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 Un Curieux Enlèvement.....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Un Curieux Enlèvement.....   Ven 6 Mar - 12:40

......sunny ...... 1er Chapitre.....(Sources Roger Régis).

Napoléon dira...."""" Je n'ai connu qu'un traître véritable, un traître consommé Fouché."""""

En l'année 1800, Bonaparte, Premier consul, tenait d'une main ferme le gouvernement de la France. Sous son impulsion, des ministres courageux remettaient de l'ordre dans le pays longtemps bouleversé par la période révolutionnaire et, parmi ces ministres Fouché, chargé de la police, n'était pas le moins énergique.

Pourtant dans les provinces de l'Ouest, la Chouannerie n'était pas tout à fait éteinte. Des attentats royalistes se préparaient dans l'ombre contre Bonaparte, et celui-ci, vainqueur à Marengo, venait de rentrer depuis peu à Paris, quand se produisit un fait surprenant, inéxplicable.

Au mois de septembre, en plein jour, sans raison apparente, le sénateur Clément de Ris fut enlevé du château où il se trouvait en vacances, séquestré pendant deux semaines et rendu enfin à la liberté, sans plus de raison, dans les mêmes conditions mystérieuses.

Dominique Clément de Ris était de ces hommes sans héroïsme qui ne veulent d'ennemis d'aucune sorte, s'accommodent de toutes cisronstances, s'efforcent d'en tirer profit et changent d'opinion aussi souvent que l'intérêt le leur conseille.

Né en 1750, il avait, après des études de droit, jugé avantageux de solliciter un emploi auprès de la cour de Versailles. La Révolution venue, il s'était mis à hurler avec les loups.

Peut-être même avait-il hurlé un peu fort, car ce fut lui qu'on arrêta. Mais aussitôt le conventionnel Sieyès, avec qui il avait lié d'utiles rapports d'amitié, le fit relâcher. Libre, il se mit aux ordres du Directoire. Avec la même ardeur, il applaudit au coup d'Etat du 18 brumaire. Et la récompense ne se fit pas attendre....le 24 décembre 1799, il était nommé membre du "Sénat conservateur", l'assemblée prévue pour la nouvelle constitution consulaire.

Le citoyen sénateur pouvait donc admettre que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il avait pour amis les gens en place, outre Sieyès, Cambacérès et Fouché. Il était devenu riche. Dans la commune d'Azay-sur-Cher, à 15 kilomètres de Tours, il possédait le château de Beauvois, au milieu d'un vaste parc et des bois. Sa femme, ses fils, lui donnaient toute satisfaction. A cinquante ans, sa santé demeurait excellente. La tête froide, poitrine large, la taille haute, il donnait l'apparence d'un homme qui ne craint plus rien des vicissitudes humaines et jouit de la vie en épicurien. Or, quelle ne fut pas l'infortune qui survint le 23 septembre 1800 à cet homme trop heureux.

Il était cinq heures de l'après-midi et le soleil dorait les feuillages jaunissants de l'automne. Dans le château de Beauvois, tout était calme et les domestiques vaquaient en silence à leur travail. Mme Clément de Ris, souffrante depuis quelques jours, était alitée, et son mari, pour lui tenir compagnie, s'était assis dans un fauteuil à son chevet.

Tout à coup, le roulement d'une voiture se fit entendre sur la route venant de Tours. Le citoyen sénateur ne s'en étonna pas...il avait invité une amie de sa famille à passer quelques temps à Beauvois, et son cocher, Crébelleau, venait de la reconduire chez elle.

Par simple curiosité, Clément de Ris se leva et s'approcha de la fenêtre. En effet c'était sa berline qui rentrait au château. Mais là où la surprise commença de l'émouvoir, c'est lorsqu'il vit six cavaliers inconnus escortant la voiture, six cavaliers habillés à la façon des anciens officiers de la Chouannerie, avec vestes à la hussarde et bonnets de cuir, six cavaliers bardés de fusils, pistolets et de sabres.

La berline, avec son étrange escorte, entra dans la cour d'honneur et se rangea devant le perron. Attirés par le bruit, des domestiques étaient accourus. Mais quatre des cavaliers, sans descendre de leur monture, pointèrent sur eux leurs pistolets et leur intimèrent l'ordre de ne pas bouger, tandis que les deux autres brigands sautaient de cheval, entraient dans le vestibule, grimpaient les degrés conduisant aux appartements du premier étage.

Tout se passa alors comme dans une attaque bien réglée. Les deux intrus poussèrent la porte de la chambre où était couchée Mme Clément de Ris et dirent à son mari de les conduire dans son cabinet de travail.

Le sénateur on le sait déjà, n'était pas un bravache. Tout tremblant de peur, il obéit et, quand on lui ordonna de livrer ses clefs, les livra. On ouvrit les tiroirs. On fouilla partout. En un tournelain on rafla quatre vingt-dix louis d'or, une montre, des boucles d'argent. On se fit également apporter, par le maître d'hôtel, aussi docile que son maître, l'argenterie du château.

Enfin...et cela fut exécuté avec la plus extrême minutie...on mit la main sur les papiers, tous les papiers du sénateur. Puis, celui qui paraissait le chef, et qui était borgne, ordonna au châtelain pillé de le suivre.

On le fit descendre jusqu'au bas du perron et on le poussa à l'intérieur de la berline. Sous la menaces des pistolets , Crébelleau n'avait pas bougé de son siège...les domestiques pétrifiés, n'avaient pas appelé à l'aide.

Alors seulement, un des brigands pris la précaution de bander les yeux du malheureux sénateur qui, de plus en plus apeuré s'abandonnait à son destin. La voiture s'élança au trot, accompagnée par les six brigands. Le tout n'avait pas demandé une heure.

Est-ce de l'émotion ressentie en voyant envahir sa maison et enlever son mari ?... Mme Clément de Ris oublia sa maladie, se leva, appela de l'aide. Mais dans cette solitude, qui pouvait la secourir ? ...Tout ce qu'elle put faire fut d'envoyer à Tours un de ses domestiques prévenir la Gendarmerie.

Celle-ci promit d'entreprendre des recherches. La nuit cependant était venue. Il fallut attendre, et ce fut seulement le lendemain, vers midi, que les premiers renseignements parvinrent au château avec le retour, à pied, sans sa voiture, du cocher Crébelleau.

Le brave homme, tout moulu par la marche, tout effaré encore, raconta ce qui s'était passé la veille au soir et dans la nuit. Escorté par les brigands, surveillé par eux, il avait dû fouetter ses chevaux. En passant par le village d'Athée situé à peu de distance du château, les brigands enlevèrent, celui d'un médecin du pays, le docteur Petit, et lui avait intimé l'ordre de les guider dans la direction de la forêt de Loches.

Le médecin, aussi craintif que le sénateur, avait pris place sur le siège, à coté du cocher, et de nouveau on était parti au trot. On avait ainsi atteint la forêt, mais bien vite il avait fallu s'arrêter, tant l'obscurité était dense sous la voûte des arbres.

Les inconnus avaient alors detelé les chevaux de la voiture, monté Clément de Ris sur l'un d'eux, hissé sur l'autre le medecin et, après avoir permis au cocher de s'en retourner chez lui, entrainé leurs deux prisonniers dans la profondeur des bois.

Ces indications assez maigres, furent aussitôt transmises à la Gendarmerie de Tours. Deux jours plus tard, elles furent complétées grâce à la délivrance du docteur Petit, revenu dans son village. Certes le médecin était bon cavalier, mais il avait beaucoup souffert de la chevauchée à laquelle on l'avait contraint sur un cheval sans selle, d'autant plus qu'on lui avait noué un mouchoir sur les yeux.

A l'aurore, la cavalcade s'était arrêtée. On fit descendre de leur monture les cavaliers improvisés et, en les tenant par le bras, on les guida jusqu'à une maison qui se trouvait proche, presque ne bordure de la forêt. En franchissant le seuil de cette maison inconnue, le médecin avait compté trois marches.

A l'intérieur on consentit à retirer les bandeaux des deux prisonniers et ceux-ci eurent la surprise de se trouver dans une salle de ferme où semblait les attendre un repas composé de jambon et d'artichauts.

Ensuite ?....Le medecin ne savait plus qu'une chose...on lui avait confié une lettre écrite par le sénateur et destinée à sa femme...on l'avait remis à cheval et on lui avait dit de s'en aller. Il ne se l'était pas fait dire deux fois. En s'orientant tant bien que mal, il avait repris le chemin de son village.

La lettre, dictée sans aucun doute sous la menace d'un pistolet, invitait Mme Clément de Ris à déposer sans retard une somme de 50 000 francs dans une auberge de Blois, dont on donnait l'adresse. C'était semble-t-il, la rançon éxigée pour la délivrance du prisonnier.

La femme du sénateur ne se hâta pas de s'exécuter, mais elle transmit à Tours les renseignements recueillis par le docteur Petit, et la Gendarmerie se mit en campagne.

Dans la fôret de Loches, on trouva bien le chapeau perdu au cours de la chevauchée nocturne. A la sortie du bois, on découvrit aussi une maison rustique dont trois marches exhaussaient le seuil et, sur le fumier voisin, des feuilles d'artichauts répandues.

Mais dans cette maison, vivait une famille de fermiers, qui parut tout ahurie de ce qu'on lui raconta. Et, comme ils jugèrent n'avoir rien vu, rien su, ne rien comprendre à cette histoire, on n'osa pas les arrêter parce qu'il y avait trois marches à leur porte et parce qu'ils avaient mangé des artichauts....Bref, personne ne savait ce que le sénateur Clément de Ris était devenu....le mystère continuait.

......A......Suivre......

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Un Curieux Enlèvement.....   Sam 7 Mar - 10:55

......sunny ...... 2è Chapitre.....(Sources Roger Régis).


Pauvre sénateur ! Tandis qu'on le cherchait vainement, ses épreuves se poursuivaient. Après la course dans la nuit qui lui avait moulu les reins...et valu la perte de son chapeau....après le repas pris en compagnie du médecin, la lettre écrite à sa femme et le départ du docteur Petit, plus heureux que lui, il n'en avait pas été quitte avec la malignité des brigands. Et il faut l'avouer que sa mésaventure est si peu banale qu'elle ressemble plus à un épisode de roman qu'à un évènement historique, pourtant très réel.

D'abord on le séquestra dans un cachot souterrain où l'on ne pouvait descendre que par une trappe s'ouvrant au milieu d'une salle. Dans ce cachot, il n'y avait qu'une botte de paille pour lit, mais sur sa réclamation timide, on y ajouta un matelas.

Trois fois par jour, on soulevait la trappe pour lui donner à manger, d'ailleurs, une nourriture abondante et bien préparée. Le reste du temps, il ne pouvait que dormir, étendu dans une obscurité complète. De nouveau, il réclama contre cette immobilité.

On lui accorda un peu d'air pur et la facilité de se détendre en lui permettant de se tenir debout, au milieu de la trappe ouverte, les pieds dans le souterrain, la tête dans la salle, mais toujours avec les yeux bandés et la surveillance d'un geôlier impassible et muet.

Cette détention dura quinze jours. Clément de Ris pouvait croire que sa vie allait s'achever ici quand, le 8 octobre, quatre brigands qui avaient mené l'affaire vinrent le sortir de son cachot et le hissèrent, visage voilé, sur un cheval. La chevauchée dura tout un jour et une partie de la nuit suivante.

Soudain, un évènement imprévu se produisit. A un coup de sifflet lancé dans le lointain, succéda une galopade effrénée qui s'approchait. Il y eut des cris, des coups de feu, une rumeur qui ressemblait à un combat livré par les nouveaux venus aux gardiens du prisonnier. Celui-ci enfin crut rêver en entendant une voix compatissante l'interroger et lui annoncer qu'il était libre.

Il souleva son bandeau, vit quatre hommes inconnus qui lui souriaient, le félicitaient. L'un d'eux expliqua que le ministre de la Police les avait chargés de poursuivre ses ravisseurs.

Sur le moment, on le pense bien, l'heureux prisonnier ne chercha pas à comprendre cette succession insolite d'évènements. Il était libre et exultait de joie. Et cette joie l'aveugla au point qu'il pria les prétendus agents de Fouché de l'accompagner jusque chez lui pour fêter sa délivrance.

Le 10 octobre, vers 4 heures de l'après-midi, le sénateur et ses nouveaux compagnons arrivèrent au château de Beauvois, où Mme Clément de Ris, tout en pleurs serra sur sa poitrine ce mari qu'elle croyait à jamais perdu.

Si l'affaire avait pris fin ici, elle se solderait en somme par un simple brigandage agrémenté d'une énorme bouffonnerie. Les contemporains n'en aurait rien su et, de nos jours, à supposer que les faits contés ci-dessus fussent parvenus à notre connaissance, nous ne pourrions qu'en sourire. Malheureusement cette bouffonnerie avait des causes sérieuses....elle eut une suite tragique.

Malgré la promesse de se tenir coi, Clément de Ris crut devoir écrire à Fouché, le 20 vendémiaire......""""" Il y a vingt-quatre heures que je suis libre, citoyen minitre. Les quatre braves que vous avez chargés de me rechercher m'ont trouvé hier, à 3 heures après minuit, au milieu de la forêt de Loches....Ils ont attaqué ma nouvelle escorte, l'ont mise en fuite à coups de pistolet et m'ont ramené sain et sauf. """""

Ce pourquoi, le sénateur croyait devoir assurer Fouché de sa " reconnaissance éternelle".....Fouché dut rendre compte de la lettre au Premier Consul. Déjà, en apprenant l'enlèvement du sénateur, Bonaparte avait manifesté une vive colère. Il n'admettait pas que l'ordre fût troublé en France et s'indignait contre tous ceux qui s'attaquaient à lui, fût-ce dans la personne de ses sénateurs, Fouché qui connaissait son homme, l'apaisa en affirmant qu'il retrouverait les brigands.

Aussitôt le ministre de la Police fit parvenir en Touraine les ordres les plus impérieux. A vrais dire, son plan était déjà arrêté. Il ne se souciait pas de légalité, pas même de justice. Il lui fallait " six brigants" puisque six hommes avaient attaqué le château de Beauvois et, dans le nombre, un borgne était indispensable, puisqu'on en avait remarqué un parmi les ravisseurs.

De Paris, il désigna nommément trois habitants de la région de Tours, le marquis de Canchy, le comte de Mauduisson et Etienne Gaudin, qui avait eu le malheur de perdre un oeil.

Des brigands eux ?...Certes non. Simplement d'anciens Chouans qui vivaient maintenant chez eux en toute tranquillité. D'ailleurs, à peine arrêtés, ils invoquèrent les alibis les plus sûrs....ils ne pouvaient d'aucune façon avoir participé à l'affaire du château de Beauvois.

On n'écouta ni leurs protestations, ni les témoignages invoqués. Fouché voulait qu'ils fussent coupables. Ils devaient l'être. Le juge d'instruction passa donc outre, les maintint en prison et leur adjoignit trois comparses de son cru.

Auprès de Bonaparte, Fouché ne manqua pas de se vanter de la rapidité avec laquelle on avait mis la main sur les brigands.

Cependant l'étrange instruction suivait son cours. Au mois d'Août 1801, les accusés comparaissaient devant "le tribunal spécial" de Tours. Ces tribunaux, dits spéciaux, avaient été établis récemment afin de régler d'une manière expéditive le cas des vagabons, des faux Chouans, des brigands, de tous ceux qui, peu ou prou, troublaient l'ordre public. Il ne comportaient pas de jury et la plupart des juges étaient des militaires.

......A......Suivre.....(3è et dernier Chapitre).

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Un Curieux Enlèvement.....   Dim 8 Mar - 10:41

......sunny .......3è dernier Chapitre.....(Sources Roger Régis).


Malgré son désir de bien faire, et de faire vite, le tribunal de Tours se trouve fort embarrasé. En effet, ni le sénateur Clément de Ris, ni sa femme, ni personne de sa famille ou de ses domestiques ne consentit à se déranger. Trois autres témoins firent également défaut. Dans ces conditions, comment confondre des accusés qui se prétendaient innocents ?

Une fois de plus Fouché intervint pour mettre un terme à ces lenteurs. Le tribunal de Tours fut dessaisi au profit du tribunal d'Angers, tribunal "spécial" lui aussi, et plus docile que le premier aux suggestions de Paris.

Le 22 octobre 1801, à Angers, les accusés renouvelèrent leurs protestations d'innocence. Mais, cette fois on n'était décidé à ne s'embarrasser de rien. On savait que Clément de Ris, et sa famille refuseraient encore de venir....on ne les convoqua pas. Seuls, furent appelés comme témoins le docteur Petit et une femme qui "avait vu les brigands".

Ni cette femme, ni le medecin ne reconnurent les accusés. Des gendarmes se montrèrent également réticents. Alors l'ancien conventionnel Delaunay, qui présidait le tribunal, n'hésita pas à inviter à diner les autres juges et, les coudes sur la table, entre la poire et le fromage, à leur déclarer.

"""""Il serait d'un exemple regrettable et dangereux de prononcer l'acquittement. Si les accusés ne sont pas positivement reconnus coupables, ils n'en ont pas moins en qualité d'anciens Chouans, cent fois mérité la mort en d'autres circonstances.""""""

C'était un ordre devant lequel on devait s'incliner. Le 2 novembre, Canchy, Maudisson et Gaudin furent condamnés à mort et les comparses acquittés. Un seul juge, le capitaine Viriot, avait refusé de s'associer à cette tragi-comédie judiciaire...il devait payer de sa destitution son indépendance.

Dés le lendemain, les trois condamnés étaient guillotinés sur le champ de Mars d'Angers, Maudisson n'avait que vingt ans. La femme de Canchy, dans son désespoir tenta de se suicider.

Pourquoi et comment la bouffonnerie s'était-elle achevée dans le sang ?...C'est un mystère qui est resté longtemps sans solution, mais dont l'explication a été donnée, à la fin du dernier siècle, par un historien tourangeau, M. Carré de Busserotte.

En bref, le sénateur Clément de Ris n'a pas été enlevé par des "brigands", mais par des agents à la solde de Fouché. Sa délivrance a été une comédie arrêtée entre ces agents et d'autres agents du même ministre. Et ce fut pour camoufler cette opération que trois innocents payèrent de leur vie le machiavélisme de ce ministre sans scupule.

Fouché dont Napoléon devait dire plus tard """C'est le seul traître que j'aie connu"""", avait dans sa nature de ne servir en maître qu'autant qu'il y allait de son intérêt personnel et l'abandonnait cyniquement dès que la roue de la fortune semblait près de tourner. Au 18 brumaire, il avait attendu que le coup d'Etat eût réussi pour se rallier à Bonaparte. Toutefois au cours des mois qui suivirent, le nouveau pouvoir ne lui paraissant pas très assuré du lendemain, Fouché se réserva et, quand le Consul partit pour la campagne d'Italie, il commença de prévoir ce qui adviendrait si le général était battu...ou s'il était tué.

Agissant prudemment dans l'ombre, Fouché prépara un complot pour remplacer le gouvernement du Consul. Il en serait le chef avec, comme adjoints, Sieyès "à cause de ses ambitions trompées", Talleyrand "parce qu'il était un grand seigneur", et Carnot "à cause de sa profonde honnêteté". Clément de Ris qui, lui aussi, flairait le vent, devait en être.

D'abord , les nouvelles arrivant d'Italie ne présagèrent rien de bon pour l'armée française. Aussitôt Fouché fit imprimer des proclamations mettant hors la loi "les factieux du 18 brumaire", c'est à dire Bonaparte et ceux qui l'avaient soutenu. Ces proclamations devaient être affichées dans toute la France dès l'annonce du désastre qu'on escomptait. Or, en juin 1800, ce ne fut pas un désastre qu'on apprit, mais l'éclatante victoire de Marengo.

Fouché se sentit perdu s'il ne faisait pas disparaitre les preuves de sa trahison. Il s'empressa donc de confier les dangereuses affiches à Clément de Ris en le chargeant de les aller brûler dans son château de Touraine.

Le sénateur promit d'éxécuter la consigne mais, arrivé à Beauvois, il ne brûla pas les affiches et les conserva en même temps que la correspondance échangée avec Fouché.

Celui-ci, qui avait des espions partout, l'apprit. C'est alors que, pour rentrer en possession de tous ces papiers compromettants, il monta l'affaire des "brigands".

Ces prétendus brigands profitèrent de l'occasion, assurément pour piller un peu le château, pour mystifier aussi leur victime. On ne les inquiéta pas en effet, et, ce fut une simple comédie nocturne que la bataille livrée contre eux par les libérateurs du prisonnier.

L'affaire ainsi réglée, les uns et les autres rentrèrent dans l'ombre. Mais il restait à Fouché, pour se faire valoir auprès du Consul, à conduire devant la justice des gens quelconques accusés de l'enlèvement. Comme on l'a vu, sur une liste qu'il tenait toute prête, il désigna trois anciens Chouans.

Et le sénateur Clément de Ris ?.... Toujours prudent, il sut se taire, avant, pendant et après cette parodie de justice qui frappa trois innocents. Plus tard avec le même zèle intéressé, il servit Napoléon, qui le fit comte de l'Empire, puis Louis XVIII, qui le nomma Pair de France. Il ne mourut qu'en 1827, de sa belle mort, à l'âge de soixante-dix-sept ans.

Même parmi sa famille ou ses amis intimes, personne n'avait pu lui arracher le moindre aveu sur les circonstances de son enlèvement. A qui l'interrogeait sur ce point, il se contentait de répondre....."""" Ne parlons pas de cela, s'il vous plaît ! """""

......FIN......

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Un Curieux Enlèvement.....   Dim 8 Mar - 18:57

Cher Jean Baptiste
Aujourd'hui j'ai quelques heures tres calmes et avec plaisir je lisais Votre texte. Comme toujours - MERCI et flower .
Amicalement et salut
Maria Joanna
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