Forum des Amis du Patrimoine Napoléonien

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 Quand ils avaient vingt ans, nulle gloire ne les guettait...

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Quand ils avaient vingt ans, nulle gloire ne les guettait...   Dim 24 Mai - 10:03

....... sunny ....... Quand ils avaient vingt ans, Clercs ou Epiciers nulle gloire ne les guettait.... (Sources Louis Chardigny).


Tout est joué avant que nous ayons douze ans, disait Péguy. Sans doute les grands traits de notre caractère sont-ils très tôt dessinés. Mais cela suffit-il à déterminer la réussite, l'échec ou la médiocrité d'une vie ?....certainement pas. Ainsi trouve-t-on dans l'adolescence des hommes célèbres les signes annonciateurs d'une carrière ou d'un destin exceptionnels ? Si la question ne présente pas grand intérêt pour ceux des grands personnages de l'Ancien Régime que leur seule naissance plaçait déjà sur les hauteurs, elle devient captivante lorsqu'on considère les hommes que des guerres ou des révolutions ou des passions ont soudainement propulsés vers une imprévisible renommée (Bonne ou mauvaise).

Les Maréchaux de l'Empire, comme les Révolutionnaires de 1789 offrent la plus saisissante illustration du décalage qu'il peut y avoir entre les voies apparemment offertes à des adolescents par leur milieu, leur éducation et leur tempérament, et celles qu'en fait ils emprunteront.

On peut rêver...supposez qu'entre 1804 et 1814 vous ayez été maréchal de France ou comme on disait alors de l'Empire, par la grâce de Napoléon et la vertu de vos hautes actions. Supposez que vous soyez duc, prince, couvert d'or, de dorures et d'honneurs, avec de riches domaines, un hôtel à Paris, des dotations, des "fiefs" en Italie, en Allemagne ou ailleurs. Supposez qu'un soir de souriante mélancolie...même les héros doivent en éprouver, votre souvenir se reporte de ce que vous êtes devenu à ce que vous étiez à vingt ans, ou à quinze ou à vingt cinq, enfin avant que l'imagination la plus folle ait pu même vous laisser concevoir ce qui est arrivé en si peu de temps.

Paris 1774....

A la soudure du règne décrié de Louis XV et de celui, tragique, de Louis XVI, des gamins dépenaillés jouent et se bousculent dans les ruelles boueuses du faubourg Saint-Marceau, le plus pauvre de la capitale. Des gamins, des adolescents plutôt et, pour ce siècle, presque des hommes. Avec les passants qu'ils éclaboussent, avec les marchands qui tentent d'éloigner de leurs inventaires des mains trop lestes, ils échangent des injures et des menaces.

A la tête des garnements, un gaillard taillé en force, habile à jouer du poing, du coude et du pied, portant plus de trous à sa veste effilochée que de liards dans sa poche. Son nom...Pierre-François-Charles Augereau. Son âge dix-sept ans, sa mère...une fruitière du faubourg, son père un domestique...éducation, le ruisseau, instruction néant.

Abandonné à lui-même et aux hasards du pavé gluant, Pierre Augereau coltine de temps à autre quelques colis, bouchonne un cheval ou se charge de porter un billet pour deux ou trois sols. Ces aubaines sont rares. Il faut, pour les saisir, pénétrer dans la grande ville où la bande se sent moins à l'aise que dans son misérable quartier. Il y a plus à gagner et surtout plus à chaparder dans la cité grouillante et tortueuse, mais aussi plus à risquer parceque la maréchaussée s'y montre davantage.

La bande Augereau passe le plus clair de son temps à faire des niches aux bourgeois, aux boutiquiers dont les minces richesses s'étalent sur les plateaux des échoppes que l'on relève le soir. Et si d'aventure, une bourse, une montre, tombent dans la bagarre, ils ne sont pas perdus pour tout le monde. Parti de ce pied, le brun Augereau paraît promis à la corde ou à la roue plus qu'à la gloire militaire.

Et pourtant...comment s'enchaînent les choses. Un jour que l'équipe s'était prudemment dispersée à la suite d'une gaminerie un peu forte, Pierre Augereau poussa tout seul jusqu'aux abords du Palais-Royal où les occasions étaient bonnes. Il ondulait adroitement dans la cohue des promeneurs lorsqu'une main toucha son épaule et qu'une voix mâle lui souffla près de l'oreille....""""Alors mon garçon, on cherche fortune ?...tu l'as peut-être trouvée, que dirais-tu d'un pot dans un cabaret tranquille ?""""

Le jeune homme se retourna, prêt à se défendre ou à fuir, mais il sourit en voyant que son interpellateur était un bellâtre sanglé dans un uniforme de fantaisie, avec des galons dorés depuis le bas de sa culotte jusqu'aux bords de son tricorne posé en bataille. C'était un sergent recruteur qui avait flairé le sujet de choix.

Il n'eut pas grand peine à convaincre le chenapan en herbe que l'air de Paris lui était malsain et qu'il vaudrait mieus servir sa majesté sous un brillant harnois que de traîner ses grègues sur un pavé encombré d'argousins. Et puis, il y avait la prime.

C'est ainsi que Pierre-François-Charles Augereau entra au service du roi de France, en fut chassé pour une faute grave, y rentra grâce à un autre recruteur, déserta, passa quelques rudes années dans l'armée Prussienne, déserta de nouveau, prit du galon dans les carabiniers royaux de Naples, se fit maître d'armes, se maria, s'enfuit au Portugal, puis à la faveur de la Révolution revint en France et s'engagea comme simple volontaire en 92.

Un an plus tard, le vaurien du faubourg Saint-Marceau était général de division, onze ans plus tard maréchal d'Empire, seize ans plus tard duc de Castiglione. Ainsi allait l'époque.

Grenoble 1789...

Le beau sergent Bernadotte, du régiment de Royal-Marine, sort de la caserne et s'arrête un instant pour rectifier les plis du seyant uniforme blanc à revers bleu ciel qui lui va si bien. Il tend sous ses guêtres immaculés les mollets bien galbés qui lui ont valu le surnon de "Belle-Jambe". Il hésite sur le choix du cabaret ou du cercle de famille bourgeois où il ira montrer ce que ses admiratrices appellent sa "tête d'aigle".

Un aigle des Pyrénées. Jean Bernadotte, fils d'avocat, est né à Pau. Il a gardé une teinte de son accent chantant du Béarn. L'armée l'apprécie. Il est plus instruit et de meilleure éducation que la plupart des sous-officiers. Sa famille l'a maintenu jusqu'à quinze ans au collège de Pau. Sorti des mains des pédagogues, il est entré comme tout petit Clerc chez un procureur au parlement. Il s'y est ennuyé à mourir et il a supplié son père de le laisser s'engager comme soldat. C'est cet état-là qui l'attire.

Rien à faire. l'héritier d'un basochien n'a qu'une voie devant lui...la basoche. Le goût du métier viendra avec les années. Et puis un sac à procès est moins lourd à porter qu'un sac de munition.

Coup du sort, le 30 mars 1780, ce père sage et intransigeant meurt. Bon coeur, jean le pleure et ne songe pas pendant six longs mois que si, en droit, le mort saisi le vif, ce n'est pas suffisant pour empêcher un garçon fougueux de planter là des dossiers et de suivre sa vocation. Puis à dix-sept ans et demi, le petit clerc se réveille et se décide. Le régiment de Royal-Marine n'est pas loin, il s'enrôle.

Depuis neuf ans bientôt, le Béarnais studieux et querelleur fait l'ornement de son unité. Mais, entre deux changements de garnison, il a pris de longs congés, comme cela se pratique alors, pour revenir parader au pays. Sans cela, il serait déjà adjudant, c'est certain, et il tiendrait ce qui, depuis le décret Ségur, est le bâton de maréchal pour les militaires roturiers.

Le sergent Belle-Jambe pense à tout cela en tirant sur ses revers couleur de ciel. Il lui est né un espoir. Avec tout ce qui se passe depuis quelques mois, les émeutes, la convocation des Etats-Généraux, les troubles de Grenoble, il n'est pas impossible que le décret Ségur soit reporté et que l'épaulette d'officier redevienne accessible aux gradés sulbalternes instruits et disciplinés.

D'un autre côté, la vie civile peut avoir des attraits. Il y a cette demoiselle Lamour à qui Jean Bernadotte a si bien fait l'amour précisément qu'elle lui a donné une petite fille malheureusement morte au berceau.

Malheureusement ? le séduisant militaire hésite. Vie de garnison, guerre peut-être, ou honneur bourgeois ? il ne sait pas, le sergent Belle-Jambe, que si l'enfant avait grandi et qu'il eût épousé la mère, le destin du royaume de Suède et de l'Europe du Nord en eût été changé.

Hesdin 1791.....

C'est soir de fête au régiment de Champagne-Cavalerie. les Officiers offrent un banquet à leurs camarades d'un régiment de passage. On est à l'heure des toasts, instant délicat à une époque où de violents courants divisent les cadres de l'armée. Un des convives se dresse, le verre à la main, et lance....""" je propose une santé que nous avons tous dans le coeur bien que dans ces temps de liberté on ne nous permette pas de la montrer, et je me flatte qu'il n'y a pas parmi nous de jean-foutre qui en propose une autre...A la santé du Roi ! """""

Un murmure court le long des tables. Des coupes se lèvent d'autres sont laissées ostensiblement derrière les assiettes. Et voici qu'un lieutenant de vingt et un an bondit sur sa chaise. Il n'est pas beau, le cheveu déjà clairsemé, mais il y a des flammes dans ses gros yeux de myope...il crie...""""C'est moi, Messieurs, qui suis le jean-foutre dont monsieur à voulu parler...A la santé de la Nation ! """"

La gêne s'installe, des applaudissements discrets retentissent, couverts par des protestations scandalisées. Le colonel de Champagne-Cavalerie se lève en hâte pour mettre fin au dîner. Le perturbateur s'éloigne, presque seul. On ne l'aime pas beaucoup. On le soupçonne de désigner les officiers aristocrates...ils sont légion...aux libellistes révolutionnaires. C'est d'ailleurs vrai, et il fait un peu figure de traître. Car cet ennemi fougueux des aristocrates est lui-même un noble d'antique lignée, ancien élève des écoles du roi à Auxerre et à Paris. Il est bourguignon il s'appelle le chevalier d'Avout.

Illogique, il a conservé le titre mais déjà il signe Davout, en un seul mot. Officier par droit de naissance, depuis 1788, il a pourtant donné avec passion dans les idées nouvelles. Il a lu les philosophes et M. l'abbé Siéyès. Un de ses parents major dans son régiment, se moque de ce goût peu militaire pour les livreS et note sur son carnet...Notre petit cousin Louis n'entendra jamais rien à notre métier.

C'est bien dommage pour le rejeton d'une famille dont on dit en Bourgogne..."Quand naît un Davot, une épée sort du fourreau"....Mais bon sang ne peut mentir, l'épée sortira malgré les philosophes, et le rat de bibliothèque, un moment exclu de l'armée comme ex-noble, deviendra un foudre de guerre. Le petit lieutenant rageur du banquet d'Hesdin sera l'un des plus grands capitaines de son époque.

Revenu de ses excès démocratiques et fidèle au César de la Révolution a fini par enfanter, il sera maréchal bien sûr, et aussi duc et prince (avec particules) et même pair de France sous le frère du roi dont il avait refusé de porter la santé.

.....A...Suivre....

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Quand ils avaient vingt ans, nulle gloire ne les guettait...   Dim 24 Mai - 17:29

Comme toujours - MERCI flower
Amities et salut .

...et non seulement ils. Par exemple Jean Dominique Larrey - deja a ete le titre "...docteur de medecine Faculte de Toulouse..." marche a pied de Toulouse a Paris en Aout 1787.
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Quand ils avaient vingt ans, nulle gloire ne les guettait...   Lun 25 Mai - 9:57

...... sunny ...... Suite......Quand ils avaient vingt ans, Clercs ou Epiciers nulle gloire ne les guettait.... (Sources Louis Chardigny).


Lectoure 1792.....

Gueux, meurt-de-faim ! Que parles-tu de te remettre teinturier ? Il n'y a pas d'eau à boire dans ce métier-là. Retourne à l'armée, tu y deviendras peut-être capitaine.

Celui à qui s'adresse cette apostrophe, débitée avec l'accent ronflant de la Gascogne, est un jeune homme de vingt-trois ans bien découplé, vif dans ses mouvements et aussi dans ses propos. Il est à un tournant de son existence et il demande conseil aux voisins, aux amis.

Retourne à l'armée, lui a dit le drapier. C'est qu'en effet il vient d'y accomplir un passage assez discret et qu'il en est sorti aussi mystérieusement après un acte d'indiscipline. Fils d'un cultivateur un peu commerçant, dont les mauvaises langues disent qu'on l'a connu garçon d'écurie, Jean Lannes n'a pas été au collège. Pourtant il sait lire, écrire et compter. Son frère aîné, prêtre l'a instruit.

Avant même que cet enseignement sommaire fut achevé, le père Lannes, impécunieux, a décidé de donner un métier à son garçon et il l'a placé comme apprenti chez un teinturier. Jean a été vite las de tremper lainages et cotonnades dans la garance et l'indigo, et il s'est échappé dès qu'il a pu.

Le voilà rendu à sa province et il doit travailler. Il ne connaît pas d'autre état que la teinturerie nauséabonde et les armes qu'il vient de quitter. Alors teinturier ? Soldat ? Pas d'autre choix. La teinturerie va l'emporter, mais l'histoire de France veille. La patrie est en danger.

Partout se lèvent les volontaires. le 20 Juin 1792, le fils Lannes est élu sous-lieutenant du 2è bataillon du Gers, parce que le peu qu'il sait est déjà beaucoup pour une troupe en sabots dont les recrues signent d'une croix leur enrôlement.

Dès lors, l'écheveau de la gloire se déroule. Il sera coupé par les ciseaux de la parque, comme on l'écrit en ce temps, le 31 Mai 1809 dans une plaine Autrichienne où Lannes, maréchal de l'Empire et duc de Montebello, avait reçu huit jours plus tôt un des derniers boulets de la dure bataille d'Essling.

Sombre, le grand Napoléon dira...""" Au surplus, tout finit comme ça """, en apprenant la mort de celui qu'il appelait son ami, le premier de ses maréchaux tués à l'ennemi. Et des témoins assurent que ce soir-là, au bivouac, ils ont vu les larmes de l'Empereur...couler dans sa cuiller.

Reims 1775......

Sur le chemin qui mêne à la cathédrale Saint-Rémi, une foule immense se presse derrière la double haie formée par le service d'honneur, régiments suisses d'un côté, gardes françaises de l'autre. On attend le passage du cortège royal pour la cérémonie la plus rare de la monarchie...le sacre.

Le piétinement de centaines de chevaux sur le vieux pavé couvre bientôt la rumeur du peuple. Les ordres des sous-officiers claquent. La troupe se fige. le roi Louis XVI s'avance dans son carrosse avec sa suite incomparable de princes, de maréchaux, de hauts seigneurs, de prélats ployant sous l'écrasante splendeur des ornements tissés d'or.

Parmi les gardes-françaises, magnifiques dans leur tenue d'apparat, un soldat de dix-neuf ans présente les armes avec une particulière application. Il est enrôlé depuis un an, guère plus et sa conduite, son irréprochable maintien militaire lui ont valu d'être désigné pour cette mission enviée, aux côtés de briscards qui eux ne comptent plus leurs années de service dans le corps le plus prestigieux de France.

Il s'appelle François-Joseph Lefebvre, il parle avec un dur accent alsacien. Son défunt père était meunier et petit officier de police dans la ville de Ruffach. Dans sa jeunesse, il avait été hussard et il s'en vantait. François Joseph estimait qu'il avait, lui, accompli un bon fantastique dans la hiérarchie des honneurs en accédant au rang de garde-française dans lequel il espérait gagner de l'avancement grâce à l'instruction point négligeable que lui avait dispensée un oncle curé.

François Joseph, le regard à six pas, impassible sous le poids du fusil tenu à bout de bras, est cependant traversé d'idées riantes les premiers mots d'une chanson gaillarde s'égrènent dans sa tête.... Dans les gardes-françaises, j'avais un amoureux, ardent, chaud comme la braise....

C'est bien le moment de penser à des gaudrioles ! Si le soldat Lefebvre était son propre sergent il s'infligerait quelques jours d'arrêts. Et ce roi qui passe, avec son air bonasse et ennuyé. Et cette interminable théorie de tout ce que la France compte de noble, de grand, de puissant, de riche. Vraiment, on ne voit ça qu'une fois. Lefebvre redevenu sérieux, se dit ""C'est le plus beau jour de ma vie"""....Des "plus beaux jours de la vie", on en a toujours plusieurs. Ainsi pour Lefebvre, devenu sergent ce 1er Mars 1783, où il épouse sa compatriote Catherine Hubscher, la blanchisseuse de la rue Poissonnière, à laquelle le lient depuis longtemps des "amours illégitimes". Catherine ne sait ni lire, ni écrire, c'est entendu, mais elle a pour son habilité, au travail, sa bonne humeur, son exemplaire honnêteté et aussi la fraîcheur grassouillette de sa trentaine appétissante.

Le sergent lefebvre sait ce qu'il fait. Le "plus beau jour de sa vie", il y en a qu'on garde dans le secret de sa consceince. Par exemple...le 18 Avril 1791, sur la place Louis XV, lorsqu'une émeute a barré la route à la voiture du roi constitutionnel qui se rendait au château de Saint-Cloud, Lefebvre, devenu lieutenant de la garde nationale après le licenciement des gardes-françaises, a probablement sauvé, pour un temps, la vie de Louis XVI. Il s'est jeté avec ses hommes à la portière de la berline que le roi, pour une fois mis hors de ses gonds, essayait d'ouvrir en criant...""" On ne pourra plus dire maintenant que je suis libre """!

Lefebvre a repoussé le gros homme à l'intérieur, écarté vigoureusement les malintentionnés et permis à l'équipage de faire demi-tour. A l'oreille du lieutenant, un badaud bien mis murmura...."""" Bravo ! vous auriez fait cela il y a cinq ans, demain vous seriez duc ! """"

Comment aurait-il pu deviner, le garde française du sacre de Reims, qu'il figurerait au début du siècle suivant parmi les acteurs d'un autre sacre ?...Pas en présentant les armes au passage du souverain, mais tout près de lui, avec l'habit de maréchal de France et portant sur un carreau de velours le sceptre, symbole de la puissance impériale.

Comment le jeune mari de l'aimable blanchisseuse aurait-il deviné que seule parmi tant de femmes de maréchaux bien mieux nées, plus belles et plus brillantes qu'elle, seule sa rustique épouse laisserait un nom dans l'histoire de son temps ?

Comment le garde national de 1791, aurait-il deviné qu'il y aurait encore des ducs et que le premier nommé de tous, le duc de Dantzig, serait précisément François Joseph Lefebvre ?.....

....A...Suivre....

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Quand ils avaient vingt ans, nulle gloire ne les guettait...   Mar 26 Mai - 9:50

....... sunny ........ Suite......Quand ils avaient vingt ans, Clercs ou Epiciers nulle gloire ne les guettait.... (Sources Louis Chardigny).


Nice 1771......


Dans une vétuste fabrique de la rue Saint-Jamme (pâtes alimentaires en tout genre), les passants peuvent voir par la porte ouverte un garçon de treize ans..."taper du cul sur la plate-forme en bois d'une vieille machine à vermicelle"....Il y a trois ans déjà que le jeune André Masséna se meurtrit le derrière à étirer nouilles et spaghetti à longueur de jour. Et Dieu sait si les jours sont longs dans cette cité lumineuse, qui pour lors appartient au royaume de Sardaigne.

Cet exercice n'incite pas aux idées riantes, mais si l'apprenti robuste ne rit pas, il n'en pense pas moins. orphelin de père, abandonné par sa mère avec toute une nichée de frères et soeurs, il a passé d'une enfance assez choyée à la charité mesurée de collatéraux parcimonieux. A dix ans, il a été recueilli par un oncle artisan qui l'a mis aussitôt au travail. D'école, point. Et voilà trois années que cela dure.

Alors, ne trouvant pas de consolation dans son bref passé, André songe à un possible avenir. A son âge, sous Louis XV, on est déjà un petit homme. On peut faire autre chose que de s'escrimer sur un appareil grotesque qui couine à chaque effort de son moteur humain.

Les Masséna, qui ont pignon sur rue dans le négoce depuis plusieurs générations, ont essaimé un peu partout. Dans sa tête aux longs cheveux noués d'un lacet crasseux, le forçat de la "pasta" passe en revue les parents dont il a entendu parler et qui pourraient lui venir en aide.

Et Masséna trouve. Une belle nuit, il s'enfuit, passe en France et rejoint sans trop de peine un proche allié qui commande...ô fortune !....un vaisseau marchand. le marin acceuille amicalement ce gamin dont l'esprit d'aventure lui plaît. En voilà pour quatre autres années à bourlinguer comme mousse, avec deux voyages au long cours.

A dix-sept ans, masséna estime avoir assez appris de la mer et de la navigation. Toujours illétré, mais se sentant obscurément fait pour d'autres destinées, il quitte le bord du capitaine, et court s'engager au service de la France. Dans un régiment de Royal-italien où un de ses cousins est bas-officier.

Il rattrape le temps perdu, apprend à lire et à écrire, gagne des galons jusqu'à ceux d'adjudant. Et c'est la même histoire que pour plusieurs autres. A la veille de la Révolution, il obtient un congé, revient au bord de la Méditerranées, rencontre à Antibes une petite bourgeoise qu'il croit riche, Rosalie Lamarre, l'épouse, se morfond, se laisse nommer officier dans la garde nationale, puis dans un bataillon de volontaires.

Il est général en 1793, commandant en chef en 1798, déploie des talents militaires qui lui valent le surnom d' ""enfant chéri de la Victoire "" et qui porteront ombrage au plus grand conquérant des temps modernes. Il y a loin du petit ouvrier vermicellier de Nice au duc de Rivoli, au prince d'Essling, au pair de France des Cent-Jours, au gouverneur de Paris de 1815. Vous voyez bien qu'on peut rêver.

...A...Suivre....

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MessageSujet: Re: Quand ils avaient vingt ans, nulle gloire ne les guettait...   Mer 27 Mai - 10:12

...... sunny ...... Suite......Quand ils avaient vingt ans, Clercs ou Epiciers nulle gloire ne les guettait.... (Sources Louis Chardigny).


Toulouse 1787.....

Sur la place du Capitole, on attend le défilé qui doit traverser la ville. C'est un spectacle toujours goûté des Toulousins et il y a foule au bord de la chaussée. Au premier rang un séminariste de haute taille regarde de tous ses yeux de vingt ans la rue où apparaissent les premiers cavaliers. Un militaire fort galonné se tient près de lui et engage la conversation.

Le défilé aborde la place au son des rompettes. Le militaire spectateur nomme les escadrons, les officiers, les portes-étendards. Le séminariste écoute avec passion et ne proteste pas quand, la parade terminée, son compagnon lui prend familièrement le bras et se présente...""""Maréchal des logis la Rocheblin, j'appartiens à ce noble corps, mais ma fonction me dispense de participer au défilé, ce qui m'a procuré le plaisir de vous renseigner."""""

Il ne dit pas qu'il est tout simplement recruteur et que sa présence est plus utile auprès des jeunes gens épris d'aventure qu'en serre-file sur le flanc d'un peloton. Il propose..... """"Allons faire un tour sur les quais de votre belle Garonne.""""

Le charmant ecclésiastique emboîte le pas du marchand d'illusion. Mis en confiance, il raconte sa vie.Il est le douzième enfant d'un aubergiste de La Bastide-Fortunière dans la Quercy et c'est un peu la raison pour laquelle sa pieuse mère, d'accord avec toute la famille, a voulu qu'il fût d'Eglise.

Les Murat, ne sont pas pauvres, mais avec une pareille nichée il faut être prévoyant. Ils jouissent de la protection de la puissante maison de Talleyrand dont le père Murat gère une partie des biens dans la région. Il se trouvera bien un bénéfice sur le chemin d'un futur abbé si bien patronné.

De fait, Joachim Murat entre comme boursier au collège Saint-Michel de Cahors, s'instruit sans peine et, à dix huit ans, va étudier la théologie et le droit canon au grand séminaire des Lazaristes de Toulouse. Deux ans remplis d'impatience et de traverses.

Joachim n'a pas de vraie vocation. Au contraire, il aime le monde, les distractions profanes. Il court la ville en cachette, joue, fait des dettes et ne laisse pas sur leur faim les jolies femmes qui le complimentent sur sa bonne mine. L'abbé ne raconte pas tout au maréchal des logis, bien sur, mais il en dit assez pour que le recruteur se plante brusquement devant lui et demande tout à trac....""""Dites-moi, l'ami, quelle taille avez-vous pieds nus ? """""....""""Cinq pieds, six pouces, deux lignes """"......""""Tiens, comme moi, et vous voudriez avec cette tournure, ces épaules...passer votre vie à lire le bréviaire ?...vous venez de voir un régiment du roi qui recherche les beaux hommes et vous vous demandez comment échapper à vos créanciers ? """""

Ce fut un beau scandale à la Bastide-Fortunière lorsqu'on apprit que l'abbé Joachim était devenu le chasseur à cheval Murat, contonné à Carcassonne. En vain, l'intendant du Languedoc demande au ministère la mise en congé du transfuge, qui suit gaiement son unité à l'autre bout du royaume, à Sélestat et conquiert vite les galons de maréchal des logis. Mais il est aussi rebelle à la discipline militaire qu'à celle du séminaire.

C'est une tête chaude, peut-être même un peu brûlée. En 1789, il est cassé, renvoyé de l'armée. L'enfant prodigue rentre à La Bastide, l'oreille basse et se heurte à son père, rancunier, qui le met bonnement à la porte. Il faut pourtant vivre. le sémillant abbé, le fier cavalier est tout heureux de trouver une place de commis chez un épicier de Saint-Céré. Pas pour longtemps.

les aventures de Joachim l'ont rendu intéressant. La Révolution a commencé et offre des chances aux audacieux. Tous les cantons de France envoient un délégué à la fête de la Fédération le 14 juillet 1790. Murat, qui pérore dans les clubs entre deux ventes de haricots secs, se fait désigner. Il court, il vole vers Paris, et revient déçu ayant passé totalement inaperçu au milieu de milliers d'autres. Il n'a plus qu'à se remettre au comptoir.

Enfin, le miracle...après les relations dans la noblesse, ce sont les amitiés politiques qui comptent. Un représentant du Lot ...obtient la réintégration de l'ancien sous-officier dans son régiment.... mieux, en février 1792, il entre dans la garde constitutionnelle de Louis XVI. Il n'y reste guère, jugeant trop aristocratique l'esprit qui règne dans ce corps mal vu des sans-culottes.

Car, du noir, le fougueux Quercynois a viré au rouge. Il rejoint à Toul ses chers Chasseurs et monte en grade. La République naissante le trouve lieutenant. Puisque c'est la mode, il jure une haine éternelle aux rois et prétend changer une lettre de son nom pour s'identifier à Marat, l'ami du peuple qui veut faire tomber six cent mille têtes.

En l'an II, deuxième miracle...la rencontre du chef d'escadron redevenu Murat avec le "général vendémiaire", et la folle chevauchée vers la plaine des Sablons pour ramener les canons.

Pendant vingt ans, les miracles ne cesseront pas.... l'enfant de La Bastide acquiert en Italie, en Egypte la réputation du plus intrépide sabreur de toutes les armées françaises. En Brumaire, c'est lui qui lance les grenadiers aux trousses des députés, à Saint-Cloud...."""Foutez-moi tout ce monde-là dehors."""

Après cela, c'est vertigineux. Beau-frère du Premier Consul pour avoir épousé Caroline "aux brillantes épaules" qui avait "plus d'énergie dans son petit doigt" que son gigantesque mari. Gouverneur de Paris, maréchal de l'Empire, grand-duc de Berg et de Clèves, roi de Naples, oui roi avec une cour, des ministres, une armée, et d'immenses richesses.

Il y croira dur comme fer et ce sera sa perte. En 1815, c'est la fin du sortilège. le pauvre roi empanaché qui a cru pouvoir survivre au grand Empire, puis a rejoint trop tard...ou trop tôt la cause du grand Empereur, tente follement son petit retour de l'île d'Elbe.

Avec vingt-cinq fidèles, il débarque dans son ancien royaume à peu près au moment où Napoléon aborde à Sainte-Hélène. Brève chasse à l'homme, simulacre de procès, douze balles dans la peau. Aujourd'hui, La Bastide-Fortunière s'appelle La Bastide-Murat....."Fortunière" étant prophétique, c'est dommage de l'avoir supprimé.

.....A Suivre.....

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MessageSujet: Re: Quand ils avaient vingt ans, nulle gloire ne les guettait...   Jeu 28 Mai - 8:37

...... sunny ...... Suite et Fin......Quand ils avaient vingt ans, Clercs ou Epiciers nulle gloire ne les guettait.... (Sources Louis Chardigny).


Valence 1791......

Le dernier chaland parti avec son morceau de beurre et sa livre de lentilles, l'épicier Victor Perrin assujettit les volets de sa boutique. Sa jeune femme qui porte un nom de fleur, Jeanne Muguet, s'affaire dans la sombre cuisine sur cour à préparer la soupe ou le bouilli.

Le petit commerçant est seul, pas très gai. Il a perdu la bonne humeur qui lui avait valu dans l'armée le surnom de " Beau Soleil." Car l'armée, il vient d'y passer dix ans, sa vraie jeunesse, et il l'a quittée pour rien, pour changer, pour tâter de cette existence paisible d'humble négociant qui est le rêve de beaucoup de ses contemporains.

Fils d'un huissier vosgien, il a suivi quelques études qui, dans l'esprit de son père, auraient dû lui permettre de franchir un échelon dans la hiérarchie des robins...notaire peut-être, un autre rêve très répandu. Mais ce futur tabellion ne se sentait aucun goût pour les sentiers battus. Il n'avait qu'une passion...le tambour, dont il jouait passablement. Et par le tambour, instrument primitif et guerrier, on pouvait accéder à l'armée qui, à cette époque, marchait volontier en musique.

A dix-sept ans il s'enrôle, grâce à ses talents, dans un régiment d'artillerie et désormais, en dehors de son sobriquet, il sera pour tout de monde Victor tout court, laissant tomber sans raison apparente son patronyme.

Puis un jour il en a eu assez et il est venu s'établir dans cette Valence ensoleillée, fenêtre ouverte sur le Midi, où son pécule joint aux économies d'une fille plaisante lui a permis d'atteindre aux fastes de l'épicerie.

Mais Victor a été vite déçu par le commerce et par le mariage. Il s'ennuie entre ses sacs et ses barils. Il s'ennuie avec une femme trop atttachée aux séductions d'un ménage où le compte des écus tient autant de place que l'amour. Le bon moment, c'est celui dont il s'apprête à profiter, entre la fermeture du magasin et l'heure du souper sans surprise.

Et Victor va prendre sous le comptoir sa caisse amoureusement bichonnée, jongle un instant avec ses baguettes pour se dégourdir les doigts et joue en sourdine, à cause des voisins, quelques mesures d'airs réglementaires. Puis il s'anime, se lance dans des variations légères, en cascade. Il improvise, il rêve, il est heureux.

Roulez tambour ! Encore quelques semaines et Victor dénoue pour toujours son tablier de boutiquier improvisé. Il se fait élire adjudant-sous-officier dans le 3è bataillon des volontaires de la Drôme. L'année suivante il est lieutenant-colonel, trois après Général de brigade.

Au siège de Toulon il a rencontré un petit capitaine corse qui, devenu Empereur, fera de lui un Maréchal de France et un Duc de Bellune, ce qui excitera la verve des belles impertinentes de la Cour, disant qu'il n'avait pas gagné au change puisqu'il avait troqué son nom de "Beau-Soleil" contre celui de "Belle-Lune".

Nous avons assez rêvé. Certes, il y a eu beaucoup plus de maréchaux de Napoléon que ceux dont nous avons ensemble évoqué la jeunesse et rappelé le destin. Vingt-six en tout, si, l'on compte le tardif et infortuné Grouchy qu'on attendit en vain à Waterloo. Mais l'histoire, ou les histoires, se répètent.

Sachons seulement que ces grands hommes venus du tréfonds de la nation, des nations un instant confondus, présentent un éventail complet des diversités sociales de leur époque. Entre Augereau le galopin de barrière, et Poniatowski né sur les marches du trône, le négoce, petit ou grand, la basoche, la bourgeoisie, la noblesse, le clergé ont tous fourni leur contingent. Et sans l'admirable corps des sous-officiers de l'Ancien Régime, la République et l'Empire n'auraient peut-être pas eu autant de généraux improvisés et victorieux.

Comme il se sont battus, ces hommes ! Pourtant, bizarrerie du sort, sur vingt-six, dix-neuf sont morts tranquillement dans leur lit à un âge souvent avancé. Parmi les autres, trois seulement ont succombé devant l'ennemi...(Lannes, Bessières, Poniatowski), deux ont été assassinés (Brune, Mortier), deux fusillés (Murat, Ney), un s'est, selon toute vraisemblance, donné la mort (Berthier).

Les plus heureux devant la postérié, ce sont probablement ceux qui ont été emportés par des boulets. Ils n'ont pas vu la fin....qu'auraient fait Lannes et Bessières en 1815 ?...auraient-ils été à Waterloo, Gand ou dans leurs terres ?...Leur gloire est intacte....Tu Marcellus eris......

FIN...... salut

_________________
" Ne crains pas d'avancer lentement, crains seulement de t'arrêter "   (Sagesse Chinoise).

Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Quand ils avaient vingt ans, nulle gloire ne les guettait...
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