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 Les " Tirés " de Compiègne......

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Les " Tirés " de Compiègne......   Sam 6 Mar - 11:29

....... .......

Les " Tirés " de Compiègne au Second Empire....

.....(Sources Marie-Madeleine Beaufort)...


.....Napoléon III...Chassant à tir à la Faisanderie de Compiègne....Tableau de Janet-Lange (°1815+1872)....ce tableau a été présenté au salon de 1865....il est conservé au Musée National du Château de Compiègne.


« J’ai de très belles chasses en Allemagne, s’écrie Guillaume de Prusse hôte de Napoléon III après un tiré ouvert au Buissonnet, dans la forêt de Compiègne, mais je n’ai jamais rien vu de pareil ».

L’enthousiasme du souverain n’est pas de commande. N’a-t-il pas tué ce jour-là 600 pièces sur les 3000 qui figurent au tableau…et puis l’Empereur des Français fait bien les choses. Il sait recevoir avec munificence dans ce Compiègne auquel il a redonné sa grandeur.

En 1852, Napoléon III….rétablit la charge de Grand Veneur et il choisit, pour l’assumer, le maréchal Magnan. Ce sont là d’importantes fonctions et les chroniqueurs contemporains s’accordent pour ne pas trouver le maréchal à la hauteur de la tache confiée. Ils soulignent que si, pour être un bon ministre de la marine, il n’est pas nécessaire d’avoir été marin….Il n’en ai pas de même pour être Grand Veneur, car pour remplir une telle charge il convient de savoir parfaitement et dans le détail ce dont il s’agit.

Finalement, si le maréchal reste là où l’empereur l’a placé, c’est Edgard Ney, troisième prince de la Moskova, qui prend la responsabilité de la Vénerie de la Couronne.

Il se montre très habile dit-on. Il l’administre et l’organise avec compétence et y fait triompher le goût et l’élégance français mais cependant, il n’hésite pas à s’adresser aux Anglais pour leur acheter des fox-hounds, parce que ce sont des chiens bien confirmés dans la «voie du cerf ».

Chargée de la Vénerie, il est aussi responsable de la chasse à tir. Le prince de la Moskova est fort préoccupé par la préparation des « tirés ». Les règles en sont impérieuses et ce n’est pas une petite affaire. Il faut rabattre et maintenir le gibier de plumes et de poil dans un espace limité, « le tiré » précisément, jeune taillis qui s’étale sur une dizaine de kilomètres et que l’on coupe à deux pieds de hauteur. Neuf sentiers parallèles, fort bien entretenus, le parcourent sur toute sa longueur…ce sont les layons que suivent l’Empereur et ses huit invités.

Le nombre de layons ne peut être augmenté dans ce périmètre restreint, c’est pour cela que l’inspecteur général des forêts a proposé que l’on chasse, aussi, dans les « cantons » les plus giboyeux de la forêt, comme celui de l’Aigue. Si cette suggestion est accueillie avec enthousiasme, ce sont naturellement les huit layons qui sont les plus recherchés et font l’objet de négociations les plus serrées avec le protocole de la Maison de l’Empereur.

La chasse commence en fin de matinée. Sa Majesté est généralement en habit de velours violet foncé et le prince de la Moskova en marron.

Les gardes, en grande tenue, sont groupés à l’entrée du « tiré », 160 soldats et 20 officiers, « aussi décorés que possible », se joignent à eux ainsi qu’une trompette, tandis que les armes et les munitions sont transportées dans un fourgon.

L’Empereur se place à l’entrée du layon central tandis que, de part et d’autre, se placent ses huit invités. Pour qu’il n’y ait aucune confusion, chacun d’eux a son nom inscrit sur un écriteau fixé sur une petite perche fichée à l’entrée du sentier qui lui est réservée. La chasse à peine commencée, il envahit le layon de son voisin, le baron de Rothschild.

Tout à fait dépassé par cette incursion imprévisible, M. de Toulongeon porta l’affaire devant le prince de la Moskova. Celui-ci fut formel… « Vous ne devez pas souffrir un pareil désordre, allez tout de suite demander au duc de reprendre sa place, et remettez le baron à la sienne. ».

Chacun des invités a, autour de lui tout un état major, un chargeur, un pointeur….qui inscrit les pièces tuées…un ramasseur et un officier qui porte les fusils.

L’Empereur, lui est suivi par un véritable cortège…il y a le baron de Laage, lieutenant des chasses à tir, qui lui présente de la main droite le fusil chargé et reprend de la gauche l’arme qui vient de servir et qu’il passe à l’arquebusier de Napoléon III, M. de Gastine-Renette.

Celui-ci l’examine et la remet à l’un des huit officiers, répartis également à droite et à gauche du souverain, les rôles des premiers étant de passer les armes chargées à M. de Laage, celui des seconds et les reprendre déchargées à M. Gastine-Renette. Suivent aussi le docteur Aubin des Gourgerais et l’inspecteur de la forêt.

.....A....Suivre.....


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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Percy
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MessageSujet: Re: Les " Tirés " de Compiègne......   Sam 6 Mar - 20:03

Bien qu'étant farouchement opposé à ce que d'aucuns osent qualifier de "sport", j'avoue avoir pris plaisir à lire ce récit très instructif.
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Re: Les " Tirés " de Compiègne......   Dim 7 Mar - 10:56

...... .......


Les " Tirés " de Compiègne au Second Empire....

.....(Sources Marie-Madeleine Beaufort)...Suite et Fin....



L’Empereur se sert de fusils de calibre dix, la proportion de la charge étant de 4 grammes de poudre et 32 plombs. Il devra attendre 1867 pour avoir à sa disposition des fusils à percussion centrale qui lui permettront de soutenir le feu sans interruption.

Entre les tirés, il y a les rabatteurs….des soldats, dont les évolutions sont commandées militairement et accompagnées de sonneries de trompette.

Le gibier abattu est déposé dans trois des layons et rassemblé dans une voiture spécialement aménagée où les pièces sont comptées. Seules, celles qui sont ainsi rapportées figurent au tableau….Mais il arrive parfois que le nombre de pièces indiqué sur les billets de tir de chaque chasseur ne corresponde pas à celui qui est inscrit au tableau et lui soit supérieur….C’est que l’on triche !

Comme le fait un jour le Grand Veneur lui-même qui, n’ayant tué que trois lapins avait fait inscrire par son pointeur tous les coups de fusils qu’il avait tirés, ce qui porta le nombre de ses « victimes » supposées à soixante dix.

Une fois de plus, le haut état major de la Vénerie dut se réunir hâtivement et, afin de ménager l’amour propre de M. de Magnan, il décida de faire passer quelques-unes des « victimes » du prince de la Moskova et de M. de Toulongeon, avec l’accord de ces derniers, au compte de M. le Maréchal pour le Compléter. La transaction fut effectuée avec un maximum de discrétion et de tact. Pourtant, le soir, au dîner, toute la Cour y fit allusion avec plus ou moins….de charité.

L’Empereur est un excellent chasseur, mais il n’en est pas de même de tous ses invités. Pour certains d’entre eux, Compiègne n’est pas une partie de plaisir….Mais ils y viennent par snobisme, comme nous dirions aujourd’hui.

Parmi les plus pittoresques, voici M. Rouland, ministre de la Justice, avec ses « ustensiles »…un fusil Béringer et des cartouches en cuivre qui ratent neuf fois sur dix. Il dit un jour au brigadier Levasseur qui l’accompagne dans la forêt de l’Algue…. « Quel dommage que mon second coup ait raté. Quel énorme sanglier je tenais au bout du canon…. »…… « J’en demande mille fois pardon à M. le Ministre, répond le brigadier, mais l’animal que M. le Ministre a vu n’est pas un sanglier, c’est un blaireau très familier. On le nomme Pablo, et si au lieu de lui tirer dessus et de le poursuivre, M. le Ministre l’avait appelé par son nom, il serait probablement venu lui demander un morceau de sucre ».

Il n’y a que huit chasseurs autour de l’Empereur, mais l’Impératrice et les autres invités attendent au château la fin du « tiré » pour les rejoindre. L’impératrice dispose, pour accomplir ce trajet, d’une petite voiture en osier qu’elle conduit elle-même. Mais pour elle la chasse a peu d’attrait, et elle ne le cache pas aux nobles dames de son entourage qui ne partagent pas son point de vue.

« Je trouve, leur dit-elle, que la femme abdique et manque à sa mission lorsqu’elle imite les allures de l’homme, en prenant les gestes, le costume et la voix, portant le fusil, et maculant de sang ses vêtements et ses mains.

Les chasses de Compiègne ont été le rendez-vous fastueux de tout ce que l’Europe compte de souverains et de hauts personnages. Guillaume 1er de Prusse y vint en compagnie de M. de Bismarck. Exceptionnellement, les deux Empereurs se rejoignaient dans le même layon et, entre deux tirs, parlaient des affaires de l’Europe où des évènements considérables se préparaient.

Sa majesté le roi de Sardaigne, Victor Emmanuel, s’intéressait, auprès des gardes qu’il rencontrait, aux différentes espèces d’animaux des taillis, à leur vie, à leurs mœurs.

On y vit aussi le prince héréditaire et la princesse de Hohenzollern, François-Joseph d’Autriche, le comte Caroly, le comte Koenigsegg, le comte de Bellegarde, le comte Harrach, le comte Andreassy, tous de la suite de François-Joseph qui, ensemble, eurent à leur tableau 2397 pièces.

L’Empereur Napoléon III…tirait une grande fierté de l’organisation de ses chasses….l’impératrice Eugénie tenait la chasse pour une activité masculine et n’y participait jamais.


…..FIN….





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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Percy
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MessageSujet: Re: Les " Tirés " de Compiègne......   Dim 7 Mar - 17:49

Jean-Baptiste a écrit:
C’est que l’on triche ![/font]





Commentaire révélateur d'un certain état d'esprit régnant dans ces hautes sphères !
Pour le reste, ce récit regorge d'anecdotes savoureuses. Very Happy
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MessageSujet: Re: Les " Tirés " de Compiègne......   

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