Forum des Amis du Patrimoine Napoléonien

Association historique Premier et Second Empire (ouvert à tous les passionnés d'histoire napoléonienne)
 
AccueilSite APNFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 L'Assassinat du Maréchal Brune....

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Jean-Baptiste
Administrateur adjoint
Administrateur adjoint
avatar

Nombre de messages : 11338
Age : 71
Localisation : En Languedoc
Date d'inscription : 01/01/2007

MessageSujet: L'Assassinat du Maréchal Brune....   Sam 6 Fév - 10:32

...... ......

L'Assassinat du Maréchal Brune...

...(Sources J....Lucas-Dubreton...1955)...J....Lucas-Dubreton Historien auteur de nombreux ouvrages.

....Guillaume Marie-Anne Brune (°1763 +1815).


C’est un des épisodes les plus tragiques des lendemains de l’Empire. On y voit jusqu’où peuvent mener les haines partisanes et le danger des luttes fratricides…évoquons ces tristes heures…


Après Waterloo, Marseille se distingua par sa ferveur royalise…. « Sous chaque pavé de la ville poussait une fleur de lis », et le 25 juin 1815, cette floraison se manifesta par l’attaque des troupes du général Verdier, par le massacre des tenants de Napoléon, et notamment de malheureux Mameluks égyptiens établis près du Vieux-Port depuis 1801. Traqués, pourchassés par les volontaires royaux, les soldats de Verdier durent battre en retraite et se réfugier, non sans peine et sans pertes, à Toulon.

Là, ils trouvent une atmosphère toute différente…on les accueille au cri de… « Vive l’Empereur »….Car les Toulonnais, presque tous bonapartistes, sont prêts à la guerre, acclament Napoléon II, apprécient, respectent le commandant en chef de la place….Brune.

L’Empereur dira de celui-ci…. « Il avait de l’esprit, il m’était attaché. Il avait été prote dans une imprimerie qui travaillait pour Danton, il connaissait tous les vieux de la Révolution….J’ai eu tort de ne pas me confier au général en 1815…il avait conservé de nombreuses et importantes relations avec les meneurs des faubourgs, pour eux, il était resté le prote de 87, il aurait exercé une grande influence sur la population ouvrière, il m’aurait facilement organisé 25.000 ou 30.000 fédérés qui eussent dominé la défection des savants et des Chambres. Dieu sait ce qui serait arrivé ! »

Ces regrets s’expliquent. La conduite de Brune avec le roi de Suède, à la fin de 1807, mécontenta l’Empereur…il tomba en disgrâce et pour longtemps. Son nom ne reparut qu’au moment où il fut nommé gouverneur de la neuvième division.

Au physique, un bel homme, haute taille, tournure imposante, « des cheveux gris, ornant des deux côtés de sa tête chauve », physionomie avenante et franche. Ses qualités, au dire d’un témoin, sont plus solides que brillantes, il pratique dans ses loisirs Tacite et Horace. Point sanguinaire, en tout cas pacifié, assagi par la vie… « Mieux vaut, dit-il, ramener les têtes que les couper, passer pour un homme faible que pour un buveur de sang. »

Cependant, à la fin de 1815, il pense aller de Toulon châtier Marseille, mais l’annonce de la rentrée de Louis XVIII à Paris le fait renoncer à son projet….Un jour, tandis qu’il est dans son bureau, trois personnes portant cocarde blanche forcent sa porte….Le marquis de Rivière, commissaire du Roi, l’amiral Ganteaume et un vieil émigré, le comte de Lardenoy, qui a en poche sa nomination de commandant de Toulon.

Brune tend la main à Rivière qu’il connaît… « Je vous remercie de cette preuve de confiance, monsieur le marquis, elle ne sera pas trompée. »…Sur quoi, ces messieurs apprennent au maréchal qui s’en doute apparemment !.... qu’une armée austro-sarde s’avance du côté de Nice, puis qu’une flotte anglaise croise vers Toulon. Si le maréchal conserve les couleurs impériales, il entraînera la perte de tout matériel de guerre car les alliés se pressent pour arriver avant qu’il ait reconnu le gouvernement du roi…et l’on fait appel à son patriotisme. Après avoir lu les papiers qui confirment ces nouvelles…

« Effectivement fit Brune, il n’y a pas un instant à perdre. Je réponds de la garnison, je ne sais ce que je pourrai obtenir de la ville. En tout cas, nous y périrons ensemble, mais je ne serais pas complice d’une vaine obstination qui livrerait le port aux spoliations des Anglais.

Le drapeau blanc est arboré le 24 juillet, non sans difficulté…. « Soumission au roi, discipline de l’armée et, par conséquent, conservation de Toulon, écrit Brune au ministère de la Guerre, voilà mon but en attendant, même au péril de ma vie, que les ordres du roi me parviennent. »

Il n’eut point à attendre ces ordres. Les Anglais ont renoncé à attaquer…le général Autrichien consent à les imiter mais à condition que Brune quitte la place. Le moyen de résister ? Rivière, touché de la loyauté du maréchal, l’engage à rester avec lui dans les premiers moments d’effervescence méridionale, mais Brune, craignant peut-être d’être accusé de trahison, n’y consent pas.

On lui conseille alors de partir par mer…le commandant de l’escadre anglaise, Lord Exmouth, est prié de lui donner passage, mais ce galant homme répond par le billet que voici…. « Puisqu’il paraît que c’est la mode en France de permettre à cette bande de coquins de maréchaux de quitter tranquillement le pays, je ne m’opposerai pas à ce que le prince des Drôles, le maréchal Brune, se rende sous pavillon blanc à Tunis. » …..Le noble lord estime en effet qu’un pays chrétien ne peut recueillir « de pareils garnements ». C’est clair….

Après avoir songé à s’embarquer sur une goélette de guerre, Brune se ravise soudain et décide de partir par la route. Dans la nuit du 31 juillet, muni d’un passeport signé du marquis de Rivière, il quitte Toulon, accompagné de son secrétaire, de trois aides de camp et escorté de 40 chasseurs à cheval, ce qui n’est point inutile car le pays est sillonné de « miquelets », de paysans armés partis en chasse pour « tuer les tricolores ».

Brune a revêtu un costume à la fois bourgeois et militaire…habit de drap gris, pantalon bleu collant, bottes à éperons d’argent, tricorne à plumes blanches et gland d’or. Il porte sur lui des papiers (notamment sa correspondance avec Napoléon) et 27.000 francs dans ses poches et dans une ceinture en cuir.

Dès le relais d’Aix, il ne peut se douter qu’il est signalé….une foule armée de vieux fusils jette des pierres sur sa calèche et n’est tenue en respect que par la présence des chasseurs. Pourtant, Brune refuse de passer par Gap, route plus sûre, se dirige vers Avignon, refuse encore d’éviter cette zone dangereuse et laisse seulement son secrétaire et un de ses aides de camp prendre le chemin d’Orange avec ses chevaux et ses domestiques. Déjà, il a…imprudence plus grave…congédié son escorte, mais le maître de poste est rassurant…avec un passeport du marquis de Rivière, le maréchal ne court aucun danger. La calèche repart, suivie de la voiture des deux autres aides de camp.

Avignon était alors en pleine ivresse royaliste. Le 26 juin, la nouvelle de Waterloo avait coûté la vie à un négociant bonapartiste et, depuis l’arrivée du major Lambot, officier de gendarmerie fort ambitieux qui, sous prétexte de défendre la monarchie, avait recruté une petite armée composée en partie de vagabonds, les esprits ne s’étaient pas apaisés. « Les rues sont désertes. Tout est en proie à la crainte et à la stupeur », écrivait le préfet qui attendait avec impatience son successeur, M. de Saint-Chamans.

Après le 15 juillet, les assassinats se succèdent. Lambot laisse faire et les vieilles gens croient revenus les jours sinistres de Jourdan coupe-tête, le tueur de la Révolution.

C’est à la porte de cette ville chaude de sang que le maréchal Brune se présente le 2 août, vers dix heures du matin. Il est aussitôt reconnu par un officier retraité devenu agent de la police secrète et d’ailleurs son tricorne à plumes blanches le trahit assez. Pourtant, la garde nationale, après examen des papiers, laisse entrer la calèche et la voiture qui s’arrêtent devant l’hôtel du Palais-Royal, place de l’Oulle, carrefour très fréquenté, plaque tournante de la ville.

.....A....Suivre.....


_________________
" Ne crains pas d'avancer lentement, crains seulement de t'arrêter "   (Sagesse Chinoise).

Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://jeanbaptiste.guindey.pagesperso-orange.fr/
Invité
Invité



MessageSujet: Re: L'Assassinat du Maréchal Brune....   Sam 6 Fév - 18:21

...un mot - MERCI
Maria Joanna
Revenir en haut Aller en bas
Percy
Modérateur
Modérateur
avatar

Nombre de messages : 2420
Age : 58
Localisation : Bruxelles
Date d'inscription : 01/04/2007

MessageSujet: Re: L'Assassinat du Maréchal Brune....   Sam 6 Fév - 20:30

Brune fut l'une des victimes les plus emblématiques de la Terreur Blanche qui sévit dans les mois qui suivirent Waterloo.
Merci à vous, cher Bernard, de nous faire revivre par le détail ce qui fut sa triste fin.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Jean-Baptiste
Administrateur adjoint
Administrateur adjoint
avatar

Nombre de messages : 11338
Age : 71
Localisation : En Languedoc
Date d'inscription : 01/01/2007

MessageSujet: Re: L'Assassinat du Maréchal Brune....   Dim 7 Fév - 10:53

....... ......


L'Assassinat du Maréchal Brune...


.....( Suite )....


Il y a peu de monde cependant sur la place et, comme on a relayé, les voitures s’apprêtent à repartir quand un jeune capitaine de la garde nationale, Casimir Verger, vient réclamer de nouveau ses papiers au maréchal de la part du major Lambot. Celui-ci, qui tient à faire montre d’autorité, estime que Brune est un personnage trop important pour qu’il ne vérifie pas lui-même les passeports.

« Il n’attend tout de même pas que j’aille les lui présenter s’écrie le maréchal »… « Vous pouvez mes les confier »… « Les voici, monsieur, mais veuillez vous presser, je vous attends ici et vous devez comprendre que ma position n’est pas bonne. »

En effet sur la place, les groupes deviennent de plus en plus nombreux et des cris s’élèvent…. « Le brigand ! Le coquin ! L’assassin il faut le f…. au Rhône ! Il a porté au bout d’une pique la tête de la princesse de Lamballe ».

Vieille absurde accusation soigneusement colportée par les royalistes….Brune n’était pas à Paris lors des massacres de septembre 1792. Peu importe ! Si cette calomnie ne suffit pas, on affirme que le maréchal va se mettre à la tête de l’armée de la Loire et reviendra châtier le Midi. La propagande est bien faite, le mensonge mille fois répété est devenu une vérité.

C’est maintenant une foule vociférante qui entoure la calèche. Brune en a vu d’autres, mange des pêches apportées par la maîtresse de l’hôtel, Mme Monin. Celle-ci lui conseille de monter chez le nouveau Préfêt, M. de Saint-Chamans, qui vient d’arriver le matin même et est logé chez elle. Le préfet reçoit bien le maréchal…. « Partez tout de suite ! Chaque minute accroît le danger ! »…. « Mais mon passeport ? »…. « Je vous l’enverrai par un gendarme qui vous rejoindra sur la route d’orange. »

La calèche repart vers la porte de Paris, poursuivie par la foule, mais à un endroit où la route se resserre entre le Rhône et les remparts, elle est rejointe….des gardes nationaux l’arrêtent…. « Que me veut-on encore ? »…. « Vos papiers »… « Ils sont chez le major Lambot, on va me les apporter ».

Tandis que les Avignonnais s’excitent par des clameurs…. « Au Rhône ! A l’assassin ! »…et que les hommes armés se jettent à la tête des chevaux, le capitaine Verger accourt, lance les papiers dans la voiture…. «Voici le sauf-conduit, il est en règle »…le maréchal a le droit de continuer sa route.

Trop tard, en vain le préfet Saint-Chamans, le maire d’Avignon, le capitaine Verger, un commissaire de police tâchent d’écarter les furieux qui entourent la calèche. Un portefaix, chemise ouverte, manches retroussées, saisit le fusil d’un garde national….Les autorités débordées se concertent, décident de ramener le maréchal en ville, la plus fâcheuse des solutions. Brune très calme, ne s’y oppose pas et, sous une grêle de pierres, la voiture encadrée par les quelques soutiens de l’ordre, rétrograde vers la place de l’Oulle. Le postillon fait raser par ses chevaux le mur de l’hôtel. Brune ouvre la portière, saute sous le porche. L’hôtelier Monin crie…. « Fermez la porte ! »….Aussitôt celle-ci est barricadée.

Le maréchal monte au premier étage, suit un long corridor au bout duquel un balcon donne sur la cour. Quant à ses deux aides de camp, qui ont été assez sérieusement molestés, on les a enfermés dans une salle basse, une manière de cave, d’où ils s’échapperont à la nuit.

Alors, mais alors seulement, la major Lambot se montre. Il fait placer devant l’hôtel des gardes nationaux commandés par M. Montagnat, mais celui-ci a protégé Napoléon quand il se rendait à l’île d’Elbe. On le hue…et sa troupe, reléguée dans une rue écartée, est remplacée par des volontaires royaux, tous favorables aux émeutiers. Le maire fait appel au cœur des braves Avignonnais pour empêcher un crime….le préfet propose d’emprisonner Brune, et de confier au peuple la garde de la prison. Tout cela en pure perte. La même clameur leur répond…. « Nous voulons sa tête ! C’est un assassin ! L’assassin de la princesse de Lamballe !.... Si vous le conduisez en prison, nous nous chargerons de son affaire. »

Lambot joue double jeu, exhorte la foule tout en la flattant. On le paie de …. « Vive le Roi ! Vive le major ! Mais il nous faut la tête de Brune ! »…..Les émeutiers ont presque le champ libre, ils essaient de démolir la porte, dressent des échelles contre les murs, et leur fougue est d’autant plus grande qu’elle est soutenue par plusieurs centaines de badauds apostés aux fenêtres, sur les toits des maisons voisines, et qui scandent les phases de la lutte par de sonores… « Et zou ! Et zou ! ».

Dans sa chambre, Brune écrit à sa femme Angélique, une ancienne ouvrière qu’il aime tendrement. « Est-ce que vous correspondez avec les bandits de la Loire ? » …lui demande un des gardes qui, de la porte, le surveillent. Sans daigner répondre le maréchal reprend sa plume et prie l’hôtesse de lui faire rendre ses armes restées dans la calèche…. « Je ne veux pas que la plus vile canaille porte la main sur un maréchal de France. »….

L’hôtesse, qui n’ose se charger de la commission, lui dit qu’il n’a rien à craindre. Brune s’adresse alors au préfet qui vient le voir une minute et ne le satisfait pas plus. « Donne-moi ton sabre, dit le maréchal à un sous-lieutenant de la milice….tu verras comment sait mourir un brave. »…Le sous-lieutenant ainsi que l’hôtesse et le préfet, ne veut rien entendre. Peu à peu, le cercle se resserre, des gardes nationaux entrent dans la chambre.

« Il faut avouer, dit Brune à un capitaine, que je ne me suis jamais trouvé dans une circonstance pareille »….. « Vous n’étiez pas dans une circonstance pareille quand vous portiez au bout d’une pique la tête de la princesse de Lamballe ! »… « Jeune homme, savez-vous qui je suis ? »…. « Oui, je le sais, et c’est parce que je le sais que je vous dit ça ! »….Le maréchal hausse les épaules, se remet à écrire, puis sonne, demande une carafe d’eau…Le domestique qui la lui apporte voit des hommes se glisser par la lucarne du toit.

Il est environ deux heures de l’après-midi. Au dehors, une sorte de repos dans la fureur populaire semble s’établir quand, soudain deux détonations retentissent à l’intérieur de l’hôtel. Une quarantaine d’émeutiers, conduits par le taffetatier Fargès et le portefaix Guindon dit Roquefort, sont entrés par le toit et descendent vers le corridor du premier étage. L’un d’eux qui vient de passer devant la chambre du maréchal, court au balcon et clame…. « Il écrit ! » Un autre portant la main à sa bouche, crie en provençal…. « Il ne mangera plus ! »…Sur la place des cris de mort lui répondent.

Cependant Guindon, flanqué de Fargès, se précipite dans la chambre…. « A mort ! A mort ! »…Brune fait face…. « Que voulez-vous ? »….Fargès s’avance, tire un coup de pistolet, la balle érafle le front du maréchal et va se loger dans le mur…. » Maladroit ! De si près ! »….Fargès appuie son pistolet sur le poitrine de Brune…L’arme rate….. « Moi, je ne te manquerais pas ! dit Guindon qui passe derrière le maréchal, épaule sa carabine, tire….La balle entre par la nuque et sort par les partie antérieure du cou. Brune tombe comme une masse, foudroyé.


......A....Suivre....

_________________
" Ne crains pas d'avancer lentement, crains seulement de t'arrêter "   (Sagesse Chinoise).

Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://jeanbaptiste.guindey.pagesperso-orange.fr/
Percy
Modérateur
Modérateur
avatar

Nombre de messages : 2420
Age : 58
Localisation : Bruxelles
Date d'inscription : 01/04/2007

MessageSujet: Re: L'Assassinat du Maréchal Brune....   Dim 7 Fév - 19:24

A lire ces lignes, on comprend pourquoi Napoléon craignait autant la foule et ses réactions incontrôlables... Shocked
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Jean-Baptiste
Administrateur adjoint
Administrateur adjoint
avatar

Nombre de messages : 11338
Age : 71
Localisation : En Languedoc
Date d'inscription : 01/01/2007

MessageSujet: Re: L'Assassinat du Maréchal Brune....   Lun 8 Fév - 9:32

...... ......

L'Assassinat du Maréchal Brune...

.....( Suite et Fin )....

...En 1840... la Statue du Maréchal Brune, sera inaugurée à Brive, sa ville natale.


Au balcon, un homme apparaît, un sac de chasse en bandoulière d’où sort la crosse d’un pistolet et crie… « Aco’s fa ! Il est mort ! Il s’est tué !.... C’est Fargès. Guindon qui lui, a l’uniforme de garde national, confirme. La foule crie… « Bravo ! » et acclame Lambot qui sur la place, annonce à son tour le suicide.

« Braves Avignonnais, cet homme là s’est fait justice lui-même !... N’imitez pas les cannibales de la Révolution…retirez-vous….. Dans la chambre, le cadavre est étendu sur le ventre dans une mare de sang. Personne ne l’a fouillé, on trouvera sur lui de l’or, un cachet en argent, une montre. En revanche, les bagages restés dans la calèche sont déjà volés.

Sans tarder, les autorités s’apprêtent à dresser le procés-verbal du suicide, appellent les témoins dont elles sont sûres, excluant avec soin ceux qui seraient capable de dire la vérité, l’hôtelier Monin par exemple. La version officielle est inscrite noir sur blanc….Brune n’a-t-il pas, à plusieurs reprises, demandé ses armes ?...la balle a coupé la carotide, « ce qui a dû procurer la mort prompte au sujet », dit le procés-verbal daté du 2 août, quatre heures de l’après-midi.

La foule cependant ne se disperse pas, veut entrer dans l’hôtel. On se hâte de sortir le cadavre, de la placer dans un cercueil dont on ne cloue même pas le couvercle…des porteurs le soulèvent et se dirigent vers le cimetière. Le peuple suit hostile…. « Il n’est pas digne d’être enterré ! »…crie-t-on.

Les porteurs sont bousculés, le cercueil verse, le cadavre est arraché, traîné par les pieds au milieu des vociférations et des rires. Arrivé au pont de la Barthelasse, il est basculé dans le Rhône et, comme il surnage, on tire encore sur lui une cinquantaine de coups de fusil. Peu après, on lira, gravé sur le parapet du pont …. « C’est ici le cimetière du maréchal Brune, le 2 août 1815 ».

Le soir, la ville est en fête….on danse, on chante…. « Nous, nous sommes bien amusés, écrit un témoin. Nous avons eu une réjouissance charmante. Nous avons dansé la farandole. On a assassiné le maréchal Brune…on l’a traîné ensuite et jeté dans le Rhône. Cela ressemblait à un carimantran. On lui a donné une avant-garde et une arrière-garde d’invalides ». Pendant ce temps, le major Lambot, sans se presser, informe Paris de ce qu’il appelle « la désagréable nouvelle » qui sera fidèlement reproduite dans les journaux…le maréchal s’est suicidé d’un coup de pistolet « afin d’échapper à un juste châtiment ».

La duchesse d’Abrantès, qui avait connu Brune autrefois, se souvenait que, en un jour de 1797, il avait chanté un couplet de sa façon où il faisait allusion à Carrrier et aux noyades de Nantes…. « On se met deux cents contre un homme, on le terrasse, on vous l’assomme, Disant…nous n’aimons pas le sang. Ce sont là les honnêtes gens ! Animés d’une ardeur guerrière, ils vous traînent dans la rivière, et s’en reviennent triomphants….Ce sont là les honnêtes gens ! »

Couplet prophétique ! Le cadavre de Brune flottait d’une rive à l’autre du Rhône….au delà de Beaucaire il échoua….quelques anciens soldats, dit-on, l’ensevelirent, et ces funérailles rappelleront à Lamartine « celles de Pompée sur la grève d’Egypte par les mains d’un vieux soldat romain allumant la flamme du bûcher de son général .

Mais le cadavre fut exhumé, par des fanatiques sans doute, rejeté au Rhône et finit par atterrir à une lieue d’Arles, nous loin du…Mas des Tours…, appartenant au baron de Chartrouse. Découvert par un jeune Arlésien et sa mère dans une échancrure de la rive gauche, le jeune homme le recouvrit de sable pendant que sa mère prononçait une prière, puis il prévint le maire d’Arles qui conseilla de ne rien dire par crainte des Avignonnais….mais M. de Chartrouse, ayant appris que Brune était provisoirement inhumé sur les limites de son domaine, écrivit de Paris à son jardinier de l’ensevelir dans un fossé servant de clôture.

Il y resta deux ans. La justice se taisait. C’est la maréchale Brune, la simple et bonne Angélique devenue vengeresse qui força la justice à parler.

En 1817, le baron Chartrouse revint à Arles, après avoir promis à la veuve de lui rendre les restes de son mari….il présida à l’exhumation, fit consommer dans la chaux ce qui restait de chair en putréfaction, emballa les os dans une ancienne caisse à savon « afin de donner le change sur son contenu », plaça cette caisse derrière sa chaise de poste et, en arrivant à Paris, la remis à deux émissaires de Mme Brune. Ces précautions prouvent assez que, deux ans après l’assassinat, les passions étaient encore à vif.

M. de Chartrouse fut invité à dîner par la maréchale. Sur la porte deux laquais vêtus de noir et tenant deux flambeaux l’attendaient pour l’escorter au salon…l’hôtel était tendu de deuil depuis le vestibule et l’escalier jusqu’à la salle à manger…la veuve présenta le baron à sa famille avec « une lugubre solennité ». Une fête funéraire….

Durant tout le temps qu’elle mit à obtenir le verdict de la justice, Angélique déploya à ses réceptions le même appareil tragique, et les hommes de ce temps férus de souvenirs classiques lui trouvaient « l’attitude de la veuve de Germanicus demandant vengeance contre Pison ».

Déjà la maréchale a attaqué pour diffamation l’écrivain royaliste Martainville, qui accusait Brune d’avoir prévariqué, mais la justice lui a répondu avec désinvolture que le maréchal étant mort ce qu’on peut dire de lui est de l’histoire. Cet échec ne la découragea pas et, en mars 1819 elle demanda au roi de poursuivre les assassins de son mari. Mais aucun des maréchaux, aucun des camarades de Brune n’a le courage d’appuyer la requête de « leur sœur de gloire », et seul Suchet l’accompagne chez le ministre de Serre, honnête homme que l’impunité des criminels révolte. Juger ceux-ci à Avignon est impossible….. « Je pense » dit de Serre à la maréchale… « Que Riom est un lieu comme il vous le faut ».

Le procès commence en effet devant la cour de cette ville le 25 Février 1821, et les soldats forment une haie portent les armes sur le passage de la maréchale en grand deuil. Mais les prévenus, pas de trace…Fargès le taffetatier est mort. Guindon dit, Roquefort est en fuite, ouvertement…le 22 novembre 1815, des gendarmes ont été menacés de sanctions pour avoir tiré sur lui au moment où il s’échappait en sautant dans une barque.

L’avocat Dupin n’a point de peine à prouver que la thèse du suicide est insoutenable et que le procès-verbal du décès n’a été établi que sur de faux témoignages….Guindon est condamné à mort par contumace, tout acte de l’état civil où la mort de Brune serait qualifiée de suicide devra âtre rectifié….et les frais du procès sont mis à la charge de la maréchale. Qui les eût payés, sauf elle ?

Jamais Guindon ne fut arrêté…il ne craignait pas dit-on, de se montrer après sa condamnation et vivait d’une pension qui lui auraient servie de fervents royalistes. Ne chantait-on pas encore à Avignon ce refrain qui datait de 1815….. « Un ange subtil…Glissa dans le fusil….L’excellente prune…..Qui tua le maréchal Brune ? ».

Le ferment de révolte fut long à disparaître en Provence….. « Si tous les maux continuent, avouait un royaliste, une désorganisation générale se mettra partout. La France est perdue. » Il fallut, en effet, pour se débarrasser des volontaires royaux, les envoyer en Corse, et les étrangers ne se gênaient pas pour donner leur explication du malaise national.

« Le grand mal de tout, disait un colonel autrichien, est la noblesse de France qui est revenue avec le roi. Ils sont si fats et si avantageux que nous préférons presque les officiers de Bonaparte. »

En 1840….La statue du maréchal Brune sera inaugurée à Brive…sa ville natale.

……FIN……

....






_________________
" Ne crains pas d'avancer lentement, crains seulement de t'arrêter "   (Sagesse Chinoise).

Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://jeanbaptiste.guindey.pagesperso-orange.fr/
Percy
Modérateur
Modérateur
avatar

Nombre de messages : 2420
Age : 58
Localisation : Bruxelles
Date d'inscription : 01/04/2007

MessageSujet: Re: L'Assassinat du Maréchal Brune....   Lun 8 Fév - 22:34

Que c'est laid une foule en colère !
La lâcheté des autorités de l'époque n'a d'égal que la dignité de la maréchale.
Merci pour cet émouvant récit. salut
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: L'Assassinat du Maréchal Brune....   

Revenir en haut Aller en bas
 
L'Assassinat du Maréchal Brune....
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» L'Assassinat du Maréchal Brune....
» BRUNE Guillaume Marie Anne - Maréchal d'Empire
» PELISSIER - Maréchal
» Aide de camp du maréchal NEY
» Gouvion Saint-Cyr, maréchal de l'Empire

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forum des Amis du Patrimoine Napoléonien :: SALON DES DEUX EMPIRES :: - Vos Articles --
Sauter vers: