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 Une Nuit de Noël 1800......

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Une Nuit de Noël 1800......   Dim 21 Déc - 16:44

......sunny ...... 208 ans nous séparent de cet évènement historique...!!!

1er Chapitre........(Sources G.Lenotre)


Rien ne prête davantage à un récit, fût-il véridique de tous points, l'allure de l'apocryphe, que de remplacer par une initiale le nom de l'un des personnages. Ce procédé discret est pourtant ici de rigueur, précisément parce que le drame qu'on va lire n'emprunte rien à la fantaisie. La noble jeune fille qui en fut l'authentique héroïne, en se retirant du monde, a voulu se supprimer de l'histoire, et l'on doit avoir scrupule de lever le voile qu'elle prit pour cacher à jamais le nom qu'elle portait et l'inguérissable angoisse de son coeur.

Une famille au lendemain de la terreur.

Celle que l'on appellera Mlle Anne-Marie de D...., avait vingt-trois ans au derniers mois du XVIIIè siècle. Elle était donc de cette génération, singulièrement déroutée, qui, élevée dans le calme de l'ancien régime, avait été emportée, à l'âge où l'esprit s'éveille, par le formidable remous de l'ouragan révolutionnaire. Du jour au lendemain, ces enfants nés dans les premières années du règne de Louis XVI avaient vu succéder à la paisible existence provinciale le tumulte et les hasards de la vie d'aventures...fuites éperdues la nuit à l'heure des visites domiciliaires, fusillades, déguisements, cachettes, transes incessantes. Le père est en prison, promis à l'échafaud...les frères aînés ont gagné l'armée des Princes ou "Chouannent" en Bretagne....le château est brûlé...la maison de ville confisquée.

Ceux qui survivront, traqués, hors la loi, cachés sous de faux noms chez des paysans méfiants ou terrorisés, ceux dont les familles décimées chercheront, la Terreur passée, à se reconstituer, ne retrouveront ni foyer, ni fortune, et se reprendront à vivre, misérables et sans une plainte, avec des paniques de naufragés et des stupéfactions de gens qui auraient assisté à la fin du monde.

Tel était, au commencement du Consulat, le sort de bien des familles françaises....tel avait été celui de Anne-Marie de D.... Elle et sa mère avaient échoué, la tourmente finie, à Versailles, où s'étaient groupés, mettant en commun leur pauvreté, leurs gémissements et leurs rancunes, bon nombre d'émigrés rentrés, de veuves de Chouans ou de guillotinés, de nobles ruinés, ravis de retrouver une mansarde dans cette ville où ils avaient eu hôtel et valets.

L'une des personnes chez qui fréquentaient le plus ordinairement des dames D..... était Mme de Limoëlan, une Bretonne, qui, depuis quelques mois, s'était retirée avec ses deux filles rue Publicola, à Versailles. Son mari était mort sur l'échafaud...dix de ses parents, frères, oncles ou cousins, avaient péri dans les guerres de l'Ouest....de ces deux fils, l'un avait disparu....elle le croyait tué, l'autre, de tempérament très calme, disait-elle, et peu enclin aux aventures, vivait tranquillement à Mantes. On l'appelait..."Le Chevalier".

Le chevalier de Limoëlan venait fréquemment à Versailles, pour y voir sa mère et ses soeurs. C'était un homme de trente-deux ans, de taille élancée, de tournure élégante...il avait le visage long et maigre, les cheveux blonds, les yeux bleus, le nez aquilin, un menton à fossette, les dents belles, le front haut. Sa mise était des plus recherchées...mais, soit qu'il fut myope, soit qu'il se sentit plus à l'aise en abritant son regard sous des lunettes, il portait ordinairement des conserves à grosse monture.

Depuis le commencement de la Révolution, le chevalier avait beaucoup fait la guerre aux bleus, un peu attaqué les diligences, sport très en honneur au temps du Directoire, et conspiré comme tout le monde....très assagi depuis la pacification de la Vendée, il disait à tout venant qu'il rêvait de la vie régulière...il se targuait d'être soumis aux lois, d'admirer Bonaparte et de ne fréquenter qu'un monde choisi de royalistes venus à résipiscence, et de bonnes dames dont la dévotion faisait toute la politique. Mme de Limoëlan, la mère se disait, elle aussi, ralliée au nouveau régime...elle s'en montrait si fervente, si enthousiaste qu'il était rare qu'elle ne fit pas, le quintidi de chaque décade, le voyage de Paris, afin d'assister, au Carrousel, à la revue passée par le premier Consul.

La beauté, le charme délicat d'Anne-Marie avaient fait sur le coeur du chevalier une vive impression....de son côté la jeune fille éprouvait une romanesque admiration pour cet homme froid, réservé presque timide, qui au temps des guerres, s'était conduit en héros. Ils s'aimaient, ils se l'étaient avoué. Mme de Limoëlan et Mme de D.... avaient consenti sans peine à leur union....un prêtre qui vivait caché à Versailles, sur les hauteurs du quartier Saint-Louis, avait béni leurs fiançailles, et le mariage était ajourné au temps, prochain, espérait-on, où, par les bienfaits de Bonaparte, la paix assurée à la France et l'oubli accordé des discordes passées permettraient d'obtenir la radiation du nom de Limoëlan porté sur la liste des émigrés, radiation qui lui rendrait un état civil et lui permettrait de contracter mariage.

En attendant les deux fiancés se rencontraient souvent...leur projet avait reçu l'assentiment d'un vénérable religieux, oncle et parrain de Limoëlan, le Père de Clorivière, qui ayant vécu à Paris tant qu'avait duré la Terreur, occupé d'oeuvres saintes ou charitables, s'était miraculeusement soustrait à toutes les persécutions.

Il avait élevé le chevalier, très attaché lui-même à ses devoirs religieux, de tendance un peu mystique peut-être...quant à Anne-Marie, elle était pieuse, de cette piété sans trouble et sans discussion des coeurs droits. Elle était ardente royaliste, et la seule chose qu'elle fut tentée, sans doute, de reprocher à son fiancé, était la résignation de celui-ci au nouveau régime.

D'ailleurs, le chevalier avait un secret pour elle. S'il semblait se résigner, en effet, c'était pour mieux feindre...il avait résolu d'assassiner le Premier Consul.

Le Secret du Chevalier.

Limoëlan, à Paris depuis trois mois, avait pour complice un ancien compagnon de chouannerie, Saint-Rejant. Il avait également associé à son projet un de ses domestiques, Carbon, dont la principale ressource était l'attaque des voitures publiques. L'argent ne leur manquait pas. Tous trois se partagèrent les rôles....Le 17 décembre de cette année 1800, Carbon se présenta chez un cytoyen Lambel, marchand grenetier, rue Meslée, qui avait une voiture et un cheval à vendre....la voiture était une légère charrette à ridelles, longue de cinq pieds à peine, portée sur deux roues....le cheval était une petite jument noire, presque de la taille d'un poney, vieille et fourbue. Carbon acheta, 200 francs payés comptant, charrette et jument qu'il conduisit, le 19, rue Paradis,le long des murs de l'enclos Saint-Lazare, dans une remise louée à l'avance...il se disait marchand forain et la voiture devait servir à porter les toiles de Laval dont il entreprenait le commerce.

Le plan des conjurés était de fixer sur la charrette un tonneau rempli de poudre et de mitraille, de placer cette charrette sur le chemin de Bonaparte, un jour qu'il sortirait des Tuileries, et, au moyen d'une mèche soufrée, de faire sauter la charrette, Consul et escorte.....

La vie que mena Limoëlan durant les jours qui précédèrent la fête de Noël fut étrange...il s'agissait de n'éveiller en rien les soupçons de la police la plus méfiante et la plus habile qui fut jamais. Tout en conservant un domicile à Mantes, où il résidant officiellement, il s'était assuré dans Paris plusieurs asiles.

Il avait une chambre rue des Moineaux, dans la maison du cytoyen Leclerc, pâtissier, lequel était fort étonné des métamorphoses de son locataire...celui-ci s'était présenté, le premier jour, avec des cheveux du plus beau noir et le visage complètement rasé, pour reparaître, le lendemain, porteur d'une chevelure blond avoine, tressée en cadenettes sur les tempes. Deux jours plus tard il était châtain....la semaine d'après, ses joues étaient garnies d'opulents favoris spontanément éclos....Et, Leclerc, qui avait assité à bien des révolutions, gardait pour soi ses étonnements..."dans la crainte de créer des soucis au gouvernement".

Limoëlan avait loué également une mansarde rue d'Aguesseau chez une raccommodeuse de bas de soie, la veuve Jourdan....Il s'était aussi assuré un asile chez une repasseuse, la citoyenne Vallon, qui était la soeur de Carbon et demeurait rue Saint-Martin. C'est dans le taudis de cette femme que la barrique devait recevoir sa charge de poudre et de ferraille.

Encore fallut-il se procurer cette poudre, s'assurer de l'heure des prochaines sorties du Cosul, étudier l'endroit propice où sa voiture viendrait heurter la charrette.

Sans doute, quand, harassé, angoissé, l'esprit bourrelé de son entreprise, le chevalier se retrouvait auprès d'Anne-Marie, dans la calme maison de Mme D...., il lui fallait un effort surhumain pour chasser l'obsédant cauchemar et taire son terrible secret, causer librement, plaisanter, s'intéresser aux menus détails d'une prochaine entrée en ménage.... Quel supplice en de telles heures ! Et quel déchirement dissimulé sous un sourire, quand, de son regard limpide, la jeune fille, perçant peut-être quelque mystère, interrogeait fixement son fiancé qu'elle devinait obsédé et qu'elle n'osait questionner.

Ces drames d'intimité, corollaires des grandes tragédies de l'histoire, sont plus impressionnants, semble-t-il, dans la discrétion de leur pénombre, que les évènements eux-mêmes.

......A....Suivre.... Veille de Noël.


salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Une Nuit de Noël 1800......   Dim 21 Déc - 18:40

Cher Jean- Baptiste
Quoi peux écrire autre que - mille fois merci
santa - cet texte est pour moi le cadeau le plus agreable.
Amities et salut
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Percy
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MessageSujet: Re: Une Nuit de Noël 1800......   Dim 21 Déc - 21:28

Vous nous proposez à nouveau un récit palpitant dont chaque épisode va nous tenir en haleine.
Un présent que nous sommes nombreux à apprécier, moi le premier. salut
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Re: Une Nuit de Noël 1800......   Lun 22 Déc - 22:57

.....sunny .....

2e Chapitre........(Sources G.Lenotre)

Veille de Noël.

Qund on fut le 2 nivôse, qui correspond au 23 décembre, les habitués de la maison de Versailles, dont on a dit la scupuleuse piété, s'occupérent de la façon dont ils assisteraient, dans la nuit du lendemain, à la messe de minuit. Les églises n'étaient pas encore rendues au culte catholique, mais le gouvernement autorisait tacitement la célébration des offices dans les oratoires particuliers. Le prêtre qui avait béni les fiançailles du Chevalier et d'Anne-Marie devait célébrer la messe de minuit dans une chambre de son logement....les dames de Limoëlan et de D.... se faisaient un devoir d'y assiter.

Limoëlan, pressé de se joindre à elles, allégua une excuse. Cette nuit de Noël devait être celle de l'attentat....à l'heure où sa fiancé s'agenouillerait devant l'autel, lui, il serait la-bas, la main sur la détente de son infernale machine.

Il répondit a Anne-Marie qu'il assisterait, de son côté, à la messe de minuit que devait dire à Paris, dans une maison particulière, son oncle, l'abbé de Clorivière....on prit donc rendez-vous pour un jour prochain....puis Limoëlan quitta celle qu'il aimait. S'il la revoyait, ce serait dans la joie du triomphe...car il ne prévoyait à sa tentative que deux issues possibles, la mort ou la réussite. Il y en avait une troisième pourtant, si merveilleuse et si inattendue qu'il eût traité de fou celui qui l'aurait annoncé....il ne devait ni réussir ni succomber, et pourtant il voyait ce soir-là Anne-Marie pour la dernière fois.

Le 24 décembre (3 nivôse), vers cinq heures du soir, Carbon et Limoëlan arrivèrent rue Paradis, vêtus tous deux de blouses bleues, comme en portent les charretiers. Carbon attela le cheval à la charrette que Limoëlan conduisit, en descendant le faubourg, jusqu'à la porte Saint-Denis, où l'on fit hâlte. Au bout d'une demi-heure, parut Saint-Réjant amenant sur une brouette, la futaille, pleine de poudre et de mitraille, si lourde que les trois hommes eurent grand'peine à la placer entre les ridelles. Ils la recouvrirent aussitôt d'une grosse toile.

Limoëlan, Carbon et Saint-Réjant, s'engagèrent, avec la charrette aisni chargée dans la rue Neuve-Egalité (ajourd'hui rue d'Aboukir), Limoëlan tenait le cheval par la bride....les deux autres ramassaient "les grès et les cailloux" trouvés le long du chemin et les glissaient, tout en marchant, sous la bâche.

A la place des Victoires, Carbon quitta ses compagnons, qui, par la rue Croix-des-Petits-Champs, la rue Saint-Honoré et la rue de Malte, gagnèrent le Carrousel. Il était environ sept heures...nuit noire, un temps humide et brumeux.

La place du Carrousel était alors beaucoup moins étendue qu'aujourd'hui. Presque à l'endroit où s'élève à présent le monument de Gambetta, la longue façade de l'ancien hôtel de Longueville, occupé par les écuries du Consul, faisait face au château des Tuileries et se prolongeait dans la rue Saint-Nicaise, dont les premières maisons formaient promontoire sur la place.

C'est contre les murs de l'hôtel, un peu avant d'arriver au Carrousel, que Limoëlan et Saint-Réjant arrêtèrent la charrette. Soulevant la bâche et faisant mine de caler leur chargement, ils disposèrent une mèche d'amadou dont une extrémité plongeait dans la futaille et dont l'autre bout portait sous la toile.

Le premier Consul devait ce soir-là se rendre à l'Opéra de la rue de la Loi, pour la première audition d'un oratorio de Haydn....le spectacle était commandé pour huit heures. Près d'une heure à attendre. Les deux Chouans, comme deux hommes qui flânent, commencèrent à faire les cent pas dans la rue. En face de l'hôtel de Longueville était la devanture d'un café, à l'intérieur duquel une dizaine de consommateurs causaient ou jouaient paisiblement....au delà était la boutique du culottier Beirlé où l'on apercevait une femme qui, un saladier sur les genoux, épluchait des herbes.

A l'angle de la rue de Malte et de la rue Saint-Nicaise, dans le café d'Apollon, tenu par la femme Léger, une vingtaine de clients étaient attablés. Plus loin, un marchand de vin et un rôtisseur. Boutiques et cafés étaient animés....même en l'absence de la messe de Noël, Paris avait gardé le culte du réveillon et les gens s'approvisionnaient pour le repas de minuit.

Il es maintenant sept heures et demie, Limoëlan et Saint-Réjant se sont séparés...le premier, posté au coin du Carrousel, doit avertir de l'arrivée du Consul son compagnon, qui, la pipe à la bouche, bien en feu, se charge d'allumer la fusée d'amadou....celle-ci doit, suivant les prévisions, brûler durant sept à huit secondes, le temps pour Saint-Réjant de gagner l'angle de la rie de Malte et de se mettre à l'abri.

Le moment approche, il tourne sa jument et la place face au mur de l'hôtel, de façon que la charrette barre, en travers, la moitié de la rue...par surcroit de précautions, il avise une fillette de treize à quatorze ans qui passe et lui offre douze sous si elle veut tenir le cheval pendant un instant. L'enfant accepte. Une attente de quelques minutes encore. Huit heures sonne à l'orloge des Tuilleries. Les cavaliers de l'escorte sortent déjà de la cour du château. Saint-Réjant perçoit le galop de leurs chevaux sur les pavés....il guette le signal que doit donner Limoëlan.

Mais Limoëlan ne bouge pas....Limoëlan rêve. Sa pensée, dans l'anxiété de ce qui se prépare, a pris un tour imprévu. Elle est là-bas, dans la tranquille maison de Versailles, près de celle qui pense à lui, qui a deviné son angoisse peut-être, qui prie pour lui certainement. Et, tout de suite, comme sous le brusque éclat d'une lumière intérieure, jamais entrevue, le Chevalier est pris d'un doute, d'un remords....

Tout contre lui, en tourbillon, passent sur leurs chevaux lancés au grand trot, les grenadiers de la garde formant l'escorte du Consul. Ils entourent la voiture, roulant bon train....par la vitre, Limoëlan aperçoit la face pâle, le profil du César qui, dans moins d'une minute, va mourir. Le cortège, sans ralentir son allure, s'engouffre dans la rue Saint-Nicaise, obstruant, de sa masse emportée, l'étroitesse de la chaussée.

Un éclair prodigieux, une détonation formidable, un coup de silence, puis des clameurs, une bousculade affolée....les vitres des croisées, les charpentes, les tuiles des toits, les devantures des boutiques, les briques, les pierres des murs, les appuis des fenêtres, projetés sur tout le quartier, retombent avec un fracas épouvantable.

Dans la nuit, parmi le tumulte, on perçoit des hurlements, . Qu'y a-t-il ? On l'ignore. La voiture du Consul ? Elle est loin ! Bonaparte fait en ce moment son entrée à l'Opéra. Mais qui sont les morts ? On ne sait pas.

Devant l'hôtel de Longueville, le spectacle est effroyable. Sous les débris amoncelés, les corps gisent, informes...de toutes les maisons éventrées sortent des rugissement de douleur. Le café d'Apollon est un champ de carnage. Dans l'obscurité brumeuse, on voit se traîner sur le pavé boueux des êtres défigurés....quelques-uns sont nus, devenus subitement aveugles, hurlent de désespoir....d'autres ricanent, fous. Et nul ne peut comprendre d'où est parti ce tonnerre...il y avait bien là tout à l'heure, barrant la rue, une charrette que gardait une petite fille, mais il n'en reste rien...charrette, cheval, fillette, tout a disparu, anéanti.

.....A....Suivre.....(Après l'explosion).

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Une Nuit de Noël 1800......   Mar 23 Déc - 20:35

.....sunny .....


3e Chapitre........(Sources G.Lenotre)


Après l'Explosion....

Deux heures plus tard, Limoëlan frappait à la porte de la maison qu'habitait Saint-Réjant....la femme Leguilloux, qui tenait le garni, vint ouvrir. """"Votre monsieur est-il rentré ?""""" demanda le Chevalier anxieusement. Sur la réponse affirmative, il pénétra chez Saint-Réjant. Celui-ci était étendu sur son lit, haletant. La mèche allumée, il s'était écarté....il n'avait rien vu, rien entendu, rien senti, et s'était trouvé, sans savoir comment, à deux cent pas de la charrette, sous le guichet du Louvre. Réveillé par la fraîcheur du courant d'air, il avait couru au Pont-Royal, fait un paquet de sa blouse, vite jetée à la rivière....puis il avait gagné la rue des Prouvaires, était monté en titubant à sa chambre et s'était couché aussitôt.

Limoëlan appela la femme Leguilloux....""" Il est mal, bien mal, dit-il, il faut avoir un confesseur....Elle interrogea.....""""qu'a-t-il ?"""....""""Il a été jeté à terre...un cheval lui a marché sur le corps...je vais chercher un confesseur."""""......"""""Un médecin, plutôt,""""... dit la femme.

Limoëlan, de nouveau se lança dans Paris. Vers 11 heures, il parut, ramenant son oncle, le Père de Clorivière, qu'il avait trouvé se préparant à célébrer la messe de minuit dans le salon d'une maison amie. Saint-Réjant crachait du sang...un grand essoufflement le secouait. Un médecin arriva, qui, après que le blessé se fut confessé, le saigna.

Le lendemain, le blessé allait beaucoup mieux...il voulut prendre l'air, malgré les remontrances de la femme Leguilloux....il sortit et ne revint pas. Il était aller se loger, rue d'Aguesseau, chez Mme Jourdan, la racommodeuse de bas de soie, où il resta vingt jours. Un matin deux religieuses se présentèrent à Mme Jourdan et lui remirent pour son locataire un rouleau de 500 francs, de la part de M. de Limoëlan. Le soir de ce jour-là, Saint-Réjant quitta la rue d'Aguesseau et n'y reparut plus.

Carbon, lui, s'était, dès l'attentat, réfugié chez sa soeur, la femme Vallon. Quatre jours plus tard, Limoëlan, plus soucieux du salut de ses complices que de sa propre sécurité, vint le prendre là, et l'amena la nuit, par une pluie torrentielle....une pluie à décourager les policiers....chez une sainte femme associée à toutes les oeuvres pieuses du Père de Clorivière, Mlle de Cicé, rue Cassette, le 9 nivôse au soir Carbon était installé au couvent où vivaient en communauté, rue Notre-Dame-des-Petits-Champs, de vieilles religieuses longtemps errantes.

Il suffit de faire entendre à ces charitables dames que le proscrit était un protégé du Père de Clorivière et de Mlle de Cicé pour que toutes les portes du couvent s'ouvrissent à ces noms vénérés et se refermassent discrètement alors que, rassuré sur le sort de ceux qui l'avaient assisté. Limoëlan songea à lui-même. Il disparut.

Une Furieuse Chasse à L'Homme......

La police, comme on pense, était tout entière sur pied. On avait rassemblé quelques débris de la jument noire, ramassés rue Saint-Nicaise, et convoqué, pour les examiner, tous les maquignons de Paris. C'est ainsi que l'on connut, par le grainetier Lambel, le signalement de Carbon. Mais quand il fallut trouver l'homme, toutes les recherches demeurèrent vaines....elles le seraient toujours restées, sans nul doute, si Carbon, qui se faisait malaisément à la vie du cloître, ne s'était risqué dans les rues et n'avait été suivi et reconnu par un policier. Il fut arrêté le 18 janvier et écroué au Temple....le soir même, on enfermait aux Madelonnettes les religieuses qui avaient donné asile, Mlle de Cicé, la femme Vallon, la mère et les soeurs de Limoëlan, appréhendées à Versailles.

Dix jours plus tard, une patrouille rencontrait, rue du Four, Saint-Réjant qui, depuis près d'une semaine, n'osant plus frapper à aucune porte, errait dans la ville. On le traïna au Temple, où vinrent le retrouver dans la nuit, le femme Leguilloux et son mari, le patissier Leclerc, la femme Jourdan. Les interrogatoires révélèrent que le principal auteur de l'attentat était Limoëlan....sa capture ne semblait plus être qu'une question d'heures.

Mlle de Cicé fut héroïque....elle connaissait, à n'en pas douter, la retraite du Chevalier...elle savait, au moins, où se terrait le Père de Clorivière, qu'on ne parvenait pas à dépister et dont elle était la dévote et fidèle agente. Elle jouait sa tête à ne point parler, et ne parla point...le terrifiant M. Pasques lui-même, le policier colosse dont la prestance et l'astuce déconcertaient les plus madrés criminels, s'avoua vaincu devant la placidité résignée de cette vieille fille que tous les pauvres de son quartier réclamaient à grands cris.

Le 1er avril 1801, les accusés parurent devant le tribunal criminel, qui condamna à mort Cambon et Saint-Réjant....les autres furent acquittés. On garda quelques temps en prison la mère et les soeurs de Limoëlan....mais elles témoignaient d'une ignorance complète des évènements et on les remit en liberté.

Limoëlan restait introuvable. Il était encore à Paris cependant, et la police le cherchait avec acharnement. Pour ceux qui l'aimaient, ce fut un supplice de ne pouvoir s'occuper de lui, mais ils savaient leurs moindres démarches épiées.

......A.....Suivre.....

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Une Nuit de Noël 1800......   Mer 24 Déc - 0:05

...un mot - MERCI
Amities et salut
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Percy
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MessageSujet: Re: Une Nuit de Noël 1800......   Mer 24 Déc - 2:30

Magnifique récit de ces tragiques événements.
Ce qui me frappe le plus, c'est que des personnes qui se disent profondément religieuses et pleines de piété aient pu concevoir un attentat aussi lâche aux conséquences aussi meurtrières.
L'âme humaine recèle d'insondables mystères...
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Une Nuit de Noël 1800......   Mer 24 Déc - 17:04

.....sunny .....

Entièrement d'accord avec vous Percy...!!!

Au delà de toutes les passions politiques, idéologiques du moment, il est effectivement terrifiant...que des hommes et des femmes prônant les paroles de l'Evangile ont pu aider et couvrir par leur silence ces individus à commettre l'irréparable.


4è.... et dernier Chapitre..........(Sources G.Lenotre).

L'Adieu de la Fiancée.

Seule, l'influence du Père de Clorivière était sa sauvegarde....quoique traqué lui-même, le religieux veillait sur son filleul par le concours de personnes discrètes qui lui obeissaient aveuglèment. A l'époque où l'on jugeait ses complices, Limoëlan avait trouvé un refuge dans les caveaux abandonnés de l'église Saint-Lauent...il y resta, croit-on, durant quatre mois.

En mai seulement, il se hasarda à sortir et à gagner la Bretagne. Son voyage fut une invraisemblable aventure. Presque chaque nuit, il changeait de déguisement...un jour, en élégant costume d'Incroyable, il passa, faisant siffler sa badine, à travers un groupe de soldats auxquels on l'avait signalé et qui suivaient sa piste. Parvenu en Bretagne, il erra de retraite en retraite, tour à tour caché au château de Limoëlan, à Broon, à Sévignac et dans les villages voisins.

Quand il eut enfin trouvé un asile sûr, quand il eut tout combiné pour pouvoir, à l'heure qu'il choisirait, prendre la mer et passer en Amérique, il écrivit à Anne-Marie. Depuis un an, il n'avait donné ni à elle ni aux siens, aucun signe de vie. Il ignorait tout de son existence, mais il se savait toujours aimé et il aimait toujours....il proposait à sa fiancé de l'accompagner à Baltimore où le mariage serait célébré.

La réponse d'Anne-Marie se fit attendre longtemps...elle parvint enfin....c'était un adieu. La pieuse jeune fille disait ses angoisses passées, les tortures de son coeur alors qu'elle avait appris ce qu'avait fait celui dont elle devait partager le nom. Le blamait-elle ? L'admirait-elle ? Elle ne s'en expliquait pas...elle l'aimait.

Pendant de longs mois, elle avait vécu dans l'affolement et dans la prière, s'attendant chaque jour à apprendre que Limoëlan était arrêté. Elle n'osait interroger, croyait qu'on lui cachait des choses, que c'était fini, qu'il était mort, abandonné de tous, tué par une patrouille, dans quelque champ désert, comme un fauve par les traqueurs. Alors dans le désespoir où sombrait son âme, elle avait imaginé de donner sa propre vie pour le sauver...elle avait promis à Dieu de n'être à personne qu'à lui.

La lettre de Limoëlan, en lui apprenant que sa prière avait été exaucée, lui fixait en même temps que l'heure était venue d'accomplir son voeu....elle allait prendre le voile et se retirer dans un couvent, où, recluse pour jamais, elle ne cesserait de remercier le ciel de sa miraculeuse intervention.

La Fin d'un Conspirateur.

Six ans plus tard, un Français nomade frappait un soir à la porte du séminaire des sulpiciens de Sainte-Marie, à Baltimore. Il avait l'air inquiet...de quelqu'un qu'on poursuit. Il donna son nom, de Clorivière, demanda une cellule et la faveur d'être admis à suivre une retraite....C'était le Chevalier de Limoëlan.

Il avait profité d'un voyage de son beau-frère et de sa soeur, M et Mme de Chappedelaine, pour s'embarquer avec eux et passer en Amérique...A bord, pour mieux dépister les soupçons, il leur avait servi de domestique. Parvenu à New-York, il y vécut quelque temps sous le nom de Guitry...il dessinait avec talent et gagnait sa vie en peignant des portraits. Il paraissait en proie à une obsession qui l'empêchait de se fixer...on le vit en Georgie, puis il parcourut la Caroline du Sud.

Sa retraite à Baltimore dura trois mois....il s'était remis au latin et décidé à reprendre l'habit religieux....""""Toutes mes vues passées, écrivait-il à Mme de Chappedelaine, me paraissent bien peu de chose, et jamais je n'ai tant regretté la perte de mon temps jusqu'ici""""....et plus loin.....""""Je répondrai aux voeux, si souvent adressés au ciel ...et combien j'ai tardé à manifester ma reconnaissance d'une conversation presque miraculeuse !...vous savez à quoi je pense."""""

Aux Etats-Unis, on ignora toujours la véritable identité de Limoëlan et le rôle qu'il avait assumé. C'est sous le pseudonyme de Clorivière qu'il reçut la tonsure au carême de 1807. Le 1er août 1812, il était ordonné prêtre, et l'archevêque de Baltimore, Mgr Carroll, lui confiait la cure de Charleston...Limoëlan la quitta en 1814 pour entrer comme aumônier à la Visitation de Georgetown. Les dames du couvent le considéraient comme un saint, et un peu aussi comme un martyr...quoiqu'il fût encore éloigné de la soixantaine, il avait l'allure d'un vieillard, cassé, dolent et hanté de souvenirs pesants.

Rien, paraît-il, ne peut exprimer l'air de piété humble et fervente dont il officiait, chaque année, la nuit de Noël. Pendant toute la soirée qui précédait la messe, il restait prosterné, en prières, devant le tabernacle...et nul ne pouvait soupçonner le tragique pélerinage qu'accomplissait alors sa pensée....il revivait la nuit du 3 nivôse, revoyait l'angle du Carrousel, la charrette avec sa bâche, la fillette tenant la jument noire, la mansarde où il avait conduit son oncle au chevet de Saint-Réjant....il songeait à l'échafaud de ses deux amis.

La dalle sous laquelle il repose, depuis le 29 septembre 1826, dans la crypte de la chapelle qu'il a élevée, porte le seul nom de Clorivière....on le lit, entre les fleurs fraîches et les cierges allumés qui, depuis quatre-vingt ans, n'ont jamais manqué à cette tombe, quasi anonyme, que les personnes pieuses de la région visitent comme un lieu de pélerinage.

......FIN......


salut

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Percy
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MessageSujet: Re: Une Nuit de Noël 1800......   Mer 24 Déc - 19:54

Finalement, il n'est que logique que le remords ait poursuivi cet homme jusqu'à son trépas.
Ne serait-ce qu'en rémission des maux dont il était responsable...
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MessageSujet: Re: Une Nuit de Noël 1800......   Sam 27 Déc - 12:45

Comme toujours - merci.
Amities et salut
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MessageSujet: Re: Une Nuit de Noël 1800......   

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Une Nuit de Noël 1800......
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