Forum des Amis du Patrimoine Napoléonien

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 Longwood...La Maison de l'Empereur....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Longwood...La Maison de l'Empereur....   Dim 14 Mar - 10:34

...... .....

Le 4 Mars 2010...Jean-Yves, notre Administrateur...nous fait l'annonce que les A.P.N...ont un projet, pour l'année prochaine... un voyage à Sainte-Hélène, celui-ci est pour l'instant à l'étude.....J'ai pensé que cet article pourrait intéresser les Amis du Forum....




Longwood...La Maison de L'Empereur...

...(Sources Paul Ganière)...

.....Paysage Sainte-Hélène...Longwood...Aquarelle du Peintre Anglais John Jackson (°1178+1831)....



Peu d’historiens de l’Empire, en dehors d’octave Aubry et Ernest d’Hauterive, ont eu la possibilité d’aller à Sainte-Hélène. L’un d’eux, le docteur Ganière, qui après son livre sur Corvisart et achevé un travail sur Napoléon exilé, y a passé de longues semaines.
Il a pu suivre les travaux exécutés dans la maison de Longwood.


« Sainte-Hélène, petite île… », Ecrivait sur son cahier d’extrait de géographie, le jeune capitaine Napoléon Bonaparte, alors qu’il tenait garnison à Auxonne. « Petite île », en effet, que ce rocher perdu, émergé au milieu de l’Atlantique sud, loin de toute terre et à l’écart des grandes routes maritimes, mais « petite île » chargée de lourds souvenirs. Son seul nom évoque dans tous les esprits le drame qui s’y joua il y a maintenant près de cent cinquante ans (à la date de Février 1955).

En le prononçant, on se remémore la fin d’une aventure extraordinaire, la terrible défaite de Waterloo, l’abdication de juillet 1815, la reddition théâtrale aux Anglais de celui qui les avait combattus pendant vingt ans sans parvenir à les vaincre, la déportation enfin dans cette sinistre maison de Longwood avec une poignée de compagnons restés fidèles.

On songe surtout à cet affreux ennui qui jour après jour, pendant six mortelles années, rongea la résistance morale et physique du titan, jusqu’à l’heure suprême où, loin des siens et de son pays, l’homme qui avait fait trembler le monde ferma les yeux sur cette terre inhumaine.

Nombreux sont ceux qui souhaitaient pouvoir accomplir, là-bas, un pèlerinage. Rares sont ceux qui, en raison des difficultés et des lenteurs de la navigation….seul moyen d’atteindre Sainte-Hélène…ont la chance de pouvoir satisfaire ce désir. Cette chance, je l’ai eue récemment.

Pendant cinq semaines, j’ai vécu sur cet îlot solitaire et senti planer autour de moi l’ombre de celui qui l’a illustré par sa seule présence. J’ai vu les passagers des bateaux anglais…presque tous sujets britanniques ou sud-africains allant du Cap à Londres ou de Londres au Cap…se féliciter d’avoir pris place sur un bâtiment leur permettant, au cours des quelques heures d’escale, d’aller contempler la maison et la tombe du « Grand Empereur ».

Car, c’est un fait établi, personne se trouvant sur un navire jetant l’ancre devant Sainte-Hélène ne s’abstient de cette visite. Tous les habitants le savent et s’apprêtent à recevoir ce flot de voyageurs. Les voitures disponibles se transforment en taxis et, dès que le débarquement commence, les petits marchands de souvenirs se massent aux alentours des lieux historiques. A peine les formalités policières accomplies, un va et vient incessant de barque amène à grands renforts de rames les nouveaux arrivants.

Le bateau se vide….ses occupants se retrouvent bientôt entassés sur les banquettes des vieilles automobiles rassemblées sur le quai…celui-là même que foula Napoléon le soir de son arrivée…et, sans qu’ils aient eu à exprimer leurs intentions, les chauffeurs leur font prendre aussitôt le chemin de Longwood.

Le soir, lorsque le navire reprendra la mer, il ne sera question, dans les salons ou sur les ponts, que de ce que l’on aura vu au cours de l’excursion, et l’émotion se peindra sur bien des visages. Les Français privilégiés ayant eu l’occasion d’entendre ces conversations ou de voir ce spectacle, en ont tous éprouvé un sentiment qui ressemble à de l’orgueil.

S’il peut en être ainsi, encore de nos jours, c’est uniquement aux efforts déployés depuis près d’un siècle, tant par des organismes privées que par les gouvernements français successifs, que nous le devons. Grâce à eux tous, sur ce lambeau de terre situé à plus de 8000 kilomètres de nos côtes, le souvenir de Napoléon est représenté autrement que par les pans de murs ou quelques panneaux commémoratifs.

Cette œuvre, qui a permis aux pauvres bâtiments témoins de la tragédie d’être aujourd’hui debout mérite quelques commentaires. Sa continuité et sa réussite ne peuvent que flatter notre amour-propre.

La Reine Victoria donne Sainte-hélène à la France.

Lorsqu’en décembre 1815 la demeure de Longwood affectée à Napoléon par l’amiral Cockburn, son gardien provisoire, elle servait de résidence d’été au lieutenant Gouverneur. C’était une maison de modeste apparence, aménagée dans d’anciens locaux bâtis à la hâte soixante ans plus tôt pour servir de grange.

Cette première destination montre assez bien que la construction n’en avait guère été soignée, et que les matériaux utilisés étaient plutôt rudimentaires. Pour y abriter Napoléon, elle reçut quelques améliorations superficielles, mais aucune modification ne fut apportée à sa structure proprement dite.

Après la mort du prisonnier, la Compagnie des Indes Orientales, propriétaire de tout l’enclos de Longwood, repris ses droits et loua la maison et ses dépendances à un fermier qui utilisa les bâtiments aux fins de son exploitation agricole, sans le moindre respect pour la mémoire de l’homme illustre qui venait de l’occuper.

La chambre de l’exilé devint ainsi une écurie, tandis que son salon, là même où il avait rendu le dernier soupir, abrita un moulin à grains. Pendant de trop longues années, il en fut ainsi, et tous les voyageurs qui faisaient escale à Sainte-Hélène et poussaient la curiosité jusqu’à vouloir visiter les lieux où l’Empereur avait souffert, exprimèrent unanimement leur indignation pour une telle profanation.

En 1857, désireuse de faire un geste amical envers la nation française, la reine Victoria, surmontant les difficultés opposées par la Constitution anglaise à l’égard de toute cession territoriale au profit d’un pays étranger, fit savoir au gouvernement de napoléon III…son désir de lui faire don du « terrain formant le site de la Tombe, et aussi le terrain formant le site du logement de Longwood, avec la maison et les dépendances. »

Napoléon III accepta avec empressement et demanda au Corps législatif, puis au Sénat, un crédit de 178.565 francs afin d’indemniser le propriétaire de la vallée où avait été creusée la tombe, ainsi que le fermier de Longwood, dont le bail ne devait venir à expiration qu’en 1873.

La cause fut aisément entendue, et ainsi ces deux parcelles de terre, désormais historiques, devinrent propriété française, inscrites comme telles sur les registres domaniaux de Sainte-Hélène.
....A.....Suivre..... .....

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Percy
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MessageSujet: Re: Longwood...La Maison de l'Empereur....   Dim 14 Mar - 19:31

C'est à Sainte-Hélène que la légende prit son essor.
Paul Ganière en fut l'un des meilleurs conteurs.
Je lui associe Jean-Paul Kauffmann et son ouvrage "La chambre noire de Longwood" qui fut une révélation émotionnelle pour moi.
Merci pour ce beau récit, Bernard ! salut
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Re: Longwood...La Maison de l'Empereur....   Lun 15 Mar - 10:38

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Longwood...La Maison de L'Empereur...

...(Sources Paul Ganière)...Suite....



L’année suivant cette prise de possession, le gouvernement impérial désigna la capitaine du génie Masselin pour diriger sur place la réparation des dégâts survenus depuis la mort de Napoléon.

Sa mission dura près de deux ans. Grâce à son zèle et à son habileté, le nouveau domaine français put retrouver un peu de son aspect du temps de la captivité. La partie de la maison dans laquelle avait vécu l’Empereur repris son apparence primitive, et Masselin, non sans peine, parvint à redonner à cette misérable demeure un semblant de vie.

Par contre, pour des motifs d’économie. Il décida de faire abattre purement et simplement le Corps de bâtiment déjà à demi ruiné dans lequel avaient logé, au cours de la captivité, les derniers compagnons de Napoléon.

Tandis que se poursuivaient les travaux entrepris à la maison de Longwood et à ses dépendances, Masselin donna l’ordre de procéder sommairement à la remise en état des jardins, et de faire relever la tonnelle sous laquelle l’Empereur aimait à se tenir les jours de grande chaleur. Quand à la tombe, restée béante depuis l’exhumation de 1840, elle était enfin comblée et recouverte d’une dalle. La grille qui l’entourait primitivement, et qui avait été brisée sur un de ses côtés afin de permettre la sortie du cercueil, était à nouveau scellée.

Tous ces travaux qui, en raison de l’éloignement et de la pauvreté des moyens, nécessitèrent une dépense globale de 163.000 francs, furent imputés au budget du Ministère des Affaires étrangères, alors dirigé par le comte Waleski, fils naturel de Napoléon 1er.

L’œuvre de Masselin fut couronnée de succès. C’est à lui que Longwood et le tombeau doivent d’exister encore à notre époque.

Après le retour en France de cette première mission de restauration, la conservation du domaine français fut confiée au garde du génie Mareschal, qui reçut en même temps le titre d’agent consulaire. Il fut remplacé par l’ancien caporal Morilleau qui décéda dans l’île en 1907, et dont la veuve assura les fonctions jusqu’à l’arrivée de son successeur, M. Roger.

Celui-ci resta en place jusqu’en 1917, puis, du fait des hostilités en Europe, le poste demeura vacant jusqu’en 1920.

Ces fonctionnaires, qui recevaient du gouvernement français une modeste rétribution et ne disposaient, pour l’entretien de la propriété, que d’un budget annuel de 9.000 francs, firent de leur mieux. Ils procédèrent, dans des conditions souvent délicates, aux réparations les plus urgentes. Ils surent ainsi conserver à l’apparence générale de la maison un aspect satisfaisant.

Ce n’était cependant qu’une apparence, et à plusieurs reprises des cris d’alarme avaient été lancés. En 1913, au cours d’une visite du navire école la « Jeanne d’Arc », notre représentant avait exposé ses inquiétudes à son commandant, le capitaine de vaisseau Grasset. A son retour en France, celui-ci rédigea un rapport qui, par ses conclusions pessimistes, alerta les autorités gouvernementales.

En même temps, un écrivain français, Albérie Cahuet, entreprenait une campagne pour obtenir des subsides supplémentaires. Il fut aidé par un journaliste italien, M. Cavicchioni, si bien que le Parlement, ému par une détresse ainsi étalée aux yeux du grand public, avait voté, en mars 1913, un crédit exceptionnel de 20 000 francs. Cette générosité officielle devait permettre à M.Roger de remédier à certains délabrements intérieurs qui lui donnaient quelques soucis. En 1920, un ancien adjudant du génie, M. Collin, devenait agent consulaire de France à Sainte Hélène. Il devait rester en fonction vingt-cinq ans, et son nom allait prendre rang parmi ceux des bienfaiteurs du domaine français.

Il eut, le premier, à faire face à un fléau qui venait de menacer l’île tout entière….les thermites. Introduits vraisemblablement par la cargaison d’un bateau venant d’Afrique, ces insectes destructeurs s’attaquèrent à nombre de maisons, rongeant les boiseries avec voracité. Plusieurs s’effondrèrent, tandis qu’un nombre considérable d’autres, telle la demeure du gouverneur à Plantation House, ne purent être sauvées que par la réfection totale de leur charpente.

Tout d’abord, Longwood parut épargné. Mais, un jour, la présence des termites fut signalée dans les arbres environnants. Pendant quelques temps, M.Colin, usant de moyens de fortunes, espéra les détruire, mais un tel ennemi ne se laisse pas vaincre aussi facilement. S’insinuant à travers le sol, ils firent leur apparition dans les planchers, et, dès lors, ne reculèrent plus.

Instruit par l’expérience des autres habitants de l’île, notre représentant, impuissant à endiguer cet envahissement massif, tenta néanmoins de prévenir la catastrophe grâce à d’habiles travaux de consolidation.

En même temps que les termites, un autre problème troublait l’esprit de tous ceux qui s’intéressaient à Sainte-Hélène. Depuis la mission Masselin les représentants successifs de la France avaient trouvé asile dans une maison voisine de celle de l’Empereur, construite par les Anglais durant la captivité afin de pouvoir donner à l’illustre prisonnier un domicile plus décent que celui qu’il occupait. Napoléon atteint par la maladie alors que l’on achevait son aménagement, n’y habita jamais.

Cette grande bâtisse, dénommée Longwood New House par opposition avec Longwood Old House, appartenait au gouvernement britannique qui la louait au conservateur français. L’absence d’agent consulaire durant la période de 1917 à 1920 incita les autorités de l’île à chercher un autre locataire, si bien qu’à son arrivée, M. Colin se vit contraint de s’installer avec sa famille dans les propres appartements jadis occupés par Napoléon, ne laissant accessibles aux visiteurs que deux des six pièces qui le composaient.

Ce déplorable état de choses fut signalé par l’historien Ernest d’Hauterive au retour d’un pèlerinage à Sainte-Hélène et fit de sa part l’objet d’une intéressante suggestion. Il demandait que fussent relevés au plus tôt les anciens bâtiments ayant hébergé autrefois les personnages de la suite impériale, et que Masselin avait fait raser.

La réalisation de ce projet devait, en effet, permettre de libérer les appartements de l’Empereur et de procurer au conservateur un logement digne de lui, tout en rendant l’ensemble des constructions de Longwood l’aspect exact qu’elles avaient autrefois.

Cette idée, reprise par le commandant Lachouque, aboutit en 1931, à la création de la Société des Amis de Sainte-hélène qui, sous la présidence de Mlle de Las Cases, arrière petite-fille de l’un des compagnons de l’Empereur, groupa tous ceux qui pratiquaient le culte du souvenir.

En plein accord avec le ministère des Affaires étrangères, son secrétaire général le général Koechlin-Schwartz, et son secrétaire adjoint, le commandant Lachouque, firent preuve du plus magnifique dévouement. Par la presse, par des conférences, par la publication de

brochures, par la reconstitution à l’exposition coloniale de Paris d’une charmante maquette représentant le domaine de Longwood, ils suscitèrent bien des générosités, dont la plus substantielle consista en un chèque de 500.000 francs, adressé la veille de sa mort par le grand parfumeur François Coty.

Nanti de cette somme providentielle, la Société des Amis de Sainte-hélène allait pouvoir se mettre à l’œuvre. A son instigation arriva à Sainte-Hélène en 1935 un ingénieur agricole bordelais M. Decamps, chargé de remporter, sur les termites, une victoire difficile. Il commença aussitôt ses préparatifs et, après un succès passager, crut très sincèrement avoir gagné la partie.

......A...Suivre....



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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: Longwood...La Maison de l'Empereur....   Mar 16 Mar - 10:16

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Longwood...La Maison de L'Empereur...

...(Sources Paul Ganière)...Suite....et....Fin.



Notre représentant, ébloui par ces premiers résultats, et convaincu de l’efficacité de sa méthode, lui délivra de bonne foi un satisfecit particulièrement élogieux. Hélas ! l’Avenir fit tomber ces illusions, et les termites, un moment arrêtés dans leur élan, devaient finalement coûter fort cher au gouvernement français.

Avant le départ de M. Decamps, les Amis de Sainte-hélène pensaient avoir atteint ainsi le premier de leurs objectifs. Ils s’attaquèrent alors au second point de leur programme….libérer les appartements de l’Empereur. Ils s’employèrent dès lors à vaincre auprès des autorités compétentes, toutes les difficultés résultant du fait qu’un organisme privé voulait faire construire sur un terrain appartenant à l’Etat.

Leur ténacité vint à bout de toutes les résistances, les plans pour la construction de l’ancienne maison des compagnons de l’Empereur obtinrent l’approbation gouvernementale et les travaux furent menés à bien.

Ainsi, à la veille de la seconde guerre mondiale, on pouvait considérer raisonnablement l’offensive des termites contenue, du moins provisoirement, tandis que le conservateur du domaine, décemment installé dans les nouveaux bâtiments, pouvait enfin faire des appartements de l’Empereur un charmant musée. La Société des Amis de Sainte-hélène, jugeant sa tâche terminée, s’en remit à l’Etat de poursuivre son action bienfaisante.

Pendant la guerre, M. Colin, demeuré sur place, assista avec angoisse à la reprise de la lente mais inexorable progression des termites qu’il avait espéré un moment enrayée. Faute de mieux, il fit couler du béton dans les parties particulièrement menacées, là où les poutres rongées et momentanément irremplaçables menaçaient, en s’écroulant, d’entraîner des cloisons entières ou des morceaux de toiture. Ces précautions sauvèrent une nouvelle fois la maison de Longwood.

Lorsque M. Colin quitta Sainte-Hélène, en 1945, il laissait à son successeur un domaine branlant, certes, mais dont la structure générale avait tenu bon dans son ensemble. Le gouvernement français désigna alors, pour le remplacer, le vice-consul Georges Peugeot. Ce dernier, malgré l’imprévu pour un homme de la « carrière » d’une situation aussi différente de celle à laquelle il avait été accoutumé, s’attela avec ardeur à l’ouvrage.

Il mesure bientôt l’ampleur des dégâts, s’aperçut avec effroi que poutres, charpentes, boiseries, planchers ne présentaient plus qu’une simple façade, et conclut que la maison dévorée dans son armature du sol au grenier, menaçait de s’écrouler à tout instant comme un château de cartes.

Ces constatations firent l’objet d’un long rapport au ministère des Affaires étrangères, accompagné de photographies. En même temps, il demanda l’ouverture de crédits, afin de faire exécuter les réparations urgentes.

En cette période qui suivit la libération du territoire, le gouvernement français se trouvait assailli par d’innombrables soucis de tous ordres. Les mésaventures survenues à la maison de Longwood pouvaient paraître bien secondaires. Il fallut la présence, au quai d’Orsay, de fonctionnaires portant à tout ce qui se rapportait à Sainte-Hélène un intérêt passionné….mais dans la modestie m’interdit de citer les noms….pour que l’affaire ne fût pas enterrée. Sous leur impulsion, une mission fut envoyée sur place.

Un devis envisageant de faire exécuter les réfections par une entreprise française, employant des ouvriers français et utilisant exclusivement des matériaux français, s’éleva à la somme impressionnante de 60 millions de francs !

Au Quai d’Orsay, on fut stupéfait, et devant l’importance du chiffre, on envisagea l’arasement pur et simple de ce qui avait été la dernière maison de l’Empereur et l’édification, sur son emplacement d’un monument commémoratif. Sainte-hélène, de ce fait eût pratiquement cessé d’être un des hauts lieux de l’épopée napoléonienne.

Encore une fois, l’initiative de quelques-uns sauva de la destruction ces murs croulants si chargés de souvenirs. Tandis que les services du Quai d’Orsay songeaient aux différentes hypothèses possibles, M. Peugeot étudiait de son côté la possibilité de faire exécuter les travaux par une entreprise locale, solution qui, étant donné le prix de la main-d’œuvre insulaire, s’avérait infiniment plus économique.

Le plan parut ingénieux et un crédit de 20 millions de francs fut accordé finalement à cet effet. Malheureusement, toutes ces transactions avaient demandé du temps, et les premiers fonds ne parvinrent à Sainte-hélène qu’en 1950. Depuis le passage de la mission d’information, rien d’efficace n’avait pu être entrepris, et les dégâts s’étaient encore aggravés.

La tache à accomplir se révéla immense. Dès que l’on s’attaquait à une poutre ou à un plancher, tout croulait alentour. Les termites, sournoisement, inlassablement, s’étaient infiltrés partout, se livrant à un véritable travail de sape.

Pour des facilités de langage, M. Peugeot décida de faire venir deux contremaîtres anglais, afin de guider les ouvriers indigènes pleins de bonne volonté, mais insuffisants pour mener à son terme un ouvrage aussi malaisé.

L’attaché culturel français à Londres, M. René Varin, parvint à les recruter au prix d’assez sérieuses difficultés. Ainsi depuis quatre ans, le domaine de Longwood est devenu un chantier, le plus important, certes, de l’île, sur lequel s’affairent menuisiers, charpentiers, maçons et peintres.

Actuellement, un visiteur de Sainte-Hélène, surtout s’il est Français, ne peut, sans émotion, voir cette activité déployée sous les tropiques pour que son pays ne puisse être accusé d’oublier ceux qui firent sa gloire. Avec satisfaction, il apprend que la maçonnerie a été réparée partout où des fissures ébranlaient sa solidité, mais la charpente remontée en bois du Nigéria traité chimiquement sur place afin de le rendre plus résistant aux attaques des termites, des boiseries intérieures et extérieures refaites en bois d’iroko, les planchers en bois de teck, tous deux considérés comme pratiquement invulnérables.

Il apprend aussi que bientôt peintures et papiers reconstitués selon des modèles anciens viendront tapisser les pièces, que la véranda extérieure ornera à nouveau la façade, que les jardins seront remis en état comme Napoléon s’était plu à les dessiner.

Lorsque tout sera terminé, les quelques meubles retrouvés reprendront leur place, les touchants souvenirs seront exposés à la vue des visiteurs, tandis que sous les fenêtres, les fleurs favorites de l’Empereur égaieront parterres et tonnelles.

Ainsi prochainement, le musée de Longwood, dans sa modestie et sa pauvreté, ouvrira ses portes, et sera pour tous ceux qui auront la bonne fortune d’y pénétrer, le plus émouvant des sanctuaires napoléoniens.

Si tout cela est sur le point de devenir une réalité, c’est à l’initiative Françaises, à la ténacité de quelques Français que nous en sommes redevables. Quelques erreurs ont sans doute été commises. Elles sont vénielles, et n’enlèvent rien à la réussite de cette magnifique entreprise.

Pendant plus d’un mois, presque chaque jour, je suis allé à Longwood, attiré par tout ce que cet enclos évoque de souvenirs et de grandeur déçue. Pas une seule fois, je n’en suis sorti sans avoir éprouvé un sentiment de fierté et de trouble. Et je dois reconnaître que les Anglais, réputés impassibles, comprenaient très bien, respectaient même, cet état d’âme que je ne cherchais d’ailleurs nullement à leur dissimuler.

Que dire encore de l’œuvre française à Sainte-hélène ? Que, parallèlement aux travaux de Longwood, notre représentant faisait réparer le chemin menant à la tombe afin de rendre son accès plus facile aux visiteurs, bordait le domaine d’une barrière blanche qui attire tous les regards, car, avec celle qui encercle la demeure du gouverneur, elle est la plus belle de l’île, construisait des terrasses fleuries afin que les glissements de terrain ne risquent pas de recouvrir la dalle, reconstruisait en bois d’iroko la guérite du gardien, plantait des pins et des saules pour conserver à cette vallée paisible le charme romantique qui avait séduit Napoléon.


……FIN…..



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