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 La Trahison de Marie-Louise.....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: La Trahison de Marie-Louise.....   Mer 9 Déc - 9:04

....... ....... ....La Trahison de Marie-Louise.....


......(Sources Octave Aubry)....


................


On se souvient qu’il y a quelques semaines…(Juillet 1958)… une documentation unique a été vendue à Munich…les 8009 lettres reçues par l’impératrice Marie Louise de 1808 à 1847. Certaines, comme les 119 envoyées par l’Aiglon, le duc de Reichstadt, à sa mère ont atteint des prix extraordinaires. L’actualité remet ainsi en pleine lumière la figure de celle qui, après avoir été la femme de Napoléon, consentit à devenir souveraine du petit duché de Parme et à épouser Neipperg, puis Bombelles….

Au matin du 17 juillet 1814, tandis que Napoléon se morfondait à l’île d’Elbe, Marie Louise, à présent titrée duchesse de Parme, dans sa grosse berline de voyage encore timbrée des armoiries de l’Empire français, cheminait vers Aix-les-Bains.

Près d’elle, sur la banquette du fond, était assise Mme de Brignole, Génoise fertile en ruses, affidée de Talleyrand, qui depuis le retour en Autriche s’appliquait à détourner son esprit de Napoléon. Devant se tassaient le bon Méneval, secrétaire des commandements, Mlle Rebusson, ancienne femme de chambre promue lectrice, et son fiancé, le docteur Héreau.

Marie Louise parlait beaucoup et gaiement. Elle adorait le voyage, la vie libre qu’il permet dans l’abandon des étiquettes pesantes. Sa santé pourtant était médiocre. Ses joues marquées déjà de couperose, ses yeux bleus de faïence toujours étonnés, ses lèvres, lourdes et gourmandes, lui donnaient plus que jamais l’air « d’une grande poupée battue ».

Pour ne point alarmer les puissances alliées et se rendre agréable aux Bourbons rétablis, elle avait pris le nom de comtesse de Colorno, d’un de ses châteaux de Parme, où elle espérait que son père, l’Empereur François, l’autoriserait à résider bientôt.

Sans doute regrettait-elle un peu d’avoir à Schoenbrunn quitté son fils. Volontaire et gracieux sous ses boucles blondes, il s’était pendu à son cou, l’avait suppliée de l’emmener. Ce n’était point possible. Le fils de Napoléon, le roi de Rome en Savoie, territoire français ! Les Tuileries ni Metternich n’y eussent consenti. Mme de Montesquiou, Maman Quiou, le garderait. En vérité Marie Louise pouvait avoir de ce côté l’esprit libre.

Elle l’avait moins du côté de Napoléon. Elle pensait encore souvent à lui, et à l’île d’Elbe, où, confiant, il attendait sa venue. Il désapprouvait ce voyage à Aix. Il le lui avait fait écrire. Que n’allait-elle prendre les eaux en Toscane ? Là, du moins, elle serait près de lui…ils pourraient correspondre aisément.

Marie Louise avait fait la sourde oreille. Corvisart lui avait prescrit le traitement d’Aix et nul autre. Soucieuse de ses malaises, elle ne voulait pas lui désobéir. Elle devait du reste le retrouver en Savoie, et aussi sa plus chère amie, la duchesse de Montebello, de qui elle ne s’était séparée à Vienne qu’avec les larmes.

Près de Carouge, une surprise l’attendait. A la rencontre de sa berline vinrent deux cavaliers, un officier général suivi de son aide de camp. Descendant de cheval, le premier se présenta à la portière, et, ôtant son bicorne emplumé, salua profondément l’Impératrice.

Il se nomma…le général Neipperg. L’Empereur François le mettait aux ordres de sa fille pour lui servir durant son voyage de chevalier d’honneur. Devenue maussade, Marie Louise répondit par une brève inclination de la tête au salut de Neipperg. Elle le connaissait à peine. Elle l’avait vu en 1812 à Prague où il avait tenu près d’elle l’emploi de chambellan. Dès cette époque il ne lui plaisait guère, et point davantage maintenant. Elle fit signe au général qu’elle désirait continuer sa route, et se renfonçant dans les coussins de la voiture, la mine roide, ne dit plus rien.

Albert-Adam, comte Neipperg, avait trente neuf ans. De taille moyenne, assez gras, mais bien pris dans son dolman de hussard, il gardait quelques cheveux blonds qui bouclaient. Un bandeau noir lui cachait l’œil droit. Son œil gauche était vif et fouilleur. Il était ensemble un homme de cour, un diplomate, un militaire, par-dessus tout un ambitieux.

Sans tapage, car il ne se vante pas, il a été un des adversaires les plus adroits, les plus inflexibles, les plus dangereux de Napoléon. Sa chute l’emplit de joie. Mais il eût voulu qu’on s’assurât un peu mieux de sa personne. Il trouvait les alliés imprudents d’avoir laissé le Corse libre et si près de l’Italie, de la France. Il craignait qu’il ne s’échappât….

Marie Louise le laissa trotter contre sa voiture, dans la poussière qui blanchissait son uniforme, sans lui adresser un mot. Méneval, doué du fonds de candeur des honnêtes gens, a dit que cette antipathie première semblait avertir Marie Louise que cet homme serait son mauvais génie.

La jeune femme….car sa haute et dramatique aventure n’empêche pas qu’elle n’ait encore que 22 ans…n’a pas vu si loin. Neipperg lui paraît déjà vieux, il est borgne, elle sait qu’il a travaillé à la chute de l’Empire. C’est assez pour qu’elle ait pour lui peu de regard.

Au soir, la petite troupe arriva à Aix. Marie Louise fut conduite à une jolie villa située hors la ville, sur une hauteur qui faisait face au Revard. Un beau jardin l’entourait. Des fenêtres on voyait le lac, les prairies, les Alpes blanches, que chaque crépuscule colorait de pourpre.

Marie Louise fut enchantée de la maison, dont Corvisart et Isabey lui firent les honneurs. La duchesse de Montebello arriva peu après. Ensemble les deux amies prirent les eaux, se baignèrent. L’après-midi l’on allait en bateau sur le lac du Bourget, l’on visitait l’abbaye de Hautecombe, ou l’on entreprenait, avec des mules, des excursions dans la montagne. Le teint de Marie Louise qui avait jauni à Schoenbrunn, devint meilleur. Elle mangeait beaucoup, dormait de longues nuits, ne toussait plus.

Neipperg avait été accepté d’abord avec réserve. Peu à peu la contrainte s’effaça. Il était si adroit, si empressé… Sans cesse il rendait de menus offices à Marie Louise et a ses amies, leur offrait des fleurs, les accompagnait au piano, délayait leurs couleurs, leur servait de secrétaire, les escortait à cheval, portait leurs schalls à la promenade. Il n’oubliait pas d’étaler son plumage divers, se montrait tour à tour sentimental, enjoué, grave.

Le moyen de résister à ce Figaro diplomate, si plein de verve et de goût ? Nul mieux que lui ne savait s’insinuer dans les grâces des femmes. Il en avait séduit déjà beaucoup. Il avait enlevé, à Mantoue, Thérèse Pola, femme d’un sien ami, l’avocat Raimundini, lui avait fait cinq enfants, et ne l’avait épousé que tard, en 1813. La chaste Chancellerie viennoise avait fermé les yeux sur ce dérèglement.

Revenant de ses préventions, Marie Louise s’habituait à lui. Méneval, le 19 juillet, était parti en congé. Neipperg, le remplaça dans ses fonctions de secrétaire. Marie Louise était gagnée. Le 22 juillet, elle écrivait d’Aix à son père….. « Je suis logée ici petitement, mais bien. Le comte Neipperg est plein d’attentions pour moi et sa façon de faire me plait tout à fait. »

Au cours de ces vacances, elle comprenait pourtant que son devoir de mère et de femme lui commandait, par quelque moyen que ce fût, de rejoindre Napoléon. Son penchant secret l’y portait sans doute. Mais faible, craintive, habituée à subir, sur tout cela pénétrée de respect pour la sacrée Majesté Impériale, la maison de Habsbourg et l’autorité de son père, elle ne trouvait prise maintenant dans un filet dont les mailles allaient se resserrer, Neipperg aidant, et ne la lâcheraient plus. La bonté ne lui manquait pas, il fallait demeurer près d’elle pour être aimé….

Elle avait pourtant quelques révoltes de sentiment. En cachette le 31 juillet, elle confiait à son chambellan Bausset, qui partait pour Parme, une lettre et un petit buste du roi de Rome qu’il achemina vers l’île d’Elbe.

Le 10 Août par une voie inconnue, et, semble-t-il, à l’insu de Neipperg, elle écrivit encore à Napoléon. Elle lui écrivit avec tendresse, protestant de son désir de se réunir à lui, dès qu’elle le pourrait sans se brouiller avec son père.

Le 15 août, elle est triste. Cette journée est pour elle si pleines de souvenirs. Un an plus tôt aux Tuileries, régente, en grand costume, elle avait assisté au…. Te Deum chanté pour célébrer les victoires de Lutzen et de Bautzen.

Elle s’enferme dans sa chambre, écrit à Méneval, par deux fois. Le matin…. « Comment puis-je être gaie le 15, quand je suis obligée de passer cette fête, si solennelle pour moi, loin des deux personnes qui me sont les plus chères ?..... »….Et le soir…. « La duchesse de Montebello vous dira beaucoup de choses verbalement que je ne peux vous écrire, car je suis bien triste, mais bien résignée. »

Pendant ces semaines passées près de Marie Louise, Mme de Montebello, qui allait la quitter, avait tout mis en œuvre pour l’écarter de Neipperg. Elle voyait son inclination naissante pour le borgne et la combattait à toutes armes. Elle n’aimait pas Napoléon. Elle était sèche, avare, envieuse. Du moins elle avait le sens de la dignité. Il lui paraissait monstrueux que la femme de l’Empereur, après un désastre si éclatant, lui fût infidèle et tombât, proie facile, aux bras d’un comparse autrichien.

Qu’elle fût demeurée, elle eût triomphé peut-être, mais elle partait, du moins elle écrivit souvent à Marie Louise, comme si elle espérait la protéger de loin. Marie Louise niait avec assurance…. « Je m’empresse de vous tranquilliser sur l’état de ce pauvre cœur qui est aussi calme que quand vous l’avez quitté. » ….Cependant, elle n’avait jamais été plus coquette, plus recherchée dans sa mise et sa coiffure. Elle se parait de son mieux, et…. « ce pauvre cœur », près de s’épanouir, ne résistait plus que dans les formes.

Elle s’apprêtait alors à revenir en Autriche. Son séjour prolongé à Aix inquiétait, irritait le gouvernement de Paris. Talleyrand, prenant sa belle plume, écrivait à Metternich…. « Je m’imagine, mon cher prince, que vous trouverez qu’il conviendrait, pour vous et pour nous (la saison des eaux ayant été pour Madame l’archiduchesse bien complète), que son séjour à Aix ne se prolongeât pas. »….Vienne est de cet avis. Metternich intime aussitôt à Marie Louise, de la part de son père, l’ordre de revenir à Schoenbrunn, et sans délai.
.....A.....Suivre.... ....

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Drouet Cyril

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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Mer 9 Déc - 9:23

Aubry dans son artcile parle-il aussi des "trahisons" conjuguales de Napoléon à Elbe vis à vis de Marie-Louise ?
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Mer 9 Déc - 10:01

...... ......

A chacun son tour....cette fois, le sujet c'est....Marie-Louise...!!!


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Percy
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Mer 9 Déc - 20:30

Fieffé séducteur ce Neipperg !
Et pourtant, si l'on en juge par son portrait, il n'a guère un physique avenant.
Mais comme le rapporte le récit, il avait d'autres armes pour séduire l'Impératrice.
Désorientée, facilement influençable, celle-ci était une proie facile...
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Mer 9 Déc - 21:46

Je me permet de donner mon opinion sur ce sujet qui ne repose sur aucun document:
La vie intime de Napoleon ( comprenez bien ) devait etre une horreur pour une femme. Tromper Napoleon etait une question de survi pour Marie Louise, je ne peux pas imaginer cet homme donner du plaisir a une femme.
deja a leur premiere rencontre les choses se passerent vite et mal a Fontainebleau...
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dups

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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Mer 9 Déc - 22:58

Citation :
a leur premiere rencontre les choses se passerent vite et mal a Fontainebleau...

Je dirais "Compiègne".
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Percy
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Mer 9 Déc - 23:07

Monsieur Lapointe a écrit:
je ne peux pas imaginer cet homme donner du plaisir a une femme.
deja a leur premiere rencontre les choses se passerent vite et mal a Fontainebleau...

Je m'inscris en faux contre ceci !
Il semble bien, aux dires même de l'Empereur, que la nuit de noces fut une pleine réussite.
Marie-Louise, fraîche et ingénue, se révéla vite une amoureuse experte. Napoléon fut enchanté par ses talents et conseilla vivement à son entourage d'épouser une Allemande.
Il n'était sans doute pas l'amant idéal, mais prétendre qu'il était incapable de donner du plaisir à une femme est non seulement réducteur, mais inexact !
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: La Trahison de Marie-Louise.....   Jeu 10 Déc - 9:14

..... ..... .....La Trahison de Marie-Louise.....


......(Sources Octave Aubry)......Suite....

...Palais de Schönbrunn.

A ce moment….qui est le moment critique de cette faible vie, celui où elle va s’orienter décidément vers l’honneur ou son contraire, …elle reçoit une véritable mise en demeure de Napoléon.

Il a longtemps patienté, il l’a attendue avec confiance, il s’est bercé de renaissantes illusions. Maintenant, le doute pénètre chez Napoléon, le creuse comme un taret. Il envoie à Aix le capitaine Hurault de Sorbée, mari d’une des femmes de l’Impératrice et qui l’a accompagné à l’île d’Elbe, porteur d’une lettre presque menaçante, qui ne permet plus d’atermoiements. Marie Louise, cette fois doit choisir.

Elle choisit et sans débat, soufflée par Neipperg, à qui Mme de Brignole a dénoncé Hurault. L’officier est arrêté par la gendarmerie d’Aix et dirigé vers Paris. Neipperg remontre à Marie Louise qu’elle ne peut se rendre à l’île d’Elbe sans y être autorisé par l’Empereur François. Marie Louise approuve et se fortifie dans son refus.

Elle a quitté Aix maintenant. Elle revient vers l’Autriche par la Suisse, à petites étapes coupées d’excursions, où Neipperg le plus souvent lui sert de guide, dans des tête-à-tête dont chaque jour croit l’intimité. Marie Louise à présent le regardait avec complaisance, notait ses attentions, s’épanouissait à ses empressements respectueux, qui déjà s’adressaient plus à la femme qu’à la souveraine. Elle prenait conseil de lui en tout et trouvait plaisir à lui donner de menus ordres, à s’appuyer sur son bras.

Elle avait appris non sans chagrin la mort de la reine de Naples, sa grand-mère, qui naguère, à Schönbrunn, lui conseillait de nouer les draps de son lit à sa fenêtre pour s’enfuir rejoindre Napoléon. Pourtant elle s’égaya à Berne, en compagnie de la princesse de Galles, l’aventureuse et folle Caroline, petite, lourde, mais que paraient de magnifiques perles et deux yeux ardents.

Marie Louise l’invita à dîner. Le repas fut gai, la soirée plus encore. On avait parlé de musique, Marie Louise proposa à la princesse de chanter. Caroline accepta, à la condition que ce fût en duo. Marie Louise prit la partie de Zerline et chanta d’un timbre doux, aux inflexions naïves. Ce concert improvisé fut trouvé ravissant. Il n’y avait encore rien entre le général et elle que peut-être un air plus marqué de galanterie chez Neipperg, des soupirs retenus, d’importunes rougeurs chez Marie Louise quand la moustache du général s’attardait sur sa main. Cependant, elle était bien près de l’aimer.

Elle oubliait Napoléon. Ses dernières instances l’avaient rebutée. Puis autour d’elle (sauf Méneval) tous semblaient s’entendre pour parler de lui sur un ton qui touchait au dédain. Il était un mauvais, un gênant souvenir, quelque chose en vérité comme un monstrueux champignon cru tout d’un coup sur l’Europe, puis qui, déraciné, séchait et devenait si petit qu’on ne l’apercevait plus.

Neipperg ne doutait pas de l’inclination de Marie Louise. Expert aux jeux du sentiment, il ne cherchait pas à brûler les étapes. Peut-être n’était-il pas assez sûr de l’approbation de la cour d’Autriche. Le voyage s’acheva. L’ex-impératrice contait ainsi son retour à Mme de
Montebello….. « J’ai retrouvé mon fils extrêmement grandi et embelli…ses cheveux lui tombent à présent en boucles sur ses épaules et vous savez comme ils ont une jolie couleur, avec cela l’habit de deuil lui sied à merveille, je lui en ai fait faire à manches longues parce que je craignais le froid pour lui….Mon amour propre a eu une grande mortification le jour de mon arrivée, je pensais beaucoup à la manière dont il m’accueillerait. J’entre, il se laisse embrasser, le général Neipperg entre, et voilà son uniforme brillant d’huzard qui donne l’œil de mon fils qui court à lui, et il n’y a plus moyen de lui faire penser à autre chose… »

Le général se mit du reste en frais pour gagner cet allié inattendu. Il le caressa, l’admira, le fit sauter sur ses genoux, lui laissa manier son sabre, son chapeau, ses croix, et dès le lendemain lui apporta des friandises et des joujoux.

Tous les souverains étaient à Vienne pour le Congrès qui devait retailler l’Europe au gré de la Sainte-Alliance. Marie Louise ne pouvait prendre part aux fêtes données en l’honneur des souverains qui l’avaient détrônée avec Napoléon. Elle les reçut pourtant à Schonbrunn et leur rendit des visites.

Mais à l’ordinaire elle menait une vie assez retirée. Elle paressait le matin au lit, écrivait de longues lettres à la chère Montebello, à son amie d’enfance, Mme de Grenneville, jouait au billard, apprenait la guitare, dessinait sous la direction d’Isabey. Elle allait presque chaque jour voir son père à la Hofburg. Neipperg avait été félicité par Metternich et l’Empereur… « de la façon dont il avait accompli sa mission » près de Marie Louise. On le nomma son chambellan ordinaire.

Le chancelier, voyant le chemin fait déjà dans la confiance et l’affection de l’ex-impératrice, encouragea-t-il…. Neipperg en termes voilés à pousser plus loin ?..... Le général n’avait pas besoin d’encouragement. Depuis le départ d’Aix, il songeait à faire de Marie Louise sa maîtresse pour l’épouser ensuite et régner à Parme avec elle. La femme, jeune, douce, fraîche, ne lui déplaisait pas, mais lui plaisait encore davantage le duché.

Il ne tarde guère à engager la partie décisive. Il enveloppe Marie Louise, l’accompagne à la promenade, au salon, dans ses courses à Vienne. Il a pris toutes ses affaires en mains, l’entretient de ses intérêts, de ceux de son fils, lui suggère les démarches à pratiquer pour les défendre auprès de Metternich, de l’Empereur François, du Tsar. Il dîne à Schönbrunn presque chaque jour et passe la soirée près d’elle le plus souvent jusqu’à minuit.

Mme de Brignole et Bausset souffrants, Méneval ayant pris congé, ils restent tête-à-tête. Jouant à ses côtés au piano des airs de Paër et de Cimarosa, qui répandent autour d’eux une volupté légère, il s’insinue plus avant dans son cœur.

Hasarde-t-il alors une déclaration discrète ? C’est certain, comme il est certain aussi que Marie Louise surprise, réveillée de sa tendre torpeur, le repousse d’abord. Alors il disparaît quelques jours. Quand il reparaît près de sa souveraine, il fait le beau ténébreux. Elle va résister encore. Pour peu de temps, Neipperg connaît trop son métier. Il sait ce qu’il veut et quels sont les moyens d’en venir à ses fins. Marie Louise n’est qu’une enfant passive que quelques mots à l’oreille, une pression de la main font pâmer.

Elle résiste, elle y a quelque mérite, car à Schönbrunn elle ne trouve aucun appui moral. Elle est en froids rapports avec Mme de Montesquiou. Elle saurait se confier à Méneval dont elle

craint le reproche, elle n’a que Mme de Montebello en qui s’épancher. C’est la seule qui puisse la comprendre et lui donner réconfort, mais elle est si loin !

Le 29 octobre, Marie Louise lui écrit….. « Avec le temps, avec du courage et de la santé….j’espère que je vaincrai un sentiment que je ne veux pas avouer à moi-même et qui se transformera en une bonne amitié. Vous pouvez être tranquille sur cela, si j’ai succombé, je ne vous en aurais pas parlé, je m’en serais gardée. »

Le souvenir de Napoléon désormais ne le défend plus. Elle ne cherche plus à correspondre avec l’île d’Elbe. Neipperg lui a fait aisément promettre qu’elle remettrait à son père les lettres de l’Empereur et qu’elle n’y répondrait point. Ce silence, dont elle sait que le vaincu se plaint, ne paraît pas lui peser.

Elle n’a jamais compris Napoléon, elle n’a vu en lui que le parvenu prodigieux auquel l’intérêt de sa maison l’avait sacrifiée. Avec lui elle est heureuse, elle l’avouait et elle le répète encore. Il l’a entourée de tendres soins, mais peut-être, comme il est naturel, a-t-elle par là mesuré davantage la distance qui séparait la fille des Césars de ce soldat triomphant.

Pendant que le Congrès discute, soupe et danse, Marie Louise, confinée à Schönbrunn, voit se resserrer encore son petit cercle, Mme de Brignole, malade, garde la chambre, et Bausset est perclus par la goutte, en attendant l’apoplexie, à laquelle il a tous les droits. L’ex-impératrice ne voit presque plus Mme de Montesquiou. Mais Neipperg est là, lui. Il l’a l’accompagne dans ses promenades, joue avec son fils. « Ils font, dit-elle, de telles parties ensemble que je suis persuadée qu’il me le cassera un de ces matins…aussi sont-ils les meilleurs amis ensembles . »

Il s’occupe, et avec adresse, de ses affaires, elles sont en mauvais point. Le traité de Fontainebleau a assuré à Marie Louise les duchés de Parme, Plaisance et Guastalla. Cette compensation déjà dérisoire, on veut la lui enlever pour satisfaire aux demandes espagnoles et françaises. Marie Louise recevra une indemnité d’argent.

Or, cette femme futile veut régner, elle caresse la pensée de s’en aller vivre dans ce gras pays italien, au milieu d’une petite cour tout à elle, d’y être maîtresse, à l’écart de Vienne où elle se sent bridée et comme importune. L’idée qu’elle peut perdre ses duchés la désole, son père l’appui peu mal, autour d’elle, Marie Louise ne trouve qu’un secours Neipperg.

C’est que Neipperg tient à la voir demeurer souveraine ! Il rédige pour elle des requêtes aux souverains, il intervient à la chancellerie, agit sur Castlereagh, il lui ménage enfin l’appui du Tsar. Il a promis en son nom que si le duché de Parme lui était laissé, elle renoncerait à l’éducation de son fils, qu’elle confierait à son grand-père l’Empereur François.

Le fils de Napoléon en otage à Vienne…cet appât ébranle Metternich, rassure la Prusse, l’Angleterre. Marie Louise restera duchesse, d’une partie difficile et bien jouée, elle reporte tout l’honneur à son chambellan. Cet ami incomparable, si sûr, si disert, si plein de tact et qui lui rend de tels services, il était inévitable qu’avec sa nature passive elle en vînt à l’aimer. Elle l’aime parce qu’il lui paraît tout à elle et qu’en même temps il la domine.

C’est vers ce moment sans doute qu’elle a trahi Napoléon. Elle le cache à la duchesse, de qui elle craint d’emportés reproches. Elle lui écrit seulement le 3 mars…. « Je suis heureuse dans
mon petit coin. »…Une lettre très gaie, elle qui jusque-là se plaignait toujours, vraiment, il y a quelque chose de changé en elle…

Accompagnée de Neipperg, quelques jours plus tard, Marie Louise se promenait à cheval aux environs de Schönbrunn quand la nouvelle arriva que Napoléon a quitté l’île d’Elbe. Elle en fut d’abord comme écrasée. Qu’allait-elle devenir ?...si Napoléon chassait les Bourbons et se rasseyait sur le trône de France, il la réclamerait avec son fils. Au moment qu’elle venait de le tromper, qu’elle s’était abandonnée à un autre !....Elle se vit perdue, pensa au cloître comme au seul asile.

Son oncle, l’archiduc Jean lui dit…. « Ma pauvre Louise, je te pleins, et ce que je désire, pour toi et pour nous, c’est qu’il se casse le cou. »….. Neipperg la réconforta, lui conseilla de feindre d’abord l’ignorance. Il y eut le soir à Schönbrunn, comme à l’ordinaire, dîner, billard et musique. Mais les Français, de Méneval aux valets, cachaient mal leur joie. Des domestiques crièrent … « Vive l’Empereur ». Neipperg les menaça de la potence, ils furent aussitôt congédiés et dirigés vers la frontière.


......A....Suivre..... ...

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Drouet Cyril

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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Jeu 10 Déc - 9:47

Citation :
Je me permet de donner mon opinion sur ce sujet qui ne repose sur aucun document

Avant de la donner, il aurait été bien plus simple d'aller se pencher justement sur quelques documents ; sources qui disent exactement le contraire de ce que vous avancez.
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Jeu 10 Déc - 11:00

JBR a écrit:
Citation :
Je me permet de donner mon opinion sur ce sujet qui ne repose sur aucun document

Avant de la donner, il aurait été bien plus simple d'aller se pencher justement sur quelques documents ; sources qui disent exactement le contraire de ce que vous avancez.

il faut déchiffrer, c'est une réponse transcendentale, cela voulait dire:
sur ce sujet, je me permet de donner mon opinion qui ne repose sur aucun document.
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Ven 11 Déc - 10:35

....... ....... .....La Trahison de Marie Louise....


......(Sources Octave Aubry)......Suite....et....Fin.


...Palais Ducal Parme.


Marie Louise ne put garder ce calme qu’un jour. Le lendemain, elle montra à tous son angoisse, qu’adviendrait-il de ce coup de folie de Napoléon ?.... Au fond, du premier jour, son parti était pris, Neipperg n’eut aucune peine à faire écrire à Marie Louise la déclaration qu’exigeait Metternich … « Qu’elle était étrangère aux projets de Napoléon et qu’elle se plaçait sous la protection des Alliés ». Neipperg fut récompensé sans tarder par le titre de maréchal de la Cour, « qui lui donnait le droit de monter dans le carrosse de la duchesse de Parme ». Ce même jour Napoléon écrivait de Lyon.

« Ma bonne Louise, ….Je serai, quand tu recevras cette lettre, à Paris. Le comte d’Artois et Orléans étaient arrivés à Lyon. Ils ont harangué la garde nationale et six régiments d’infanterie, deux de cavalerie qu’ils avaient réunis. Mais les « Vive l’Empereur ! » les ont obligés à fuir précipitamment sans aucune escorte. Une heure après, je suis arrivé dans la ville qui m’a montré un enthousiasme inconcevable les habitants viennent en foule de toutes parts sur Lyon et sur la route…..Adieu, ma bonne amie, soie gaie, viens me rejoindre avec mon fils, j’espère t’embrasser avant la fin de mars…Napoléon. »

Cette lettre qu’elle ne voulut pas lire, Marie Louise la remit à son père. Une autre adressée à l’Empereur François, faisait appel à ses sentiments de famille pour hâter le retour de Marie Louise et de son fils. Laissées toutes deux sans réponse, elles ne serviront qu’à amuser les souverain du Congrès.

Le jour où Napoléon rentrait à Paris, Marie Louise, sans la moindre protestation, laisser chasser Mme de Montesquiou qui, depuis son premier souffle, avec patience et amour, élevait le roi de Rome. A Vienne on feignait de craindre que son père ne fit enlever l’enfant, on le conduisit à la Hofburg dont on doubla les gardes.

Un dernier coup atterra Marie Louise, le général Neipperg avait dû rejoindre l’armée qui allait opérer contre Murat. Le roi de Naples, repentant de sa faute, essayait de seconder Napoléon en soulevant l’Italie. Neipperg partit en toute hâte, sous les ordres de Nugent, il était le véritable chef des forces envoyées pour refouler Murat.

Marie Louise privée de ses caresses, de ses avis, tomba dans une tristesse résignée. Elle s’occupait un peu de son fils, elle allait à Vienne presque chaque jour aux nouvelles. Presque chaque jour aussi, elle écrivait de longues, de tendres lettres au général. Il lui répondait sous le couvert de la comtesse Mitrosky par huit, douze pages de sa fine écriture, lui dictant de loin sa conduite, ses attitudes, jusqu’à ses paroles.

Le 2 mai, commença à Tolentino la bataille qui devait décider du sort de l’Italie. Le roi de Naples, par ses attaques fougueuses, avait ébranlé les troupes du général Blanchi. Il fallait enfoncer les Autrichiens, quand Neipperg arriva à la rescousse, avec 16000 hommes et une forte artillerie, ses canons jetèrent le désordre dans les rangs Napolitains, les soldats de Murat lâchèrent pied.

Le 22 mai, Neipperg, entrait à Naples. Marie Louise accueillit avec transports l’annonce de ce succès. Elle s’était indignée d’apprendre qu’une troupe de Parme avait refusé de marcher contre les Napolitains. On y avait crié…. « Vive l’Empereur ! »…Elle en parla avec mépris et voulut qu’elle fût dissoute.

Désormais toutes ses pensées se tournent vers le petit Etat italien où elle désirait tant d’aller vivre un jour sans contrainte aux côtés de Neipperg. Elle se faisait renseigner sur le pays, s’occupait de l’aménagement du palais et des maisons de plaisance où elle résiderait. Une nouvelle avait paru la remplir d’aise…la disparition de Thérèse Pola, femme de Neipperg, qui venait de mourir en Wurtemberg où le général l’avait laissée. C’était aux yeux de Marie Louise, pour l’avenir, un grand obstacle de moins, elle annonça l’évènement à Schönbrunn, comme on était à table, d’un air dégagé qui ôta ses derniers doutes au pauvre Méneval.

L’honnête homme n’en pouvait plus, il suffoquait dans cet air de trahison. Il avait demandé l’autorisation de revenir en France. On le fit attendre longtemps, enfin, Metternich accorda les passeports. Avant de partir, il vint rendre visite au roi de Rome. On sait par lui le détail de cette entrevue touchante. L’enfant était à la Hofburg. Méneval lui demanda s’il n’avait rien à lui dire pour son père. Le petit le regarda tristement sans répondre, puis comme il prenait congé, l’attira doucement vers une fenêtre et murmura…. « Monsieur Méva, vous lui direz que je l’aime toujours bien. »

A Vienne, il serait seul maintenant à aimer, à regretter Napoléon….le 6 mai, à dix heures du soir, Méneval vint faire ses adieux à Marie Louise. Elle sembla émue, elle chargea Méneval d’assurer Napoléon « de tout le bien qu’elle lui souhaitait, elle espérait qu’il comprendrait le malheur de sa position…elle se flattait qu’il consentirait à une séparation amiable et qu’il n’en concevrait aucun ressentiment, que cette séparation était devenue indispensable…elle n’altérerait pas les sentiments d’estime et de reconnaissance qu’elle lui conservait… »

Elle donna à son ancien secrétaire, en souvenir, une tabatière ornée de son chiffre en diamants. Puis elle le quitta, pour ne pas pleurer devant lui. Avec Méneval, c’était vraiment la France qui partait. Elle en éprouvait comme un frisson du cœur…le dernier. A peu de jours de là, pour se distraire, elle fut prendre les eaux à Baden, plaisante station thermale à quatre heures de Vienne. Elle y mena une vie coquette et paresseuse, s’occupant beaucoup de botanique et de dessin, tandis que le canon tonnait dans les plaines de Flandres.

Elle se baignait assidûment s’en trouvait bien. Chaque après-midi, elle se promenait, à cheval ou en voiture. Le dimanche, en grande pompe, elle se rendait à la messe. Elle était tranquille à présent, rassérénée heureuse…Napoléon était vaincu. Le 25 juin, elle avait appris l’issue de la bataille de Waterloo, c’était fini, le cauchemar était dissipé. Maintenant, elle pouvait songer sans effroi à l’avenir, que la gloire n’encombrait plus.

Dans ce temps fiévreux où Napoléon traqué fuit de Malmaison vers le rivage, espère passer en Amérique, hésite, la tête comme absente, puis dans un grand mouvement d’espoir ou désespoir…on ne sait…se livre aux Anglais, Marie Louise montrera pour celui qui l’a choyée, aimée, et qui après tant de puissance n’est plus qu’un malheureux, une indifférence glacée. Elle osait écrire à son père….

« Je vous prierai cher papa, quand le général Neipperg aira conduit ses troupes à destination, de lui permettre de revenir à Vienne, près de moi. Il me serait d’une grande utilité dans ma maison, et puis j’ai confiance en lui, et il me serait agréable d’avoir auprès de moi quelqu’un d’ici, car je ne désire pas faire de nouvelles connaissances. Je lui ai écrit, il y a quelques jours et il est prêt à renoncer complètement, si vous le lui ordonnez, au service de la diplomatie. »

Le jour qu’on apprit que Napoléon été monté sur le « Bellérophon », la baronne du Montet vint voir Mme Scarampi, elle lui demanda si l’Impératrice était informée de l’évènement….Je vais l’en prévenir par écrit, répondit la Scarampi, car sa majesté ne reçoit personne avant onze heures. Elle écrivit quelques lignes qu’on porta à Marie Louise. Mme du Montet attendait la réponse « avec une impatience et une curiosité bien vives ». Une femme de chambre revint avec ce billet…… « Je vous remercie, je savais la nouvelle que vous m’annoncez. J’ai envie de faire une promenade à cheval à Merkenstein…croyez-vous qu’il fasse assez beau pour la risquer ? »…. Rien de plus…

Seulement, quand le 13 août, Metternich mandera sèchement à Marie Louise…. « Madame, Napoléon est à bord du Northumberland, et en route pour Sainte Hélène », prise d’une vague pitié, elle écrira à son père l’Empereur François….. « Je voudrais qu’il fût traité avec douceur et clémence, et je vous prie, mon cher papa, de l’ordonner. C’est la seule prière que je fasse pour lui et la dernière fois que je m’occupe de son sort. Mais je lui dois quelque gratitude pour la calme indifférence dans laquelle il m’a permis de vivre, au lieu de me rendre malheureuse. »

De la pitié….Mais de qualité si basse !...Quelle faculté d’oubli avait-elle, cette femme qui avait aimé, qui même s’était montrée jalouse, cette mère qui retrouvait chaque jour dans le visage de son fils des traits de Napoléon ! Désormais l’Autriche l’avait entièrement reprise, sa vie française avait disparu, sombré dans une épaisse nuit. Elle ne pensait plus qu’à l’aise de sa vie présente, au proche bonheur de Parme, à Niepperg.

L’absence du borgne, à se prolonger lui pèse, pour se distraire, elle va avec Mme Scarampi passer quelques jours dans les Alpes de basse Autriche, à Gutenstein. Elle revient à Schönbrunn, y trouve son fils grandi et embelli.


« Je veux en faire tout a fait un prince allemand, écrit-elle à Mme de Montebello. Je veux quand il sera grand qu’il serve sa nouvelle patrie….ce seront ses talents, son esprit, sa chevalerie, qui devront lui faire un nom, car celui qu’il a de naissance n’est malheureusement pas beau…. »

L’enfant est à présent confié à un gouverneur, le comte Dietrischstein, de haut parentage, fort ami de Neipperg, et qui prend grand souci de sa charge, mais, ce qui est assez naturel en Allemand. Il a demandé le renvoi de Mme Soufflot et de sa fille Fanny, de Mme Marchand qui gênent son influence, et qui, dit-il, gâtent, à l’excès, le petit prince.

L’enfant est au désespoir, on lui a laissé pour quelques mois, à la demande de Marie Louise, qui trouve qu’il est trop jeune encore pour n’avoir plus de femme près de lui…sa berceuse, la bonne Marchand. Mais elle partira aussi, la pauvre Chanchan. Elle remue trop les souvenirs de France dans l’esprit volontaire du fils de Napoléon.

Au début de l’automne, Marie Louise fut avec la famille impériale aux chasses de Schlosshof. Languissante, ennuyée, n’en pouvant plus de solitude et de repli, elle attendit encore deux mois. Enfin le 12 décembre, jours de ses 24 ans, comme elle assistait à un petit concert donné en son honneur, « surprise, écrivait-elle, qu’elle savait depuis longtemps » lui tomba du ciel une bien autre, surprise à laquelle vraiment elle ne s’attendait pas. Neipperg arriva. Elle dut avoir peine à se contenir en le voyant.

On peut croire qu’il fut reçu avec transports, on fêta en lui le héros de la guerre de Naples, le vainqueur de Murat. Il avait vieilli, il était amaigri, il toussait, mais pour Marie Louise il était à la fois Achille et Amadis, son serviteur et son maître, son défenseur, son ami, son amant, le plus beau, le plus brave et le plus ingénieux des hommes.

Maintenant qu’il était revenu, elle saurait faire en sorte qu’il ne la quittât plus. Souveraine enfin et libre de ses actes, elle allait régner à Parme, mais elle n’y régnerait qu’avec lui.


…… FIN…...


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Percy
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Ven 11 Déc - 23:13

Le plus à plaindre dans cette affaire, c'est l'Aiglon.
Tout fut fait pour qu'il oublie son ancienne patrie.
Mais il avait de qui tenir et il sut conserver au fond de lui des sentiments français et un vif attachement pour son géniteur.
Hélas, la fatalité ne devait pas lui permettre d'accomplir les hautes destinées auxquelles il était promis...
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Sam 12 Déc - 16:09

Citation :
Je m'inscris en faux contre ceci !
Il semble bien, aux dires même de l'Empereur, que la nuit de noces fut une pleine réussite.
Marie-Louise, fraîche et ingénue, se révéla vite une amoureuse experte. Napoléon fut enchanté par ses talents et conseilla vivement à son entourage d'épouser une Allemande.
Il n'était sans doute pas l'amant idéal, mais prétendre qu'il était incapable de donner du plaisir à une femme est non seulement réducteur, mais inexact !
La personne qui a parlé de Compiègne a raison.
Je connais votre texte, et je ne crois pas le discours officiel, simulation de Madame a mon avis, Gustave Flaubert avec Madame Bovary donne une vision plus réaliste de ces situation...
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Drouet Cyril

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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Sam 12 Déc - 16:21

Simulation ? Discours officiel ?
Vous pensez à la correspondance de Marie-Louise ?
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Sam 12 Déc - 16:23

oui
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Drouet Cyril

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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Sam 12 Déc - 16:53

Pourriez-vous nous en dire plus s'il vous plait ?
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Percy
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Sam 12 Déc - 20:38

Je n'ai pas connaissance d'écrits de Marie-Louis faisant état de telles assertions.
Je suis donc également curieux d'en savoir davantage.
Pourriez-vous étayer vos propos en les sourçant ?
journal le lien
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Dim 13 Déc - 13:03

Non je ne veux pas parler de ça !
Je ne sais pas ou chercher dans mes affaires.
Il y a ici des personnes plus qualifiées que moi pour s'exprimer sur cette correspondance...
Situation identique en France en ce moment.
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Percy
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Dim 13 Déc - 20:29

Monsieur Lapointe a écrit:

Je connais votre texte, et je ne crois pas le discours officiel, simulation de Madame a mon avis, Gustave Flaubert avec Madame Bovary donne une vision plus réaliste de ces situation...[/b]

Quel est alors l'intérêt de mettre en ligne de telles réflexions si vous refusez de nous fournir des explications ?
Il eut été plus sage de vous abstenir... Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Dim 13 Déc - 22:57

Citation :
Quel est alors l'intérêt de mettre en ligne de telles réflexions si vous refusez de nous fournir des explications ?
Il eut été plus sage de vous abstenir...



Appliquez ces bonnes paroles a vous meme car vous n'avez pas tenu vos engagements a propos des institutions de la France sur le sujet de l'esclavage.
Je me suis contente de dire que je compare certains textes a ceux de FLAUBERT
Nous sommes dans un sujet tres lege, restez ZEN...

PS: desole pour les accents j'ai un clavier US.
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Jean-Yves
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Lun 14 Déc - 1:01

Quand, en Histoire, on affirme quelque chose aussi péremptoirement que vous le faites, il est bon, alors de citer ses sources, voir même d'en donner un extrait qui puisse confirmer nos dires. C'est pourquoi, je vous conseille, la prochaine fois que vous voudrez faire une affirmation de ce genre, avant d'écrire cela, de bien rechercher dans vos affaires le texte prouvant ces dires et de nous en mettre l'extrait confirmant votre thèse. Sinon, sans preuves, ou, du moins, sans arguments solides, vous ne pouvez être pris au sérieux.

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Drouet Cyril

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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Lun 14 Déc - 12:47

Citation :
Non je ne veux pas parler de ça !
Je ne sais pas ou chercher dans mes affaires.

Raison de plus pour se montrer prudent avant de lancer légèrement des vérités toutes faites.
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Lun 14 Déc - 13:11

Vous avez raison, l'histoire c'est la matière fondamentale pour créer du citoyen...
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Percy
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Lun 14 Déc - 23:33

Vous êtes manifestement très fort pour jouer au moraliste et manier l'ironie.
Une manière comme une autre de masquer vos propres insuffisances.
Mais cela ne leurrera personne... Cause toujours
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ThiNap
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MessageSujet: Re: La Trahison de Marie-Louise.....   Mar 15 Déc - 0:54

Citation :
l'histoire c'est la matière fondamentale pour créer du citoyen...
L'histoire est la base des valeurs d'une Nation.

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