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 La Folie du Duc d'Abrantès......

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: La Folie du Duc d'Abrantès......   Mer 17 Juin - 17:16

...... sunny ...... La Folie du Duc D'Abrantès....(Sources Maurice Rat).


Quelle étrange destinée que celle de ce Junot devenu Duc d'Abrantès par la grâce de Napoléon !....né en 1771, il a conu la fortune de ces soldats de l'Empire qui, partis d'une condition modeste, reçurent, grâce à leur courage, argent, honneurs et titres...et puis le destin tourna pour lui....


Naître de parents pauvres, être commis au district d'une petite ville, bien résolu à passer la vie dans un bureau, s'engager sans grand enthousiasme dans un bataillon de volontaires, et douze ans plus tard se voir gouverner Paris, grand officier de l'Empire, grand Aigle de la Légion d'Honneur et dépenser par ans un million et demi, il y a peut-être là de quoi perdre la tête.....

Car ce qui égara dans les dernières années de sa vie, qui fut brève, l'un des plus intrépides lieutenants de Napoléon, ce n'est pas la vertigineuse ascension de cet enfant de Bussy-le-Grand (Côte d'Or)...d'autres que lui et partis de plus bas en ont fait de plus hautes encore au cours des guerres de la Révolution et de l'Empire,....mais ce fut très probablement la balle dont ce brave soldat fut frappé à la tête au siège de Lonato, lors de la campagne d'Italie, puis la fatalité qui voulut que, quatre ans plus tard, il reçut une nouvelle blessure au haut du crâne....enfin sans doute la balle qui, en Espagne, en 1811, l'atteignit entre les deux sourcils, juste à l'endroit où Empédocle plaçait le siège de l'âme....

Andoche Junot n'était qu'un petit commis au district de Semur-en-Auxois lorsqu'il partit à vingt ans, en 1791, comme engagé volontaire et simple grenadier dans le 1er bataillon de son département. Sa bouillante ardeur lui valut de ses camarades le surnom de ...." La Tempête. "

Au siège de Toulon, où il n'avait encore que le grade de sergent, Bonaparte le prit comme secrétaire. On conte qu'écrivant une dépêche une bombe couvrit son papier d'une épaisse poussière et que, sans marquer la moindre émotion, il s'écria....."""" Bien, nous n'avions pas de sable pour sécher l'encre, en voici ! """""

Ce bon mot, dit avec un sang-froid héroïque, fut l'origine de sa fortune. Bonaparte le prit pour aide de camp. Junot accompagna son chef en Italie d'abord, puis en Egypte, où il fut fait général de brigade....une peinture de Gros a immortalisé un de ses nombreux exploits en ce temps-là, celui où chargeant avec, 300 de ses hommes, il anéantit l'effort de 10 000 Turcs et abattit, de sa propre main, le fils de Mourad-Bey.

Dévoué à Bonaparte jusqu'au fanatisme, Junot fut blessé dans un duel qu'il eut à ce sujet avec le général Lanusse, et ne put suivre le général en chef à sa rentrée en France. De retour après Marengo, il fut presque aussitôt nommé commandant de la place de Paris.

Il s'était marié entre-temps, le 30 octobre 1800, avec une charmante Montpelliéraine, une brune à peau nacrée, Laure Saint-Martin-Permon, jolie, futée, de treize ans sa cadette, dont la famille, bourgeoise mais "glorieuse" (le père de Laure, Martin Permon, avait fait fortune comme commis aux vivres), prétendait descendre des Empereurs Comnène.

Laure Junot, en devenant, quelques mois après son mariage, la maîtresse de Napoléon Bonaparte, ne contribua pas peu à la fortune militaire de son mari.

C'était pendant l'été 1801. Joséphine était aux eaux de Plombières dont on vantait alors les vertus fécondantes. Bonaparte, installé à la Malmaison avec Hortense et d'autres jolies femmes, s'y consola de l'absence de Joséphine, et cette bonne pièce de Laure Junot racontera plus tard dans....ses Mémoires...que le Premier Consul s'en venait chez elle à l'aube dépouiller son courrier, en s'installant pour cela dans un fauteuil et en étalant les lettres sur le lit de Mme Junot restait couchée.....Nous bavardions, dit-elle. Napoléon, le courrier dépouillé, ramassait ses papiers, me pinçait le pied à travers les couvertures et s'en allait chantant de sa belle voix fausse....."""" Non, non, z'il est impossible D'avoir un plus bel enfant ! """"""

Mme Junot ne s'est peinte dans ses Mémoires qu'en buste, si Napoléon Bonaparte, à la fin de ce bel été, fit remettre au ménage Junot une somme se montant à 30 millions de nos francs légers, s'il nomma Junot, encore général de brigade, général de division, on peut croire qu'il avait de le faire d'autres raisons que celle de récompenser l'un de ses plus intrépides soldats.

Colonel général des hussards en 1804, Ambassadeur à la cour de Lisbonne de 1804 à 1805, d'où il accourut pour assister au "soleil d'Austerlitz", Gouverneur de Paris en 1806, Junot, qui reçut, en novembre 1807, le commandement de l'Armée du Portugal, et qui conquis ce royaume en moins de deux mois, fut crée par l'Empereur, non Maréchal de France, mais duc d'Abrantès, du nom d'une petite place de 5000 habitants, sis sur le Tage, à 110 kilomètres de Lisbonne, dont il avait commandé l'assaut.

Ephémère succés au demeurant, car Wellington ayant débarqué, le battit à Vimeiro, et il dut évacuer dare-dare le pays, le 30 août 1808, après avoir signé, à Cintra, une convention avec son vainqueur.

Est-ce la fin malheureuse de cette expédition, où il était placé sous les ordres du Maréchal Lannes, qui ajouta aux dérangements de cervelle de Junot ?...c'est possible. Il avait toujours été vaniteux, et sa jactance l'avait fait appeler, lorsqu'il était gouverneur de Paris, Monsieur le Marquis par Napoléon.

Crée duc, et déjà descendant par alliance des Comnène, il crut que sa nouvelle noblesse remontait aux croisades et parlait sans rire des d'Abrantès, comme d'une gentilhommerie datant de Godefroy de Bouillon. Il avait cru, partant pour le Portugal, qu'il y ceindrait la couronne de roi.

Assez mal accueilli à son retour par l'Empereur, il ne fit par la suite absolument rien qui fût digne de son renom. Après des commandements obscurs de corps d'armée en Espagne,où il fit partie de l'expédition malheureuse de Masséna, il se comporta très mollement dans la campagne de Russie.

Lui qui, naguère encore, paradait et brillait, homme de prestance superbe, il passait l'échine basse, couvert d'une redingote élimée, lourdaud, l'air hébété. Ses hésitations et ses lenteurs dans l'éxécution de certains ordres de l'Empereur manquèrent à compromettre la marche sur Moscou, tellement que Napoléon, en février 1813, dut reléguer son intrépide compagnon du siège de Toulon dans le gouvernement des provinces illyriennes.

Junot, duc d'Abrantès, s'établit le 25 mai à Trieste. Frappé d'une congestion cérébrale peu après son arrivée la-bas, il sembla s'en remettre, mais fut dès lors des plus irritables. Il l'avait certes été en tout temps, et l'on conte que le Gouverneur de Paris, comme il s'était, en jouant au billard dans un café des Champs-Elysées, disputé avec les garçons, ceux-ci l'avaient rossé.

.....A.....Suivre.... salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: La Folie du Duc d'Abrantès......   Jeu 18 Juin - 9:49

...... sunny ...... Suite et Fin.....La Folie du Duc D'Abrantès....(Sources Maurice Rat).


A Trieste, un jour, suivi de deux secrétaires et de quatre laquais, il s'en alla rouer de coups de bâton un avocat de la ville qu'il avait fait jeter en prison parce que cet homme refusait de verser à sa femme, dont il était séparé, la pension à laquelle on l'avait condamné.

Un mois plus tard, après une réception qu'il donnait à Goritz, il commande sa voiture au sortir de table, prend sur le siège la place du cocher, lance l'attelage par la ville, appelant et poursuivant les dames qu'il rencontre pour qu'elles prennent place dans son carrosse....elles se sauvent apeurées, puis il ordonne à l'un de ses chasseurs de lancer de temps en temps une bouteille en l'air, pour qu'il l'abatte d'un coup de pistolet. Il revient ensuite dans son palais, fouette son postillon, les chasseurs de l'escorte et ses serviteurs qui s'enfuient au hasard...puis soudain, il s'attable, boit, mange comme un goinfre.

Le surlendemain, nouvelle crise...entrant dans un cabaret du faubourg, il fait dresser une table de douze couverts, commande...car il a froid, dit-il...qu'on lui enveloppe les jambes de paille...ôte ses bottes, se met à chanter...après quoi il mande le lieutenant de la gendarmerie et lui ordonne d'urgence de "les arrêter tous."

Donnant une réception à Raguse, dans les salons de son palais s'entassent les autorités civiles, militaires, religieuses, il se fait longtemps attendre, et quand l'huissier ouvre à deux battants les portes de ses appartements particuliers pour annoncer ..."Monseineur le duc d'Abrantès, gouverneur général et lieutenant de sa Sa Majesté l'Empereur et Roi"..il paraît ganté de blanc, frisé au fer, aux pieds des escarpins vernis, au cou ses ordres en diamant, son immense chapeau à plumes sous un bras, son sabre de l'autre, et nu.

Sa folie atteignit son apogée le 6 juillet de la même année, comme il se rendait à Venise. A l'Amiral anglais qui croise avec son escadre en mer Adriatique, il adresse une lettre insensée pour demander la paix, une autre à Napoléon dans le même sens, puis en écrit une autre au Prince Eugène, alors encore vice-roi d'italie. Il faut citer cette missive incohérente....."""" Je vous fais, de mon autorité privée, écrit-il à Eugène, roi depuis l'Adige jusqu'à Cattaro, je vous donne une île dans l'Adriatique, une dans la mer Noire, une dans la mer Rouge, une dans la mer méditerranée, une dans l'océan, une dans l'inde...."

Et, distribuant seize parts de mines d'or, il en accorde quatre..." au grand Napoléon ", deux au vice-roi qu'il fait du coup Empereur, une demie au Prince de Neufchâtel, quatre au rois d'Espagne, de Naples, de Hollande, de Westphalie.....

Le malheureux dément, confié à un officier et à trois gendarmes, fut ramené incognito rapidement à Montbard, où le 22 juillet 1813, on le consigna chez son père, qu'il reconnut d'abord ainsi que sa soeur, mais à qui il déclara au bout de quelques instants....""""" Savez-vous que je suis un oiseau et que je vole à mon gré dans les airs ? """

A peine a-t-il proncé ce dernier mot qu'il saute par la fenêtre ouverte qui n'est exhaussée de terre que de deux ou trois pieds. Il court jusqu'au bout du jardin, monte sur un mur, tombe et se casse la jambe gauche au- dessus de la cheville. On le ramasse, on le met au lit et on le soigne...il arrache ses bandages. Des chirurgiens sont mandés de Dijon, de Tonnerre et de Châtillon.

Laure d'Abrantès, qui rapporte ces derniers moments de son mari dans ses Mémoires, conte que la nuit de sa mort, Junot lui apparut, à Genève, où elle se trouvait, marchant vers elle sur sa jambe brisée. Junot mourut en effet le 29 juillet vers quatre heures du soir, " mutilé de ses propres mains ", dit Napoléon, au vrai emporté par une septicémie venue de sa fracture ouverte, dont il avait agrandi la plaie.

l'Empereur, qui était à Dresde, avait déjà choisi dès le 17 juillet, Fouché pour remplacer son ancien compagnon. Quand il apprit par Albert de Permon la mort du duc d'Abrantès, il dit d'une voix altérée....""" Voilà encore un de mes braves de moins. """"

Quant à Laure d'Abrantès qui filait alors le parfait amour avec le jeune Maurice de Belincourt, il donna l'ordre à Savary, duc de Rovigo, de l'exiler à quarante lieues de Paris.

L'hôtel d'Abrantès, rue Boissy-d'Anglas (ancienne rue des Champs-Elysées), devait être démoli en 1811. La porte, entre deux colonnes massives, portait des ornements de bronze...c'étaient deux casques grecs, au-dessus de lauriers toscans, séparés par deux têtes de lion.

Au sommet, le fronton monumental de l'hôtel portait encore les armes des Abrantès, que Junot lui-même s'était forgés....Au premier de sable à trois corbeaux et à trois étoiles, le tout d'argent...au deuxième d'azur à un palmier d'or soutenu par un croissant d'argent...au troisième d'azur au vaisseau à trois mâts d'or soutenu par une mer d'argent...au quatrième de sable au lion rampant chargé d'une épée haute d'argent posée en pal...Vanitas vaitatum !.....Les diamants, les perles, les tableaux, les vases, l'argenterie, la Bible de Belem, gloire du Portugal, qu'Andoche Junot avait ramenés de sa conquête, avaient permis ces magnificences, évanouies à jamais.

Mais il reste du duc d'Abrantès la figure du brave...La Tempête...du beau garçon revenant, pâle de ses blessures, de l'armée d'Italie, qui avait eu l'honneur, colonel de hussards, d'apparaître aux Parisiens un jour, au Luxembourg, ayant à son bras droit....Mme Bonaparte, et Mme Tallien à son bras gauche.

....FIN....

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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