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 Le Conseil d'Etat.....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Le Conseil d'Etat.....   Dim 26 Avr - 13:30

......sunny ...... ... Le Conseil d'Etat..........(Sources L.Madelin)....


Voici une des institutions les plus fortes, les plus caractéristiques aussi, du régime Impérial.
Le Conseil d'Etat était institué pour "élaborer" les lois, les décrets et les règlements.

Chacune de ses "sections" correspondait à peu près aux attributions d'un des ministères. Composé d'une cinquantaine d'hommes, conseillers et maiîtres des requêtes, il se trouva grossi, sous l'Empire, de ces auditeurs, jeunes stagiaires qui, assistant aux débats ou chargés de préparer les rapports, s'initiaient ainsi à la science administrative et aux affaires de l'Etat.

Pour Napoléon, le Conseil d'Etat était à la base même du système...encore une "masse de granit" qui à, quoique rongée par le temps, à peu près subsisté. Il y avait réuni, dit dédaigneusement ce mauvais esprit de Stendhal, "les cinquantes Français les moins bêtes".

Disons qu'il avait cherché les cinquantes hommes dont chacun présentât en son cerveau le plus de capacité, d'expérience ou de zèle pour la chose publique. En dehors de quleques techniciens comme Fleurieu, ancien Ministre de la Marine de Louis XVI, Gouvion-Saint-Cyr, Chef militaire instruit et réfléchi, Foureroy et Chaptal, savants illustres, Portalis, Bigot de Préameneu et de Maleville, lumières jadis des grands barreaux de Paris et de Province, Bonaparte avait, dans le début pris ses conseillers d'Etat dans le monde de la Révolution.

Constituants de 1789, législateurs de 1791, Conventionnels de 1792, membres des Conseils de Directoire, certains avaient siégé dans le terrible Comité de Salut public et plusieurs en janvier 1793, voté la mort du roi...d'autres avaient proscrit en Fructidor et quleques-uns terrorisé les provinces, la plupart avaient, à la tribune des Assemblées, déclamé, des heures, des jours et des mois durant, parfois extravagué et, extravaguant, tout boulversé.

Mais Bonaparte savait ce que vaut en solidité la lave refroidie. Ce fut le miracle...ces échappés de tribune, autour du tapis vert, parurent d'autres hommes. Leur exaltation tombée, il ne restait, des crises traversées, que la forte expérience acquise dans le maniement de tout un monde en effervescence, et ce réalisme parfois si dur dans les anciens "constituants"...idéologues de 1789 tout à fait revenus...avaient déjà fait montre dans les comités de la Convention.

Et quand Bonaparte avaient jeté devant eux sur le tapis vert le formidable dossier du grand procés de l'an VIII, quand il les avaient conviés à rebâtir avec lui cette France qu'ils avaient démolie, il les avait trouvés égaux à cette tâche magnifique.

Les conseillers d'Etat furent les plus utiles collaborateurs du grand reconstructeur. En face de ces hommes de la Révolution, le premier Consul avait appelé après quelques mois, dans ce Conseil d'Etat, des proscrits de toutes les époques de la Révolution. Et, cependant, si des antipathies existaient, aucune querelle ne s'élevait. C'est que Napoléon était là.

Il était là, presque toujours présent aux grands débats, et quand il n'y était pas, la vue seule du fauteuil inoccupé rappelait sa présence et imposait son esprit.

Il laissait à la discussion toute liberté. Souvent même, dit l'ex-conseiller Thibaudeau, lorsqu'elle paraissait languir, il la ranimait....La contradiction lui plaisait parcequ'elle lui fournissait l'occasion de développer les ressources de son esprit et de faire prévaloir son opinion, moins par autorité que par de bonnes raisons. Ainsi "excitait-il la minorité".

Pelet de la Lozère dit aussi que "Napoléon provoquait souvent ceux dont il désirait les avis". Mais il exigeait qu'on fut concis. D'ailleurs, on était autour d'une table et assis. L'éloquence de tribune eût été ridicule, écrit Pelet...un nouveau membre, qui s'était fait une réputation dans les assemblées nationales, voulut, à son début, prendre le style oratoire...il s'aperçut qu'on se regardait en riant et se hâta de baisser le ton. Il n'y avait pas moyen de déguiser le vide des idées sous l'éloquence des paroles, il fallait posséder la matière et avoir dans l'esprit une abondante provision de faits.

Quand Cambacérès présidait, écrit Molé, la discussion aboutissait vite. Il savait merveilleusement prévenir, par un résumé clair et précis, les objections qui auraient pu prolonger le débat...mais l'Empereur, que ce débat intéressait, le forçait à se développer.

Parfois les séances, toujours pleines, se prolongeaient à ce point, que, dit le même témoin, les traits de l'archichancelier exprimaient une tension, un ennui poussé jusqu'au désespoir.

Plus tard, l'Empereur parut moins avide de contradiction, mais, nous dit un témoin, s'il ne la recherchait plus, il l'écoutait. Dix témoins ont peint l'Assemblée en terme presque identiques. Molé n'est que le plus frappant...."""Cette longue table en fer à cheval toutes garnie d'hommes d'origine et d'opinions si différentes dont pas un ne pouvait être cité comme un grand esprit, ni comme un talent, supérieur, écrit-il, se transformait quand, au bout du fer à cheval, sur une estrade, on voyait apparaître le Génie Organisteur. Elle devenait sous sa main comme un clavier dont il tirait des sons et composait des accords, bien moins dus à l'instrument lui-même qu'à celui qui savait s'en servir."""

Victor de Broglie, comme Molé, Trémont, comme Tournon, tous entrés comme auditeurs après 1804, nous rendent visible l'Empereur enfoncé dans son fauteuil, tournant dans ses doigts sa petite tabatière d'or, plongé parfois dans une méditation peuplée de pensées, tandis que "tous les yeux fixés sur sa figure l'observaient", et puis soudain, prenant la parole, soutenant le pour et le contre, "ce qui satisfait tout le monde", remuant, dit Trémont, les questions dont, ajoute un autre témoin, "il avait fait le tour, avec une admirable clarté".

Oui, après 1804, tous ces jeunes auditeurs, debout dans les embrasures des fenêtres, n'avaient d'yeux que pour lui, "avides de le voir", et, pour l'avoir entendu parler de sa voix saccadée, avec une connaissance inouïe des choses et des hommes et une éloquence parfois violente, mais si transportante, pour l'avoir vu promener sur les conseillers son regard bleu dévorant et accompagner de son geste expressif sa pensée magnifique, tous ces fils de familles d'ancien régime, ces jeunes gens distingués et cultivés se prenaient pour lui d'un fanatisme presque égal à celui des rudes soldats qu'il menait à la victoire.

Le Conseil "empruntait sa force, dit Thibaudeau, à celle du premier Consul". Il acquerait à la collaboration constante de Napoléon un prestige tel que, pour en être, un grand avocat, Jaubert, aimait mieux sacrifier le revenu de son cabinet, 40.000 francs, au traitement, modeste alors 10.000 francs, des conseillers.

A chaque nouvelle annexion, on vit écrit fièrement Pelet de la Lozère, venir au Conseil les hommes les plus capables de l'Europe Napoléonienne...Gênes envoya Corvetto qui, resté Français, sera ministre de Louis XVIII....Florence Corsini....Turin Saint-Marsan...La Hollande Appelius, toutes gens qui, plus tard, devinrent, dans leurs petits Etats reconstitués, des hommes d'Etat respectés. Ils étaient les produits de ce Conseil qui, pour Napoléon, ne devait pas être du tout un conservatoire de déclamation, mais un laboratoire d'idées.

Un laboratoire d'hommes aussi, car c'était là qu'il formait, en grande partie, après 1804, les futurs Préfets de l'Empire agrandi.

.......FIN......

salut

_________________
" Ne crains pas d'avancer lentement, crains seulement de t'arrêter "   (Sagesse Chinoise).

Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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