Forum des Amis du Patrimoine Napoléonien

Association historique Premier et Second Empire (ouvert à tous les passionnés d'histoire napoléonienne)
 
AccueilSite APNFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 L'Ardente Pauline Borghèse.....

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Jean-Baptiste
Administrateur adjoint
Administrateur adjoint
avatar

Nombre de messages : 11603
Age : 71
Localisation : En Languedoc
Date d'inscription : 01/01/2007

MessageSujet: L'Ardente Pauline Borghèse.....   Dim 23 Aoû - 16:37

....... sunny ....... ....L'Ardente Pauline Borghèse...... ...(Sources J.Mayran).


Au coeur de la nuit, une félouque lève silencieusement l'ancre dans une crique de l'île d'Elbe et gagne, toujours sans bruit, les eaux du large avant de cinglet vers les côtes italiennes. Le bâtiment transporte à son bord, cachée dans uen cabine, une jeune femme d'une éclatante beauté, entourée de deux dames et de quelques serviteurs, la princesse Borghèse fuit les représentants des puissances.

Quelques jours plus tôt Napoléon a profité de l'absence momentannée du commissaire Campbell, alors à Livourne, pour quitter clandestinement Portoferrajo. La grande aventure des Cent-Jours commençait. Le coeur serré Pauline a pu, une dernière fois embrasser son frère. Mais le colonel Campbell est revenu sur l'île. Furieux de constater la disparition de son prisonnier, il a déversé sa hargne sur la seule victime qu'il ait pu trouver...la soeur de ce ""Buonaparte"" exécré.

Malade inquiéte, épuisée, Pauline Borghèse a dû essuyer injures et menaces. Se voyant déjà séquestrée, elle a décidé de s'évader à son tour. Un officier français s'est débrouillé pour frêter un petit bateau et, le 4 mars, à trois heures du matin, la voyage s'est embarquée. Le lendemain la felouque accoste à Viareggio, non loin de Livourne. Pauline monte dans une chaise à porteurs et se fait conduire au domaine de Campignano, propriété de sa soeur Elisa.

Mais la partie n'est pas gagnée. Ayant su la présence d'une Bonaparte dans la région, le colonel Joseph Wercklein, gouverneur autrichien de Lucques, ne veut pas manquer cette occasion de tenir en main un otage. En se réveillant un matin, la princesse s'apperçoit qu'elle est prisonnière dans sa villa.

De nouveau Pauline vit de journées pénibles. Sans cesse épiée par des sentinelles, elle se sent de plus en plus nerveuse, fatiguée. Enfin elle apprend que l'Aigle a volé de clocher en clocher et qu'il a été accueilli à Paris en triomphateur. La jeune femme respire, mais les succès de Napoléon n'apaisent décidemment pas la colère des Alliés. Les Autrichiens sont si furieux qu'ils songent alors de déporter leur captive en Moravie.

La princesse réellement souffrante, s'épouvante. Elle fait appeler trois médecins qui, tous la déclarent hors d'état de voyager. Ils réussissent même à obtenir du gouverneur l'autorisation pour la malade d'aller prendre les eaux de Lucques.

Le 6 juin, Pauline se met en route, escortée par une vingtaine de soldats. La petite station thermale lui plaît, la cure lui semble bénéfique, des amis ont pu lui procurer de l'argent. Elle se voit de nouveau entourée, adulée. l'optimisme envahit son âme légère. Derniers instants d'insoucience avant l'annonce de la catastrophe.

A la fin de juin, le gouverneur Wercklein se présente avec un sourire de tromphe devant la princesse. Brutalement, il lui assène les terribles nouvelles. Napoléon a été vaincu à Waterloo, il a dû abdiquer. Pour le monde entier il n'est plus qu'un aventurier, un proscrit. Pauline n'entend pas la fin du discours. Dès les premiers mots son coeur s'est mis à battre, un voile noir s'est étendu sur ses yeux...elles est tombée inanimée sur le tapis.

En ce mois de juin 1815 la princesse Borghèse a encore dix ans à vivre. Dix ans pour se remémorer l'existence capricieuse désordonnée qui fut la sienne. Ses aventures galantes ont en effet défrayé la chronique du temps. Depuis qu'elle est devenue adulte, la petite Paoletta a vécu selon ses fantaisies. Cependant elle a toujours gardé le même culte, la même fidélité au grand aîné, Napoléon, le dispensateur de tous les bienfaits. Elle savait du reste si bien s'y prendre pour amadouer ce frère à la fois indulgent et grondeur !

Enfuie de sa Corse natale en 1793 avec Mme Letizia et les autres enfants du clan, la fillette avait d'abord connu des années difficiles à Toulon puis à Marseille, mais très vite les succès militaires du général Bonaparte avaient transformé la situation. La ravissante enfant amusait alors son entourage par sa précocité, sa coquetterie, son goût pour les chiffons. Elle connaissait d'instinct l'art d'aguicher les hommes.

Dans ce jeu de l'amour et du hasard, le malheur voulut qu'elle jetât son dévolu sur un mauvais sujet, l'ex-terroriste Fréron, au long passé de crimes et de débauche. Il était alors lié avec une actrice des Italiens, dont il allait avoir un troisième enfant. Jusqu'où alla la passion réciproque ?...Nul ne peut le dire avec certitude. En tout cas on parla mariage. Fréron désirait fort s'attacher à la gloire montante de Bonaparte. Mais celui-ci signifia à sa soeur qu'il n'autoriserait jamais une telle union.

Devant cet oukase, l'amoureuse enfant versa des torents de larmes. Pour lui changer les idées, Napoléon l'appela à Milan, où il régnait en proconsul. Il comprenait qu'il fallait au plus vite marier sa soeur.

Son choix se porta sur un militaire de valeur, l'adjudant général Leclerc, lequel avait déjà rencontré Paulette à Toulon. Leclerc accepta d'enthousiasme...il idolâtrait son chef et était déjà conquis par la beauté de la dulcinée. l'affaire fut menée tambour battant. Le 14 juin 1797 la jouvencelle de seize ans épousait son beau général. Dix mois plus tard, après une grossesse difficile elle mit au monde un fils, Dermid (prénom bizarre inspiré par Ossian). Puis le trio regagna Paris.

La jeune femme aimait bien celui qu'elle appelait ""son petit Leclerc"". mais un soldat ne reste guère au foyer et le nouveau marié, chargé de réorganiser l'armée d'italie, devait souvent abandonner sa femme. L'ardente Pauline pouvait-elle se passer d'hommages masculins ? Les admirateurs se pressaient en foule autour d'elle.

A son retour d'Egypte, Bonaparte fronça le sourcil en apprenant les rumeurs qui couraient sur la conduite de sa soeur. Devenu Premier Consul, il décida de donner à son beau-frère le commandement du corps expéditionnaire chargé de reconquérir Saint-Domingue. Pauline, bien entendu, accompagnerait son mari avec le petit Dermid.

D'abord épouvantée à l'idée d'un tel voyage, la jeune femme se consola en pensant au rôle de vice-reine qu'elle allait jouer dans les îles. L'idée d'arborer de soyeux madras, d'avoir des serviteurs noirs et de se promener en palanquin faisait oublier les ennuis de l'exil. La ravissante générale fut en effet accueillie à Saint-Domingue avec les honneurs dus à sa beauté et au rang de son mari.

Hélas !...l'expédition tourna vite à la catastrophe. Une formidable insurrection éclata contre les autorités françaises. En même temps une épidémie de fièvre jaune s'abattait sur la colonie. Les Noirs révoltés furent matés, mais Leclerc tombé malade mourut en quelques jours.

Le désespoir de Pauline fut spectaculaire. Elle coupa ses cheveux, les disposa dans le cercueil sur le corps embaumé du général. Puis elle revint en France en ramenant, parmi ses bagages, une urne d'or contenant le coeur de "" son petit Leclerc.""

Que faire d'une jeune femme de vingt-deux ans, aussi ardente que belle ?... La veuve trop consolable n'allait-elle pas être la proie du premier séducteur venu ?... De nouveau, Bonaparte chercha un mari pour sa soeur. Il lui fallait trouver un homme de poids, capable de tenir fermement les rênes conjugales. Il fit proposer la main de sa soeur au ministre de la Marine, Decrès...lequel recula devant ce dangereux honneur.

A cette date Pauline avait fait la connaissance d'un beau garçon, arrière-neveu d'un pape et membre d'une ancienne famille romaine. Avec son oeil caressant, son front chargé de boucles brunes, ses mollets galbés et son costume aux couleurs chatoyantes, le prince Camillo Borghèse avait ébloui la jeune veuve. Ajoutons qu'il était pourvu de deux millions de rente, qu'il possédait un palais splendide dans la ville éternelle et de magnifiques domaines dans la campagne romaine.

Mis au courant de la situation, le Premier Consul ne fit pas d'objection. Il s'agissait maintenant de savoir qu'elle était l'opinion de l'intéressé. Sondé par un ami, celui-ci tomba des nues....Il a été plus effrayé qu'étonné du projet, expliqua le négociateur. Mais pouvait-on résister au désir de Bonaparte ?

Candidat malgré lui, Camillo se laissa faire. Il poussa même la gentilesse jusqu'à avancer le jour des noces. Pauline reçut en effet la bénédiction nuptiale le 28 août 1803, avant la fin du délai de viduité prévu par le Code. Napoléon, mis devant le fait accompli, commença par gronder, mais pardonna vite. Ne pardonnait-il pas toujours à sa soeur favorite ?

Il exigea pourtant que celle-ci partît au plus tôt pour Rome...."""Aimez votre mari", lui dit-il, "faites le bonheur de votre maison et soyez surtout pas légère et capricieuse."....Excellents conseils qui n'allaient guère être suivis....les premières heures romaines de Pauline furent pourtant tout émerveillement. Comment ne pas admirer le magnifique palais des bords du Tibre, l'enfilade des salons, l'armée des laquais en livrée ?...Comment ne pas apprécier les promenades en carrosse au Corsa, les soirées et les bals, les hommages rendus à la soeur du Condul ?....Pourtant très vite l'ennui arriva...."Franchement jamais je ne pourrai passer ma vie ici, gémissait la jeune femme....ce pays est détestable, pas de société, pas d'amitié vraie qui puisse dédommager."

Mais surtout Pauline se plaignait d'avoir un mari peu porté vers l'amour. Insatiable dans ses plaisirs, folle de son corps (les médecins avaient vite compris qu'elle était une nymphomane), elle s'estimait lésée par la froideur de Camillo, et en droit de chercher des compensations ailleurs....les occasions ne manquèrent pas.

....A...Suivre.... ....salut

_________________
" Ne crains pas d'avancer lentement, crains seulement de t'arrêter "   (Sagesse Chinoise).

Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://jeanbaptiste.guindey.pagesperso-orange.fr/
Jean-Baptiste
Administrateur adjoint
Administrateur adjoint
avatar

Nombre de messages : 11603
Age : 71
Localisation : En Languedoc
Date d'inscription : 01/01/2007

MessageSujet: L'Ardente Pauline Borghèse.....   Lun 24 Aoû - 9:48

...... sunny ...... ....L'Ardente Pauline Borghèse...... ...(Sources J.Mayran)........... Suite....


La nouvelle princesse n'avait alors plus qu'un désir...rentrer en France, retrouver l'atmosphère de Paris, les fêtes données en son honneur. Elle n'en pouvait plus de l'aristocratie romaine, des "Monsignori" et d'autres prélats de cour, de l'étiquette surannée du palais Borghèse !

Mais le grand frère demeurait inflexible. Il faisait morigéner Pauline par l'oncle Fech..."Dites-lui de ma part que déjà elle n'est plus belle, qu'elle le sera beaucoup moins dans quelques années et que toute sa vie elle doit être bonne et estimée."

La jeune femme, préférait de beaucoup l'amour à l'estime, quand à l'âge respectable qu'elle avait atteint, il n'était que de vingt-quatre printemps. Elle avait encore de belles années devant elle, avant les premières rides.

A cette époque la princesse commençait à poser pour le plus célèbre sculpteur du temps...Canova...on connait le chef-d'oeuvre du maître. Installée sur un lit de repos, nue jusqu'au bas des hanches, les seins provoquants, la jeune femme tient à la main une pomme, cette pomme que vient de lui décerner Paris. Elle est vraiment l'image de la Vénus victorieuse.....je lui ai proposé plusieurs fois de se faire représenter non en Vénus mais en Diane, déesse de la chasteté, mais elle n'a pas voulu, racontera plus tard Canova.

La sculpure sera achevée et exposée en 1805. Entre-temps, une étonnante nouvelle est parvenue à Rome. Napoléon a été nommé Empereur, ses frères et soeurs ont reçu le titre d'altesses impériales. Son Altesse la princesse Borghèse considère maintenant que le prénom de Paulette ne convient plus à sa dignité. Désormais elle devient, plus noblement la princesse pauline.

Paris lui demeurant toujours interdit, la princesse s'en va régulirement prendre les eaux dans quelques villes d'italie, en particulier Pise et Lucques. A chaque départ, elle prodigue à son mari des marques d'amitié. Elle veut faire croire à tous, et à Napoléon en particulier, qu'elle est au mieux avec Camillo...." L'Italie n'ignore pas que mon cher prince m'adore et que je ne puis vivre sans lui", écrit-elle à une amie, à charge pour celle-ci d'ébruiter la nouvelle. Sa santé, explique-t-elle encore, est toujours médiocre, et le climat romain ne lui convient pas.

Il ne convient pas non plus au petit Dermid, fort délicat et déjà éprouvé par les mois passés à Saint-Domingue. Le 14 Août 1804, l'enfant meurt brusquement de convulsions.

Pauline n'a sans doute jamais été une mère passionnée, mais cette disparition la bouleverse. De nouveau elle se drape de crêpe, de nouveau elle sacrifie sa chevelure pour la placer dans le petit cercueil. En bonne Méridionale, elle ne déteste pas les gestes théâtraux. Du reste le deuil sied à Electre et les boucles repoussent vite... le malheur survenu à sa soeur touche-t-il Napoléon ? Celui-ci autorise Pauline à revenir en France pour inhumer l'enfant aux côtés de son père.

Quelques semaines plus tard, c'est la grande journée du sacre. La princesse Borghèse participe à la cérémonie en portant, avec ses soeurs, la traîne de l'impératrice. Elle s'est réinstallée au faubourg Saint-Honoré, dans cet hôtel de Chârost acheté quelques années plus tôt, et où l'Empereur lui permet de demeurer. Quelle joie de pouvoir oublier Rome et les Romains !

Allongée sur un lit de repos, la princesse Borghèse parle chiffons avec le couturier Leroy, elle organise avec son intendant Davis les soirées qu'elle va donner à ses amis parisiens. La vie lui semble vraiment délicieuse. Napoléon lui a donné le titre de duchesse souveraine de Guastalla, ville forte sur le Pô, où elle n'aura aucunement l'obligation de séjourner (elle va du reste, vendre le fief au royaume d'Italie et garder le titre).

Mais l'Empereur a fait mieux...il a nommé Borghèse chef d'escadron et l'a expédié au camp de Boulogne, en lui octroyant par dessus le marché le grand cordon de la Légion d'Honneur. Plus tard Camillo ira se battre en Allemagne, comme colonel de carabiniers.

Voici donc Pauline débarrassée....provisoirement du moins...d'un mari gênant. Elle peut vivre à sa guise. Elle en profite pour se rendre aux eaux de Plombières, nécessaires à sa médiocre santé.

Elle part avec une nombreuse suite, dans laquelle figure le brave Paul, un Noir ramené des îles par Jérôme Bonaparte. Quand Pauline va prendre son bain quotidien, c'est Paul qui porte dans ses bras sa maîtresse pour la déposer délicatement dans sa baignoire. Honni soit qui mal y pense !...la princesse trouve ce geste tout naturel.

A Plombières, en revanche, se trouve un homme dont l'élégance, les yeux noirs, la belle allure, ont vite fait de fasciner Pauline. D'une vieille famille provençale, Auguste de Forbin est à la fois peintre et poète. Toutes les femmes raffolent de lui. La princesse tombe dans ses bras, le ramène à Paris et lui fait donner le titre de chambellan. Le noble comte qui a besoin d'argent, se trouve enchanté d'être entretenu par une si belle maîtresse. En fait, ce sera un amant très cher...dans les deux sens du terme.

Pour avoir Forbin tout à elle, Pauline le fait venir dans la station de Gréoux, où l'envoient ses médecins. Elle passe ainsi, avec le bien-aimé, des journées...et des nuits d'extase. Son appétit sexuel demeure toujours insatiable. Sa cure terminée, elle gagne toujours avec son Auguste, une villa près d'Aix-en-Provence, "la Mignarde".

Mais elle a le désagrément d'y voir arriver son mari, pourvu du grade de général depuis la campagne de Prusse. Sans doute Camillo se plaint-il à l'Empereur du scandale. Forbin reçoit en effet peu après l'ordre de rejoindre l'armée d'Espagne.

Pauline se désespère-t-elle de cette séparation brutale ?...En aucune façon. Elle a gagné Nice où une nouvelle aventure l'attend. Le héros en est, cette fois, un compositeur piémontais, Félix Blangini, beau garçon de vingt-sis ans dont les tendres romances enchantent les coeurs. Un baladin murmure-t-on, succède au paladin. Devenu chef d'orchestre de la princesse, le maestro est aux petits soins pour Pauline. En fait c'est un timide...il est épouvanté de l'honneur qui lui échoit, et des difficultés qu'il prévoit.

.....A....Suivre..... salut

_________________
" Ne crains pas d'avancer lentement, crains seulement de t'arrêter "   (Sagesse Chinoise).

Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://jeanbaptiste.guindey.pagesperso-orange.fr/
Jean-Baptiste
Administrateur adjoint
Administrateur adjoint
avatar

Nombre de messages : 11603
Age : 71
Localisation : En Languedoc
Date d'inscription : 01/01/2007

MessageSujet: L'Ardente Pauline Borghèse.....   Mar 25 Aoû - 14:03

..... sunny ..... ....L'Ardente Pauline Borghèse...... ...(Sources J.Mayran)........... Suite....


Sur ces entrefaites, Napoléon nomme Borghèse gouverneur des Départements d'au-delà des Alpes et il ordonne à Pauline d'accompagner son marin à Turin, la nouvelle capitale. La princesse n'est pas contente, mais elle ne songe pas à désobéir.

En Avril 1808, un long cortège de voitures traverse les Alpes au col de Tende et continue en direction du Pô. Blangini suit dans les bagages. Il ne restera pas longtemps à Turin. Bientôt l'amoureux transi fuira la cour. Il ira se réfugier en Westphalie avec le titre de maître de chapelle que lui aura octroyé le roi Jérôme.

Pauline n'est pas femme à pleurer son sigisbée. Elle est toute à la joie d'obtenir l'autorisation de rentrer en France. Après un nouveau séjour à Aix, elle gagne Paris où l'Empereur lui réserve un accueil affectueux.

Entre-temps, Pauline continue ses conquêtes. La liste de ses amants ne peut être exhaustive. On doit nommer pourtant quelques célèbres personnages, objets passagers de ses caprices...Metternich, le prince Poniatowski, le colonel Czernitchev.

Plus sérieuse fut la liaison avec un jeune colonel de hussards, Jules de Canouille. Peu discret, ce beau sabreur au nez busqué se vantait volontiers de ses bonnes fortunes. Au cours d'une revue passée aux Tuileries il arbora ainsi devant l'Empereur des zibelines appartenant à Pauline. De son oeil d'aigle Napoléon reconnut les peaux que lui envoyées le Tsar et qu'il avait rétrocédées à sa soeur. L'indélicat amant fut aussitôt envoyé combattre en Espagne. Il fera ensuite la campagne de Russie et sera tué à la Moskova.

Un autre cavalier, Achille de Septeuil, fut également expédié au-delà des Pyrénées. Mais ce départ avait été ordonné sur la demande de Pauline elle-même, le trop bouillant Achille ayant provoqué la jalousie de sa maîtresse.

Plus retentissante fut l'idylle avec Talma, commencée sur les rives romantiques du lac du Bourget, et dont les péripéties servirent de prétexte à de belles tirades de la part du grand tragédien. Talma fut à son tour éclipsé par Auguste Duchand, héroïque officier qui commandera à Waterloo l'artillerie de la Garde.

Que disait Borghèse de ce catalogue ?...De temps à autre il reparaissait à Neuilly. Pauline mettait alors tout en oeuvre pour le faire déguerpir. Elle le traitait en intrus, lui faisait payer des notes de séjour, interdisait à ses serviteurs d'éclairer les appartements du prince. Si celui-ci voulait la voir, il devait lui faire demander une audience plusieurs heures à l'avance.
Ainsi étrillé, le pauvre Camillo battait en retraite et repartait pour Turin où il avait la joie de retrouver quelque aimable consolatrice.

En ces derniers mois des spendeurs impériales, Pauline jouissait de son mieux de la gloire fraternelle. Aucune soirée ne lui semblait trop brillante, aucune fête trop onéreuse. Lors du carnaval de 1812, elle imagina un quadrille pour le bal des Tuileries. Sa soeur Caroline représenterait la France tandis qu'elle même personnifierait la ville de Rome, heureuse d'être admise dans le grand Empire.

Tous les invités retinrent leur souffle lorsqu'ils virent apparaître la princesse. Vêtue d'une tunique brodée d'or, coiffée d'un casque doré aux longues plumes blanches, chaussée de brodequins ornés d'or, l'éclatante déesse tenait à la main une petite lance, également en métal précieux. Avec Caroline et d'autres nymphes elle entrepris des pas de danse, glissant sur le parquet ciré au son d'une musique guerrière. Napoléon gronda....il n'aimait pas voir les problèmes politiques servir des sujets aux amusements de la cour. Pauline ne s'inquéta guère...elle savait bien que son frère ne lui garderait jamais longtemps rancune.

Les jours noirs sont arrivés. A la fin de cette même année 1812, un tragique bulletin apprend aux Français les désastres de Russie. A cette époque, l'état de santé de Pauline s'est aggravé. A bout de nerfs, elle erre alors dans le Midi...elle va de Nice à Gréoux, de Gréoux à Aix-en-Provence ou à Hyères. L'avenir l'inquiéte. Elle se proccupe également de l'état de ses finances..." Elle est maigre à faire pitié, tout la chagrine et l'irrite ", écrit une de ses dames.

La princesse plonge en effet dans le marasme. Pourtant les nouvelles alarmantes lui sont cachées. Malgré son besoin de soleil, elle rêve de retourner à Paris, mais elle est trop faible pour entreprendre tel voyage. Du reste, il n'est plus temps...la grande invasion a commencé, bientôt Paris est pris, l'Empereur doit abdiquer.

Que va devenir Pauline ?....Elle se trouve alors au Luc, dans le Var, au château du Bouillidou. Son beau-frère Bacciochi voudrait l'emmener à Rome, mais elle refuse..... " L'Empereur devant passer par ici, je veux le voir, lui offrir mes consolations et s'il acepte que je le suive, je ne le quitterai plus...je n'ai pas aimé l'Empereur comme souverain, je l'ai aimé comme un frère et je lui serai fidèle jusqu'à la mort ".

A...Suivre... ...salut

_________________
" Ne crains pas d'avancer lentement, crains seulement de t'arrêter "   (Sagesse Chinoise).

Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://jeanbaptiste.guindey.pagesperso-orange.fr/
Jean-Baptiste
Administrateur adjoint
Administrateur adjoint
avatar

Nombre de messages : 11603
Age : 71
Localisation : En Languedoc
Date d'inscription : 01/01/2007

MessageSujet: L'Ardente Pauline Borghèse.....   Mer 26 Aoû - 10:22

..... sunny ..... ..L'Ardente Pauline Borghèse...... ...(Sources J.Mayran)........... Suite et Fin.


Le vaincu doit en effet passer par Le Luc en allant s'embarquer à Saint-Raphaël pour l'île d'Elbe. Mais ayant été pris à partie quelques heures plus tôt par des populaces ivres de colère, il a du, pour se déguiser, endosser la défroque des commissaires alliés chargés de l'accompagner. C'est dans cette tenue qu'il se présente devant sa soeur. Pauline le regarde, stupéfaite, indignée..."Quel est cet uniforme ?"..."Pauline voudrais-tu que je fusse mort ?"...L'Empereur va se changer et Pauline peut le serrer dans ses bras. Ils parleront toute la soirée. Il est convenu que d'ici peu la jeune femme ira rejoindre l'exilé à l'île d'Elbe.

En Octobre, la princesse débarque en effet à Portoferrajo, où elle retrouve Madame Mère. Sa présence égaie la maison des Mulini. Pour changer les idées de son frère, elle invite les notables de l'île, les visiteurs de marque, de jolies femmes. Elle se pare de ses plus belles toilettes. Le 1er janvier elle donne un grand bal et danse avec Cambronne. Ce vieux soldat, qui lui marche sur les pieds, avoue humblement qu'il aimerait mieux aller au feu que glisser sur des parquets cirés....

Ces divertissements cachent des projets plus sérieux. Napoléon est décidé à aller reconquérir son trône. Naturellement, il ne confie pas ses intentions à sa soeur, mais celle-ci devine bien les choses. Dans le courant de février elle apporte à l'Empereur son plus beau collier...des diamants évalués plus de 500 000 francs...qui serviront à payer des soldats. Quelques jours plus tard, c'est le départ, le dernier adieu....

Maintenant tout est terminé. Le vaincu de Waterloo vogue vers Sainte-Hélène et la princesse a reçu l'autorisation de gagner Rome. Pie VII, qui pardonne de grand coeur toutes les injures, accueille dans sa ville des Napoléonides exilés. Il accepte de protéger Pauline. Celle-ci voudrait obtenir de Camillo, ce Camillo qu'elle a si malmené, une aide matérielle.

Selon son contrat de mariage elle a droit, en effet, à une grosse rente et à la disposition d'une moitié du palais Borghèse. Elle fait en même temps propose à son mari....de reprendre la vie commune !

Le prince vit alors maritalement, à Florence, avec la duchesse Lante. l'idée de renouer avec elle qui l'a tant bafoué lui semble ridicule. Il refuse. La princesse lance alors ce mot, assez savoureux sur ses lèvres...."Qu'il est affreux d'être toujours la dupe des hommes !"

Sûre de de son bon droit, elle s'adresse aux tribunaux. Ceux-ci jugent que Camillo est dans son tort, puisqu'il affiche une liaison extra-conjugale. En juin 1816 la sentence est rendue....Pauline recevra une pension de 14 000 écus, la jouissance du palais Borghèse et d'une villa à Tivoli.

Triomphante, la princesse s'installe sur les bords du Tibre. Plus tard elle achetera à l'extrémité du Corso une ravissante maison qu'elle appelera la villa Paolina. Riche et fêtée, elle est de nouveau entourée par une foule d'admirateurs. Elle voit beaucoup sa famille et reçoit de nombreux étrangers. Mais en soeur fidèle, elle s'inquiète surtout du grand exilé. Elle proteste auprès des Anglais contre le climat meurtrier de Sainte-Hélène, elle demande l'autorisation d'aller rejoindre le captif. Son coeur se brisera lorsqu'elle apprendra la mort de l'Empereur.

Juillet 1824... ce coeur généreux bat...pour un nouvel amant. L'ensorceleur est un jeune compositeur, Giovanni Pacini, que l'on dit rival de Rossini. Désireuse de l'aider dans sa carrière, Pauline organise pour lui des soirées musicales. Elle fait même jouer chez elle un de ses opéras, "l'Esclave de Bagdad". Elle l'emmène à Frascati, à Pise, à Vareggio. On la voit se promener sur la grève au bras de son " Nino ". Mais celui-ci doit souvent la quitter pour s'occuper de la création de ses oeuvres. A chaque séparation elle souffre le martyre.

En fait, le garçon se fatigue un peu de se sentir en tutelle...il invente des prétextes pour s'éloigner....."Pourquoi toujours me tromper et me débiter des mensonges, gémit-elle...je suis si triste à la pensée que Nino ne me dit jamais la vérité." Nino, elle le sait, la fuit.

Ce qui la fuit surtout, c'est la jeunesse. Pauline se rend bien compte que le temps à marqué des griffes sur son front. Maintenant, elle ne veut plus voir au palais Borghèse le marbre de Canova qui lui rappelle de trop belles années. A Camillo avec lequel elle s'est reconciliée, elle envoie ces lignes assez stupéfiantes.

"""" Je sais que vous permettez de temps à autre que l'on voie ma statue. Je serais heureuse que cela ne se produise plus à cause de la nudité de la sculpture qui frise l'indécence. Elle ne fut crée que pour vous être agréable. Comme ce n'est plus le cas maintenant, il est juste qu'elle soit enlevée aux regards."""

On ne sait ce que pensa le pauvre Camillo de cette involontaire ironie. En tout cas, il ne formula pas d'objection. En outre, pressé par le pape Léon XII de rappeler auprès de lui son épouse, il accepta de renvoyer la duchesse Lante et d'accueillir à Florence Pauline. Celle-ci après sa rupture avec Pacini, avait en effet prié son mari de la recevoir.

La princese Borghèse avait alors largement passé la quarantaine. Toujours souffrante, fiévreuse, insatisfaite, elle n'était plus que l'ombre d'elle-même. En fait, un cancer la rongeait. Pendant quelques semaines elle se montra au théâtre, aux Cascines, mais bientôt ses forces la trahirent. Le bon Camillo, la conduisit à la villa Strozzi, aux portes de la ville, pour qu'elle pût respirer du bon air. C'est là qu'elle mourut le 9 juin 1825.

Dernière coquetterie....Pauline avait, dans son testament, supplié qu'on n'exposât pas, selon la coutume romaine, son corps dans ses appartements. Il ne fallait pas que le public pût voir ce qu'était devenu le visage de la radieuse Vénus de Canova !

Camillo souscrivit à ce voeu ultime. Sur son ordre, le cercueil fut transporté à Rome. Il repose aujourd'hui à Sainte-Marie-Majeure, dans la chapelle Borghesiana. Une magnifique épitaphe énumère longuement les titres de celle qui fut, avant tout, la soeur très chère et très aimante de Napoléon.

.....FIN..... salut

_________________
" Ne crains pas d'avancer lentement, crains seulement de t'arrêter "   (Sagesse Chinoise).

Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://jeanbaptiste.guindey.pagesperso-orange.fr/
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: L'Ardente Pauline Borghèse.....   

Revenir en haut Aller en bas
 
L'Ardente Pauline Borghèse.....
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» L'Ardente Pauline Borghèse.....
» Ephéméride 30 Juillet......
» Pauline Bonaparte l'idole des Anglais.....
» demander L'esprit-Saint et une foi ardente
» Une année consacrée à Pauline Marie Jaricot, dans la ligne d’Aparecida

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forum des Amis du Patrimoine Napoléonien :: SALON DES DEUX EMPIRES :: - Vos Articles --
Sauter vers: