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 Le Grand Espion de Napoléon.....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Le Grand Espion de Napoléon.....   Dim 10 Jan - 10:32

...... .....

Le Grand Espion de Napoléon...

....(Sources...Ernest D'Hauterive 1962).

....Charles Louis Schulmeister (°1770+1853).


Notre époque n’a pas le privilège de cette guerre secrète des renseignements dont une arrestation, un procès nous montrent parfois l’intensité. Elle s’est pratiquée de tous les temps. Napoléon savait l’utilité de l’espionnage et ses services étaient bien organisés. Voici la vie de celui qui fut souvent employé par lui dans des missions confidentielles.

Le « Grand Espion »… on l’appelait ainsi parce qu’il passait pour le plus habile de ces émissaires envoyé secrètement dans les pays où la guerre allait éclater. Il a joui d’une réputation extraordinaire, aussi bien en France qu’en Autriche…plus tard si on évoquait devant lui son passé, il disait modestement avoir été un observateur militaire ou un ancien commissaire général des armées. Sous ces euphémismes se dissimulait sa qualité d’espion de la plus haute volée.

Charles Louis Schulmeister était né le 5 août 1770 à Neu-Freistett, village du margraviat de Bade. Son père très brave homme, y était pasteur protestant et lui donna une éducation très soignée, sans doute avec l’espoir de voir lui succéder cet enfant qui s’annonçait comme devant être très intelligent.

Il dut renoncer à ce projet et le laisser se livrer au commerce, pour lequel il montrait de réelles aptitudes. De bonne heure, à vingt-deux ans, le jeune Charles se marie…avec la fille d’un conseiller des mines à Sainte-Marie-aux-Mines. On le retrouve en 1798 à Strasbourg, où il dirige soi-disant un commerce d’épicerie et de tabac. En réalité, depuis longtemps, il s’occupe surtout de contrebande.

C’est alors un petit homme maigre, d’environ 1,65 m, large d’épaules, trapu sans lourdeur, respirant la force et l’audace. Sa chevelure, d’un roux fauve, encadre son visage entièrement rasé et lui donne une apparence toute particulière. Ses petits yeux, d’un gris bleu très clair, sont vifs, pétillants d’esprit.

Son intelligence n’a d’égal que son sang-froid. Sa présence d’esprit est imperturbable, sa finesse prodigieuse. Instruit, il parle avec la même facilité le français, l’allemand, l’anglais, le latin, l’italien. Avec de pareilles qualités, il ne pouvait manquer de réussir dans cette carrière de contrebandier. Aussi, loin d’y végéter il opère en grand et gagne de l’argent en proportion.

Pendant cette période de son existence, c'est-à-dire entre 1793 et 1805, la fraude seule n’accapara probablement pas son activité. Bien qu’il se soit montré très discret sur ce sujet dans les confidences qu’il adressa plus tard à un biographe complaisant, il est certain qu’il pratiqua en même temps l’espionnage.

Pour le compte de qui ? Comme il arrive bien souvent, pour les deux camps. Pour jouer ce rôle, il joint à ses autres qualités celle de savoir se grimer admirablement et se rendre méconnaissable, malgré la caractéristique de sa chevelure rutilante. C’est un véritable protée, auquel il suffit d’une seconde pour se métamorphoser. Un tour de main dans les cheveux, raconte un témoin, une grimace, et sa physionomie est transformée.

Aussi devient-il bientôt légendaire sur les deux rives du Rhin. On cite de lui nombre d’anecdotes. Sont-elles toutes d’une véracité absolue ? Il serait téméraire de l’affirmer. En voici quelques-unes….Traqué par des Autrichiens qui l’avaient fait entrer dans une maison, il leur ouvrit lui-même la porte et traversa tranquillement, sans être inquiété, la troupe qui le poursuivait et qui ne reconnaissait pas en lui l’individu pourchassé, tant il avait su se transformer.

Pendant la bataille de Wagram, il avait choisi comme observatoire le grenier d’une ferme. Une patrouille autrichienne, intriguée de voir de loin à une lucarne une tête qui se montrait puis disparaissait, voulut en savoir le cœur net et se dirigea de se côté.

Elle fut reçue à la porte par un paysan, qui se présenta, l’air bien niais, un plat à barbe à la main, la figure toute barbouillée de mousse de savon, comme l’est celle d’un homme qui va se raser….. « Où est l’individu que du dehors nous avons vu à la fenêtre du grenier ? demanda le chef de patrouille….il est au premier étage, répondit le paysan…pressez-vous, il n’en a pas pour longtemps, il vient d’être blessé d’une balle. »….Pendant que les soldats montaient rapidement l’escalier, Schulmeister…car c’était lui qui s’était ainsi transformé en voyant la patrouille se diriger de son côté…sortait tranquillement et s’évaporer littéralement.

On racontait aussi que, voulant se procurer des renseignements sur un Corps ennemi, il le passa en revue, se faisant passer pour un de ces nombreux petits princes qui pullulaient alors en Allemagne. On prétend aussi…et là il est difficile de croire le narrateur de qui son biographe dit tenir le fait…qu’il soudoya un intendant général autrichien et pris sa place dans un conseil de guerre important !....Mais la légende ne s’établit que sur les personnages dont les actions réelles permettent sa création.

Faut-il croire ce qu’on racontait couramment à Strasbourg au sujet de sa présentation à l’Empereur dans cette ville le 1er octobre 1805 ?.... Introduit auprès de Napoléon, alors fort occupé par la préparation de la campagne qui allait s’ouvrir, il se serait nommé et aurait demandé à être employé au service des renseignements.

Au mois d’août 1805, Napoléon abandonne son projet d’envahir l’Angleterre. Il marchera contre l’Autriche qui a mis sa propre armée en mouvement vers l’ouest le général Mack envahit la Bavière. l’Empereur donne à son aide de camp, le général Savary, l’ordre d’aller secrètement étudier certaines questions militaires, entre le Rhin et le Danube.

Savary arrive à Strasbourg à la fin d’août, il demande immédiatement au préfet de lui envoyer Schulmeister, qu’il a déjà employé dans des circonstances délicates. Celui-ci est heureux de se lancer dans l’aventure. Avant de se mettre en route pour l’Allemagne, Schulmeister s’assure du concours de deux de ses compatriotes, contrebandiers comme lui…Hammel et Rippmann.

Sous prétexte de vendre aux soldats les denrées alimentaires amassées sur leur carriole, les trois compères causent avec les uns et les autres et se renseignent même auprès d’officiers assez imprudents pour accepter trop facilement de vider une bouteille en compagnie de l’innocent petit bourgeois sous les traits duquel s’est grimé Schulmeister. Mais ce sont là menues broutilles, indignes d’un espion de l’envergure de notre personnage. Il a mieux à faire !

Après avoir traversé la Bavière sans coup férir, le général Mack, une des lumières alors de l’armée autrichienne, s’était établi à Ulm. Il était donc loin de penser que pendant qu’il s’endormait avec confiance sous la protection de ses remparts, l’Empereur tournait sa position et l’isolait complètement, en se plaçant entre lui et le côté par lequel pouvait arriver une armée de renfort.

Les Autrichiens cependant avaient leurs espions, comme les Français avaient les leurs et c’étaient souvent les mêmes ! Ainsi Schulmeister travaillait dans les deux camps. Muni des instructions de Savary, il avait en même temps un laissez-passer autrichien, grâce à ses anciennes relations.

Il put ainsi circuler entre les deux armées, renseigner Napoléon sur l’inertie de Mack et pénétrer en même temps auprès de ce dernier. Il avait acquis la complicité d’un officier de l’état-major autrichien, le capitaine Wend, chargé de l’espionnage, ce dernier se rendait-il exactement compte qu’il était un jouet entre les mains de Schulmeister, ou s’imaginait-il au contraire diriger l’espion français ?

La seconde hypothèse est parfaitement plausible. Dans ces conditions de double espionnage, il est souvent difficile de savoir quel est le camp le plus trompé en faveur de l’autre. Grâce à quelques renseignements exacts et à beaucoup d’indications fausses, Schulmeister travailla à tromper la vigilance de l’Autrichien. Quelques jours plus tard, l’Empereur encerclait la place. Schulmeister assista à la reddition des autrichiens.

Une fois la ville prise, Schulmeister demanda à Savary de l’employer à une mission, plus importante. Chargé d’aller observer l’armée de Kutusoff, il se met en route, habillé en riche commerçant, en poche, il a comme tous papiers un ancien sauf-conduit signé par Mack. Le 24, à la tombée de la nuit, il arrive aux avant-postes autrichiens, à une lieue environ de l’Inn. Après quelques difficultés, car les autrichiens sont devenus méfiants, il pénètre dans Mühldorf. Le hasard le met en présence du lieutenant Franz Rutzki, qu’il a connu jadis en Italie, ensemble ils ont vidé de bonnes bouteilles !

La connaissance est vite renouée. Sans méfiance, Rutzki raconte ce qu’il sait sur l’armée de Kutusoff, qui est tout près. Il doit aller, le lendemain matin porter un message au général Merveldt, qui se trouve avec Kutusoff à Braunau. Excellente occasion ! Justement Schulmeister peut donner à ces généraux des renseignements précis sur ce qui s’est passé à Ulm et sur ce que projettent les Français. Rutzki n’hésite pas à s’adjoindre cet ami, envoyé par la Providence !

Présenté à Merveldt, Schulmeister observe la tactique qui lui a réussi auprès de Mack. Il lui indique…ce qui est actuellement sans inconvénient….la positions des troupes françaises et se montre si bien renseigné que le général autrichien, ne mettant pas sa fidélité en doute, accepte ses services. Ainsi accrédité, Schulmeister entre en relation avec des officiers autrichiens ou russes. Par eux, il apprend tout ce qu’il veut savoir.

Une fois bien documenté, il s’empresse de revenir sur ses pas. Le 26 octobre, il est à Munich, où il remet à Savary un rapport bien établi, c’est du beau travail et il n’a pas perdu son temps ! Presque immédiatement, Savary le renvoie en mission. Le voilà de nouveau sur les routes, en compagnie cette fois de son fidèle Rippmann. A la fin octobre, il arrive à Linz, sur le Danube.

Dans l’auberge où il s’arrête, il remarque un bourgeois aisé, à l’air inquiet et pressé. Schulmeister flaire une bonne affaire et engage la conversation avec lui. Il se nomme Joseph Von Rueff et vient de Braunau, fuyant l’arrivée des Français, il a acheté un équipage pour transporter femme et enfants à Linz. Lui-même doit aller demander à la Chambre impériale des finances un poste qui l’empêchera de mourir de faim.

Au cours de la conversation, Rueff critique amèrement le gouvernement autrichien, dont il déplore l’incapacité. Schulmeister estime que cet homme peut lui être utile. Aussi fait-il chorus avec lui et se met-il à lui vanter les bienfaits de l’administration française….. « Venez avec moi, lui dit-il, vos moyens d’existence seront assurés, on saura récompenser vos services et, après la guerre qui se terminera sûrement par la victoire de Napoléon, vous vous établirez à Strasbourg.

Après quelques instants de réflexion, Rueff accepte la proposition. Il demande une demi-heure seulement pour les préparatifs urgents, à l’heure convenue, il est de retour, Schulmeister et Rippmann l’attendent…les trois hommes prennent la route de l’Est. Le soir ils s’arrêtent à Amstetten. Enfermé seul dans sa chambre, Schulmeister rédige un rapport pour Savary et un autre pour Murat. Rippmann restera à Amstetten pour les remettre aux Français dès leur arrivée, pendant que les deux autres continueront leur route sur Vienne.

Au matin, ils montent dans la diligence qui les conduit jusqu’au village de Kemmelbach, où elle est obligée de s’arrêter…tous les chevaux du relais ont été réquisitionnés par l’autorité militaire. Les deux voyageurs flânent dans les rues, pleines de soldats autrichiens. Quand ils reviennent à la poste, ils sont abordés par un marchand qui vient d’arriver et qui leur annonce qu’après leur départ Rippmann a été arrêté par les Russes.

.....A....Suivre.....


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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Percy
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MessageSujet: Re: Le Grand Espion de Napoléon.....   Dim 10 Jan - 22:55

Savoureuse évocation de celui qui fut l'oeil et l'oreille de l'Empereur.
Un rôle repris à la télévision par Jacques Fabri dans un feuilleton qui enchanta mon enfance.
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Le Grand Espion de Napoléon.....   Lun 11 Jan - 11:10

....... ......

Le Grand Espion de Napoléon...

....(Sources...Ernest D'Hauterive 1962)....Suite et Fin...

.....Château du Piple à Boissy Saint-Léger...ayant appartenu à Charles Louis Schulmeister.
Ce fut lui qui revendit le Château au Baron Hottinger.

Sans paraître troublé, Schulmeister charge son compagnon de rechercher, au plus vite et à tout prix, une voiture qui leur permettra de continuer leur route. Rueff se met en quête…et quelques instants après un capitaine autrichien, accompagné de deux grenadiers, arrête Schulmeister, lui passe des menottes et l’emmène à un poste où l’on fait main basse sur les papiers qu’il a sur lui, ainsi que sur son argent !

Ce qui s’est passé se comprend facilement. Dès le premier moment, Rueff a flairé l’espion et n’a consenti à le suivre que pour le démasquer. Schulmeister, bien entendu se défend comme un beau diable, exhibe le sauf-conduit du général Merveldt, se donne pour un agent fidèle à l’Autriche. Peine perdue ! A l’arrivée de Rippmann, que les Autrichiens ont envoyé d’Amstetten, Schulmeister est placé dans une voiture avec lui, et les deux espions sont dirigés sur Vienne….on ne leur cache pas que la potence les y attend.

En général, on n’usait pas de tant de ménagements avec les espions. Aussitôt pris, aussitôt pendus, quitte à s’apercevoir après qu’on s’était trompé. Cette fois on avait affaire à un seigneur de plus haute importance, que l’on soupçonnait d’être au courant d’importants secrets. Aussi procéda-t-on à de minutieux interrogatoires, à la suite desquels les conseillers chargés de l’enquête rédigèrent un rapport se terminant ainsi…D’après ses déclarations, Schulmeister paraît avoir été un informateur double, et sa condamnation dépend uniquement de savoir de quel côté il a donné les renseignements exacts et de quel côté les renseignements faux. Cette question ne peut être tranchée que par les généraux autrichiens dont il se réclame. »

En conséquence, les deux espions furent remis à un caporal, qui accompagné de trois soldats, devait les conduire dans une prison de Moravie…ils y attendraient que leur affaire fût tirée au clair. Le temps était exécrable, pour éviter les convois qui encombraient les routes, on prit par des chemins de traverse, sur lesquels ne circulait aucune voiture que la petite troupe pût utiliser, il fallait aller à pied, dans la boue.

Dés le soir du deuxième jour, le caporal et ses hommes eurent assez de cette corvée. Après avoir tenu entre eux un bref conseil de guerre, ils fouillèrent leurs prisonniers, leur enlevèrent leur argent, les dépouillèrent entièrement, puis, prenant leurs baguettes de fusils, les rouèrent de coups, après quoi ils les laissèrent sur place, à demi morts.

Tout d’abord étourdis, les espions reprirent leurs sens et bénirent la paresse de leur escorte, qui les sauvait de la corde. Mais de quel côté se diriger ? Ils n’avaient plus rien. Après quelques instants de réflexion, Schulmeister résolut de revenir à Vienne. Seulement, pour ne pas éveiller l’attention, ils s’y rendraient chacun de leur côté.

Rippmann prit la mauvaise route. Il ne tarda pas, en effet, à être arrêté. Il était en si piteux état qu’on le conduisit dans une infirmerie de campagne, à Fulneck, on croit qu’il y mourut avant d’être interrogé. Schulmeister, plus résistant, se glissa de village en village. Il atteignit ainsi Vienne sans encombre, le 10 novembre, trois jours avant la prise de la ville par l’armée française.

Caché chez un de ses amis aubergistes, il attendit prudemment l’entrée de nos troupes, dont il connaissait l’approche, et, dès, qu’elles parurent, il sortit de son abri, tout crotté et couvert de boue qu’il était encore, pour se présenter à Savary. Celui-ci ne dissimula pas sa joie de retrouver son agent préféré, son étonnement en même temps, car il le croyait suspendu à quelque potence.

Il lui remit immédiatement cent louis d’or, et lui promit la faveur de l’Empereur. Effectivement, un décret du 15 novembre 1805 nomma Schulmeister commissaire général de police à Vienne. Dès lors, notre homme troqua son nom contre son prénom. Devenu personnage officiel, il s’appela M. Charles ou parfois Charles-Frédéric.

Lorsque l’armée française évacua Vienne, en janvier 1806, Schulmeister revint en France. Il retrouva à Strasbourg sa femme et ses deux enfants, et, abandonnant leur modeste logement, qui appartenait à ses beaux-parents, demeure désormais indigne de lui, il s’établit aux environs immédiats de la ville, dans la propriété de Meinau, dont il venait de se rendre acquéreur.

Il y jouissait en paix du fruit de son travail assez particulier, quand, aux approches de l’automne de la même année 1806, les affaires se gâtèrent entre la France et la Prusse. C’était de nouveau la guerre. La campagne fut foudroyante. Parti le 25 septembre 1806 de Saint-Cloud, un mois après, l’Empereur entrait triomphalement à Berlin. Pendant cette rapide passe d’armes, Schulmeister joua un rôle plus glorieux qu’on n’était en droit de l’attendre d’un espion.

Savary lui avait de nouveau confié l’espionnage avec la police militaire, il figura dès lors à son état-major, sous le nom de capitaine Charles, et dirigea le service des renseignements. Toutefois, en même temps qu’il expédiait ses agents et recevait leurs rapports, il ne craignait pas de remplir lui-même des missions de vrai combattant.

En 1807, à la bataille de Friedland, il fut atteint au front d’une balle, qui lui laissa une cicatrice dont toute sa vie il se montra d’autant plus fier qu’elle témoignait de son rôle de soldat, dont il aimait mieux parler que de l’autre. Néanmoins, Napoléon ne le décora pas. On racontait…peut-être brodait-on….cette conversation de l’Empereur avec lui, pour le remercier de ses services, soit à ce propos, soit en une autre circonstance…. « Charles, lui aurait-il dit, tu vaux une armée….Que désires-tu ?...Je n’ai rien à te refuser…..Sire, la croix d’honneur…De l’argent tant que tu voudras…la crois jamais, je la réserve à mes braves »

De retour en France, Schulmeister vécut paisible et heureux, dans sa propriété de Meinau. Vers le milieu de 1808, il fut obligé de s’en éloigner pour rejoindre son protecteur et ami, le général Savary, maintenant duc de Rovigo, qui l’appelait à lui pour diriger le service de la police à Erfurt, pendant la fameuse entrevue à laquelle Napoléon avait convié l’Empereur Alexandre, quatre rois et nombre de princes souverains d’Allemagne. Une fois libéré l’espion regagna Strasbourg.

De plus en plus riche, il continua à s’occuper de l’embellissement de Meinau, où il avait transformé une ancienne ferme en un superbe château, dont l’ameublement et la décoration s’harmonisaient avec las bâtiments, qu’entourait un parc somptueux, en peu de temps, c’était devenu une magnifique demeure. Les visiteurs s’y présentaient nombreux, attirés par l’amabilité du châtelain, qui s’était lui-même transformé en M. de Meinau. Sa femme bonne personne, modeste, entourée de ses deux enfants, recevait avec affabilité. Le ménage, s’efforçait « de faire oublier l’origine suspecte de ses richesses. »

Subitement, il fallait s’arracher aux charmes de cette existence ! par une belle matinée des débuts d’avril 1809, M. de Meinau reçut une visite qui lui faisait plus d’honneur que de plaisir…..Le général Savary, duc de Rovigo, venait en personne l’inviter à reprendre ensemble le cours de leurs exploits. ….. « M. de Meinau » disparut donc pour laisser Schulmeister ou plutôt…. « M. Charles » accompagner son chef. Il avait cette fois le titre de commissaire impérial aux armées. Ouvertement chargé d’organiser le service de sûreté, il continuait, en réalité, à diriger l’espionnage.

Dès l’entrée de l’armée française à Vienne, M. Charles s’installa dans le palais du comte Czernin…un château en temps de paix, un palais en temps de guerre. Il montait en grade ! Quand il repris le chemin de Strasbourg, il put, s’il dressa son bilan, constater qu’il n’avait pas perdu son temps. En plus, en effet, de ses beaux appointements et de ses gratifications, il avait su profiter de la situation pour se faire délivrer sans vergogne d’importantes « contributions », volontaires ou forcées. Sa fortune, déjà rondelette avant cette campagne, était maintenant considérable.

De nouveau d’abord châtelain de Meinau, il se vit bientôt obligé de venir souvent à Paris, d’autant plus que son ancien chef, Savary, prit, à partir du mois de juin 1810, le portefeuille de la Police générale que l’Empereur enlevait à Fouché. Bien que le nom de Schulmeister ne paraisse jamais sur les contrôles de la police officielle, il est infiniment probable que le nouveau ministre ne se priva pas des bons offices d’un agent aussi avisé. En récompense de ses services, Savary l’associa dans l’entreprise générale des jeux de Paris et des bains de Baden.

Toujours est-il, à en juger par ses acquisitions territoriales et par le luxe déployé dans ses habitations, que le métier avait été et était encore d’un bon rapport pour lui. Successivement il avait acheté les terrains environnants son château de Meinau, en sorte que finalement la propriété s’étendait sur 162 hectares. Puis, pour se rapprocher de Paris, il acheta, en Seine et Oise, le château de Piple. Avec la fortune était venu chez lui le désir d’en jouir.

Pendant la première Restauration, la police essaya de mettre la main sur lui. On le chercha à Paris, en province, en Alsace surtout, même dans son village natal de Neu-Freistett. Impossible de le découvrir. A l’annonce du débarquement de l’Empereur au Golfe Juan, au mois de mars 1815 il reparut à Paris et à Piple. A la même époque cependant, la police autrichienne le recherchait à Vienne, où on le soupçonnait d’être venu en cachette enlever le petit roi de Rome, pour le ramener à son père.

En réalité pendant les Cent-Jours, peu confiant dans la solidité du trône restauré de Napoléon, il resta dans l’expectative. A l’arrivée des Alliés en France, après Waterloo, il se cacha de nouveau, recherché à la fois par les polices que Prussiens et Autrichiens avaient établis à Paris. Afin de leur échapper, il ne trouva rien de mieux que d’entrer au service de l’une d’entre elles ! Par là, pensait-il, il se réconcilierait avec les uns qui le protégeraient contre les autres.

Au cours d’une entrevue de plus de deux heures avec le commissaire autrichien à Paris, Langwert, il lui raconta à sa manière son existence. Selon lui, c’était l’Autriche qu’il servait déjà en 1805, à Ulm, et non la France. Aussi, en rendant compte à ses chefs de cet entretien, le commissaire autrichien, séduit par la parole convaincante de son interlocuteur, proposait-il de l’enrôler dans sa police, au lieu de provoquer son arrestation. Et de fait, pendant quelques temps, il eut recours à ses bons offices.

Schulmeister venait d’être chargé d’organiser une contre-police à opposer à celle de Fouché, quand, le 14 août 1815, la police Prussienne, qui n’avait pas osé l’arrêter à Paris, profita d’une de ses visites à da propriété de Piple pour mettre la main sur lui hors de la ville, du côté de Charenton. Elle le dirigea sur la forteresse de Wesel, en Allemagne. Après la signature du traité de Paris, qui mettait fin à la guerre (20 novembre 1815), il recouvra la liberté.

Il vécut dès lors soit à Paris, soit à Piple et surtout à Meinau. Bien que n’étant plus alimentée par les services de police ni par contrebande, sa fortune était suffisante encore pour lui permettre de satisfaire ses goûts de dépense. Il restait ce qu’il s’était toujours montré, c'est-à-dire fort généreux. Bientôt cependant sa fortune, ébréchée déjà par les dernières années, périclita sérieusement. En 1818 il vendit Piple.

Il voulut se débarrasser en même temps de Meinau, d’autant plus que la société qui se pressait chez lui avant la chute de l’Empire le boudait maintenant. Il ne trouva pas d’acquéreur et se résigna à exploiter lui-même sa propriété, jusqu’à ce qui pût, en 1836, la céder à une fabrique de sucre de betteraves, dont il devint un gros actionnaire et qui fut liquidée en 1843. Le malheur semblait s’acharner sur lui. Désormais il habitait à Strasbourg un petit appartement, où il vivait très retiré. On avait obtenu pour lui le bénéfice d’un bureau de tabac.

Toujours très soigneux de sa personne, vêtu correctement, affable, poli, prévenant, le « père Schulmeister », comme on appelait ce vieillard à l’aspect encore alerte, ressemblait plus dit-on, à un notaire honorable qu’à l’espion qu’il avait été.

Lorsque après le coup d’Etat de 1851 le prince président, qui allait bientôt devenir Napoléon III….passa à Strasbourg, une vieille dame demanda à Schulmeister s’il solliciterait une audience du neveu du grand Empereur….Non répondit-il. Le prince sait que j’habite Strasbourg. S’il veut me voir, il me le fera dire.

Et, à la grande stupéfaction de ses voisins, le prince vint lui-même rendre visite à l’ancien agent de son oncle…..Il mourut peu après, le 8 mai 1853, et fut enterré à Strasbourg.


…….FIN…....





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Percy
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MessageSujet: Re: Le Grand Espion de Napoléon.....   Lun 11 Jan - 20:30

En lui refusant la croix, j'estime que l'Empereur fit preuve d'ingratitude à son égard.
Et en ajoutant "je la réserve à mes braves", il ajouta même une certaine forme de mépris... Shocked
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MessageSujet: Re: Le Grand Espion de Napoléon.....   Mar 12 Jan - 1:02

Citation :
En lui refusant la croix, j'estime que l'Empereur fit preuve d'ingratitude à son égard.
les hommes de l'ombre n'ont pas être sur la liste des personnes pouvant prétendre porter la légion d'honneur.
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ThiNap
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MessageSujet: Re: Le Grand Espion de Napoléon.....   Mar 12 Jan - 10:01

Citation :
Il est évident que vous n'avez jamais été militaire pour faire cette remarque !
C'est un défaut ?


Je ne vois pas pourquoi les hommes de l'ombre ne pourraient pas prétendre à porter la Légion d'honneur ? Même s'ils n'exerçaient pas leurs talents au grand jour, ils prennent, eux aussi, des risques ... hier comme aujourd'hui d'ailleurs.

Je rejoins l'avis de Percy, Napoléon a fait preuve d'ingratitude envers Schulmeister en lui refusant la Croix, alors que ses maréchaux ployaient sous les honneurs et les décorations.

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Judgefredd

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MessageSujet: Re: Le Grand Espion de Napoléon.....   Mar 12 Jan - 13:39

Il ne suffit pas d'être dans la lumière pour briller. Je rejoins complètement les avis de Percy et ThiNap.

En tout cas, merci Jean-Baptiste pour ce récit que j'ai vraiment adoré !
Félicitation pour cette trouvaille !
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MessageSujet: Re: Le Grand Espion de Napoléon.....   Mar 12 Jan - 13:48

question: peut-on décemment porter encore la L.H quand ouvertement on se met au service de l'ennemi? ce double jeu a t-il plus servi que desservi les intérêts français? Et puis le père schulmeister a largement été, et plus encore, dédommagé je crois avec les deniers publics.Déjà à l'époque cette légion d'honneur n'était pas toujours accordé avec discernement.
alors de nos jours actualité oblige, elle mérite bien son nom de hochet.Mais on en a déjà parlé,ça ne vaut même pas le peine d'y revenir..
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Percy
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MessageSujet: Re: Le Grand Espion de Napoléon.....   Mar 12 Jan - 23:58

L'attitude de certains militaires décorés ou non de la Légion d'Honneur fut loin d'être sans reproche à l'heure où l'éclat de l'étoile impériale s'est mis à faiblir.
Les premiers revers furent à l'origine de nombreuses trahisons chez ceux là même qui avaient été couverts d'honneurs.
Grande fut leur ingratitude, indigne fut leur comportement !
Napoléon a refusé à Schulmeister ce qu'il méritait mille fois en regard des services rendus à l'Empire.
Sans prendre part à des combats, c'était à sa manière un brave !
Et ce fut une erreur de jugement que de ne point l'honorer comme il eut fallu.
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Drouet Cyril

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MessageSujet: Re: Le Grand Espion de Napoléon.....   Mer 13 Jan - 0:34

Citation :
Ainsi Schulmeister travaillait dans les deux camps. Muni des instructions de Savary, il avait en même temps un laissez-passer autrichien, grâce à ses anciennes relations.

L'opinion de Sokolov sur ce point (Austerlitz - Napoléon, l'Europe et la Russie) :
"Contrairement à l'opinion qui s'est formée dans les ouvrage sde vulgarisation, il travaillait alors pour les Autrichiens et ce n'est que quelques temps après [14 ou 15 octobre 1805] qu'il passa au service des Français."
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Jean-Yves
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MessageSujet: Re: Le Grand Espion de Napoléon.....   Mer 13 Jan - 15:19

Il y a un autre homme qui n'eut jamais droit à la Légion d'Honneur : Talma. Napoléon n'avait pas voulu la lui donner car il disait que pour être acteur, il fallait savoir dissimuler, mentir, et, pour lui, les dissimulateurs et les menteurs ne pouvaient avoir d'honneur.
Les agents secrets et les espions sont, pour leur métier, tous comme les acteurs, obligés de dissimuler et de mentir. Par conséquent, pour Napoléon, ils ne pouvaient, eux aussi, avoir d'honneur.C'est ce qui doit expliquer l'attitude de Napoléon envers Schulmeister.

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Percy
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MessageSujet: Re: Le Grand Espion de Napoléon.....   Mer 13 Jan - 21:24

A contrario, voici une anecdote qui tend à prouver que Napoléon pouvait aussi décerner des décorations prestigieuses à des individus qui n'avaient point la qualité de militaires.
Ce fut ainsi le cas de Crescentini, l'un des plus célèbres castrats de l'école de chant italienne.
Napoléon l'entendit pour la première fois en novembre 1805.
Il fut si charmé par sa voix qu'il le fit venir à Paris avec un traitement de 36000 francs par an, sans compter de nombreuses gratifications.
Crescentini, qui n'avait pas le droit de paraître dans un théâtre public, participa jusqu'en 1812 à de nombreux concerts et spectacles à la Cour impériale.
Le 9 mars 1809, l'Empereur avait tellement apprécié son talent au cours d'une représentation de Roméo et Juliette qu'il le fit le lendemain chevalier de la Couronne de Fer.
"On a beaucoup crié, confia-t-il à Gourgaud le 5 mai 1817, quand j'ai donné la Croix de Fer à Crescentini : tout le monde me blâmait. C'était oublier que l'Ordre créé en 1805 était destiné à récompenser dans le royaume d'Italie non seulement les services rendus dans l'armée et l'administration, mais également dans le domaine des lettres et des arts."
(extrait de "Napoléon dans l'exil" de Barry O'Meara)

N'en est-il pas de même pour la Légion d'Honneur ?
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ThiNap
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MessageSujet: Re: Le Grand Espion de Napoléon.....   Jeu 14 Jan - 10:02

Percy a écrit:
N'en est-il pas de même pour la Légion d'Honneur ?
Tout à fait ; en créant la Légion d'honneur, Napoléon souhaitait récompenser les mérites de chacuns, qu'ils soient civils ou militaires. Percy citait Crescentini et l'Ordre de la Couronne de Fer, on peut également rappeler que Goethe reçut la Légion d'honneur.

Je citerai simplement Bonaparte devant le Conseil d'État le 14 floréal an X (4 mai 1802)
Citation :
si l'on distinguait les hommes en militaires ou en civils, on établirait deux Ordres tandis qu'il n'y a qu'une Nation. Si l'on ne décernait des honneurs qu'aux militaires, cette préférence serait encore pire car, alors, la Nation ne serait plus rien.

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MessageSujet: Re: Le Grand Espion de Napoléon.....   Jeu 14 Jan - 10:07

Citation :
Crescentini, qui n'avait pas le droit de paraître dans un théâtre public
pourquoi ? parce que c'etait un castrat ?
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Percy
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MessageSujet: Re: Le Grand Espion de Napoléon.....   Jeu 14 Jan - 21:00

Effectivement !
Les castrats avaient mauvaise réputation et il était mal vu de les fréquenter.
Aussi, l'accès aux lieux de divertissement publics leur était-il interdit.
Lorsque Napoléon le fit Chevalier de la Couronne de fer, cela déplut à beaucoup de personnes et on lui fit remarquer "qu'un être qui n'était pas homme ne devait pas recevoir une décoration destinée à des hommes."
C'est vous dire l'état d'esprit de la société de l'époque...
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