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 La Guerre de Crimée.....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: La Guerre de Crimée.....   Lun 4 Jan - 10:13

...... ......

La Guerre de Crimée...

.....( Sources Octave Aubry de l'Académie Française)...

.....Guerre de Crimée...Arrivée de la Flotte au Pirée le 26 Mai 1854...(Lithographie de Lebreton Louis °1818+1866...Musée de la Marine).



La guerre de Crimée, n’est-ce pas surtout quelques noms…l’Alma, Malakoff, Sébastopol, Canrobert ?....La Campagne est pourtant importante dans notre Histoire.

Pour déchirer les traités de 1815 et libérer les nations serves, Napoléon III, dans les premières années de son règne, ne se sent pas assez fort s’il ne s’appuie sur une alliance. La seule qu’il croie possible, durable, féconde en résultats, est l’alliance anglaise. Dès la captivité de Ham, il rêvait d’en faire le pivot de sa politique future.

Pays de civilisation profonde et sans heurts, fidèle à sa tradition sans y trouver de chaînes, l’Angleterre, en face des monarchies absolues de la Sainte-Alliance…Russie, Prusse, Autriche, représente à ses yeux le progrès de la liberté.

La longue et ruineuse lutte du Premier Empire doit, songe-t-il servir de leçon. L’erreur de principe de Napoléon fut de se heurter au colosse Britannique. Son neveu n’y doit pas retomber. Les instructions dictées à Sainte-Hélène par l’Empereur mourant lui ont transmis un conseil qu’il entend d’autant mieux qu’il a été reçu avec grâce sur le sol anglais dans ses années d’exils, et qu’il y garde de nombreuses et intimes relations. Il est ébloui par ses progrès économiques….la croissance du machinisme, le libre-échange répond à ses desseins personnels.

Avec l’Angleterre, il lui sera aisé, croit-il, de marcher d’accord. Cet état d’esprit, il l’a déjà témoigné quand il s’est fait représenter aux funérailles de Wellington….. « Je veux oublier le passé », disait-il. Il n’a pas ajouté « pour mieux fonder l’avenir ». Mais on l’a compris, de l’autre côté du détroit. Une opportunité s’offre à lui, dès le début de 1853, à propos des Lieux-Saints.

C’est toute la question d’orient qui se rouvre. Elle est née de la décrépitude de l’Empire Turc. En 1850, la rivalité pour la garde des sanctuaires chrétiens, entre Grecs orthodoxes, soutenus par la Russie, et catholiques, latins, appuyés par la France, soulève d’abord un modeste conflit. Après cent marches et contre marches diplomatiques, vers la fin de 1852, l’affaire semble devoir se régler de façon pacifique, grâce à l’extrême désir de conciliation du gouvernement français.

Mais le Tsar a d’autres vues, despote austère, chez qui l’Asie domine, il règne par le knout, les potences, la Sibérie. Au milieu de ses peuples esclaves, il se tient pour le représentant de Dieu sur terre, fait pour imposer un ordre rigoureux à l’Europe. Tout doit céder à son orgueil amer. Il a repris le vieux rêve de Pierre le Grand…planter la croix sur Sainte Sophie.

L’Europe s’émeut. Le cabinet britannique flotte longtemps et ce flottement même enfonce le Tsar dans son intransigeance. Les masses anglaises restent d’ailleurs assez hostiles à la France. Puis, soudain, la peur de voir Napoléon agir seul rapproche Saint-James des Tuileries, une protestation formelle est adressée à la Russie.

Juillet août 1853 passent à négocier. L’Autriche qui craint tout changement dans l’équilibre de l’Europe, s’évertue à sauver la paix. Napoléon s’associe visiblement à ses efforts. Il joue un jeu très fin. Pour éviter de donner ombrage à l’Angleterre, et par là l’engager mieux à s’avancer, il s’efface, affecte la modération, néglige tout préparatif militaire.

C’est au point que le prince Albert s’en inquiète, il écrit, dédaigneux, le 21 septembre à son ami Stockmar… « Louis-Napoléon désire la paix, la jouissance et le blé à bon marché ».

Une note de Vienne présente un projet de compromis qui ménage l’orgueil Russe et maintient les droits essentiels du sultan. Mais quand Pétersbourg l’accepte, c’est Constantinople qui le repousse. Déjà on prêche la guerre sainte dans les mosquées. Le 8 octobre, la Turquie somme la Russie d’évacuer les Principautés. Cependant les diplomates travaillent encore. France, Angleterre, Autriche et Prusse s’unissent par un acte de médiation. La guerre va-t-elle être évitée ? Non, elle éclate, et par un coup de théâtre…la destruction de la flotte turque à Sinope.

C’est un désastre soudain et complet….Napoléon III…. alors renonce aux feintes, il propose à l’Angleterre l’occupation de la mer Noire par les deux marines. Londres, bien plus irritée encore que Paris, saute sur l’offre. La guerre, Napoléon III….encore qu’il la craigne obscurément ….la souhaite. Il a une double revanche à prendre contre la Russie.

Personnelle…l’Empereur Nicolas l’a traité avec dédain quand il a pris la couronne. Dynastique….c’est la Russie qui a abattu Napoléon. Ce Tsar farouche, propre frère d’Alexandre, est le mainteneur de la Sainte Alliance, de l’Europe morcelée à Vienne, tout ce que, depuis sa jeunesse il s’est promis d’effacer.

Une guerre victorieuse contre la Russie…et peut-il douter de la victoire si l’Angleterre s’y engage avec lui ?....une guerre qu’il imagine courte, peu coûteuse, une sorte d’expédition coloniale…car au début de 1854, nul ne voit au-delà…replacera la France et son souverain au premier rang. Secourir la Turquie offre au surplus cet avantage d’affirmer, vis-à-vis de la Porte, la politique séculaire française.

Au regard du pays, ses déclarations antérieures lui font-elles éprouver quelque gêne ? « L’empire, c’est la paix », a-t-il proclamé. Mais il est trop intelligent pour ne point savoir que l’empire, ce ne peut pas être la paix. L’empire, régime de force imposé par les circonstances, qui tire son principe de l’adhésion populaire, doit, pour vivre, pour s’enraciner, non seulement conserver son prestige extérieur, mais l’accroître, car le peuple, plus qu’un calme bonheur, prise l’éclat.

Un neveu de Napoléon ne saurait se contenter de seuls progrès pacifiques. Qu’il triomphe en cette occasion de la Russie, la quatrième dynastie n’aura plus de surprises à craindre…elle sera vraiment fondée.

En raison même du prétexte religieux du conflit, l’empereur se sent assuré de l’approbation des catholiques français. Toutefois, et le fait montre combien il est sujet aux retours d’esprit, quand les deux flottes sont entrées dans la mer Noire, que les diplomates préparent leurs malles, il tente un dernier effort de conciliation, en s’adressant à Nicolas, par une lettre personnelle.

Il lui propose un arrangement honorable pour tous…les navires anglo-français rentreront en Méditerranée, en même temps que les troupes Russes évacueront les provinces roumaines…. « Si V.M. opposait un refus, alors la France, comme l’Angleterre, serait obligée de laisser au sort des armes, aux hasards de la guerre, ce qui pourrait être décidé aujourd’hui par la justice et par la raison. » (29 janvier.)

Le Tsar refuse avec hauteur… « La Russie, répond-il, saura se montrer en 1854 ce qu’elle fut en 1812. » 1812, la retraite de Napoléon, rappel qui vaut un soufflet. Les relations diplomatiques sont rompues. Le 10 avril 1854, une alliance est conclue entre la Grande-Bretagne et la France pour la défense de l’empire ottoman. La parole n’est plus qu’au canon. La guerre commence.

Comment atteindre, ébranler, ce pays immense, défendu par ses solitudes et qui, après Charles XII, a enseveli la Grande Armée ? Le premier, l’empereur songe à la Crimée. Palmerston et le duc de Newcastle, ministre de la guerre, accueillent l’idée de détruire le grand port de guerre et les arsenaux de Sébastopol.

Le 14 septembre 1853, Anglais et Français débarquent en Crimée, à dix lieues de Sébastopol. La guerre qui va commencer sera très mal conduite. Cette expédition qui devait, pouvait être rapide, brillante, économe, par la mauvaise organisation des services, les rivalités et l’insuffisance des chefs, va devenir une campagne extrêmement difficile, meurtrière, où les victoires ne seront arrachées que par la valeur de la troupe.

Les soldats français, la plupart éprouvés par les combats d’Algérie, sont vigoureux, adroits, rudes à la besogne, endurcis à la fatigue et aux privations. Les cadres subalternes sont bons. Au contraire les généraux ne sont que des lieutenants montés en grade, aussi braves qu’ignorants. Mais ils tiennent leurs hommes bien en main, vivent avec eux, les aiment et en sont aimés.

Toutes les guerres du second Empire porteront les même signes…incurie de l’administration militaire, médiocrité du commandement, courage merveilleux du soldat. Par sa hardiesse, son mordant, son entrain, c’est lui qui, dans les heures extrêmes, sauve l’honneur du drapeau.

L’armée anglaise n’a pour elle au début que son calme et tenace courage. Elle n’est en rien préparée à une grande guerre. Restée immobile depuis Waterloo, elle conserve le même armement et pour bonne part les mêmes chefs. C’est l’armée la plus arriérée d’Europe. Fort mal organisée elle aussi, sans ambulance ni train des équipages, elle souffrira encore plus que la nôtre et, dans les premiers temps, le climat et la maladie vont la décimer.

Le maréchal de Saint Arnaud, grand carnassier dont le cœur se défait, est le chef de l’expédition du côté français. Il remporte un brillant succès à l’Alma, puis meurt. Son successeur, Canrobert, investit Sébastopol. C’est lui aussi, un soldat d’Afrique, Gascon, jeune encore, petit rougeaud, les cheveux noirs en crinière, la moustache en croc, il est la bravoure même. Bienveillant pour ses officiers, plein de sollicitude pour la troupe, franc et désintéressé quoique très vaniteux, il a été et restera un bel entraîneur d’hommes.

Mais il n’est vraiment qu’un subalterne. Accompli dans l’obéissance, commander une grande armée dépasse ses forces. Il craint les responsabilités, n’ose se résoudre à rien. L’armée l’appelle « l’Anxieux ». Il n’est pas le chef dont elle avait besoin.

Il connaît de rudes jours, les assaillants se battent en héros, mais manquent de tout. Tandis qu’en Europe la diplomatie joue à plein…l’Autriche ne se décide pas à marcher contre la Russie, par contre, le Piémont, avide de s’assurer les sympathies franco-anglaises en vue d’un futur agrandissement, envoie des troupes en Crimée….l’hiver est venu terrible…les troupes gèlent dans les tranchées. Balaklava, Inkermann, grosses tueries, déciment les Alliés. Sébastopol tient bon…

....A Suivre...

_________________
" Ne crains pas d'avancer lentement, crains seulement de t'arrêter "   (Sagesse Chinoise).

Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813


Dernière édition par Jean-Baptiste le Mar 5 Jan - 10:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Guerre de Crimée.....   Lun 4 Jan - 13:10

...MERCI
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Percy
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MessageSujet: Re: La Guerre de Crimée.....   Lun 4 Jan - 19:26

Je vous remercie pour l'évocation de cette campagne peu connue.
A mon sens, l'erreur fondamentale de Napoléon III fut de ne pas suffisamment tenir compte des leçons du passé.
A trop vouloir oublier celui-ci, on se condamne à le revivre...
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Re: La Guerre de Crimée.....   Mar 5 Jan - 10:08

...... ......


La Guerre de Crimée...

.....( Sources Octave Aubry de l'Académie Française)...Suite et Fin....

....Arrivée des Troupes Alliées en Crimée...Tableau Isidore Augustin Pils (°1813+1875)....Musée Fesch Ajaccio.


Heureusement, vers la fin de février 1855, la température s’est adoucie en Crimée et les opérations ont repris. L’armée maintenant compte 130.000 hommes, dont 80.000 Français. Ils ont relevé les Anglais, trop épuisés, devant Malakoff. Bosquet y commande, face à la fameuse tour.

Sébastopol est entourée d’un lacis de tranchées. Ses défenses, par contre, sont devenues formidables. Un jeune lieutenant-colonel Russe, Todleben, les a développées. Courant sans cesse par les chemins de ronde sur son petit cheval noir, il prévoit une attaque sur le faubourg de Karabelnaya…il s’empare du Mamelon vert qu’il fortifie à la barbe des Alliés.

Canrobert veut prendre sa revanche. Dès l’aube du 9 avril, sous un déluge de pluie, de ses cinq cents bouches à feu il bombarde la ville. Les Russes répondent avec une artillerie double. Dans un brouillard d’eau et de feu, ce duel continue durant dix jours.

Les ouvrages russes sont ravagés. Un assaut les emporterait. Mais le commandement allié, à qui nulle leçon ne profite, n’ose s’y résoudre. Les Russes perdent six mille hommes dans ce vain cyclone, les Franco-Britanniques près de deux mille. Le général Bizot est parmi les morts, c’était la meilleure tête de tout l’état-major.

Napoléon III est profondément déçu, sans connaître assez les difficultés de cette guerre, il veut des Tuileries, imposer ses plans. Ils ne tendent à rien de moins qu’à l’investissement total de la place, doublé d’une campagne à l’intérieur de la Crimée. Il y faudra bien d’autres forces.

Les Anglais font la sourde oreille, s’appuyant des avis de Niel, l’Empereur insiste ….ses dépêches entrecroisent ordres et contre-ordres. L’embarras s’accroît encore quand un câble sous-marin relie la France à Sébastopol.

Niel remplace Bizot à la tête de son corps d’armée, officier du génie, bon administrateur, il n’a encore jamais commandé de troupes. Grand, avec de beaux traits, les cheveux crêpelés, l’air triste, il parle bien, est fort instruit et travaille beaucoup. Son caractère viril et net l’oppose à Canrobert, stratège trop modeste, qui n’atteint pas aux vues d’ensemble.

Au retour d’une tentative navale contre le fort et les magasins russes de Kertch, qu’un télégramme des Tuileries l’a obligé d’abandonner, Canrobert, excédé de l’intrusion constante de l’Empereur, des mercuriales de Niel et de l’opposition de Bosquet, rend son commandement et rentre dans le rang.

Sage résolution, Canrobert n’était pas homme à débrouiller une situation devenue complexe. Pélissier lui succède. Les soldats, sans beaucoup l’aimer, sentent en lui un chef. C’est un chef en vérité, un gros homme de soixante ans, aux sourcils noirs sous les cheveux blancs, au regard aigu, à la parole nasillarde et gouailleuse. Cultivé d’ailleurs et d’esprit fin, assez souvent cruel. Ses ennemis même lui reconnaissent le sens de la grande guerre.

Il a un plan, et ce plan est simple, et il va l’exécuter sans déviation. Il rejette les suggestions de Niel, néglige les ordres de l’Empereur. Il ne veut pas d’une campagne à l’intérieur de la Crimée. L’investissement total de Sébastopol lui paraît absurde…il n’en a pas les moyens. Il va s’en tenir au siège, poussé avec rigueur, il tentera de prendre successivement les ouvrages qui, au sud, défendent la ville…le Mamelon vert, les Ouvrages blancs, l’ensemble fortifié dominé par la tour Malakoff, s’il y réussi, Sébastopol tombera.

Sans tenir compte de la défense de Napoléon, d’accord avec lord Raglan, chef des troupes anglaises, il reprend l’expédition, d’ailleurs raisonnable, de Kertch. La flotte détruit tous les approvisionnements destinés à Sébastopol. L’empereur n’est pas convaincu par ce succès, il entend qu’on obéisse à ses ordres. Pélissier résiste….. « Je me sens les épaules assez fortes pour le fardeau dont je suis chargé, écrit-il à Paris, mais je le porterai d’autant mieux que je me sentirai une certaine liberté d’allures.


Napoléon s’entête, il fait écrire par Vaillant…. « Je vous donne l’ordre positif de ne point vous intéresser au siège avant d’avoir investi la place. » (11 juin). Pelissier reste sourd, il s’acharne au siège et décide d’attaquer les positions Russes. Le génie, dirigé par le général Forey, a par des sapes sans fin préparé la besogne. Le 6 juin, le bombardement commence, causant de grands dégâts au Mamelon vert et aux ouvrages blancs.

Au soir du 7, les Alliés s’élancent à l’assaut, en une demi-heure ils se rendent maîtres des deux positions. Mais leur ardeur les entraîne, ils attaquent la tour Malakoff, et sont repoussés avec tant de pertes qu’ils doivent se retirer en désordre.

Un instant le Mamelon vert est repris par les Russes. Bosquet le leur arrache en engageant ses réserves, l’armée est réconfortée par ce demi-succès. L’empereur, le 14 juin, félicite et sermonne Pelissier…. « Une bataille rangée qui aurait décidé du sort de la Crimée ne vous aurait pas coûté plus de monde ». Et il réitère son ordre de commencer la campagne de mouvement.

Pélissier répond roidement, qu’on le laisse libre ou il démissionne. Et sans attendre, il commande un nouvel assaut. Le 18 juin, les Anglais marchent sur le Grand Redan, les Français sur le Petit Redan et sur Malakoff.

L’affaire, trop peu préparée, échoue, malgré la splendide bravoure des troupes. Les Russes tiennent bon. Pelissier fait sonner la retraite, il y a tant de morts qu’un armistice d’un jour est conclu pour les enterrer.

Un frisson d’angoisse secoue la France quand elle apprend ce sanglant échec. L’opinion désavoue maintenant une guerre si vaine, dont on ne peut prévoir la fin et qui va exiger de plus lourds sacrifices. Napoléon convoque le Corps législatif qui, le 2 juillet, vote avec élan une nouvelle levée de 140 000 hommes, un emprunt de 750 millions et un décime sur les impôts. Son calme entamé par le danger croissant, l’Empereur relève Pelissier de son commandement.

Vaillant et Fleury lui font, par bonheur, arrêter en route l’ordre déjà parti. Pélissier, qui voit tomber autour de lui la, désapprobation de ses seconds, Niel, Bosquet, Regnault de Saint-Jean d’Angely et la méfiance des Anglais, tient tête à tous. Le choléra a reparu. Les terribles, fatigues de la campagne ont épuisé l’armée. Le 28 juin, lord Raglan meurt, laissant Pélissier plus maître de ses coudées. Il est remplacé par le vieux général Simpson.

Le commandement français soutient le moral des troupes, en les faisant travailler à de nouvelles tranchées vers Malakoff, l’esprit de résistance a décru peu à peu par la décimation des assiégés, la maladie, les privation de toute espèce, l’absence des deux principaux animateurs. Todleden a été blessé, Nakhimov… tué. Le Tsar envoie en vain des renforts peupler ce monceau de ruines. Ils ajoutent à la misère et à la confusion.

Le général Gortchakov, qui remplace Menschikov à la tête de la défense, est, comme Pélissier, banderillé sans relâche de conseils et de censures. Il se décide le 16 août à lancer l’armée de secours, campée sur le plateau de Mackenzie, à l’assaut des positions alliées. Elle échoue après de furieux engagements sur les bords de la Tchernaïa. L’armée Piémontaise attaquée par la gauche russe s’y conduit brillamment, sous la conduite du général La Marmora.

Gortchakov se décourage, Huit jours après, il écrit à Pétesbourg…. « Il n’est personne qui ne taxe de folie l’idée de prolonger la défense. »….. De son lit d’ambulance, Todleben l’empêche d’évacuer la partie de Sébastopol. Mais les Russes sont à bout de forces. Pélissier le sent et s’en réjouit… « Tout va bien, tout marche, nous avançons »… télégraphie-t-il à l’Empereur.

Napoléon est rasséréné par ces nouvelles, comme aussi par la visite à Saint-Cloud de la reine Victoria et du prince Albert qui produit grande impression sur les cabinets européens. L’issue de la guerre leur semble à tous prochaine, Pélissier est résolu à obtenir une décision avant octobre. L’armée supporterait difficilement un second hivernage. Il fait pousser ses tranchées jusqu’à vingt-cinq mètres de Malakoff, à quarante du Petit Redan, à deux cents du Grand Redan…..L’assaut est fixé au 8 septembre.

Il a pour prélude un bombardement d’enfer qui écrase les ouvrages russes et accable leurs défenseurs. Partout des incendies s’allument, des poudrières sautent. Le soir du 7, Pélissier, après avoir assigné leurs objectifs à ses généraux, leur dit…. « Allons, messieurs, bonne nuit. Il y en aura pas mal parmi nous qui auront demain la gueule cassée, mais Sébastopol sera à nous. »

Le 8, à midi, par un vent furieux, sous un ciel sombre, les troupes alliées sortent de leurs parallèles au signal donné par Bosquet. Les zouaves de Mac-Mahon, dans un bruit joyeux de clairons, au cri de « Vive l’empereur ! »…..grimpent hardiment sur les talus de Malakoff.

Une lutte ardente et courte s’engage, les batteries russes sont enlevées et le drapeau tricolore flotte sur la tour. Le Petit Redan est pris en même temps, mais les Anglais, hachés par la mitraille, ne peuvent atteindre le Grand Redan et doivent se replier.

A ce moment, la fortune semble tourner, la division Levaillant échoue devant le Bastion central, la division Dulac doit évacuer le Petit Redan. Héroïsme farouche des combattants, tuerie affreuse, les généraux Courtois, Trochu, Bourbaki sont blessés. Posté sur le Mamelon vert, Pélissier reste ferme, et Mac-Mahon ? à Malakoff ?... se maintient contre l’assaut incessant, désespéré des Russes….. « Qu’allez-vous faire ?.... lui envoie demander Simpson….Moi ? dit Mac-Mahon….j’y suis, j’y reste. »

A la fin, Gortchakov juge la partie perdue, il replie ses troupes et décide d’abandonner Sébastopol, pendant la nuit. D’immenses convois quittent la ville au crépuscule. En même temps tout ce qui peut servir aux Alliés est détruit. Les magasins de munitions sautent, les canons sont jetés à la mer, les derniers bâtiments russes sabordés dans les rades.

Toute la nuit Sébastopol brûle. Les Russes au nord de la place, les Alliés au bord des glacis, contemplent ce brasier énorme qui rougit le ciel. Le surlendemain, 10 septembre, Pélissier y fait son entrée, dans un silence respectueux. L’Empereur l’a nommé, ce même matin, Maréchal de France.

Aux Invalides comme à Hyde-Park, le canon annonce au peuple de Paris et de Londres la prise de Sébastopol, dans les deux pays la joie éclate. Tient-on la paix ? Napoléon n’en est pas si sûr. Il engage Pélissier à compléter son succès par une campagne en Crimée, où Gortchakov l’attend en bon ordre. Mais l’armée est trop lasse, Pélissier résiste aux invitations répétées de l’Empereur qu’il déclare impraticables.

Napoléon voudrait profiter de la défaite russe pour amorcer au moins le rétablissement de la Pologne. Il s’en ouvre à Londres. Clarendon, qui toujours y fut opposé, refuse. Walewski ne rencontre point meilleur succès à Vienne. Déçu l’Empereur ne songe plus dès lors qu’à hâter la fin des hostilités.

L’opinion française le réclame, le peuple sait le sang qu’elles ont coûté, les commerçants se plaignent de l’arrêt des affaires. Les finances sont en mauvais point. Quel profit, même moral, peut-on attendre d’une prolongation du conflit ?.... Le 15 novembre, à la fête de clôture de l’Exposition, Napoléon lance un appel à la paix….. « La France, dit-il, n’a de haine contre personne ».

Des pourparlers confidentiels sont engagés à Paris entre le ministre de Saxe et Walewski. Les Anglais ne suivent point. Soucieux de leur avenir en Asie, ils veulent accabler le géant moscovite. Presque entière la presse britannique s’oppose à un accommodement, qu’elle juge prématuré. Napoléon par des lettres privées à la reine Victoria, s’efforce de l’incliner à plus de modération.

Vient alors à Paris Victor Emmanuel, accompagné de Cavour. L’Autriche, à ce moment, rentre en scène. Craignant de voir le conflit se régler sans elle, elle propose des bases de paix…les quatre points de la note franco-anglaise de 1853, accrus d’une rectification de frontières en Bassarabie et de quelques articles de détail.

Le jeune Tsar, Alexandre II, las de la guerre, hésite pourtant. Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume intervient à ce moment près de lui. Cédant sous sa pression comme à des soucis intérieurs, le Tsar accepte, le 16 janvier 1856, les conditions formulées par l’Autriche.

Paris pavoise. La rente monte de cinq francs. L’Angleterre, d’assez mauvais gré, signe à Vienne le protocole d’accord. La paix sera réglée par un congrès réuni à Paris.


……FIN….


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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Percy
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MessageSujet: Re: La Guerre de Crimée.....   Mer 6 Jan - 0:27

Tout est donc bien qui finit bien.
Hélas, ce genre de happy end ne fut pas courant sous le règne du neveu...
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MessageSujet: Re: La Guerre de Crimée.....   

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