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 Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon......

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon......   Mer 11 Nov - 10:59

...... ...... ....Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon....

(Sources...Léon Noël)


« Cette accusation est tellement absurde et insensée, qu’elle ne peut avoir été inventée que par un fou ou un maniaque »….écrivit Talleyrand dans ses mémoires. Ainsi réfutait-il, d’une façon définitive, les dires du marquis de Maubreuil qui affirmait que le prince de Bénévent avait tenté de l’acheter pour qu’il assassinât l’Empereur….Cette mystérieuse affaire demeure encore à ce jour une énigme. Bien qu’il n’y ait pas de preuves formelles du bien fondé des accusations de Maubreuil, il n’est pas certain que Talleyrand ait eu la conscience aussi claire qu’il le prétendait.

Pour qui tente de pénétrer l’énigmatique psychologie de Talleyrand, il n’est pas inutile de s’arrêter sur un scandale aux multiples épisodes et demeuré mystérieux malgré les études dont il a fait l’objet.

Un fait significatif….en rédigeant au début de 1824, un appendice à la neuvième partie de ses Mémoires, Talleyrand jugea opportun de saisir l’occasion pour réfuter les allégations de Maubreuil auquel, semble-t-il, personne ne pensait plus….

« M. le marquis de Maubreuil prétend que j’ai cherché à le suborner pour assassiner, en 1814, l’empereur Napoléon pendant qu’il se rendait à l’île d’Elbe. La démence a parfois d’étranges aberrations ! C’est tout ce que je devais dire sur cette dernière accusation qui est tellement absurde et insensée qu’elle ne peut avoir été inventée que par un fou ou par un maniaque »….Il n’en consacra pas moins à lui répondre un exposé représentant trois pages in-huit imprimées en petits caractères .Il n’aurait pas agi autrement s’il n’avait redouté que, quelque jour, de son vivant ou après lui, des révélations gênantes ne fussent produites par un personnage dont, sans cela, il aurait dû mépriser les propos.

Ce Maubreuil fut un parfait aventurier Issu, a noté Talleyrand, d’une famille ancienne et honorable de la Bretagne, très jeune, il se mêla à la chouannerie. A Nantes, il se lia avec Jérôme Bonaparte, autre écervelé, son cadet de quelques mois, venu pour embarquer comme lieutenant de vaisseau et qui s’attarda deux mois…. à se divertir avant de prendre la mer.

Quand le plus jeune frère de Napoléon devin roi de Westphalie, Maubreuil, rallié à l’Empire, se rappela à son souvenir. Le jeune souverain en fit son capitaine des chasses et un écuyer de la reine Catherine.

Mais, en 1809, une brouille survint entre eux, Maubreuil s’étant permis de courtiser une des nombreuses maîtresses de Jérôme. Pour l’éloigner, celui-ci le nomma lieutenant de chevau-légers et l’expédia faire la guerre en Espagne. Il y gagna la Légion d’Honneur. A son retour, il se fixa à Paris et, avec des fortunes diverses, s’associa à des fournisseurs aux armées parmi lesquels, pour un temps, un certain Faulté de Vanteaux, ancien émigré. Survinrent les revers de l’Empereur, Maubreuil, financièrement aux abois, misa sur une restauration des Bourbons.

Le 21 avril, vêtu d’un uniforme de colonel de hussards, accompagné d’un autre aventurier nommé Dasies et ayant, grâce à des ordres de mission, obtenu de l’officier français qui commandait à Montereau, une escorte de cinq ou de six cavaliers commandés par le lieutenant, Maubreuil se posta à un kilomètre du relais de poste de Fossard, sur la route de Fontainebleau à Sens, près de Pont-sur-Yonne. Là, il arrêta la berline de la reine Catherine de Westphalie. Son ancienne souveraine se dirigeait vers Lamotte-Beuvron où se trouvait Jérôme, après avoir vainement tenté, à Paris, d’intéresser à leur sort le prince de Wurtemberg son frère.

Se prétendant chargé par le Gouvernement provisoire de s’assurer que la reine n’emportait pas de diamants appartenant à la couronne, Maubreuil s’était emparé de ses bijoux, des diamants de son mari et de 24 000 francs en pièces d’or.

Ainsi dépouillée par son ancien écuyer, Catherine avait porté plainte entre les mains du juge de paix de Pont-sur-Yonne, qui prévint aussitôt le Gouvernement provisoire. En même temps, elle avait écrit au Tsar, son cousin germain, pour implorer sa protection.

Maubreuil fut aussitôt recherché par la police, et avec d’autant plus de zèle que l’Empereur Alexandre se montrait fort irrité. Il paya d’audace. Le 24 avril, il se présenta au pavillon de Marsan chez Vitrolles, devenu ministre d’Etat, et qui dans ses « Mémoires », a relaté ses étranges propos. Après avoir affirmé qu’il n’avait fait que son devoir, ayant reçu pour mission d’empêcher les membres de la famille impériale d’emporter à l’étranger les joyaux de la couronne, il le prit de haut et se fit menaçant… « Si, dans tout cela, on veut me compromettre, j’en compromettrai bien d’autres. »

Faire Disparaître Napoléon….

Invité à s’expliquer, il déclare qu’au commencement du mois, Roux-Laborie, secrétaire du Gouvernement provisoire, se disant l’émissaire de Talleyrand, l’avait chargé de faire disparaître Napoléon avec l’aide de quelques hommes résolus. Pour lui confirmer le caractère officiel de cette mission, Roux-Laborie l’avait placé sur le passage du prince de Bénévent et celui-ci avait adressé un signe d’intelligence préalablement convenu. Comme récompense du crime qui lui avait été demandé, on lui avait, prétendait-il, promis « un million, le grade de lieutenant général, le titre de duc, etc…. »

Au dire de Vitrolles, Maubreuil ajouta « que ses hommes étaient prêts et dévoués, que ce qui ne s’était pas fait pouvait encore se faire, que je n’avais qu’à parler, et qu’il me répondait qu’avant deux jours l’homme n’existerait plus ». Le 25 avril, il avait été arrêté.

Au cours de l’instruction qui suivit, Maubreuil renouvela ses accusations contre Talleyrand. L’affaire traîna, et dans les conditions les plus étranges. Quelques amis de Maubreuil, parmi lesquels Auguste de la Rochejaquelein, premier lieutenant aux grenadiers à cheval de la Maison du Roi, le protégeaient dans la coulisse.

Un jour d’octobre 1814 où Maubreuil et son complice Dasies étaient conduits en fiacre de la prison de la Force au palais de Justice pour y être interrogés, un jeune homme saisit le cheval par la bride qu’il coupa. Dasies en profita pour s’évader. Maubreuil s’en laissa assez docilement empêcher par l’huissier qui les accompagnait. Un peu plus tard, Dasies affirma que le garde des Sceaux Dambray lui avait fait dire, par Auguste de la Rochejaquelein, que, s’il se tenait coi, il ne serait pas recherché. Visiblement, le gouvernement ne tenait pas à ce que l’affaire vînt à l’audience.

Cependant, le 28 novembre, le procureur du roi pris des réquisitions tendant au renvoi de Maubreuil et de Dasies devant la Chambre des mises en accusation, sous la prévention de vol sur un chemin public.

Le 3 décembre, l’incompétence des tribunaux judiciaires était proclamée. Maubreuil n’en resta pas moins en prison. Il y était encore au retour de l’île d’Elbe. La veille de l’entrée de Napoléon à Paris, ordre fut donné de le remettre en liberté et, dans des conditions qui, elles aussi, paraissaient insolites….malgré l’affolement produit par l’approche foudroyante de l’Empereur, certains des plus hauts personnages de l’Etat eurent la présence d’esprit de penser à Maubreuil. Pendant les Cent Jours, Maubreuil fut de nouveau arrêté et une nouvelle instruction ouverte.

Mais dans la nuit du 18 au 19 avril, Maubreuil avait trouvé moyen de s’évader d’une cellule du dépôt, avec la complicité d’un employé de la Préfecture de Police, ancien domestique d’un de ses parents, le marquis de Brosse. Celui-ci facilita son passage en Belgique et ne devait pas cesser de prendre sa défense.

On avait tout d’abord inculpé, avec Maubreuil et Dasies, Talleyrand, Roux-Laborie, le général Dupont Anglès et Bourrienne. L’instruction avait été close l’avant-veille de Waterloo et le procureur général avait conclu, « quand à présent » faute de preuve suffisante, à un non-lieu en faveur de Talleyrand, Dupont, Anglès et Bourrienne, mais un renvoi devant la cour d’assises de Maubreuil, de Roux-Laborie et de Dasies.

Les parties des conclusions du procureur général concernant Talleyrand vaut d’être reproduite…. « Attendu que le prince de Talleyrand paraît avoir conçu ou accueilli l’idée de faire assassiner l’Empereur, ses deux frères, les princes Jérôme et Joseph, et de faire enlever le Roi de Rome, au mois d’avril 1814, qu’il paraît également s’être servi de l’entremise de Laborie pour charger de l’exécution de ce complot Maubreuil et Dasies, comme il ne leur a fait lui-même aucune proposition directe et qu’il ne s’est engagé personnellement dans aucune entrevue, sans (ne faut-il pas lire dans ?) aucun pourparler avec eux…qu’il n’existe contre lui que la déclaration de Maubreuil et la présomption que Roux-Laborie ne se serait pas permis de faire délivrer à Maubreuil et Dasies, sans l’autorisation du prince, les ordres dont ils ont été porteurs… ».

Maubreuil fait appel et après diverses péripéties judiciaires, il s’évade de nouveau et s’enfuit en Belgique. La cour le condamne à cinq ans de prison par défaut. Maubreuil passe en Belgique et attend là, l’expiration du délai de prescription.

.......A.....Suivre..... ....

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon......   Mer 11 Nov - 18:35

Comme toujours - merci.
Amities et
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Percy
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MessageSujet: Re: Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon......   Mer 11 Nov - 19:16

Je constate avec plaisir que vous sélectionnez toujours des textes intéressants dont la lecture est à la fois agréable et enrichissante.
Mes plus sincères remerciements pour cette démarche. salut
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ThiNap
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MessageSujet: Re: Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon......   Mer 11 Nov - 20:57

Merci Jean-Baptiste pour ton post, nous attendons la suite avec impatience.

Je connais cette histoire de Maubreuil ... mais c'est pas très clair : logique, il y a du Talleyrand là-dessous !

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ThiNap
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon......   Jeu 12 Nov - 10:40

..... ..... .........Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon....

(Sources...Léon Noël)...

Merci les Amis........Voici la suite et la Fin...!!



Revenu en France en 1823, il tomba dans la misère, vivant d’expédients et de charité. Peut-être son retour inquiéta-t-il Talleyrand et le détermina-t-il à insérer l’année suivante dans ses « Mémoires », une réponse aux accusations de Maubreuil qui, à Douai, au cours de la nouvelle instruction, avait montré qu’il ne désarmais pas envers le prince et qu… avait déclaré … « j’ai été victime, et je ne ménagerai rien ».

S’il en fut ainsi, le flair de Talleyrand ne l’avait pas trompé. Le 21 janvier 1827, en sortant de la basilique de Saint-Denis où venait d’être célébrée une cérémonie commémorative de l’exécution de Louis XVI, Talleyrand, qui venait d’accompagner le dauphin jusqu’à sa voiture, fut frappé au visage avec violence par Maubreuil qui avait réussi à surgir de la foule. Tombé à terre, le vieux prince reçut encore de son agresseur plusieurs coups de pied. Les spectateurs le crurent mort. Tandis que Maubreuil était appréhendé, on le releva et on le mit en voiture. La secousse avait été si forte qu’on jugea nécessaire de lui appliquer, à deux reprises, des sangsues.

Aussitôt arrêté, Maubreuil avait remis à la police une déclaration qu’il avait dans sa poche… « Ainsi pairs, députés, juges ne trembleront plus devant Talleyrand le souffleté, et la France pourra enfin connaître lequel mérite le plus, de celui qui ordonna l’assassinat de Napoléon et de son fils, même après l’abdication, ou de celui qui prit sur lui de ne pas exécuter la plus infâme de toutes les violations des traités. »

Talleyrand cherche à limiter le scandale en empêchant que Maubreuil fût renvoyé devant la cour d’assises. Au juge d’instruction, venu à son domicile recueillir sa déposition, il déclara…ce qui était inexact…qu’il s’était rendu à la cérémonie de Saint-Denis non pour y exercer ses fonctions de grand Chambellan, mais à titre personnel. Il précisa également qu’il avait pu ressortir moins de vingt jours après l’attentat, ce qui, en vertu de l’article 309 du Code pénal, mettait Maubreuil à l’abri d’une condamnation à la réclusion…, et lui-même d’un débat en cour d’assises.

Le 24 février 1827, Maubreuil comparut en correctionnelle. Sans tenter de l’interrompre, le président lui laissa dire que Talleyrand lui avait promis, s’il assassinait Napoléon et ses proches, deux cent mille francs de rente, le titre de duc et un grade supérieur dans l’armée. Condamné à cinq ans de prison, cinq cent francs d’amende, dix ans de surveillance de la haute police et trois mille francs de cautionnement, il ne manqua pas d’interjeter appel.

Quand l’affaire vint à l’audience du 29 août pour être jugée à fond, Maubreuil attaqua avec violence ceux qu’il avait voulu voir comparaître comme témoins… « Talleyrand, l’évêque d’Autun, l’empoisonneur de Mirabeau selon un auteur anglais, enleveur du duc d’Enghien et assassin, si je n’eusse pas pris sur moi de faire échouer ses perfides combinaisons, de Napoléon et de son fils. »…..Ce jour-là encore, le président le laissa parler et semble n’avoir rien tenté pour endiguer le flot de ses insultes.

Maubreuil prétendit s’être borné à toucher « la partie inférieure de la joue gauche » du prince…. « Je ne voulais que l’insulter et l’amener devant la justice. »….Il affirma l’avoir souffleté très légèrement et se défendit d’avoir prémédité son geste…. « J’ai souffleté parce que j’étais pressé. Comme si je savais, moi, en allant à Saint-Denis, s’il me serait possible d’apostropher, de cracher au visage, de donner du pied au cul ou de souffleter ce vil coquin de Talleyrand, ce vil défroqué. » ….Il exprima un seul regret, celui de n’avoir pas frappé plus fort… « Nous aurions été en cour d’assises et la, les témoins auraient comparu. »

Malgré ces violences, la cour n’en donna pas moins, dans une certaine mesure, satisfaction à Maubreuil, ce qui n’est pas sans étonner, « attendu que la préméditation est…. et demeure écartée ». Elle réduisit sa peine à deux ans de prison et deux cent francs d’amende.

C’en était fini des suites judiciaires de l’incident de Saint-Denis. Mais Maubreuil n’était pas homme à laisser Talleyrand tranquille. En décembre 1828, il le cita en justice pour obtenir de lui des dommages intérêts en réparation du préjudice que lui avait valu sa mission de 1814. En mai 1829, par une pétition adressée à la Chambre des députés, il demanda la révision de son procès, en se plaignant que la police eût saisi ses papiers personnels. La Chambre entendit, le 15 mai, un rapport sur cette plainte. Il y eut un débat auquel prit part Benjamin Constant, mais l’Assemblée refusa de saisir le garde des Sceaux de l’affaire. En décembre de la même année, Mautreuil intenta encore un procès à Talleyrand. Il le perdit définitivement en appel, en mars 1833.

Le mystère subsiste cependant. Si Maubreuil fut un aventurier peu scrupuleux et pas davantage équilibré, tout ne paraît pas faux dans ses accusations. Ainsi s’explique l’inquiétude persistante que Talleyrand, si sceptique et si blasé qu’il fût, ne parvint pas à dissimuler.

Il est avéré qu’en mars et au début d’avril 1814, certains Français, et non parmi les moindres bénéficiaires de l’Empire, envisageaient comme une solution commode la mort de Napoléon. Talleyrand était du nombre. Une lettre écrite par lui, le 20 mars, à sa principale confidente du, moment, la duchesse de Courlande, en fait foi…. « Le congrès (de châtillon) est ou va être rompu. C’est sûr maintenant, le dénouement ne peut se faire attendre. Mais quel sera-t-il ?...On parlait aujourd’hui d’une conspiration contre l’Empereur et l’on nommait des généraux parmi les conjurés. »….Le prince de Bénévent poursuivait en ces termes précis….. « Si l’Empereur était tué, sa mort assurerait les droits de son fils (et du même coup, la carrière de Talleyrand lui-même) aujourd’hui aussi compromis par les évènements de Bordeaux (la restauration des Bourbons y avait été proclamée le 12 mars) et par le mouvement général des esprits en France. Tant qu’il vit, tout reste incertain, et il n’est donné à personne de prévoir ce qui arrivera (il se réservait encore). L’Empereur mort (on s’attend à lire….tout s’arrangerait….et ce qu’exprime la suite), la régence satisferait tout le monde (il y tendait lui-même et se voyait premier ministre de Marie-Louise régente …voire un des régents), parce qu’on nommerait un conseil qui plairait à toutes les opinions, et qu’on prendrait des mesures pour que les frères de l’Empereur n’aient aucune influence sur les affaires du pays. »

Le prince avait ajouté cette recommandation qu’il aurait dû savoir très vaine… « C’est Marcoucy qui vous porte cette lettre que vous brûlerez aussitôt que vous l’aurez lue. C’est essentiel, en général, chère amie, ne gardez point de lettres. »

Sans aller jusqu’à accepter, en totalité, la version de Frédéric Masson, qui, dans sa fougue bonapartiste, s’appropria la version de Maubreuil, il est permis de supposer, avec Georges Lacour-Gayet et Maurice Garçon, que … « Roux-Laborie, qui recevait toutes ses confidences, comprit et se chargea d’organiser l’affaire ».

Selon toutes les apparences, Roux-Laborie, le moins scrupuleux des hommes, une des âmes damnées du prince de Bénévent et qui, au dire de Pasquier, amenait alors à celui-ci…. »… une foule de personnes venant offrir leur service ».

Inutile d’assassiner l’Empereur déchu…..

Maître Maurice Garçon a judicieusement observé qu’à la date du 3 avril, Napoléon disposait encore entre Paris et Fontainebleau, de forces importantes et ne cachait pas son intention de reprendre l’offensive. Son prestige et la crainte qu’il inspirait n’avaient pas disparu…. « Si on leur apportait la garantie que l’Empereur disparaîtrait de la scène politique », les souverains alliés « pourraient se laisser tenter un traité signé avec l’impératrice au nom du roi de Rome », après l’abdication de Napoléon.

Dans ce cas, engagé comme il l’était depuis deux jours envers les Bourbons, le prince de Bénévent avait perdu toute chance de gagner la partie qu’il entendait jouer jusqu’au succès. « De là l’idée d’en finir avec Napoléon. » Le 4 avril, Talleyrand envoya, par Vitrolles, au comte d’Artois qui était à Nancy, un message le priant d’arriver d’urgence.

Le même jour, à raconté Maubreuil, « d’après les différentes entrevues qui eurent lieu entre les envoyés de Napoléon et le Gouvernement provisoire (il s’agit notamment de la venue à Paris, dans la soirée du 4, des maréchaux Ney, Moncey, Oudinot, Lefèvre et Macdonald, venus apporter au Tsar l’abdication, en faveur du roi de Rome, qu’ils avaient arrachée à Napoléon), je demandai à M. Laborie si mon projet n’était pas abandonné. Il me répondit qu’il ne l’était pas encore ».

En attendant Maubreuil faisait ses préparatifs. Il recruta Dasies, employé de Vanteaux, que son passé louche prédisposait à le seconder efficacement. La situation fut bouleversée, dans la nuit du 4 au 5 avril, par la défection de Marmont qui avait paralysé Napoléon et déterminé Alexandre à exiger son abdication pure et simple. Dans la journée du 6, Napoléon s’était soumis à cette exigence, et le Sénat avait appelé au trône Louis Stanislas Xavier. Il devenait inutile d’assassiner l’Empereur déchu.

Une ténébreuse affaire……

Pour revenir au printemps de 1814 et à Maubreuil, faute de preuve suffisante qui justifie sa thèse, il est sage de s’en tenir à l’interprétation de Maurice Garçon et d’admettre que le projet d’assassiner Napoléon était abandonné à l’époque de l’opération de Fossard. Il n’en résulte pas cependant que ce projet ait été imaginaire.

L’accusation formulée par Maubreuil à l’égard de Talleyrand, qui l’a qualifiée d’ « encore plus absurde si c’est possible qu’infâme » et qui, selon lui, ne pouvait « avoir été inventée que par un fou ou un maniaque », ne saurait être totalement écartée.

Trop de particularités bizarres existent dans cette affaire. Nous en avons relevé un certain nombre. Il en existe d’autres. Comment expliquer la persistance des protections qui s’exercèrent en faveur de Maubreuil, par exemple, de la part d’Auguste de la Rochejaquelein et du marquis de La Brosse, s’il n’était pas détenteur d’un véritable secret d’Etat ?....Comment ne pas s’étonner de la patience des magistrats à son endroit, de la facilité avec laquelle, à plusieurs reprises, il parvint à s’évader ?....Comment ne pas soupçonner l’intervention d’influences secrètes, tantôt pour l’empêcher de parler, tantôt pour limiter ses responsabilités de défense ?....Comment ne pas être surpris par exemple, que le 24 février 1817, devant le tribunal correctionnel de la Seine, un avocat, Me Bautier, qui avait accepté, puis refusé de le défendre, ait déclaré….. « Des personnes sont venues chez moi me menacer de soufflets, de voies de fait, si je m’occupais de sa défense ? »…..Comment surtout expliquer, si la version de Talleyrand était rigoureusement exacte, la peur panique que, de toute évidence, Maubreuil, ses accusations et ses menaces inspirèrent constamment au prince ?

Force est de conclure qu’à tout le moins celui-ci n’était pas tout à fait étranger à l’affaire et qu’il n’avait pas, à son sujet, la conscience parfaitement en paix.

…..FIN……..... ......

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon......   Jeu 12 Nov - 10:51

10 sur 10
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Percy
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MessageSujet: Re: Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon......   Jeu 12 Nov - 21:21

La conclusion de ce récit démontre une nouvelle fois la duplicité du prince de Bénévent.
Un homme d'une intellignece remarquable, ce qui le rendait d'autant plus dangereux.
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MessageSujet: Re: Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon......   Jeu 12 Nov - 21:24

je n'aime pas ce personnage, mais je doir reconnaitre qu'il fascine quand meme ,un grand bohomme,(ou de la m....... dans un bas de s.......)
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lieutenant legros

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MessageSujet: Re: Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon......   Jeu 12 Nov - 21:31

M...., tu ne peux pas l'écrire, mais soie, oui. Very Happy
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Percy
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MessageSujet: Re: Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon......   Jeu 12 Nov - 21:39

As-tu lu la biographie qu'Emmanuel de Waresquiel lui a consacré ?
Si non, je te la recommande vivement.
Talleyrand y est disséqué sous tous ses aspects.
Tour à tour fin politique, diplomate avisé, opportuniste et rusé, il intrigue et fascine et ne laisse pas indifférent.
Un véritable personnage au sens littéral du terme.
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MessageSujet: Re: Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon......   

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