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 La Fayette et Joseph Bonaparte au coin du Feu......

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: La Fayette et Joseph Bonaparte au coin du Feu......   Sam 28 Nov - 10:59

...... ...... ....La Fayette et Joseph Bonaparte au coin du Feu....

...(Sources....M.Vandal et P.Lesourd).



................................. ............


Les opinions libérales, voire républicaines et jacobines, de Joseph Bonaparte qui ceignit la couronne de Naples, puis celle d’Espagne par la grâce de son frère, n’est pas un des moindres paradoxes de l’Histoire. Dès l’époque du Directoire et du Consulat, Joseph courtisait le général La Fayette, héros de la liberté des Deux-Mondes, comme le proclamait la renommée.

En 1824, aux Etats-Unis, les deux hommes se rencontrent.

La Fayette se préparait à prendre la route du Sud qui le ramènerait par étapes glorieuses jusqu’en Virginie, quand Joseph Bonaparte lui fit savoir qu’il l’attendait avec impatience dans son domaine de l’Etat du New Jersey. La Fayette se fût volontiers passé de cette invitation qui, il ne pouvait pas s’en douter, aller le forcer à remuer des cendres encore tièdes.

Il n’était cependant pas question pour lui de refuser de se rendre auprès de Joseph Bonaparte, qui avait toujours été son ami, et auquel il devait sûrement la vie. Joseph Bonaparte, après la défaite de Waterloo, s’était retiré aux Etats-Unis sous le nom de comte de Survilliers et vivait dans sa superbe plantation de Point Breeze, située sur les rives du fleuve Delaware. Ses deux filles l’avaient rejoint en Amérique, ainsi que son gendre le prince de Canino.

La Fayette et son fils arrivèrent en calèche à Pont Breeze à la fin de l’après-midi du dimanche 26 septembre 1824. Joseph Bonaparte, engoncé dans une pelisse de fourrure, l’attendait devant le perron de sa magnifique demeure, et les deux hommes s’embrassèrent longuement, sans prononcer un mot. L’automne est précoce dans l’Etat du New Jersey, et un grand feu illuminait la grande salle où Joseph introduisit La Fayette.

Deux fauteuils les attendaient devant la cheminée, et La Fayette, qui n’était pas en verve, s’assit et parut s’abîmer dans une profonde méditation. Il ne méditait nullement, et Joseph ne fut pas dupe. Il ne l’avait jamais été avec son ami La Fayette, qui lui avait si souvent compliqué la vie. Les deux hommes survivaient à la grande épopée, et trois ans à peine après la mort de Napoléon, ils continuaient à s’épier en silence en prétendant se réchauffer.

Ils ne s’étaient pas revus depuis la défaite de Waterloo, et chacun évaluait la fatigue de l’autre, Joseph trouva que La Fayette était « très vert » pour son âge, et La Fayette remarqua que la ressemblance de son hôte avec Napoléon s’était accentuée. Joseph était son aîné de onze ans, et ayant toujours aimé la bonne chère, il s’était allégrement laisser empâter.

Un plantureux repas abrégea le silence, et les deux amis se retrouvèrent à nouveau seuls devant la grande cheminée. Ils étaient maintenant détendus, et Joseph, qui humait son cognac favori…importé de France…attaqua gaillardement La Fayette. Il le félicita d’avoir qualifié la mort de l’Empereur comme un évènement de la plus haute importance, et pour informer son ami qu’il était parfaitement au courant de ses moindres écrits et de ses dires, il ajouta finement… « Vous avez bien raison de souligner que la disparition de l’Empereur va apporter à la cause libérale de nouvelles recrues…et non des moindres ! ».

Libéral, Joseph Bonaparte l’avait toujours été, et l’ironie du sort voulut que le frère aîné de Napoléon fût resté républicain alors même que son cadet l’imposait comme roi. La Fayette n’avait jamais ignoré que Joseph l’avait protégé contre la jalousie de Napoléon, par sympathie pour une liberté que son frère avait su admirablement exploiter.

Le comte de Survilliers, en réchauffant son cognac entre ses mains, se plaisait à répéter la phrase que La Fayette avait eut l’audace de dire à son frère « Vous préférez la République à la liberté et Mahomet à Jésus-Christ. »…. Joseph contrairement à Napoléon, avait de l’humour et les reparties de La Fayette, dont il admirait la désinvolture à l’époque où le long duel qui allait l’opposer à Napoléon commençait, l’avait beaucoup réjoui en un temps où lui-même n’avait guère le loisir de faire des traits d’esprit.

C’est cependant par une réplique humoristique qu’il avait en 1808 sauvé la tête de La Fayette quand Napoléon, pensant que le marquis de La Fayette avait abondamment trempé dans la conspiration des Chouans à laquelle avait succédé l’arrestation de Pichegru. Joseph Bonaparte avait éclaté de rire en disant…. « Là où on trouvera des aristocrates et des rois, il est impossible de trouver La Fayette ! »

Napoléon avait dû se contenter d’exiler La Fayette dans ses terres, mais l’implacable duel entre le marquis républicain et Napoléon devait durer jusqu’à la défaite de Waterloo. Joseph avait toujours su que La Fayette complotait, et que le château de la Grange était l’asile de tous les libéraux en danger. Il avait vainement essayé de le raisonner et avait engager Bonaparte, alors premier consul, à le combler d’honneur pour l’amadouer.

La Fayette demeurait irréductible, et comme il avait refusé la plus haute dignité dans l’Ordre de la Légion d’Honneur, il refusa un poste d’ambassadeur aux Etats-Unis. L’exilé de La Grange osait imposer sa présence dans tous les salons de Paris.

C’était un duel qui ne manquait pas d’allure, et Bonaparte maîtrisant sa mauvaise humeur, y faisait preuve d’une patience et d’une courtoisie qui surprenait ses plus proches collaborateurs. La conquête du Héros des Deux-Mondes paraissait à Bonaparte assez considérable pour tempérer son humeur. Il continuait à le combler d’attentions…il acceptait son fils, Georges-Washington dans ses armées, avec le grade de lieutenant, il avait fait rayer La Fayette et ses amis de la liste des « émigrés » et, connaissant les tracas d’argent de La Fayette, il s’était empressé de lui faire acheter ses terres de Cayenne. Le marquis de la Fayette remerciait du bout des lèvres, et ne cessait point pour cela de « comploter ».

De 1789 à 1792, il existe en France deux champions de la liberté, il était évident que l’un des deux était de trop, mais lequel l’emportera ?

Bonaparte dès le retour clandestin en France du prisonnier d’Olmüz en 1799, avait désiré éloigner La Fayette de Paris, où il avait été reçu avec des transports d’allégresse par le peuple. Il prétendait être son libérateur. Dans le traité de Campo Formio, il était stipulé que le général La Fayette et sa famille, devaient être rendus à la liberté, mais ce que l’on ne pouvait lire dans ce traité, c’est que Bonaparte était fermement décidé à fermer les frontières françaises à La Fayette, qui relâché par les Autrichiens, se trouvait maintenant exilé au Pays-Bas, où il erra pendant deux ans.

En apprenant que La Fayette était revenu à Paris sous un faux nom, Bonaparte piqua une de ses plus belles colères, que Joseph eut grand mal à maîtriser. La Fayette qui se trouvait dans l’obligation de remercier Bonaparte de son geste civique en faveur d’un héros républicain, savait parfaitement qu’il devait sa délivrance à George Washington et à tous ses amis d’Amérique, qui n’avaient jamais cessé d’intervenir auprès de l’Empereur d’Autriche.

A.....Suivre........ .....

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Percy
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MessageSujet: Re: La Fayette et Joseph Bonaparte au coin du Feu......   Sam 28 Nov - 20:29

Encore une remarquable trouvaille de votre part, mon cher J-B.
J'ai pris un vif plaisir à vous lire et attends la suite avec impatience.
Bizarrement, la narration de cette entrevue entre les deux hommes m'a fait penser à la pièce "Le souper" qui opposait Talleyrand et Fouché, respectivement campés par Claude Rich et Claude Brasseur.
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: La Fayette et Joseph Bonaparte au coin du Feu......   Dim 29 Nov - 9:07

...... ...... .......La Fayette et Joseph Bonaparte au coin du Feu....

...(Sources....M.Vandal et P.Lesourd)...Suite et Fin...



Bonaparte contraint de supporter la présence de la Fayette, commença par se réjouir en apprenant que le héros des Deux-Mondes…toujours acclamé par le peuple de Paris quand il paraissait en public…ne désirait rien d’autre que s’adonner aux joies de l’agriculture. Ce n’était pas Cincinnatus reprenant sa charrue, mais le très encombrant marquis de La Fayette qui devenait jardinier. Bonaparte respira, et il respira avec d’autant plus de sérénité qu’il savait que La Fayette était ruiné, donc incapable de mener grand train à Paris , où le peuple n’aurait plus l’occasion de le voir caracoler sur son « cheval blanc ».

A la mort de George Washington, survenu le 14 décembre 1799, Bonaparte interdit de prononcer le nom de La Fayette dans les discours officiels, et le fils spirituel de Washington ne fut pas invité à la cérémonie.

Le château de la Grange, redevenu habitable pour sa famille enfin réunie autour de lui, La Fayette commença ses va-et-vient entre la Brie et la capitale. Son amitié avec Joseph Bonaparte s’affermit, et il devint un visiteur assidu du château de Mortefontaine, où Joseph, qui jouait jovialement avec les paradoxes, l’invita un soir à dîner avec le général Cornwallis. Bonaparte continuait à prétendre que le marquis de La Fayette avait assez d’esprit pour ne pas empiéter sur son territoire. Bonaparte était trop orgueilleux pour admettre que son redoutable adversaire pu l’être autant que lui. La Fayette, qui pour être demeuré républicain n’en était pas moins resté gentilhomme, le roula avec une extrême élégance. Les deux champions de la liberté restaient sur leur défensive.

Lorsque Bonaparte part pour la campagne d’Egypte, dont la conquête est des plus incertaines, c’est Joseph qui prévoyant le pire, pense….. à La Fayette pour remplacer son frère au pouvoir, et sa bienveillance envers lui est telle qu’il n’est nullement certain qu’il ait songé à partager ce pouvoir avec lui.

Bonaparte revenu en hâte à Paris, et La Fayette conservant sa popularité, les deux généraux se retrouvent face à face. Ils ont beaucoup de point en commun, à commencer par leur âge, mais La Fayette a été promu général à dix-neuf ans, et Bonaparte à vingt-quatre. Tous les deux sont altérés de gloire. La Fayette à son auréole de légende, et Bonaparte façonne patiemment la sienne. Les deux hommes sont braves, et tous les deux sont des réalistes, mais Bonaparte œuvre dans l’avenir, et la Fayette dans le présent. Enfin, et cette, différence est primordiale et insupportable pour Bonaparte, La Fayette est né marquis, Joseph, qui n’a jamais souffert d’un complexe de caste, a vraiment essayé de corriger son cadet de cette « sotte manie » de cajoler la noblesse.

Bonaparte en raffole, il ne voudrait que des nobles autour de lui, et s’il réserve ses champs de bataille à des roturiers, il rêve déjà d’une Cour où tout l’armorial de France l’encenserait. Le descendant du seigneur Sénéchal de France La Fayette lui en imposera toujours, et cette obsession de la noblesse lui attirera un jour une verte répartie de La Fayette…. « Je m’étonne, Général, que des généraux qui ont vaincu l’Europe, daignent s’occuper des grimaces du faubourg Saint-Germain. »…..Répartie peut-être facile pour un marquis, mais intolérable pour Bonaparte, qui devra feindre de ne pas l’avoir entendue. Bonaparte pense que La Fayette a trahi sa caste et le temps n’est pas éloigné où le marquis La Fayette dira à tous vents que Bonaparte a trahi ses humbles origines.

En 1802, date de l’élection de Bonaparte au Consulat à vie, le vainqueur de Marengo, en entendant un de ses nobles courtisans le féliciter pour son élection votée à l’unanimité…à l’exception des voix jacobines, Bonaparte répliquera avec une rage mal contenue...« Vous
oubliez le vote du marquis de La Fayette »….Le duel devient implacable, et à partir de 1804, La Fayete luttera à visage découvert contre napoléon.

Joseph Bonaparte qui, avec son vieil ami évoque avec philosophie l’agonie de l’épopée impériale, se souvient que le fils de La Fayette, qui en ce moment bavarde avec sa fille et son gendre dans le salon voisin, a douloureusement payé pour le courage de son père. Joseph n’a pu rien faire pour le défendre contre la rancune de son frère qui, ne pouvant s’attaquer ouvertement à La Fayette , s’est vengé sur son fils. La Fayette sourit et assure que son fils est heureux et toujours fier d’avoir été deux fois blessé dans les campagnes de l’Empereur.

Joseph s’assoupit doucement, mais il ne voudrait pas laisser partir son ami sans être convaincu qu’il continue à comploter….et cette fois-ci contre les Bourbons, pour lesquels, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, Joseph Bonaparte à une haine viscérale. La Fayette le rassure en riant. Les murs de Point Breeze garderont leurs secrets. Joseph qui régulièrement reçoit toutes les gazettes de France mourra, en 1844, a demi rassuré. Son vieil ami a tenu ses promesses….il a culbuté un Bourbon.


Après tout, c’est maintenant un Bourbon « d’Orléans »…un bâtard de Louis XIV et de Mme de Montespan…qui règne aux Tuileries, et Joseph pense que Louis-Philippe sera toujours plus encombré par le drapeau tricolore que La Fayette lui a laissé sur les bras, que par son parapluie.

Son vieil ami ne lui a-t-il pas dit, lors de son dernier voyage en Amérique, que « de révolution en révolution, de complot en complot et de barricades en barricades » la liberté se rapprochait du peuple de France.


…… FIN…..


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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: La Fayette et Joseph Bonaparte au coin du Feu......   Dim 29 Nov - 15:59

super,...royauté et noblesse d'empire,hmmm!!!
toujours bien J.B encore et encore..
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Percy
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MessageSujet: Re: La Fayette et Joseph Bonaparte au coin du Feu......   Dim 29 Nov - 20:24

Un récit superbement narré qui met bien en évidence la jalousie et la rancune d'un Bonaparte envers la renommée de La Fayette.
Les dessous de l'histoire ne manquent décidément pas d'intérêt.
Merci à vous J-B ! salut
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MessageSujet: Re: La Fayette et Joseph Bonaparte au coin du Feu......   

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