Forum des Amis du Patrimoine Napoléonien

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 Cambronne Amoureux....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Cambronne Amoureux....   Ven 13 Fév - 11:12

.....sunny ..... Saint Valentin oblige..!!!!... (La tendre et amoureuse histoire de Cambronne).

1er Chapitre (Sources G.Lenotre)

Derrière la figure du soldat, haute en couleurs, n'est-on pas étonné de trouver un coeur tendre, quoiqu'assez malhabile à s'exprimer ? Qui croirait que ce grand sabreur de l'Empire fut aussi un amoureux patient, moins conquérant que sur les champs de bataille ?

Au camp de Boulogne, dans l'armée que Napoléon destine à la conquête de l'Angleterre, Cambronne est capitaine de grenadiers au 46ième de ligne.

Engagé volontaire en 1792, il s'est depuis lors, montré dans toutes les circonstances où il y a des coups à donner, et, dans ce temps là, les occasions ne manquaient pas. Il a reçu le baptême du feu à Jemmapes, a fait campagne contre les vendéens, les Russes, les Autrichiens, les Prussiens, les Anglais, il a servi sous Hoche, à l'armée d'Irlande, sous Masséna en Suisse, sous Moreau en Bavière.

Durant ces douze années, pas une semaine de répit...est-il allé seulement une fois ou deux embrasser sa mère qui vit à Nantes où il est né ?...c'est bien peu probable. A Boulogne, enfin il peut souffler, on ne bataille pas, on s'occupe simplement, en vue d'une descente prochaine sur la côte anglaise, d'assurer aux fantassins le pied marin, et Cambronne trouve là encore l'occasion de quelques prouesses en repêchant les "pioupious" qui tombent à l'eau.

C'est un "rude gaillard"...taille haute, visage énergique, teint chaud et coloré. "La beauté d'Alcibiade dans la force de Coriolan", a dit un admirateur ferré sur la Petite Histoire de l'antiquité.

Et voilà que, pour la première fois, dans la demi-oisiveté de Boulogne, à son grand étonnement, son coeur s'enflamme...l'objet de cet incendie est une fort jolie personne de vingt-quatre ans, fille d'une marchande de dentelles de Nieuport.

C'est une luronne, une intrépide écuyère. Que fait-elle à cheval parmi ces troupes qu'on instruit à naviguer ? Cela n'est point dit. Cette amazone se nomme Augustine Corbizé et tout de suite le brave Cambronne lui plaît.

Leur roman est singulier et il semble bien qu'il commença par le dénouement....Mais, après ce premier élan, Augustine se reprit, bourrelée de tardifs scrupules...craignait-elle que ses parents n'aprouvassent point sa fredaine, ou bien, le premier feu éteint, jugeait-elle que son amoureux faisait un assez piètre troubadour ?...Les lettres que lui adressait Cambronne étaient, en effet, plus empreintes de l'esprit de discipline que de passion poétique.

Il mande à son amie que si les auteurs de ses jours blâment leur commerce amoureux et conseillent à leur fille d'y renoncer, il la laissera bien tranquille et se contentera désormais d'apprendre ce qu'elle deviendra. Pour lui, il est résolu à l'épouser, mais il attendra patiemment.

""""" Je m'engage, écrit-il, à ne pas me marier d'ici que tu n'aies trente ans accomplis, si je le faisais avant, je te serais redevable de mille écus. Tu as cinq ans et demi pour réfléchir, quelle preuve plus grande voudrais-tu d'un engagement éternel ? """"

Peut-être eût-elle préféré que ce marché fût négocié en termes plus tendres. Mais Cambronne n'est pas un Céladon et sa correspondance se poursuit sur le ton peu langoureux qui lui est habituel. Il lui reproche un cadeau qu'elle lui envoie...." un habit neuf acheté à la foire"....."""""Et tu ne veux rien recevoir de moi ! j'espère que tu reviendras sur cette décision, je veux une réponse.""""""

La réponse ne vient pas Augustine n'en fait qu'à sa tête et le beau capitaine n'est pas content....."""""Sais-tu que tu agis un peu militairement avec moi ? tu vas suivant ton caprice et tu dis...C'est fait !....On en passe par ce que tu as décidé."""""

Quoique habile cavalière, la belle est tombée de cheval et s'est douleureusement meurtrie...."""""Tu pouvais te casser bras et jambes,tu ne sais donc pas que les meilleurs postillons se disloquent quelquefois avec les mauvais chevaux que l'on fournit dans les postes ? """""

Tout de même, le printemps est venu et sous ses tièdes effluves, Cambronne essaye du genre idyllique...."""""En attendant l'accord des oiseaux se choisissant en campagne, se becqueter, que j'envie leur bonheur ! quand serons-nous unis de même ? """""

Augustine, attendrie, annonce sa prochaine visite à Boulogne, mais son ami l'exhorte à retarder son voyage. Cette fois il abandonne le ton poétique, il a la gale. Tout son régiment est atteint du même mal, qui s'est répandu d'une manière effrayante. Il ne veut pas qu'Augustine s'expose à la contagion, et on devine avec quel empressement elle se résigne à lui obéir.

D'ailleurs, dévoré de démangeaisons, Cambronne est loin, promu chef de bataillon au 28 ième de ligne, il bataille en Moravie (Austerlitz), puis en Saxe (Ièna), puis en Pologne, puis en Espagne. On est en 1811...le délai de cinq ans et demi qu'il a fixé à Augustine, afin de lui laisser le loisir de la réflexion est écoulé...il ne s'est pas marié, il n'en a pas eu le temps...il est colonel, officier de la Légion d'Honneur, gratifié par l'Empereur d'une dotation de 2000 francs.

Alors entre deux manoeuvres, il songe à la belle fille qui a fait battre son coeur, et il lui écrit....""""""Je suis à même de t'être plus utile, ne refuse pas si tu as quelques besoins, songe à ton ami et au plaisir que tu lui feras d'accepter...Amour pour la vie.""""......On n'a pas la réponse d'Augustine...peut-être cette déclaration à retardement ne lui parvient-elle pas.

Des années passèrent encore, au cours desquelles Cambronne ne disposa pas d'un instant de répit...La Russie, Leipzig, la campagne de France, l'île d'Elbe, le retour triomphal, Waterloo. Il était alors général de brigade major du 1er régiment de chasseurs à pied de la Garde Impériale, le grade le plus envié peut-être, le plus glorieux de l'armée.

......A.....Suivre.....

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Cambronne Amoureux....   Ven 13 Fév - 19:33

I love you
Comme toujours - MERCI
Amicalement et salut
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Cambronne Amoureux....   Sam 14 Fév - 12:08

......sunny .....

2ième et dernier Chapitre (Sources G.Lenotre).

Les ennemis le ramassèrent, frappé d'une balle à la tête, parmi les cadavres de ses braves et l'emmenèrent prisonnier en Angleterre. Napoléon voguait vers Sainte-Hélène et, Cambronne, dégagé de ses serments envers l'Empereur, fit honnêtement sa soumission à Louis XVIII.

A peine la paix signée, avait-il mis le pied en France, qu'il fut arrêté. Comme Ney, comme Labedoyère, comme La Valette, les frères Faucher et bien d'autres, il était accusé d'avoir trahi le roi et pactisé avec Napoléon, écroué à la prison de l'Abbaye, et traduit devant une commission militaire.

Pour tout autre, c'eût été la fusillage assurée....l'homme qui servit d'éclaireur à Bonaparte évadé de son île et marchant sur Paris ne pouvait se soustraire au châtiment. Il s'y préparait courageusement. Mais il était en même temps le vaillant chef qui, résistant le dernier dans le glorieux carré de la vieille garde, avait craché aux Anglais l'invitant à se rendre, une apostrophe dont l'écho retentissait dans tous les coeurs patriotes comme une revanche de la défaite. Ce mot-là lui porta bonheur...Cambronne fut acquitté.

Réformé sans traitement, suspect à la police, il se réfugia aux environs de Nantes, auprès de sa vieille mère qu'il n'avait pas vue depuis bien des années.

Au vrai, Cambronne n'avait jamais aimé que l'Empereur....cet amour remplissait sa pensée et son coeur...il lui avait consacré toutes les forces de son être. Le reste, pour lui, ne comptait pas.

Pourtant fatigué, couvert de cicatrices, retombé, après vingt années tumultueuses, du vacarme des combats au silence de la vie campagnarde, il se souvint de cette Augustine à laquelle, jadis, il avait promis une fidélité éternelle. Peut-être était-il temps de reprendre où on l'avait laissée, l'idylle interrompue. Il écrivit donc, s'imaginant être toujours amoureux.

Augustine, lasse probablement de ce prétendant qui ne se manifestait que tous les sept ou huit ans, dut répondre par une bordée de reproches, car on a la riposte du naïf soupirant..... """""Que tu es barbare, injuste ! Pourquoi cesser de correspondre avec moi ? Viens m'ôter la vie, sans ton amitié elle ne m'est plus rien ! """"""

Mais l'amazonne ne fut point touchée par ces protestations, dont les longues intermittences atténuaient la ferveur. Etait-elle mariée ? D'autres aventures avaient-elles effacé le souvenir du beau capitaine de l'an XII ?.... le congé qu'elle lui signifia fut définitif, car, en 1818, Cambronne mettait fin au roman par ces mots pitoyables....."La cruelle me refuse tout !"....sans doute dans sa candeur, se figurait-il compter au nombre des plus navrantes victimes de l'amour.

Il se fit une raison. Non loin de la campagne qu'habitait sa mère vivait une jeune veuve anglaise, Mme Sword, que Mme Cambronne avait prise en affection.

Le général ne haïssait pas les Anglais...il était quitte envers eux, s'étant déchargé une bonne fois de ce qu'il avait sur le coeur. Mme Sword, de son côté, admirait ce héros si bon fils, si tendre, si simple et si chargé de gloire. Sans doute ne connaissait-elle pas assez les nuances de notre langue pour apprécier à sa valeur l'énergique et fameuse apostrophe.

Toujours est-il que, en février 1819, quand s'éteignit Mme Cambronne, elle exigea de son fils la promesse qu'il épouserait Mme Sword. Elle était riche, n'avait pas d'enfant. Il atteignait alors la cinquantaine....il réfléchit durant un an, et, le 10 mai 1820, il conduisit à l'autel l'aimable épouse qui, durant vingt ans, allait assurer son bonheur.

Heureux de posséder enfin un foyer, retiré pour toujours dans sa terre de la Baugerie, il ne songea plus qu'à savourer la vie, administrant son domaine et ne quittant jamais sa femme.

Les amis, les admirateurs qui se présentaient chez lui le trouvaient, non sans surprise, penché sur un canevas, tirant l'aiguille et fort absorbé par sa tapisserie....et c'était une impression peu banale de voir pacifiquement compter ses points et assortir ses laines....ce terrible batailleur dont le nom était inscrit au testament de l'Empereur et gravé sur l'Arc de Triomphe.

......FIN......

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Bel article   Mer 4 Mar - 23:06

et joli récit. La retraite de Cambronne me fait irrésistiblement penser au film "les duellistes" de Ridley Scott. Appelons cela "retour au calme". La psychologie des officiers de l'Empire, notamment sur le plan de leur vie sentimentale ( en interférence avec leur ascension sociale ) est un sujet d'étude qui reste à explorer.
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