumaire. Celle-ci les avait trouvés lieutenants ou capitaines. Ne pouvant vis-à-vis du jeune chef qui parvenait au pouvoir, concevoir aucune des jalousies, plus ou moins conscientes, qui travaillaient, en cet an VIII, tant de généraux, ces jeunes gens l'acclamèrent.

Leur nombre s'était grossi de tous les autres éléments. A ces Brutus de 1792, enrôlés dans l'enthousiasme de la Révolution s'étaient joints, après Brumaire, des jeunes gens de famille ralliés à la gloire. Le type en est philippe de Ségur, dont la vocation militaire se déclara avec la promptitude de coup de foudre à la vue des dragons, d'allure si martiale, s'acheminant de Paris à Saint-Cloud, le 19 Brumaire, au matin....on ne pouvait se rallier plus tôt. Les Fezensac, les Castellane, les Flahaut, cinquante autres suivirent...puis cent.

Ils furent étonnés de retrouver dans les états-majors...quand deux ou trois ans après, ils y pénétrèrent, plus de congénères qu'ils n'eussent pensé. Thiébault explique très bien que l'armée avait été, de 1789 à 1795, le seul refuge....et comme un alibi...contre les orages menaçants de la politique révolutionnaire pour ceux des jeunes gens bien nés qui n'avaient pas voulu émigrer. Le jeune Antoine de la Salle, fils d'aristocrates, qui, dissimulant sa qualité, s'était fait le cavalier Lasalle, n'était pas une si rare exception.

Officiers de la Révolution et ralliés de l'époque consulaire se fondirent assez facilement. Les querelles des mauvais jours étant loin de la politique ne les occupant pas, tous communièrent dans un même amour exalté de la gloire...incarné bientôt dans...." Napoléon le Grand ".

Jeunes et ardents comme certains maréchaux de 1804, ils n'étaient pas, comme eux, au sommet de la carrière...il leur restait à conquérir encore les fameuses étoiles, ou, s'ils les avaient, le fameux bâton bleu à aigles d'or...mais ne rabaissons pas leurs mobiles...ils entendaient égaler leurs aînés plus encore que les remplacer. Ils étaient pleins de vaillance et d'entrain.

L'idée qu'ils n'assisteront peut-être pas à la bataille qui s'annonce, les jette hors d'eux-mêmes. Thiébault vit Junot arriver à bride abattue, la veille d'Austerlitz, littéralement affolé à la perspective qu'on se battrait sans lui, et quatre ans après, le même Thiébault essayait en vain de retenir quelques heures à Burgos Lasalle, traversant toute l'Espagne pour rejoindre la Grande Armée en Autriche, où il allait trouver la mort...les yeux hors de la tête il disait....."""" Je suis en retard ! on va commencer sans moi !....""""

Dans le combat, ils dépassent, en héroïsme toute imagination. Leur carrière, quand ils la racontent, éveille presque des doutes à force d'être fabuleuse. Ainsi a-t-on pu suspecter les Mémoires épiques de Marbot. Mais j'ai étudié, son dossier dans les mains, la vie du plus représentatif de tous, Lasalle....or ce qui jaillit des rapports et des notes, c'est un personnage qui, dans un courage surhumain doublé d'un entrain endiablé, dépasse de beaucoup le Marbot des Mémoires. C'est à lui qu'on eût pu, en toute vérité, donner le surnom que les Espagnols avaient décernés à l'intrépide et foudroyant général Fournier-Sarlovèze....El Démonio...(le demon). Cent de ces effervescents soldats durent arracher ce cri-là...Un démon ! à leurs adversaires.

Sans doute, entre les combats beaucoup d'entre eux paraissaient-ils souvent un peu fous. Décrire cette vie fiévreuse des campagnes est difficile, encore que tentant....ce mélange de combats et de plaisirs, l'aventure mêlée à la guerre et la volupté à la mort....ces passions effrénées qui trouvaient à se déchaîner tant d'occasions propices, cet or jeté sur les tables de jeu, ces galantes entreprises, ces frairies et ces beuveries, c'était l'envers de ces caractères bouillonnants.

Mais ils n'étaient pas tous ainsi....au fulgurant Lasalle s'oppose le raisonnable Drouot....."Le sage de la Grande Armée" disait Napoléon, et Drouot, le grand artilleur, est aussi courageux dans son genre que l'entraînant cavalier, son compatriote de Lorraine.

Rien n'est plus beau, en thèse générale, que l'attitude des colonels commandant un régiment de la Grande Armée. Ces hommes, qui n'ont, pour la plupart, que trente à trente cinq ans, nous ne pouvons nous les figurer que comme mûrs, tant ils se sont faits des âmes de chef et presque de père.

Un des maréchaux écrit de ses colonels que ce qui influait le plus sur l'exellence d'un régiment était moins encore l'intrépidité extraordinaire qu'ils déployaient que leur esprit d'ordre, de justice et de fermeté. Mais l'intrépidité ! il faudrait citer mille traits empruntés aux Mémoires comme au rapports.

Arrêtons-nous seulement, avec Marbot, devant ce tertre où le pauvre 14è de ligne, cerné, se défend contre les Russes à Eylau. L'officier d'état-major, à grand-peine et grâce à sa fameuse jument "Lisette", a rejoint ces braves. Le colonel se bat comme un simple soldat au milieu de son régiment. Il dit à Marbot.....""""" Retournez vers l'Empereur, monsieur...Faites-lui les adieux du 14è de ligne qui a fidèlement exécuté ses ordres et portez-lui l'aigle qu'il nous a donné et que nous ne pouvons défendre....il serait trop pénible, en mourant, de le voir tomber aux mains des ennemis ....""""

Ils avaient tous le fanatisme de la gloire et, par une conséquence inéluctable, de l'Empereur....De l'Empereur...voilà où ils se distinguent principalement des maréchaux. Lisons les Mémoires des généraux. L'Empereur y apparait sans ombres...ou presque. Des chefs-nés, Ségur et Fezensac ne sont pas plus froids à son sujet que Lejeune, qui est volontaire de la Révolution. Thiébault lui-même, qui est si peu "Bonapartiste" s'incline tout de même devant celui qui fut le héros de tous les héros, le grand homme entre tous mes grands hommes.

Ces jeunes chefs le chérissaient, cet Empereur invincible, et l'adoraient parfois pour la gloire qu'il leur permettait de moissonner avec lui. Lorsque, le 6 juillet 1809, le jeune général de division Lasalle tomba le dernier sur le champ de bataille de Wagram, frappé d'une balle en plein front, sa femme recevait son dernier billet. L'esprit des jeunes généraux et colonels de Napoléon y tient tout entier, trois lignes....""""Mon coeur est pout toi, mon sang à l'Empereur et ma vie à l'honneur.""""

Ces hommes-là, c'étaient des vrais chefs qu'il fallait à la Grande Armée. Ils ne planent pas au dessus-d'elle....ils se battent mélangés à leurs soldats. Le colonel Fougas d'Edmond About a tutoyé le sergent Flambeau d'Edmond Rostant. Et les voici enfin, les Flambeau, avec leurs officiers subalternes qui, eux-mêmes, ne sont souvent que des grognards qui ont forcé le destin.

.....A.....Suivre......

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Les Grognards....   Dim 14 Déc - 17:20

Comme toujours - mille fois MERCI flower
Amities et salut
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Percy
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MessageSujet: Re: Les Grognards....   Dim 14 Déc - 19:14

Je vous remercie également mon cher Jean-Baptiste pour cet agréable moment de détente que vous m'offrez entre la correction de deux copies d'examen. salut
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Les Grognards....   Lun 15 Déc - 11:36

......sunny ......


2è Chapitre.......(Source Louis Madelin).


Longtemps, nous ne les avons connus que par la légende....Raffet les avait génialement peints, tandis que Bérenger chantait..."son vieux sergent", que Balzac faisait par le brave Goguelet du Médecin de Campagne..."raconter Napoléon" et qu'Erckmann et Chatrian....un peu plus tard dans leur savoureux Blocus, campaient leur rude sergent Trubert.

Mais aujourd'hui, nous le tenons sur le vif, le grognard.... car voici trente ans que sortent des tiroirs les ...journaux de marche itinéraires, mémoriaux, lettres, souvenirs des humbles soldats.

Et l'histoire qu'on peut écrire ces papiers jaunis en main, est...au moins....aussi belle que la légende...c'est de ces documents vrais qu'a déjà jailli Flambeau dit le Flambart de Rostand...cousin de Coignet, et le plus beau des grognards.

Je les ai tous lus, ces étonnants papiers, et il sont si édifiants, que ma seule ambition est de les laisser seuls parler. Le célèbre grenadier Coignet, le fusilier Fricasse, le cavalier Parquin, le joyeux trompette Chevillet, Pils, l'ordonnance du Maréchal Oudinot, le grenadier Pett, le mucisien Giraud, Giraud, qui, avec sa grosse caisse fait sa partie dans le concert, et le vélite Billon, et le sergent Bourgogne, et le hussard Bangofsky, et le vélite Barrès que son illustre petit-fils, si peu avant sa mort, nous a permis de voir parcourir l'Europe, et ce brave François, ex-dromadaire d'Egypte, qui, de Valmy à Waterloo, fut de toutes les fêtes, mais qui gardait la fierté d'avoir galopé dans le désert, rougissant de plaisir quand son colonel, le présentant (en 1806) à l'Empereur, ajoutait...."""Sire, c'est un de vos dromadaires d'Egypte"""".....et Ratier, et Routier, et Joliclerc, et cent autres, oui, ce sont ces gens-là qui vont déposer...pour cent mille autres.

Gens de petite origine, bien entendu, et gens de tous les coins de France, ils ont tous un air de naissance....la vaillance...certes ils ne furent points sans défauts. Il ne faut pas les tenir pour des saints. Beaucoup furent des pillards et certains poussèrent un peu loin la galanterie...mais Saint-Antoine lui-mème avait connu moins de tentations que ces Français...n'étant point anochorètes, ils ne surent point toujours y résister. Ils ne tenaient pas d'ailleurs à y résister...s'étant bien battus, ils se croyaient en droit de se payer et, par là, ressemblaient à bien d'autres soldats...mais ils avaient une excuse qu'il faut dire.

M. Morvan a écrit sur le Soldat Impérial deux gros volumes très documentés, pleins de mérite et d'intérêt, mais qui nous déroutent un peu. Il semble bien, à les lire, que cette prestigieuse Grande Armée, que, de loin, nous tiendrons pour la mieux ordonnée, la plus disciplinée et la plus resplendissante qui se soit vue, a été, tout au rebours, mal vêtue, mal chaussée, mal nourrie, mal soldée, mal administrée, mal soignée.

Sa tenue...évidemment était superbe sur le papier et parfois les jours de parade. Nous admirons la Garde défilant devant nos yeux ses prodigieux tambours-majors en tête, les grenadiers en habit bleu à revers rouges, la veste de basin blanc, la culotte et les guêtres blanches, boucles d'argent aux souliers et à la culotte, moustaches réunies aux favoris par un rasoir savant, cheveux en ailes de pigeon poudréssous les bonnets à poil....les oursons au haut plumet et à l'aigle de cuivre doré.....Les chasseurs dans l'abit de drap vert à revers rouges aussi que l'Empereur a immortalisé...Les canonniers sombres aux plumets pourpre, et les cuirassiers, les gilets de fer étincelants sous les énormes casques à crinières et à peau de léopard, et les fantastiques hussards de Lasalle avec leurs brandebourgs éclatants et leurs pelisses rutilantes et jusqu'aux sapeurs sombres du général Ebée, tous nous donnent l'idée d'une armée confortablement et même richement habillée, à ce titre qu'elle eût dû en être singulièrement génée.

Mais en réalité, cette superbe tenue ne résistait pas à vingt jours de campagne. On ne garde pas longtemps des boucles d'argent à ses chaussures quand on manque de pain, et les cheveux poudrés en ailes de pigeon n'étaient de saison que lorsqu'on défilait sur le Carrousel ou qu'on se préparait à entrer dans une capitale conquise.

Le soldat se mettait vite à l'aise. L'administration l'y aidait en ne l'entretenant point, et la nécessité s'unissait à la fantaisie pour faire de ces soldats, pêle-mêle bientôt superbe et sordide, une armée de gueux en guenilles, plus digne, dit M. Morvan, de tenter le burin d'un Callot que le pinceau d'un David.

Or ils n'étaient pas mieux soldés qu'habillés, et cela était grave. Leurs six sous ne leur étaient pas tous les jours distribués...à Tilsit, la solde était en retard de dix mois, et il fallait que les vainqueurs de Friedland fissent crédit à leur Empereur que, d'ailleurs, ils n'accusaient jamais de ces retards. Seulement, comme l'écrivait Napoléon à l'intendant général dans une de ses incessantes lettres de reproches, ...""""quand le soldat ne sera pas payé, il pillera""""... N'étant pas payés, ils pillèrent.

Notez que c'étaient, en général, de très honnêtes gens. Le général Dorsenne disait..."""""Qu'ayant de l'or plein un fourgon il le mettrait dans une chambrée de ses grenadiers plus en sûreté que dans un coffre-fort.""""

Mais nous avons mieux qu'une hypothèse...citons, entre mille, ce trait que j'emprunte aux Mémoires de Pelleport....le 30 octobre 1812, l'armée doit, en Russie, abandonner ses fourgons...Pelleport, alors colonel, fait ouvrir celui de son régiment, le 18è de ligne, il y a là 120.000 francs en pièce d'or.....Chaque officier, sous-officier et soldat reçut une petite somme en promettant de ne pas abandonner ce dépôt confié à son honneur et de le remettre à un camarade s'il venait à succomber. Grace aux soins du capitaine Buchet, payeur au 18è, grâce à l'honnêteté de nos braves camarades, témoignent Pelleport, les 120.000 francs furent réunis en caisse après la campagne.

Si simplement raconté, le trait n'en apparaît que plus beau. Mais c'était de l'or fançais...le Rhin fanchi, ou les Alpes, ou les Pyrénées, les scrupules s'en allaient les uns après les autres. On pillait par nécessité, puis par gaminerie, puis par entrainement, rarement par avidité....jamais avec cette abominable méthode allemande qui, la preuve est d'hier et le fait avéré, vise, par la destruction ou le pillage systématiques, à ruiner jusqu'à l'os la nation envahie.

......A.....Suivre.....

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Les Grognards....   Lun 15 Déc - 18:41

flower Merci.
Je lis Votre texte sans le dictionnaire.
Amities et salut
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Percy
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MessageSujet: Re: Les Grognards....   Mar 16 Déc - 1:05

C'est du grand Madelin et ça se savoure comme une friandise.
Encore merci de nous en faire profiter à doses homéopathiques... Wink
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Re: Les Grognards....   Mar 16 Déc - 17:43

.....sunny ...... Vous avez raison cher Percy...du Grand Madelin...!!!


3è Chapitre.......(Source Louis Madelin).


Mais plus les caves et logis ""ennemis"", ces terribles Français se plaisaient à conquérir les coeurs. Ils sont les uns sentimentaux, les autres entreprenants...tous se sentent quelque faiblesse pour ce qu'ils appellent sans nuances """le beau sexe"""" Ils veulent plaire aux dames...voire même à leurs maris.

L'armée française put peser lourdement sur l'Europe et, ainsi, se faire, en masse, abhorrer, mais individuellement le soldat était souvent très goûté. Facilement attendri, sans cesse en verve, parfois chevaleresque, toujours obligeant, il plaisait.

Une bourgeoise de Berlin, Mme Unger, vient corroborer mille témoignages du sien qui certes n'est pas suspect....elle ne reproche aux soldats que leur croyance imperturbable et mortifiante en la supériorité du Français sur tous les autres peuples....mais ces """braves jeunes gens"""" séduisaient beaucoup Mme Unger par la politesse de leurs propos et leur empressement à rendre des services.

En fait, plus d'un petit Prussien, d'un petit Autrichien, d'un petit Italien fut bercé ou amusé, la ménagère préparant la soupe, par un Chevillet, un Bourgogne, un Routier, un Coignet. Ils aimaient être aimés...certains s'irritent naïvement, dans leurs lettres, d'être """traités en ennemis"""....il est naturel, leur semble-t-il, que les Français conquièrent le monde puisqu'ils sont la Grande Nation et que leur """"père Napoléon"""" l'entend ainsi....mais ils ne demandent qu'à s'attabler avec l'Allemand devant une choucroute garnie ou de vider avec l'Espagnol une bonne bouteille de xérès.

L'hostilité des femmes surtout les afflige. Rattier se dépite de voir les petites, mais belles Espagnoles...leur dire, en riant des dents, qu'ils sont des brigands. Passer pour des brigands, eux, les soldats du Grand Napoléon, et aux yeux de jolies femmes !

C'est que presque tous rêvent de transformer l'hospitalité...allemande, polonaise, espagnole ou italienne...en hospitalité écossaise. Ils y réussirent souvent grâce au triple prestige de la victoire, de l'esprit et de la gentillesse. On les aimait surtout pour leur constante belle humeur dans les pires heures. Ils s'y étaient, de bonne heure, entraînés.

Que de misères allégrement supportées et si vite oubliées ! Longs combats, sanglantes mêlées, blessures effroyables, tout cela n'était rien pour ces soldats....la bataille c'est au contraire une fête et presque une récompense.

Tous eussent approuvé ce brave général Chancel qui, en l'an II de la République, assailli par des réclamations de ses hommes affamés, s'écriait..... """" Eh ! quoi, soldats, quel mérite et quelle gloire auriez-vous, si vous sortiez d'une bonne table pour aller combattre !...Apprenez que c'est par une longue suite de travaux et de privations qu'il faut acheter l'honneur de mourir pour la Patrie !...."""""

Ah ! oui, ils l'entendraient, le brave Chancel ! Mais, pour mériter la joie de la bataille, que de maux la plupart ont traversés, de la boue neigeuse de Hollande aux ciels brûlants d'Espagne, de l'horrible enfer de feu de l'Egypte au mortel enfer de glace de la Russie !

Les campagnes d'Allemagne, qui ne furent pas toujours douces, parurent, rétrospectivement, le paradis quand ces hommes furent en Espagne. On y eut trop chaud et trop froid...on y connut la faim, la soif, la dysenterie...on y vécut sur un qui-vive tragique de toutes les heures au milieu d'une population de tortionnaires tout entière appliquée à guetter sa proie...."""""C'est notre tombeau""""" écrit Rattier.

La marche de Salamanque à Abrantès sous Junot est restée lugubrement célèbre...à travers les sierras les plus arides, sans vivre, les pieds en sang, les soldats, pénétrés par la pluie et mourant de faim, se jetaient sur les glands destinés aux pourceaux.

Et parfois, dans cette même Espagne, quelles chaleurs cuisantes ! Dans l'affreuse journée de Baylen, le thermomètre marquait 40 degrés...les soldats y furent vaincus plus que par l'ennemi, par la chaleur qui embrasait les cerveaux et accablait les volontés.

Mais c'est bien cependant la Russie, qui fut la pire station de ce chemin de misère, celle où tombèrent la plupart des braves qui avaient tout affronté. Hiver terrible de 1812, terrible même pour ces contrées inclémentes ! Sous un ciel blanc, bas, glacé, fermé, vers lequel on n'avait pas le courage de lever les yeux, trois cent mille hommes vont de Moscou à Thorn, en retraite, bientôt en débacle,....courir, suivant l'expression de Ségur, deux cents lieues sans tourner la tête.

Bourgogne nous donne ici la note exacte. Avec lui, avec François, Bangofsky, Coignet, c'est bien le misérable soldat qui se traîne de Moscou à Vilna, de Vilna à Thorn. Ségur paraît littérature à côté de leurs simples récits. Il a beau, le pauvre Bourgogne, se couvrir avec une peau d'ours prise à Moscou, il est transi aux moelles, torturé par le froid. Il faudrait,lire le long récit de cette passion ....la mort du petit de la cantinière, la mère Dubois, qui, prenant son enfant pour lui donner le sein, le trouve non seulement mort, mais dur, un glaçon, et l'incendie de cette grange ou grillent trente hommes surpris par les flammes devant lesquelles les soldats accourus, sans soucis des cris des brûlés, se chauffent en disant....""" Oh! le bon feu! Oh! que c'est bon !""""

Deux traits entre mille. Un jour, le sergent, dont les pieds sont gelés, tombe...un soldat tombé dans la neige est perdu...il crie à l'aide...un seul grenadier tourne la tête....""""Donne moi la main, crie Bougogne....comment veux-tu ?...je n'ai plus de main"""".... Comme il laisse prendre un pan de son manteau, l'autre s'y accroche, se relève, il est sauvé. Mais le lendemain, il tombe encore, d'épuisement....l'ami Grangier essaie de le remonter....""""Allons, petiot, suis moi."""""....Mais écrit Bourgogne, le petiot n'avait plus de jambes. Il fait un effort, se relève, reprend sa marche titubante, j'étais tellement habitué à souffrir, ajoute-t-il, que rien ne me surprenait.

Ainsi marcha-t-il, ainsi marchèrent-t-ils tous, cinquante jours. Lorsque après ces sept semaines, le capitaine François, l'ex-dromadaire d'Egypte, retrouve par hasard son brosseur, celui-ci se jete sur lui et l'embrasse...le vieil Egyptien, secouant la tête lui dit....."""Va mon brave, je ne dois plus mourir.""""" Je ne dois plus mourir !....ils se font en effet, à travers ces épreuves inouïes, une singulière philosophie. Mais ils sont plus que résignés, et c'est là qu'après ce bien faible rappel des misères traversées je veux en venir....la vieille gaieté française reprend sans cesse le dessus.

Devant les pires situations, ils goguenardent. Coignet, qui a eu un pied gelé en Russie....tout comme un autre....quand il peut après des semaines, se déchausser, crie à ses hôtes allemands stupéfaits....""""Venez voir mon pied de poulet.""""

Et si un tambour a eu la main rongée par la gangrène, il ne regrette..sa patte gelée...parce que, hélas ! il ne tapera plus la charge.

A peine sortis de Russie, rentrés en Allemagne, les voilà qui, semblant encore des spectres, inventent des farces, blaguent leurs maux de la veille, font la cour aux dames. Les Allemands n'en reviennent pas, l'une d'elles dit...."""" Ces diables de Français, ils sont toujours gais et amusants.""""

Qu'est-ce lors des campagnes moins tragiques ! balles, boulets, mitraille, coups de soleil et giboulées de neige, bains forcés dans le Danube ou d'une Guadalquivir, marches de quatorze heures, assauts subis, embuscades traversées, tout est matière à des plaisanterie, bons mots de caserne, vulgaires, grossiers, mais qui empruntent aux circonstances une sorte de grandeur.

Le colonel près duquel le trompette Chevillet se trouve placé est "chatouillé", écrit-il par un boulet....Hé bien ! mon colonel, crie-t-il, que dites-vous de la demoiselle-là ?.....Il paraît qu'elle vous aime....elle est venue vous embrasser !

C'est avec ce moral qu'ils affrontent, depuis Valmy, l'Europe...en blaguant.

.....A....Suivre.....


salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Percy
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MessageSujet: Re: Les Grognards....   Mar 16 Déc - 20:54

Stupéfiants portraits d'hommes d'une trempe exceptionelle !
Ces morceaux de bravoure sont absolument remarquables et l'on ne sait trop si l'on doit plaindre ces hommes pour la somme des souffrances endurées ou les admirer pour le courage dont ils ont su faire preuve pour venir à bout de celles-ci...
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Sujet: Re : Les Grognards....   Mer 17 Déc - 13:00

......sunny ......

Je pense que nous pouvons les plaindre et à la fois être admiratif pour leur courage et leur abnégation.....


4è Chapitre.......(Source Louis Madelin).

Leur grande joie, c'est la bataille. Certes, ils ont souvent éprouvé devant la terre couverte de blessés et de morts un affreux serrement de coeur que traduit notamment le vélite Barrès. La vue du champ de bataille où il débute """le glace d'effroi""" écrit-il, mais raisonnablement, il ajoute...."""L'état que j'avais embrassé devait me faire oublier tout cela"""" ils aspirent bientôt à repartir en campagne.

Un des amis de Parquin lui dit...."""""Est-ce que le petit caporal ne va pas mettre son lampion de travers ?...Est-ce qu'il ne se fâchera pas ?....Est-ce que nous ne ferons pas une nouvelle camapagne ?..."""""Lorsque Barrès apprend dans sa caserne, que la guerre éclate avec la Prusse, il bondit de joie..."""" Il y avait sept mois, écrit-il, que nous étions dans cette pacifique garnison de Rueil....on était ennuyé depuis longtemps de cette vie douce, de ce bien être."""""

C'est que réellement, ils aiment avec la bataille, la gloire, la victoire. Ils n'étaient pas féroces, et l'Empereur n'aimait pas qu'on le fût. Lorsque, le matin d'Austerlitz, le mamelouk Mustapha dit à Napoléon....""""Ah ! si moi joindre prince Constantin, moi couper tête et moi porter à l'Empereur..."""" celui-ci, indigné lui crie..."""""Veux-tu te taire, vilain sauvage ! """" Pas un grognard n'eût pensé à tenir pareil langage. Mais, s'ils n'aiment pas répandre le sang, ils aiment se battre.

On aurait tort de les croire, ces braves, plus détachés de la patrie que les soldats de 1793. L'armée n'a pas cessé d'être nationale, écrit le général Pellet, et il en donne les preuves. Elle a horreur des traîtres à la France...il faut voir de quel ton ces gens parlent, en 1813, de la mort de Moreau, ""punition du ciel".

En 1792, ils confondaient dans un même amour Liberté et Patrie, maintenant ils l'incarnent, cette Patrie, dans l'Empereur, mais ils ne cessent de penser à elle de la gloire du grand homme, ils reportent sans cesse une part sur la nation et l'armée.

Quand ces gens, en mourant crient....""Vive l'Empereur"" l'écho répond ""Vive la France""....Une armée de frères, dit, quelque part, le capitaine François. Le mot s'applique peu, nous l'avons vu, aux maréchaux, plus aux généraux, mais, à mesure qu'on descend dans la masse profonde, il se justifie mieux. Ces braves gens pleurent....car là-dessus ils ne se blasent pas....l'ami tombé près d'eux. Les pays se retrouvent et forment dans le régiment des groupes sympathiques....""""Ah ! tu es de Valenciennes ! alors on va boire un verre."""" Et de ce verre sort une amitié qui, à travers dix ans d'épreuves et de gloires, lie les deux Valenciennois.

Même aux pires heures où le coeur pourrait se durcir, la camaraderie survit. Et Rougeau ? interroge le brave Picart qui, égaré trois fois en Russie retrouve son régiment. Et Rougeau ?...Oui, mort d'un boulet qui lui a coupé les jambes...avant de nous quitter, il t'a fait son exécuteur testamentaire....il m'a chargé de te remettre sa croix...que tu la remettes à sa mère et si, comme lui, tu avais le malheur de ne pas revoir la France, de vouloir bien en charger un autre....Et Picart pleure de grosses larmes que le froid congèle.

Le symbole de cette communion dans le même sentiment, c'est..." L'Aigle." Ils l'aiment, cet aigle que, à travers la fumée du combat, ils aperçoivent et suivent d'un oeil anxieux, et que, dans les capitales conquises, ils promènent triomphalement. En 1812, François a reçu en dépôt, le drapeau ayant été déchiré, l'aigle, l'énorme aigle doré qu'il porte sur sa poitrine écorchée quanrante jours et quarante nuits. A Thorn, on le retrouve.

Le colonel, qui ne sait plus, dans l'égarement de cette affreuse retraite,à qui il a confié le ""sacré coucou"" dit....""""J'ai peur que l'Aigle ne soit perdu"""""....Et François s'écrie...."""""Mon colonel, le voilà !""""" et il entrouve sa chemise avec le respect d'un prêtre écartant le voile du tabernacle.

Que, dans cette famille militaire, la discipline soit très rigoureuse, je n'ose l'affirmer. Les rapports des grognards avec les officiers ne sont point évidemment ceux que nous voyons se régler dans les murs d'une caserne.

Soldats et officiers subalternes vivent de la même vie, se battent côte à côte, souffrent des maux égaux....ils se tutoient et se comprennent. Les régiments sont peuplés de mauvaises têtes, oui, mais les officiers exigent moins l'obéissance sous menaces que le concours cordial. Quand un chef....même très haut...déplaît aux soldats, ils ne lui envoient pas dire.

Le général Chamberlhac, qu'à tort ou à raison la troupe méprise parce qu'il passe pour avoir, un jour, fui, veut-il donner un ordre à un canonnier...."""""Passez votre chemin"""" crie celui-ci, et le général insistant....""""Si vous ne vous retirez pas devers ma pièce, je vous assomme d'un coup de levier !""""

Il faut voir aussi comment Chevillet agit avec des chefs, que d'ailleurs il adore. Son capitaine le punit...le trompette se sauve en déclarant qu'il ne purgera pas sa peine...le capitaine court après lui..."""Gredin, si je t'attrape je te coupe en morceaux""""....Mais le soir, Chevillet est très peiné....De blâmer ses chefs, on a toujours tort, a déclaré Coignet.


.....A ....Suivre.....(5è et dernier Chapitre).

salut

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MessageSujet: Re: Les Grognards....   Mer 17 Déc - 17:35

sunny

Quels sentiments mitigés à l'égard de tous ces hommes qui ont tant enduré et souffert, mélange d'admiration, de compassion et de tendresse.
C'étaient tous de sacrés bonhommes.

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MessageSujet: Re: Les Grognards....   Mer 17 Déc - 21:07

Madelin a parfaitement su restituer cette fraternité d'arme et les divers sentiments qui animaient ces hommes d'une trempe hors du commun.
Ce sont eux les véritables héros de l'épopée !
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Re: Les Grognards....   Jeu 18 Déc - 11:24

......sunny ......

5è..... et dernier Chapitre.......(Source Louis Madelin).


Mais l'homme dont un mot, un geste, un regard entraîne et console, jette à la mort et conduit à la gloire, ramène au devoir et exalte jusqu'à la folie, c'est l'Empereur.

Il était l'idole de l'armée...""""Je passais pour un homme terrible dans les salons, dira-t-il, mais nullement parmi les soldats. Ils avaient l'instinct de ma sympathie. Ils me savaient leur protecteur."""""

Mais il ne se perdait pas en paroles flatteuses. Il aimait ses soldats pratiquement. Il veillait à leur entretien, se plaignait des méfaits de l'intendance....""""Mon armée n'est pas nourrie !"""".....répète-t-il sans cesse et, sans cesse, il interroge le soldat sur sa nourriture, goûte à son pain, à sa soupe.

Il vient en effet les voir au bivouac, s'arrête pour écouter les histoires que conte un beau parleur, celui-ci à l'apparition du dieu, reste saisit et lui tient parfois tête. Et l'Empereur de rire. Lui-même cause avec eux, leur raconte ses histoires sur un ton bon enfant....""La véritable gloire""", dit-il devant un cercle de soldats ébahis, l"""a véritable gloire consiste à se mettre au-dessus de mon état. Moi, mes amis, j'ai une bonne place....je suis empereur. Je pourrais vivre au milieu des délices de ma capitale, me livrer aux jouissances de la vie...Et bien ! je fais la guerre pour la gloire de la France....je suis au milieu de vous, au bivouac, dans les combats, je puis être tout comme un autre atteint d'une balle...Je me mets au dessus de mon état.""""

""""J'ai une bonne place ! Je suis empereur !"""" Comme le mot trahit l'admirable faculté de l'homme à se mettre à la hauteur de ces braves gens. """""J'ai une bonne place ! """" Ils disent tous...Quel bougre ! il a une si bonne place, et il est ici !....Et ils sentent la guerre plus légère.

Notre père Napoléon, écrivent sans cesse les soldats. Ils ont pour lui, en effet, des sentiments filiaux. Ils ne lui donnent jamais tort. Si l'on se bat sans cesse, c'est que l'Europe attaque ou allait attaquer l'Empereur et la France. Si l'on souffre, c'est la faute de ces maudits Anglais qui sont, pour les grognards, l'abomination de la désolation, dignes de l'enfer....et même de pire. Si l'on a faim et soif c'est la faute des "riz-pain-sel" qui, en dépit des réprimandes du père du soldat, laissent celui-ci crever de faim et de soif. S'il y a parfois des injustices, c'est qu'il n'a pas su.

Il sait, chez eux, faire vibrer toutes les cordes....celle de l'amour-propre militaire avant toutes autres. Dés 1796, passant la revue de son armée en guenilles, Bonaparte a été interpellé par un grenadier qui réclame rudemment une tenue neuve (qu'on serait bien embarrassé de lui donner). Alors le général s'est retourné vers l'ordonnateur.....""""Il faudra lui en donner une, mais ce qui me fâche, c'est que lorsque ce brave qui, quoique jeune encore, n'en est pas moins un vieux soldat, sera habillé de neuf, on le prendra pour une recrue.""""

"""""Général, s'écrie le grenadier, je ne veux plus être habillé"""""" C'est ainsi qu'on fait l'économie d'une tenue et qu'on s'attache un homme.

Il faudrait citer mille mots, mille phrases, mille passages de lettres et de Mémoires....ce serait un concert qui édifierait. Pour tous Napoléon est bien un dieu, un dieu infaillible et invincible, un dieu que respectent les boulets et les balles. Le vieux soldat de Balzac, """racontant Napoléon""" dans sa grange répètera..."""Ce n'est pas naturel""" Tous écrivent le même mot...L'Empereur est au-dessus de la nature.

Ce culte imperturbale en fait pour leur idole d'exigents surveillants. Quoique persuadés de sa surnaturelle invulnérabilité, ils tremblent pour ses jours. A Friedland, François dit qu'ils frissonnaient tous à voir "les boulets passer près de lui et venir mourir à ses pieds".

Billon à un mot charmant...à Eylau, un aide de camp est emporté par un boulet si près de l'Empereur que, écrit le vélite, ..."""La Garde entière en trembla""""....""""Entendons-nous bien, s'empresse-t-il d'ajouter, """"La Garde ne tremblait jamais"""" Je veux dire qu'elle frémit en voyant le danger auquel venait d'échapper son idole."""

Ces sentiments expliquent très bien et justifient cette phrase qui, inscrite au trop fameux XXIXè bulletin où était annoncée à la France la ruine de l'armée, à si longtemps indigné certaines gens...."""La Santé de Sa Majesté n'a jamais été si bonne !""""

Monstrueuse inconcience, a-t-on dit, preuve d'un féroce égoïsme poussé jusqu'au cynisme ! Mais non ! Ce mot, toute une nation, mais plus particulièrement toute une armée, l'attendait avec anxiété.

François, Coignet, Bourgogne et leurs milliers de camarades demandaient sans cesse...."""" Comment va le Tondu ? """" L'Empereur le savait et leur répondait. Ce qui prouve, une fois de plus, qu'il ne faut pas juger des mots sans connaître l'atmosphère d'où ils ont jailli.

Quand leur dieu fut parti pour l'île d'Elbe, ils demeurèrent stupides. Chateaubriant a, dans un passage célèbre, dépeint la physionomie effrayante de la vieille garde escortant l'entrée de Louis XVIII à Paris. Lorsque, moins d'un an après, l'homme reparut, ils accourent tous. "Notre père a rompu ses chaînes, écrit Bangofsky, et revient parmi les braves qui ne l'ont jamais abandonné."

Routier, qui a eu la chance d'être à Paris, a vu la rentrée..."il ne pouvait plus se retirer de nos mains, écrit-il et repassait des uns aux autres comme si on eût voulu arracher quelques parcelles de sa personne et de son habillement".....C'était, écrit Thiébault, ...."Comme si le Christ ressuscitait sous leurs yeux".

Alors, tous les Coignet, tous les Bourgogne, tous les Barrès, tous les François, tous les Routier qui,....déjà, pour lui, avaient souffert mille morts et que douze mois de repos eussent pu ankyloser, bravement et presque allégrement, derrière " leur père " se rejetèrent dans la fournaise.

Trois mois après, le 18 juin 1815, à 8 heures et demie du soir, quand le soleil, enfin descendait sur l'horizon, aux champs de waterloo, l'armée française étant couchée en tas de cadavres sur la terre détrempée de sang, la Garde jusqu'au bout faisait front.

Entourés """comme à l'hallali""", a écrit Henry Houssaye, ces soldats refusaient de se rendre. Leur général n'avait pas besoin de cracher l'injure suprême, le refus ordurier et sublime à la figure des soldats de Wellington...eux, les yeux fous, terribles, fixés sur les ennemis, les insultaient sans parole et du regard seul les bravaient. Leur père Napoléon était vaincu....Il allait encore être jeté bas et pour toujours, cette fois....à quoi bon vivre ? Les uns après les autres, ils tombèrent en criant....Vive l'Empereur !.

....FIN...


Merci Louis Madelin pour ces belles pages...!!!

salut


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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Les Grognards....   Jeu 18 Déc - 13:49

Merci Jena Baptiste - mille fois MERCI flower
A Varsovie il fait mauvais temps mais pour moi le soleil brille comme en Provence. Je lis Votre texte et je suis tres, tres heureuse.
Amicalement et salut

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Percy
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MessageSujet: Re: Les Grognards....   Jeu 18 Déc - 20:17

Une conclusion homérique pour ces belles pages qui nous ont fait vibrer grâce au talent et à la plume de Madelin.
Merci également à vous Jean-Baptiste pour ce superbe cadeau de Noël. salut
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Trajan

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MessageSujet: Re: Les Grognards....   Jeu 18 Déc - 22:49

merci pour ces moments de lecture épique!
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MessageSujet: Re: Les Grognards....   

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