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 Quand Lucien Bonaparte devenait Roméo....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Quand Lucien Bonaparte devenait Roméo....   Mar 22 Déc - 9:59

...... ......

Quand Lucien Bonaparte devenait Roméo...

....(Source Bernardine Melchior-Bonnet..1983)

Découvrons un moment sentimental de la vie de Lucien Bonaparte...


...Juliette Récamier... ...Lucien Bonaparte.

Les Grands Personnages n’ont pas le privilège de l’immunité sentimentale. Il est même curieux de constater que l’éternel langage des amoureux. De tous genres devient le leur. Ainsi Lucien Bonaparte dont on connaît le rôle capital pour l’arrivée au pouvoir de son frère Napoléon n’échappe pas à un verbalisme romantique….Voici la curieuse histoire de son amour pour celle qu’aimèrent aussi….. Chateaubriand, Benjamin Constant, tant d’autres….

Le rideau se lève sur un décor fleuri, les jardins de Bagatelle dans leur splendeur printanière. Ce jour-là le citoyen Sapey, un homme d’affaires bien connu à Paris, donne une réception pour ses amis. Parmi ceux-ci, un garçon de haute taille, aux traits réguliers, attire les regards. Une forte myopie le fait cligner des yeux, mais il sait éclairer sa physionomie d’un sourire séduisant. Ce jeune Corse, député au Conseil des Cinq Cents porte un nom illustre. Lucien Bonaparte est en effet le frère du prestigieux général vainqueur des Autrichiens en Italie et des Mameloucks en Egypte. Sans doute le cadet est-il promis, comme l’aîné, à de hautes destinées.

Lucien est très entouré. Mais parmi toutes les jolies femmes empressées auprès de lui, il n’a d’yeux que pour une blanche silhouette…Mme Récamier…Juliette pour les intimes, fréquente la haute société Parisienne. Son mari, un banquier, plus âgé qu’elle d’un quart de siècle, se trouve alors au sommet de sa réussite. Cet opulent financier vient de racheter à Necker un hôtel rue du Mont-Blanc. Pour les mois d’été, il a installé Juliette à Clichy, dans un château somptueusement meublé, au milieu d’un parc dévalant jusqu’à la Seine.

Lucien aime côtoyer les gens d’affaires, dont il espère toujours obtenir quelques renseignements pour ses propres opérations boursières. Mais surtout la grâce troublante de la jeune femme, l’expression candide de sa physionomie le fascine.

Vêtue de mousseline des Indes rehaussée de galons d’or, avec au cou et aux poignets des rangées de perles, Mme Récamier apparaît dans sa simplicité, comme une créature de rêve. Malgré sa jeunesse (elle n’a pas vingt deux ans), elle connaît son pouvoir sur les hommes…et aussi la façon de les tenir à distance.

On chuchote que son mariage, contracté six ans plus tôt, en pleine Terreur, est un mariage blanc. M.Récamier traite du reste Juliette plus en fille chérie qu’en épouse. La jeune femme a évidemment senti l’admiration que sa beauté a, une fois de plus, provoquée. De son côté, elle s’intéresse au député en pleine ascension dans le sillage de son frère. Le goût qu’il marque pour les lettres (il vient de publier un roman à succès, La tribu indienne) le rend d’autre part digne d’entrer dans le petit cercle qui s’est formé autour d’elle, à Paris et à Clichy.

Juliette n’ignore pas que Lucien est marié. Il a épousé en 1794…aux temps lointains où il se glorifiait d’être un vrai sans-culotte ….la sœur d’un aubergiste de Saint Maximin, en Provence. Mariage peu reluisant, aux dires de la famille Bonaparte. Cette Christine Boyer, devenue « Madame Lucien », est d’ailleurs la plus douce et la plus modeste des femmes. Malgré une santé médiocre, elle a mis au monde deux petites filles et réside la plupart du temps au château de Plessis-Chamans, dans l’Oise. Jamais épouse ne fût moins gênante.

Mari affectueux, père attentif, Lucien ne craint pourtant pas les bonnes fortunes. Ses succès féminins ne se comptent plus. Invité à Clichy par Mme Récamier, il n’hésite pas à déclarer sa flamme. Il reçoit une réponse évasive accompagnée, comme il se doit, d’une offre d’amitié. C’est du moins ce qui ressort d’une lettre de l’amoureux…première d’une longue série parvenue jusqu’à nous….

Lucien semble pourtant comprendre que la sagesse doit l’emporter sur sa passion naissante…. « Dois-je retourner ce soir auprès de Juliette ?...Telle est la question que je me suis fait en suivant sa voiture sur cette route de clichi, écrit-il. Mon cœur dans son premier élan m’entraînait mais il a fini par s’accorder avec le peu de raison qui me reste et j’ai résolu de ne pas enfoncer davantage le trait qui me déchire… »

Sage résolution ! Le jeune Corse admet qu’il n’a rien à espérer et qu’il devra se contenter de l’amitié qu’on lui propose. Napoléon le dira…en amour, la seule victoire est la fuite. Le cadet partage cette opinion. Il va donc fuir…du moins momentanément…l’objet de sa flamme. « Juliette, je ne vous verrai plus…Je ne verrai plus Juliette, mais dans quelques mois, je verrai mon amie, ma sœur, la meilleures de mes amies, la plus chère de mes sœurs. » et il signe de ses trois initiales…. « L.B.P. » (Lucien Buona Parte).

Rien n’est évidement terminé, Lucien continue à brûler pour l’enchanteresse. Il lui écrit… « N’oubliez jamais que je ne puis cesser de vous adorer », elle lui répond, ils se revoient. Quand l’amoureux ne peut gagner Clichy, il envoie à sa belle d’interminables et emphatiques missive qu’il signe « Roméo ». Plus tard, lorsque la correspondance sera publiée, les amis de Mme Récamier (parmi lesquels sa nièce, Mme Lenormant) bifferont les lignes qui paraissaient compromettantes.

Ces passages, rétablis depuis lors à leur place…… (En 1895, après la mort de Mme Lenormant, des liasses de papiers ayant appartenu à Mme Récamier furent dispersées. La Bibliothèque Nationale put heureusement en 1973, racheter 32 lettres de Lucien Bonaparte. Quelques unes avaient déjà été publiées, en entier ou partiellement, d’autres étaient restées inédites. Pierre Riberette a eu l’excellente idée de reprendre l’ensemble du dossier dans un article du bulletin de la Société de Chateaubriand 1978)…… montrent bien que si Juliette se laisse troubler par l’amour de Roméo, elle refuser de tomber dans ses bras. Mais elle acceptait des doux tête à tête et permettait même quelques privautés. Lucien évoque dans ses lettres ces moments heureux

« Nous avons parcourus ces allées (de Bagatelle) mystérieuses qui ne s’effaceront jamais de ma mémoire, écrit-il….sous ces ombrages solitaires j’ai soupiré auprès de vous…des roses effeuillées ont couvert un bans de pierre…Le zéphir m’a porté votre haleine que j’ai recueillie avec délices. Sur ces gradins chéris vous vous êtes appuyée sur moi sans doute par un geste involontaire, mais j’ai senti cette douce impression et personne ne peut m’enlever le bonheur qu’elle m’a procuré. »

La lettre, très longue, témoigne d’une étonnante exaltation romanesque, d’un lyrisme redondant à la mode du siècle. Juliette s’inquiète. Ces dissertations sentimentales sont-elles vraiment spontanées ? Ne constituent-elles pas un simple exercice de style ? On peut se le demander.

Dès le lendemain, en présence de plusieurs visiteurs, la jeune femme prend à partie Lucien et le félicite de sa « jolie composition littéraire ». Au risque de le vexer, elle lui rend ostensiblement sa prose comme s’il s’agissait d’un essai soumis à son appréciation et lui donne amicalement le conseil de ne pas gaspiller des talents réclamés par la politique.

Poursuivant son jeu, elle continue à parler d’amitié. Mais Roméo a appris une nouvelle qui le peine. Mme Récamier a confié « à de jeunes indiscrets » le secret de son amour. Elle leur a précisé que son soupirant l’importunait et qu’elle ne désirait plus le revoir. Blessé, outré, le malheureux prend le parti de se retirer à la campagne. C’est la rupture ! La rupture définitive….

Pendant deux jours, Lucien se tait. Mais les élans du cœur ne se laissent pas si aisément étouffer. N’y tenant plus, l’amoureux éconduit reprend la plume. Cette fois Roméo disparaît…il s’éclipse devant Lucien, un Lucien « toujours brûlé des feux que Juliette a impunément allumés. Il reproche à la coquette son sang froid, son indifférence. La litanie reprend…. « Juliette est mon idole…. jamais je n’aimai personne avec autant de passion que Juliette…je fuirai Juliette mais je l’aimerai toujours ».

La conclusion est pourtant sage… « Si l’amour m’avait souri, j’appartenais à l’amour…Puisqu’il me repousse, je me réfugie, dans le sein tutélaire de la philosophie ». Juliette devrait bien l’y laisser…mais elle tient à garder près d’elle son philosophe. Il est doux de traîner à son char des adorateurs. Comme dit Ballanche… « Elle s’enivre des parfums qu’on brûle à ses pieds ».

Cependant, ne sachant comment conduire sa barque au milieu des récifs, elle croit bon de demander conseil….à son mari ! Celui-ci la félicite de sa sagesse. Il juge cependant que Juliette doit avant tout éviter une rupture définitive. La banque Récamier aura peut-être un jour besoin de l’appui d’un Bonaparte…il faut ménager l’avenir !....Il conclut racontera Mme Lenormant, qu’il ne fallait pas désespérer Lucien, mais ne rien lui accorder.

Encourageant donc les délicats manèges de sa femme, M.Récamier la pousse à écrire à son soupirant (peut-être même lui dicte-t-il la lettre). Juliette s’exécute, elle explique à Roméo qu’elle redoute les passions, qu’elle renoncerait à le voir s’il ne revenait pas à d’autres sentiments, mais qu’elle lui gardera toujours son estime.

Imprudente Juliette ! Du coup Lucien reprend feu et flamme. « L’amour sommeillait dans les bras sévères de la raison…votre lettre l’a réveillé. » Le jeune homme saute en voiture, il « vole sur la route de Clichy ». Mais l’euphorie est de courte durée. Mme Récamier se montre aimable enjouée, indifférente. Une fois de plus Lucien se lamente, mais il continue à multiplier les protestations d’amour. Humblement, il demande à sa belle de lui faire un cadeau…un simple bout de ruban qu’il gardera sur son cœur, « symbole de votre emprise et de mon culte ». Mais l’amoureux se fait plus hardi. En plus du ruban, il voudrait une mèche de cheveux. Il viendra le soir chercher ces trésors.

Rien n’est aussi délicieux que de se faire prier. Juliette refuse purement et simplement d’exaucer ce vœu de collégien amoureux. Mais Lucien est opiniâtre. Non seulement il s’obstine, mais il croit avoir décelé chez l’objet aimé un regard moins sévère, une lueur d’émotion. Du coup l’espoir renaît dans son cœur, rentré chez lui il se jette à nouveau sur sa plume.

« Juliette ! Jamais vous ne fûtes, jamais vous ne serez aimée comme vous l’êtes. J’avais toujours vu avec pitié un homme aux pieds d’une femme, j’avais entendu avec pitié les titres de divinité, d’idole qu’on leur prodigue…Aujourd’hui je conçois que l’on peut-être avec délices aux pieds de Juliette et l’on peut avec délices lui parler le langage de l’adoration…Je ne suis plus à moi, mais je suis à vous….Un éclair m’a semblé hier au soir briller sur votre front, une douce émotion, une émotion expressive m’a paru naître dans vos regards…j’ai tressailli…et n’osant croire à l’excès de mon bonheur, j’ai détourné l’illusion. Ma timidité doit-elle me nuire ?... Le mensonge doit-il renverser du cœur de Juliette l’autel de l’amour ? Cette émotion n’était-elle pas le précurseur de ce sentiment pur, brûlant, céleste que vous inspirez si bien et que vous devez finir par éprouver…Juliette, s’il en était ainsi, je ne vous ai demandé qu’un ruban symbole d’emprise et d’esclavage, des cheveux symbole des liaisons amoureuses…Que ces cheveux et ce ruban soient votre seule réponse à Roméo, qu’il puisse alors se jeter à vos pieds, s’entendre appeler votre ami, voir une larme affectueuse rouler sur votre paupière, et dans cet état de suprême félicité qu’il puisse vous jurer l’extase et la pureté d’un amour idolâtre !!!...Juliette, un ruban, des cheveux, une larme !!!....L.B.P. »

...... A.....Suivre.....






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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Quand Lucien Bonaparte devenait Roméo....   Mer 23 Déc - 15:19

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Quand Lucien Bonaparte devenait Roméo...

....(Source Bernardine Melchior-Bonnet..1983)..Suite et Fin...

...Christine Boyer °1771 +1800...1er Epouse de Lucien Bonaparte.




La jeune femme se laisse-t-elle vraiment émouvoir ou continue-t-elle à suivre les indications de M.Récamier ?...Ce qu’il y a de sûr, c’est que, cédant enfin aux supplications de son amoureux, elle offre le talisman demandé. Lucien est heureux…il n’oubliera pas « le soir du ruban ».

Mais le bonheur est éphémère. Les jours suivants, la coquette se reprend et manifeste une nette froideur. Chez Lucien, en revanche, la passion grandit. Il va même, dans son exaltation, jusqu’à verser des larmes devant Juliette. Celle-ci se met à rire, ce qui l’accable. Il se sent ridicule, et le ridicule tue un homme.

« Vous m’avez vu, entendu, et vous avez abreuvé de cette gaieté assassine, gémit-il…Je suis malade, malheureux, votre calme me fait mourir…Encore quelques émotions comme celles de ces deux jours, et je deviens fou…Je ne peux pas vous haïr mais je peux me tuer… »

Le grand mot a été dit…Lucien songe au suicide…à moins que cette menace ne soit qu’une nouvelle manœuvre pour attendrir l’objet aimé. Cependant les lignes suivantes (supprimées lors de la première publication)….montrent bien la colère qui envahi l’amoureux bafoué.

« Ce mot (je puis me tuer) vous fait sourire et si votre miroir est là, la glace répètera votre sourire cannibale. Et bien, riez, folle, riez. Vous êtes belle mais vous ne pouvez même pas mesurer de la pensée la force de mon mal… »

Pour terminer, il annonce qu’il quitte Paris. Il va se réfugier au Plessis-Chamans et y demeurera jusqu’à ce que ses larmes soient taries. Cette fois il semble réellement s’être repris. Il envoie à Juliette une ultime prière, qu’elle veuille bien lui réexpédier toutes ses lettres, dont elle ne saurait que faire puisqu’elle ne l’aime pas….. « Adieu, Madame, conclut-il, vous ne cesserez jamais de m’être chère, mais j’ai cessé d’être esclave. »

Juliette ne songe pas à se séparer des précieuses missives. Désire-t-elle les garder comme trophées ? La vérité est peut-être différente. Ayant peur des calomnies, elle veut sans doute conserver la preuve qu’elle a toujours résistée aux pressions de Lucien.

Au Plessis-Chamans, Roméo Bonaparte, souffrant, attend le courrier avec impatience, mais la liasse espérée n’arrive pas. Il réitère sa demande, les jours passent, rien ne vient. Il charge alors son ami Sapey d’aller récupérer les lettres. Sapey s’exécute, réclame le dépôt en des termes assez aimables.

A son tour, Mme Récamier s’offusque. Elle écrit pourtant à son amoureux pour l’inviter à déjeuner. Lucien refuse (il est malade), mais il prie Juliette de bien vouloir excuser Sapey. Il lui restitue d’autre part le fameux ruban qu’elle lui a donné (« que ce ruban baigné de mes larmes vous porte mes baisers d’idolâtrie »), tout en lui réclamant de nouveau ses lettres. « Adieu, adieu, adieu, pensez à Roméo…jamais vous ne serez aimée comme il vous aimait. »

Le roman semble toucher à sa fin. L’heure est venue pour Mme Récamier de souffler sur une flamme prête à s’éteindre. Elle envoie coup sur coup plusieurs billets à Lucien. Elle retrouve en effet sa verve épistolaire lorsqu’elle sent qu’on va la quitter et réitère son invitation. Le déjeuner se passe sans qu’on ait vu Lucien. Celui-ci présente des excuses…il n’a pu gagner Clichy car son frère vient de débarquer en France.

Cette fois la scène change. Il n’est plus question de cœur brisé mais de politique. Le général Bonaparte a besoin d’appui pour le coup d’Etat qu’il prépare. Sur sa demande Lucien s’entend avec Sieyès, il se fait nommer président du Conseil des Cinq Cents. Le 19 brumaire (10 Novembre), à Saint-Cloud, où ont été transférées les deux assemblées, il sauve la situation en requérant la force armée contre les « factieux ». Grâce au sang froid de son cadet, Napoléon peut mettre à bas le régime du Directoire.

Le soir même Lucien prend la plume pour raconter à Mme Récamier les évènements de la journée. Il se dépeint lui-même à Saint-Cloud, entouré d’assassins hurlant à mort contre son frère. « Dans ce moment suprême, écrit-il, votre image m’est apparue…Vous aurez eu ma dernière pensée.. »

On ne peut croire que le jeune Bonaparte ait frôlé de si près la mort, mais il n’est pas mauvais de se poser en héros. L’amoureux profite de l’occasion pour annoncer sa visite. Arrivé à Clichy, il a le désagrément de ne pas trouver Juliette seule dans sa maison…elle a volontairement fait venir un tiers.

De nouveau il se répand en lamentations. Dans une missive particulièrement longue et qu’il intitule « Mes adieux », il annonce la rupture définitive….. « Nos âmes, écrit-il, se sont effleurées sans se rencontrer…je renonce à vous, Juliette, je presse encore vos mains sur mes lèvres…je les presse sur mon cœur. »….Une fois de plus il réclame ses lettres. En vain, il ne les récupérera jamais.

Loin de sentir ce manque de délicatesse, Juliette va user de son emprise sur Lucien pour lui demander un service. Son père, M.Bernard, désire obtenir une situation dans l’administration des Postes. Il a besoin d’un appui en haut lieu. Lucien s’entremet et fait offrir à M.Bernard la place convoitée.

L’amoureux évincé semble sans rancune. Pourtant, dans… ses Mémoires, Il racontera une petite anecdote. Au cours d’une réception donnée par le financier Ouvrad au château de Raincy…réception à laquelle avait été conviée Juliette…Lucien a été prié de boire à la santé des dames présentes. Il se lève, un verre à la main, et propose un toast… « A la plus belle ». Entendant ces mots Juliette, rougissante, baisse modestement les yeux, tandis que tous les regards se portent vers elle……. Mais l’orateur continue sa harangue par une phrase qui fait sourire toute l’assistance…. « Eh ! bien, Messieurs, la plus belle, c’est la paix que nous désirons tous, n’est-ce pas ? »

La « vengeance » n’est pas bien méchante. En fait on peut croire que Lucien a enjolivé après coup l’anecdote (en inventant peut-être la présence des invitées féminines au banquet d’Ouvrad) pour pouvoir glisser une petite moquerie à l’égard de celle qui s’était si longtemps joué de ses sentiments.

En cette fin d’année 1799, bien d’autres affaires occupent ses pensées….il a été nommé par son frère ministre de l’Intérieur et les soucis ne manquent pas. En Mai suivant, il a le malheur de voir mourir sa femme. Son chagrin est réel…. « Il baigne de ses pleurs » la tombe de la parfaite épouse. Juliette écrit alors un mot compatissant au veuf éploré, qui remercie avec politesse.

Quelques mois plus tard, on le voit prendre la route de l’Espagne avec ses filles. Le Premier Consul a en effet chargé son frère de le représenter à la cour de Madrid. L’idylle de Clichy est définitivement terminée, oubliée, effacée. Si Juliette reste toujours Juliette, Son excellence l’ambassadeur Lucien rougirait désormais de son surnom de Roméo.


…… FIN …..


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MessageSujet: Re: Quand Lucien Bonaparte devenait Roméo....   Mer 23 Déc - 23:18

Se livrer à la bagatelle dans les jardins du même nom, c'est le comble du raffinement !
Cette saga romantique est ma foi fort plaisante à lire.
Une fois encore, c'est à vous que nous en sommes redevables, mon cher J-B.
Soyez-en remercié. salut
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MessageSujet: Re: Quand Lucien Bonaparte devenait Roméo....   

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