Forum des Amis du Patrimoine Napoléonien

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 Napoléon mangeait mal et coupait son vin....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Napoléon mangeait mal et coupait son vin....   Ven 2 Jan - 19:46

....sunny ....

Napoléon était-il gastronome ? L'histoire ne lui a pas laissé cette réputation. Son activité l'empêchait de s'attarder à table et d'en goûter réellement les plaisirs.

1er Chapitre.....(Sources Paul Ganière)

Nul ne l'ignore...les habitudes culinaires de Napoléon étaient déplorables. Lorsqu'il résidait aux Tuilleries ou d'en l'un des palais impériaux, Napoléon se faisait habituellement réveiller entre six et sept heures du matin. Après avoir fait aérer la chambre pour y faire entrer "le bon air que Dieu avait fait", il se levait, s'enveloppait dans sa robe de chambre et s'asseyait devant le feu pour lire les dépêches apportées par son secrétaire et parcourir les journaux.

Puis, il recevait les personnages de la cour ayant droit aux "petites entrées", le maître de la garde robe, le grand-maréchal du palais, les architectes et le bibliothécaire du château, les medecins, en particulier le premier d'entre eux, le docteur Corvisart. Auprès de ces familiers, il s'inquiétait surtout de ce qui se disait en ville, prenant aussi le pouls de l'opinion.

Après s'être longuement plongé dans un bain très chaud puis soigneusement rasé, frictionné, parfumé, il revêtait sa légendaire tenue de campagne, gilet de casimir blanc barré du grand cordon de la Légion d'honneur, habit vert de colonel des chasseurs de la Garde, culotte blanche, bas blancs, souliers à boucles. C'est alors seulement qu'il quittait ses appartements privés pour pénétrer dans le grand salon, précédé du grand chambellan. Il était exactement neuf heures.

On introduisait alors auprès de lui ceux qui jouissaient du privilège des " grandes entrées", princes de la famille impériale ou de l'Empire, cardinaux, grands officiers de la couronne, présidents des grandes administrations de l'Etat. Avec chacun, il échangeait quelques mots, ne retenant auprès de lui que ceux, dignitaires ou hauts fonctionnaires, avec lesquels il avait à s'entretenir d'un sujet déterminé.

A neuf heures et demie, les audiences devaient, en principe, selon l'étiquette, se terminer quand venait de sonner l'heure du déjeuner. Malheureusement, cet horaire trop précis était rarement respecté et les derniers visiteurs ne se retiraient souvent vers dix ou même onze heures. Pendant tout ce temps, le maître d'hôtel devait veiller à ce que les plats prévus au menu soient contamment tenus au chaud ou renouvelés. C'est ainsi qu'un jour où les audiences s'étaient poursuivies jusqu'au milieu de l'après-midi, il fallut mettre successivement au four vingt-trois poulets avant que l'Empereur ne se décidât à déjeuner.

La table était dressée dans le cabinet de travail, près de la cheminée, sur un simple guéridon recouvert d'une serviette. Le menu était composé d'un potage au riz ou aux pâtes qui devait toujours être servi bouillant, de trois entrées, de un ou deux rôtis, de deux entremets, de deux desserts et deux "pains à tête". Les denrées ayant servi à leur confection avaient été livrées au bureau du contrôle pour être pesées, examinées et mesurées avant d'être confiées aux soins du chef cuisinier.

Les plats préférés de l'Empereur étaient le poulet rôti ou à toutes sauces...sauté à la provençale, sans ail....car ce condiment alourdissait sa digestion, à l'italienne (soupoudré de safran), à la tartare (accompagné d'une farce), à la Marengo (avec des tomates), recette, disait-on, découverte le jour de la célèbre victoire, à la Duroc (sur un lit d'oignons et de truffes), à la Albufera (encore avec des truffes), à la Masséna (avec des fonds d'artichauts), à la Joséphine (flambé au cognac).

Il appréciait surtout une fricassée de poulet au vin de Champagne, spécialité de son cuisinier Farcy. Il aimait également les fritures et par-dessus tout la fritures de rougets de la Méditerranée, les oeufs sur le plat, le boeuf bouilli, les vol-au-vent, les bouchées à la reine, les timbales à la milanaise, le gigot à la broche et la poitrine de mouton grillée, le boudin à la Richelieu, les quenelles de volailles, les lentilles et les haricots en salade, les pâtisseries et avant tout les gaufres roulées et fourrées à la crème, les dattes, les amandes fraîches, le raisin.

Dans les rôtis, il recherchait la partie la plus cuite, "la plus brune", car il détestait les viandes saignantes comme il avait en horreur des haricots verts dans lequel il redoutait de trouver des fils qui lui faisaient penser à des cheveux.

L'Empereur désignait d'un geste le plat dont il voulait être servi, sans tenir compte de l'ordre habituel. Il passait volontiers du potage à l'entremets, pour revenir ensuite aux entrées ou au rôti, se servant beaucoup de ses doigts, trempant son pain dans les sauces, s'essuyant sur la nappe ou sur sa culotte, avalant de grosses bouchées qu'il ne prenait pas le temps de mâcher. En 1815, le médecin anglais qui se trouvait à bord du navire qui l'emmenait à Sainte-Hélène racontait qu'il l'avait vu dévorer en quelques secondes une côtelette de mouton...sans se servir ni de son couteau ni de sa fourchette.

La vaisselle était en argent ciselé et décorée aux armes impériales, ainsi que les couverts. Les carafes et les verres étaient en cristal taillé et ornés d'une couronne.

L'Empereur prenait généralement son repas seul et ne restait que sept à huit minutes à table. A la fin du déjeuner, il acceptait la présence d'un de ses officiers ou de tel ou tel de ses familiers, l'acteur Talma, le directeur général des musées Vivant Denon, le chimiste Bertholet, les peintres Gérard ou David, le dessinateur du cabinet Isabey entre autres, avec lesquels il s'entretenait de choses et d'autres. Parfois il leur offrait une tasse de café, mais rarement les invitait à s'asseoir.

Le soir, le diner était servi à six heures. Y assistaient l'Impératrice et, le dimanche, tous les membres de la famille impériale. Bien que le menu fût un peu plus compliqué et raffiné que celui du déjeuner, le repas ne se prolongeait jamais au-delà de vingt minutes. La table, pour Napoléon, ne constituait pas un plaisir auquel il convenait d'accorder davantage de temps.

En dépit de cette austérité alimentaire, Napoléon s'accordait cependant une fantaisie...le vin de Chambertin. Depuis le retour de la campagne d'Egypte, il en buvait une demi-bouteille à chaque repas. Il exigeait de cinq à six ans d'âge, et, au risque de faire bondir les connaisseurs, le coupait toujours d'une quantité égale d'eau glacée.

Le premier vin qu'avait bu le jeune Napoléon Bonaparte fut celui qui provenait de la vigne familiale, la Sposata, située à quelques kilomètres d'Ajaccio. C'était, disait-il, la première vigne de toute la Corse...grande et considérable. Cet attachement à la Sposata s'explique sans doute par le fait que les revenus résultant de son exploitation avaient permis à sa mère, Mme Laetitia, de payer une partie des frais de son éducation et de celle de ses frères. Plus tard, l'Empereur devait faire cadeau de ce vignoble à sa nourrice, Camilla Carbone, femme d'un marinier d'Ajaccio.

Où et comment Napoléon avait-il contracté par la suite son goût pour l'un des plus grands crus de Bourgogne ? On l'ignore, mais il n'est pas interdit de penser que ce fut lorsque le futeur Empereur se trouvait à Auxonne en qualité d'officier d'artillerie, de juin 1788 à septembre 1789 ou de février à juin 1791. Au cours de ces deux séjours, le jeune lieutenant Bonaparte se rendit fréquemment à Dijon, véritable paradis vinicole. Est-ce là qu'il eut l'occasion d'apprécier la chaleur et la vigueur du vin de Chambertin ? C'est fort possible, mais non prouvé.

Quoi qu'il en fut, lorsque le général Bonaparte devint premier consul, il décréta qu'il préférait ce vin généreux à tout autre, en particulier au romanée, au clos-vougeot, au montrachet et à tous vins de Bordeaux que son maître d'hôtel avait voulu lui faire goûter. Comme il n'y avait aux Tuileries ni dans les autres palais impériaux de caves susceptibles de conserver le vin, le préfet du palais avait conclu un marché avec deux négociants nommés Soupé et Pierrugues, demeurant 338, rue Saint-Honoré, qui s'étaient engagés à fournir les quantités demandées et toujours de qualité égale pour la somme de six francs la bouteille.

Le service de l'intendance ne payait que les bouteilles consommées. Celles-ci devaient être uniformes, manufacturées à Sèvres et marquées d'un " N " couronné. Une de ces bouteilles est aujourd'hui conservée au musée de Meudon.

.....A ....Suivre.....(Les provisions de voyage).

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Napoléon mangeait mal et coupait son vin....   Ven 2 Jan - 22:48

Comme toujours - Merci.
Je ne juge pas afin pouvait banqueter la fois avec l'empereur parce que il ne mangeait pas de poissons.
Mais "...le poulet du Marengo..." ou "...a la Duroc...".
Je vais lire encore fois cette le texte demain devant le dîner.
Amicalement et salut
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Percy
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MessageSujet: Re: Napoléon mangeait mal et coupait son vin....   Ven 2 Jan - 23:21

Merci pour ce texte de Ganière qui est l'un de mes auteurs préférés sur la période.
Avoir un cuisinier qui s'appelle Farcy, voilà qui est commode ! Laughing
Ces mauvaises habitudes alimentaires expliqueraient en partie l'ulcère que développa plus tard l'Empereur et qui, combiné au cancer de l'estomac dont il souffrait héréditairement, allait lui être fatal sous le climat de Sainte-Hélène...
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Napoléon mangeait mal et coupait son vin....   Sam 3 Jan - 17:22

.....sunny .....

2è Chapitre...........(Sources Paul Ganière).

Les Provisions de voyage.

Tout au long de son existence, Napoléon redouta d'être vicitme d'un empoisonnement. Aussi, avait-il demandé à Bertholet et à son premier médecin Corvisart quelles précautions il convenait de prendre pour prévenir tout accident du genre.

L'un et l'autre s'étaient accordés pour lui conseiller de s'abstenir de tout aliment présentant la moindre saveur amère, de refuser le vin ayant une odeur d'ail et surtout de le cracher sur le champ...si seulement il se sentait étonné en l'avalant.

Pendant quelques temps, il fut d'usage que le maître d'hôtel absorbât quelques gorgées de vin avant de le présenter sur la table impériale. Mais comme le vin fourni par MM. Soupé et Pierrugues ne présentait jamais ni odeur ni goût suspects, on abandonna bientôt cette coutume et l'Empereur ne fut jamais "étonné".

Après la naissance du Roi de Rome, Napoléon aimait à se faire amener l'enfant au cours de son déjeuner. Il le prenait sur ses genoux, lui barbouillait les lèvres de sauce et lui faisait boire quelques gouttes d'eau rougie de vin de Chambertin. L'histoire ne dit pas si l'Aiglon partageait les goûts de son père.

Lorsque l'Empereur était en voyage ou aux armées, tout un convoi accompagnait sa berline. On y distinguait notamment...une voiture de lit, une cuisine de voyage, sorte de fourgon bâché de vert et transportant un fourneau et du charbon de bois, une voiture de table dans laquelle se trouvaient les casseroles et les poêles, une petite glacière, la vaisselle, l'argenterie, les provisions de bouche et le précieux Chambertin. Pour être sûr que le vin servi serait le même que celui que l'Empereur avait coutume de boire à Paris, un représentant de la maison Soupé et Pierrugues faisait toujours partie de la suite impériale.

Où qu'il se trouvât, en Espagne ou en Autriche, en Italie ou en Pologne, en Prusse ou des les plaines glacées de Russie, l'Empereur était ainsi assuré de voir son maître d'hôtel en mesure de lui présenter ses mets favoris et de pouvoir les arroser de sa boisson préférée, comme s'il était toujours au milieu de ses peuples.

Dès qu'il manifestait l'intention de s'arrêter pour déjeuner ou diner, la table était dressée soit en plein air lorsque le temps le permettait, soit dans un château des environs, une maison du bord de la route, voire même une simple chaumière, les plats étaient préparés à la hâte et la fameuse bouteille de Chambertin à son chiffre débouchée. Habituellement, le maréchal Berthier, major-général de la Grande Armée qui voyageait dans sa berline, prenait place en face de l'Empereur et se chargeait de lui servir à boire.

Alors qu'il se trouvait au camp de Boulogne, un jour de juillet 1805, Napoléon reçut, au cours de son déjeuner, la visite du maréchal Augerau venu lui présenter un rapport sur l'état de son corps d'armée. Il faisait très chaud. L'Empereur offrit à son vieux compagnon d'armes un verre de Chambertin.....""""Comment trouvez-vous mon vin ? """"" demanda-t-il....."""""Sire""", répondit le maréchal, """il y en a de meilleur.""""

Il était de notoriété publique qu'Augerau n'aimait guère Napoléon et n'était pas un fin gourmet. Habitué à plus de courtisanerie surtout depuis son accession au trône. L'Empereur prit ce jugement pour une offence. Vexé, il se leva brusquement et tourna le dos à son visiteur.

Une seule fois au cours de toutes ses campagnes, Napoléon fut privé de sa table habituelle. Cette dérogation aux usages se situe le 23 vendémiaire an XIV (15 octobre 1805), au soir de la victoire d'Elchingen remportée par le maréchal Ney sur les Autrichiens. Napoléon, fatigué mais heureux, arriva vers minuit, sous une pluie glaciale mêlée de neige fondue, dans le petit village d'ober-Falheim, non loin du champ de bataille. Tous ses bagages avaient été pillés, les provisions volées, y compris la réserve de vin. Il dut se contenter d'une omelette de deux oeufs arrosée d'eau. Jamais, dit-il en plaisantant, je n'ai connu une pareille disette depuis les sables d'Egypte.

Fort heureusement, des fourgons transportant les réserves personnelles de l'Empereur rejoignirent rapidement le quartier général et la table impériale put ainsi être approvisionnée dès le lendemain comme à l'accoutumée.

Napoléon ne devait plus connaître de tels inconvéniants jusqu'à la fin de son règne. Contrairement à ses habitudes, il lui arriva une fois de boire son vin pur. C'était sur le champ de bataille de la Moskova, le 5 septembre 1812. Autour de lui, depuis les premières du jour, les combats faisaient rage. L'issue de la lutte que se livraient sous ses yeux les armées française et russe était encore incertaine. Dans le fracas de la mitraille tombaient ses meilleurs soldats, tandis que des boulets ennemis roulaient presque jusqu'à ses pieds.

Vers midi, Napoléon, enrhumé et fiévreux demanda qu'on lui apportât un morceau de pain et un verre de vin qu'il but d'un trait, sans même y avoir ajouté d'eau. Inattention ou désir de se procurer un moment d'euphorie ?...On ne sait.

Dans son exil à île d'Elbe, l'Enpereur déchu et obligé de faire des économies (Louis XVIII revenu sur le trône de France refusait de lui verser la rente annuelle de deux millions de francs prévue par le traité de Paris du 6 avril 1814) dut renoncer à faire venir du vin de Chambertin et se contenter d'un petit vin du pays qui assurait-il, lui rappelait sa Corse natale.

Ce vin provenait d'un enclos situé aux alentours de sa résidence de campagne de San Martino, à une lieue de la capitale de l'île, Portoferrajo, et auquel il avait demandé à ses " sujets Elbois" d'apporter tous leurs soins. Ce vignoble existe toujours. J'ai eu l'occasion de goûter un échantillon de sa production qui m'a paru, à vrai dire, de qualité assez moyenne.

.....A.....Suivre....

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Napoléon mangeait mal et coupait son vin....   Dim 4 Jan - 2:25

Lors de mon séjour à Elbe, il me fut permis de visiter "La Chiesa", le domaine d'un producteur de vin local qui, si je ne m'abuse, fut l'un des fournisseurs de l'Empereur.
Je puis vous assurer que la qualité du vin actuellement produit sur place est tout à fait acceptable. Wink
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Napoléon mangeait mal et coupait son vin....   Dim 4 Jan - 12:45

......sunny .....

3è et dernier chapitre.....(Sources Paul Gagnère).

Pendant les cent-jours et au cours de la malheureuse campagne de Belgique, Napoléon, retrouva ses habitudes culinaires et son vin de Chambertin. A waterloo, il apprit qu'un officier anglais, le capitaine Elphinstone, neveu de l'amiral lord Keith commandant de la flotte de la Manche, venait de tomber, grièvement blessé, aux mains des troupes françaises au terme d'une action particulièrement valeureuse. L'Empereur donna aussitôt l'ordre de le traiter avec égard et lui fit porter, en hommage pour son courage, un ""gobelet d'argent plein de vin de son office"".

Le capitaine Elphinstone, devenu colonel, ne devait jamais oublier ce geste. Alors que l'Empereur, obligé d'abdiquer pour la seconde fois et de confier son sort aux soins de ses anciens ennemis, se confondait à Sainte-Hélène, il eut la délicatesse de lui adresser à plusieurs reprises en signe de reconnaissance et pour adoucir les rigueurs de son exil, des cadeaux, livres, jeux d'échecs, pièces de tissu, mais, hélas ! jamais de bons vins de France.

A Sainte-Hélène, en effet, les difficultés inhérentes au ravitaillement de leur prisonnier ne cessèrent de préoccuper les anglais. L'île par elle-même ne présentant aucune ressource, l'approvisionnement des exilés dépendait de leurs gardiens et était subordonné à l'arrivée des navires venant de Londres ou du Cap. Comme le transport des marchandises était long et onéreux et que le budget accordé par le gouvernement britannique pour l'entretien du captif était limité, pas un instant ses geôliers ne songèrent à faire venir pour sa consommation quotidienne du vin de Bourgogne, considérant d'ailleurs que cette " manie de boire du vin de Chambertin était un caprice " qu'il aurait été fort déplacé de satisfaire dans les circonstances présentes.

Ils se bornèrent donc à commander en France un vin de Bordeaux de qualité médiocre qu'ils dénommaient " claret ". De plus, en raison de la durée du voyage, du climat de l'île et des mauvaises conditions de sa conservation, cette véritable piquette était "exécrable" et accusait, selon Napoléon et ses compagnons d'exil, une insupportable acidité.

Il déclara même à plusieurs reprises que s'il lui avait fallu respecter à la lettre les anciennes recommandations de Bertholet et de Corvisart, c'est à dire " rejeter son vin à chaque étonnement ", il aurait dû renoncer depuis longtemps à en consommer la moindre goutte.

Un jour la nourriture présentée à table fut jugée " si échauffée et si maigre " que l'Empereur menaça d'aller demander l'hospitalité aux officiers anglais chargés de sa surveillance. En outre, le vin se révéla de si mauvaise qualité que les compagnons de l'exilé se plaignirent auprès du gouvernement....""""C'est du vin que boit en France la dernière classe du peuple !"""""

Le gouvernement feignit l'indignation. La table du "général Bonaparte", affirma-t-il le plus sérieusement du monde, était aussi bien, sinon mieux approvisionnée que la sienne. Il laissa même entendre que les Français manquaient d'à-propos et émettaient de grandes exigences pour des prisonniers.

Mis au courant de cette conversation, Napoléon en fut contrarié et conseilla à ses compagnons de " montrer désormais de l'humeur pour des choses qui en valaient la peine et non plus pour des choses aussi mesquines".

Par la suite, et afin d'éviter les terribles aigreurs d'estomac que provoquait trop souvent le " claret ", Napoléon se contenta d'un simple verre d'eau de source au cours de son déjeuner ou de son dîner et de boire entre les repas un peu de vin de Madère, de ténériffe ou de Constance que lui fournissaient ses gardiens.

Plus rarement, en raison de son prix élevé (24 à 30 francs la bouteille), il demandait un doigt de vin de Champagne qu'il coupait d'une telle quantité d'eau afin " de ne pas trop s'égayer " que son valet de chambre comparait ce breuvage à de " la mauvaise limonade ".

Ces petits soucis alimentaires et cette privation de vin de Chambertin auraient été peu graves en elles-mêmes si elles n'étaient venues s'ajouter aux multiples "picasseries" qui contribuèrent par leur accumulation à rendre intolérables à l'Empereur les conditions de sa captivité. Aussi prirent-elles dans les récits de ses compagnons une importance qui peut nous sembler dérisoire. Certains même voulurent y voir une preuve supplémentaire de la " cruauté " des anglais à l'égard de leur prisonnier.

Une seule chose est sûre. Dans l'univers gastronomique, à vrai dire assez restreint, de Napoléon, le Chambertin apparaît comme la seule note de raffinement. Peut-être, alors qu'il se trouvait à l'autre bout du monde, perdu au milieu de l'immensité de l'Atlantique sud sans espoir de revoir un jour le pays qui avait fait sa fortune, aurait-il aimé pouvoir dire, comme se plaira à la faire plus tard Alexandre Dumas.....Rien ne fait paraître l'avenir couleur de rose comme de regarder à travers un verre de Chambertin.

......FIN.....


salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Napoléon mangeait mal et coupait son vin....   Dim 4 Jan - 18:24

Cher Jean-Baptiste.
Comme toujours - Merci flower .
...mais je pense que il mangeait Napoleon le soir apres passage de Berezina ou pendant "...reveillon..." en decembre 1806 a Nasielsk.
Il me semble que...pommes de terre...
Amities et salut
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Percy
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MessageSujet: Re: Napoléon mangeait mal et coupait son vin....   Dim 4 Jan - 20:01

Si l'on veut procéder par métaphore, on pourrait aller jusqu'à dire que ses geôliers firent boire à Napoléon le vin jusqu'à la lie.
Merci pour ce récit riche en anecdotes. Wink
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MessageSujet: Napoléon mangeait mal et coupait son vin....   Dim 4 Jan - 21:02

.....sunny ......

Vous avez trouvé cher Percy la véritable conclusion..."ses geôliers firent boire à Napoléon le vin jusqu'à la lie"....!!!

salut

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MessageSujet: Re: Napoléon mangeait mal et coupait son vin....   Mar 6 Jan - 0:18

Très "beau" récit, ... merci "JEAN-BAPTISTE" ... Wink



AMITIES FRIEDLAND / HERVE sunny study salut

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