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 La Vieillesse de Cambronne.....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: La Vieillesse de Cambronne.....   Mer 31 Mar - 9:24

....... .......

La Vieillesse de Cambronne...

....(Sources....Léo Larguier °1878+1950...Ecrivain Français, Poète, Nouvelliste, Critique et Essayiste).

.....Pierre Jacques Etienne Cambronne °1170 +1842.



Dans la campagne nantaise, au déclin d’une belle journée, un homme, qui n’accusait pas plus de la soixantaine, lisait « Le Constitutionnel », sur un banc de bois adossé contre le mur d’une maison décorée par une treille mêlant ses rameaux à ceux des rosiers grimpants.

Il gardait, malgré la chaleur, une couverture de laine sur ses genoux, sans doute à cause d’un rhumatisme, car une canne à béquille était posée à côté de lui. Le journal était daté du 13 juin 1835, et il y lisait un article qui semblait l’intéresser. On y déplorait le triste sort du Palais Royal devenant de jour en jour plus désert depuis que les honnêtes commerçants installés sous ses arcades avaient adressé une pétition aux pouvoirs publics, las du tumultueux qui régnait nuit et jour, et surtout la nuit, dans ce coin de la capitale.

L’auteur de ce morceau ne disait pas tout. Au lendemain de 1815, après Waterloo, les vieux célibataires qu’étaient beaucoup d’officiers de l’Empereur, n’eurent plus que le café pour se distraire. Ils allaient au Palais Royal, et, dans les coins les moins bruyants de ces établissements, on apercevait des consommateurs, qui n’avaient rien des gandins à la mode, courtisant Hertalie, Palmyre ou Elodie.

Les demi-soldes de l’Empire venaient là prendre leur tasse et leur « gloria », boutonnés jusqu’au cou, dans des redingotes qui sentaient la capote militaire et le manteau de cavalerie, deux doigts de légion d’Honneur à la boutonnière, les cheveux à l’ordonnance et, sur la bouche amère, une moustache drue.

Vieux officiers licenciés, ils faisaient de silencieuses parties de cartes, avec la nostalgie farouche du temps glorieux où ils caracolaient à travers l’Europe, derrière les tambours de Soult et les trompettes de Murat.

Lorsqu’un godelureau leur échauffait les oreilles en se réjouissant trop fort de l’arrivée de Louis XVIII, que les vieux de la vieille appelaient encore le comte de Provence, l’un d’entre eux abattait rageusement son jeu sur le guéridon, allait froidement provoquer l’impertinent et, le lendemain, il y avait, quelque par du côté de Passy les Paris ou Saint-Cloud, un duel au pistolet.

Le lecteur du journal souriait comme on sourit à d’anciens souvenirs et il posa son journal sur le banc que le soleil, à travers le feuillage criblait de dansantes pièces d’or, arrangea sa couverture qui glissait et appela…..Joseph !.....Du fond du jardin, où il bricolait, un garçon qui tenait du palefrenier et du jardinier, accourut, s’arrêta à six pas, joignit les talons, malgré ses gros sabots, fit le salut militaire et dit…. « Mon général désire ? »….. « Joseph apporte moi le métier….Cela m’empêchera de penser à cette saleté de rhumatisme. » ….. « Bien mon général. »
Quelques instants après, il installait avec beaucoup de précautions devant son maître, un métier semblable à celui dont se servaient les anciennes demoiselles de Nantes et de toutes les provinces, et le général Cambronne se mit à faire de la tapisserie pour le meuble de salon qu’il voulait offrir à sa fille adoptive, Mlle Sophie Adamson, lorsqu’elle se marierait !

Ce petit tableau a beau être brossé de chic, comme on dit en langage de peintre d’atelier, il est cependant exact et, en 1835, il y avait vingt ans que le général Cambronne était installé à la Baugerie, une propriété à quelques lieues de Nantes, on loin de Saint-Sébatien, le village où il était né en 1770.

Aux yeux de ceux qui s’en tiennent aux grandes scènes et à la légende, il apparaît seulement sur un fond de crépuscule épique, à la fin de cette formidable journée de juin 1815, dans la morne plaine de Waterloo où, leurs ailes brisées, se posèrent pour mourir les aigles impériales.

On le voit ainsi, et nous n’essayons point, après Victor Hugo, de refaire la peinture de l’héroïque scène, d’ajouter quoi que ce soit aux pages des « Misérables », dont il convient de citer quelques passages….. « Quelques carrés de la Garde, immobiles dans le ruissellement de la déroute comme des rochers dans de l’eau qui coule, tinrent jusqu’à la nuit….Abandonnés, vaincus, terribles, ces carrés sombres agonisaient formidablement. Ulm, Wagram, Iéna, Friedland, mouraient avec eux……Au crépuscule, vers neuf heures du soir, au bas du plateau de Mont-Saint-Jean, il en restait un. Dans ce vallon funeste, au pied de cette pente gravie par les cuirassiers, inondée maintenant par les masses anglaises, le carré lutait….Il était commandé par un officier obscur nommé Cambronne. A chaque décharge le carré diminuait et ripostait. Il répliquait à la mitraille par la fusillade, rétrécissant continuellement ses quatre murs. De loin les fuyards s’arrêtant par moments, essoufflés, écoutaient dans les ténèbres ce sombre tonnerre décroissant. »

« Quand cette légion ne fut plus qu’une poignée, quand leur drapeau ne fut plus qu’une loque, quand le tas de cadavres fut plus grand que le groupe vivant, il y eut parmi les vainqueurs une sorte de terreur sacrée autour de ces mourants sublimes, et l’artillerie anglaise, reprenant haleine, fit silence. Ce fut une espèce de répit. Les combattants avaient autour d’eux comme un fourmillement de spectres….ils purent entendre dans l’ombre, qu’on chargeait les pièces, les mèches allumées, pareilles à des yeux de tigre dans la nuit, firent un cercle autour de leurs têtes…les boute-feu des batteries anglaises s’approchèrent des canons et alors, ému, tenant la minute suprême suspendue au-dessus de ces hommes, un général anglais, Colville, selon les uns, Maitland, selon les autres, leur cria….. « Braves Français, rendez-vous »….Cambronne répondit….. « M…… ! »

« Le lecteur français voulant être respecté, le plus beau mot peut-être qu’un Français ait jamais dit ne peut lui être répété. Défense de déposer du sublime dans l’histoire ».

....A....Suivre..... ....

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Percy
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MessageSujet: Re: La Vieillesse de Cambronne.....   Mer 31 Mar - 16:05

Le style dans lequel est écrit ce récit est aussi sublime que les faits qu'il narre.
Je m'en régale ! Wink
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mont st jean 1815

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MessageSujet: Re: La Vieillesse de Cambronne.....   Mer 31 Mar - 23:21

moi également superbe, merci de nous faire ce plaisir salut
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Re: La Vieillesse de Cambronne.....   Jeu 1 Avr - 9:19

....... .......

La Vieillesse de Cambronne...

....(Sources....Léo Larguier)...Suite.




La Garde était décimée et le général Cambronne, couché parmi ses hommes, blessé au front, à demi-mort. Le sang qui coulait de son entaille effaçait les insignes de sa dignité, ses croix, ses rubans, les feuilles d’or qui glaçaient sa tunique, et la nuit était un vaste linceul funèbre, recouvrant tous ces soldats fauchés, fraternellement serrés les uns comme les autres.

Il fut tiré de son évanouissement par le froid du matin et il se mit péniblement debout. Des pillards ne lui avaient laissé que sa chemise et sa culotte blanche tachée de sang, comme le tablier d’un bouclier. Ses épaulettes à torsades, ses broderies d’or, ses croix, sa montre, son sabre, sa bourse avaient tenté les sinistres écumeurs des champs de bataille qui sortent, comme des rats, quand le combat est fini, et dépouillent les agonisants et les cadavres.

Le manteau de quelque dragon tué sur ses épaules, c’est dans cette tenue qu’il fut conduit au quartier général anglais. Sa Grâce le duc de Wellington n’était point particulièrement tendre et méritait parfaitement son surnom….le duc de fer. L’homme qui venait de vaincre à Waterloo, l’implacable ennemi de Napoléon, eût pu aussi être appelé le duc de glace, et, culotté de chamois, tous ses ordres sur la poitrine, rasé, poudré de frais, il accueillit Cambronne avec quelque morgue.

Si ses aides de camp avaient osé lui répéter ce qu’avait répondu, la veille, alors que le général de sa Majesté britannique lui proposait courtoisement de se rendre, ce blessé déguenillé et sanglant, il dut le prendre pour un garçon fort mal élevé, et il donna l’ordre de l’expédier sur quelque ponton avec les autres officiers prisonniers.

Cambronne y demeura jusqu’à la fin de l’année et, à peine échappé au bagne anglais, il fut, en débarquant, enfermé à l’Abbaye. Comme on ne put rien relever contre lui, on l’acquitta et, las de rouler, ne voulant pas rester dans Paris envahi par les Alliés, il décida d’aller revoir sa vieille mère qu’il n’avait pas vue depuis vingt ans.

La bonne femme habitait, près de Nantes, un petit domaine…le Clos de la Treille, et le général avait quitté son village natal pour s’enrôler dans la légion nantaise où il avait gagné ses premiers galons en se battant contre les bandes vendéennes. Comme d’autres généraux de l’Empire, il avait été un volontaire de la République et il n’était pas cet officier obscur dont parle Victor Hugo dans… « Les Misérables ».

Colonel à Iéna, crée baron en 1810, général de Brigade en 1813, plusieurs fois blessé, il accompagna Napoléon à l’île d’Elbe et il était, le soir de Waterloo, général de division, grand-aigle et pair de France. On eût pu inscrire tour cela sur son livret militaire, le jour de Mai 1816 où il se mit en route pour aller embrasser sa vieille mère. Bien qu’il fût un personnage de marque et un très confortable voyageur, on songe à ces vieux soldats renvoyés chez eux après leur temps de service.

Sac au dos, vêtus de mauvais effets, ils revenaient au village d’où ils étaient partis depuis sept ans, fredonnant pour se distraire de vieux couplets……Pauvre soldat, revenant de la guerre…Tout mal chaussé, mal habillé….Sans savoir où aller loger. S’en va loger chez madam’l’hôtesse….l’hôtesse, avez-vous du vin blanc ?.....Et vous soldat, avez-vous d’l’argent ?.

Ils donnaient un coup de main dans la ferme où on leur trempait une soupe, aidaient à faire la moisson ou la vendange, repartaient et finissait par revoir le clocher de leur endroit. Le père ou la mère, ou les deux à la fois étaient morts….une jeune fille à laquelle ils pensaient ne les avait pas attendus et s’était mariée. Leur maison, leur cœur, étaient vides, et les vêtements civils laissés dans l’armoire ne leur allaient plus.

Le général Cambronne a beau avoir commandé une division porté la plaque et le large ruban du grand-aigle, être pair de France, on songe à ces briscards, à ces remplaçants qui rentraient au pays après vingt ans de service. C’était un vieux troupier libéré, aligné en solde et en vivres comme on l’écrivait au bureau de la compagnie, sur une page du livret militaire.

Il s’installa, comme autrefois, dans ces cantonnements où l’on devait passer l’hiver entre deux campagnes, s’habituant difficilement à cette paix, furieux quand il lisait une gazette, vivant avec ses souvenirs comme dans un musée napoléonien, rude et bon, un peu maniaque comme tous les célibataires, maladroit et timide devant la vieille mère lui contant des petites histoires du pays, le monde finissant pour elle a quelques lieues de sa province.

M. Cheguillaume, le drapier de la rue de la Poissonnerie, ainsi que Madame, avaient toujours été pour elle d’excellents amis….on les inviterait à souper un de ces dimanches, avec M. Francheteu, le notaire….C’était là du bon monde. La Baugerie, une propriété voisine du clos de La Treille, où il allait polissonner quand il était enfant appartenait maintenant à une Anglaise, Mrs. Mary Osburn, une bien bonne personne, qui avait veuvé deux fois et vivait à présent avec une petite demoiselle qu’elle avait adoptée, Mlle Sophie.

Elle disait son âge, n’était point coquette, et ses deux maris défunts avaient bien souffert de la goutte…. « Comme toi, mon garçon », ajoutait-elle sans doute, car le général se plaignait souvent, à présent, de rhumatismes….Mrs. mary Osburn avait eu deux maris goutteux, elle en eut un troisième, car elle devint la générale Cambronne. Ce n’était pas un tendron et Cambronne n’était pas un conscrit. Un grognard de la Garde eût dit qu’ils étaient de la même classe. A eux deux, les nouveaux mariés avaient cent ans !

La Restauration, qui fit fusiller le maréchal Ney et le général La Bedoyère, ne bouda pas longtemps Cambronne. Le jour même de son mariage avec sa voisine, il apprit qu’il était nommé gouverneur de Lille, puis, il fut fait vicomte et, en 1821, Napoléon le comprit dans son testament pour un don de cinquante mille francs et pour une dotation de cent mille, mais sa carrière finit à Waterloo et c’est seulement le retraité de la Baugerie qui nous occupe.

Sans doute n’avait-il pas reçu le coup de foudre en apercevant Mrs. Mary Osburn, comme lui quinquagénaire, mais ce devait être une excellente femme revenue de bien des choses, un peu originale, dévouée et maternelle qui faisait ainsi la plus honorable des fins. Elle devait adorer les enfants et elle n’en avait pas.

.......A.....Suivre......


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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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jooe53

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MessageSujet: Re: La Vieillesse de Cambronne.....   Jeu 1 Avr - 17:36

ma gorge est nouée merci pour cette page d'histoire tragique Crying or Very sad
salut
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Percy
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MessageSujet: Re: La Vieillesse de Cambronne.....   Jeu 1 Avr - 22:24

Le moindre des paradoxes n'est pas que ce fier soldat, plein de bravoure et de mépris pour la mort, décide finalement par épouser une Anglaise.
L'histoire connaît parfois de saisissants raccourcis et des clins d'oeil ironiques...
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jooe53

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MessageSujet: Re: La Vieillesse de Cambronne.....   Ven 2 Avr - 6:44

tout à fait cher Percy
salut
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Re: La Vieillesse de Cambronne.....   Ven 2 Avr - 9:43

....... .......

La Vieillesse de Cambronne...

....(Sources....Léo Larguier)...Suite.....et.....Fin.




Son troisième mari avait vécu seulement avec les soldats, il aima tout de suite la petite Sophie Adamson qu’elle avait adoptée, et le ménage partagea une existence tranquille entre Nantes, pendant la mauvaise saison, et le domaine de la Baugerie, du mois de mai au mois d’octobre. C’est là qu’il faut voir Cambronne pendant les vingt-cinq dernières années de sa vie.

A Nantes, le ménage habite un confortable immeuble de la rue Jean-Jacques, une maison qui ressemble à celle d’un bourgeois cossu ayant hérité beaucoup de souvenirs napoléoniens. Le mobilier est d’un bel acajou luisant comme les marrons d’Inde….les consoles, fauteuils, chaises, tables, secrétaires à peu près neufs sont, bien entendu, du plus pur style Empire, et les bagues de bronze doré qui ornent les pieds et les colonnes sont pareilles à des galons.

Il y a peu de livres, mais par contre les murs offrent de nombreuses gravures bien encadrées. Parmi elles, il en est des naïves et de populaires, représentant presque toutes les scènes héroïques de Waterloo….Cambronne refusant de se rendre, Cambronne à pied, à cheval, sabre au poing, sur un fond de bonnets à poil et de baïonnettes, avec un boulet de canon à deux pas de lui et, au-dessus de sa tête nue ou coiffée d’un énorme bicorne frisé de plumes, un ciel de désastre plein de fumées et de mitraille.

On y voit encore Cambronne blessé, soutenu par un grognard et Cambronne sur le pont d’un navire, regardant à distance respectueuse l’Empereur méditatif qu’il suit en exil. Dans toutes les chambres, encadrés de pitchpin, il y a aussi les innombrables portraits du grand homme popularisés par la gravure…le maigre et fiévreux Bonaparte du pont d’Arcole, d’après le portrait de Gros, avec sa crinière en désordre, tenant un drapeau dans son poing ganté de cuir, Bonaparte en Italie, Bonaparte en Egypte, et le Bonaparte de Brumaire, tout menu au seuil de la salle des Cinq Cents, entre les grenadiers impassibles devant un tumulte d’avocats.

Toutes les prodigieuses étapes de la vie impériale sont là, depuis le sacre de David le peignit sous les hermines, et le velours du manteau semé d’abeilles, élevant une couronne et le front lauré d’un feuillage d’or ainsi qu’un César de l’antique Rome. Napoléon est en marbre sur la cheminée, et en bronze sur la console.

Un meuble vitré abrite des souvenirs et de précieux objets….sabre d’honneur, pistolets aux crosses d’argent, décorations, et, de son écrin de velours bleu, passe un bout du large cordon moiré de grand-aigle que l’Empereur remit lui-même au général.

Lorsque le ménage offre un goûter, qui a lieu à sept heures du soir, les invités, le général Dumoustier, M. et Mme Cheguillaume, marchands drapiers, rue de la poissonnerie, le notaire Francheteu, ces messieurs et leurs épouses entrent dans le salon où l’on conserve les reliques, avec le même recueillement, et toujours intimidés.

Melle Sophie, la fille adoptive, demeure bien sagement assise au bord de sa chaise…tous sentent qu’ils attendent la collation dominicale au milieu d’une immense gloire qui revit là, et aucun ne serait surpris si la servante, ouvrant la porte, annonçait éperdue…. « Sa majesté l’Empereur ! »

Confortable et simple, tel est le train que mène le général Cambronne à Nantes, mais il préfère à la ville son domaine de la Baugerie. Il aime la campagne, pareil à beaucoup de vieux soldats qui, dans le tumulte de leur vie, font le rêve tranquille de se retirer aux champs, quand viendra l’âge de la retraite et s’ils n’ont pas laissé leurs os dans une bataille.

Son plus grand plaisir est de s’occuper de ses près, de ses foins, de ses bois, de ses vignes, de son vin et ses fermiers ne le carottent pas, comme on dit au régiment. Il a gardé du militaire et du chef l’habitude de l’ordre, de la précision et de la discipline. Il a été, comme tous ceux qui sortent des rangs, sergent-major, adjudant, capitaine, et il sait dresser un état nominatif, faire un inventaire d’effets, de denrées ou de matériel, et il a le goût de la comptabilité et du bureau.

On le connaît. Il était bon et charitable, puisqu’il avait donné cinq francs aux pauvres pendant le mois de juillet, ce qui était une somme pour l’époque, et il était un contribuable exact. Il buvait du thé. Sans doute avait-il pris goût à cette tisane sous l’influence de sa femme qui était Anglaise et pleine de sollicitude pour ce grand diable venu tard au mariage, et ayant vécu sans se soucier de son estomac.

Il ne donnait que trente-trois francs par mois à Joseph. Il est souvent question de ce domestique dans le livre de comptes et son emploi du temps y est réglé fort minutieusement…il lui versait quatre cents francs par an et il avait droit à une bouteille de vin par jour et au vêtement, mais il ne jouissait que d’une petite liberté et consigné au quartier, ne devait jamais sortir sans permission.

Le général ne dédaignait pas les bons morceaux et faisait venir des foies d’oie de Strasbourg, ainsi que de la choucroute qu’il savait préparer d’excellente façon. Il était de plus artiste. Son livre de comptes est bourré de croquetons fort spirituels. Dans les marges, il dessinait le pantalon de Joseph, une vaisselle, une boite de thé, un paquet de tabac, le tablier de sa cuisinière, une lanterne, une brouette, un arrosoir avec sa pomme et beaucoup d’autres objets.

Quand il inscrivait ses dépenses en 1839, et qu’il dessinait ses croquis, il y avait déjà trois ans qu’il avait réalisé un de ses derniers désirs….l’établissement de Sophie Adamson, sa fille adoptive. Elle devait alors recevoir ses amis dans le salon dont il avait fait la tapisserie et elle avait épousé, en 1836, M. Victor Roussin, un jeune homme sérieux et à son aise, puisqu’il avait, par an, douze mille francs de rente.

Ce vieux brave finissait une vie qui avait été héroïque, en brave homme, tranquillement et doucement. Dieu le rappela en 1842, et il acheva l’étape humaine comme un bon bourgeois de province, lui qui avait, selon Victor Hugo, « déposé du sublime dans l’histoire ».


......FIN....



.....Plaque Commémorative sur la maison natale de Léo Larguier né le 6 Décembre 1878 à la Grand-Combe (Gard)....Il meurt le 6 Décembre 1950 à Paris.




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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Cambronne...   Sam 3 Avr - 21:05

Merci Jean baptiste pour cette histoire émouvante, je ne la connaissais pas.Mais ce que je sais,c'est que je ne rate jamais l'occasion à Nantes d'aller Coours Cambronne, et quand j'allais "faire de Muguet" (j'arrete cette année )en partant le patron nous offrait une beau bouquet que je prenais la joie d'aller porter sur la Tombe de Cambronne et celle de ses Compagnons au Cimetierre de la Miséricorde de Nantes,les tombes sont bien groupées, bien sur j'ai du être prise pour une folle mais quand meme j'aime bien moi aussi,toute seule honorer les Grands ,les petits les obscurs pour peu que je suive mon guide.... Merci Vive l'Empereur.
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MessageSujet: Re: La Vieillesse de Cambronne.....   Sam 3 Avr - 22:25

merci Jean batiste pour ce magnifique récit de la vie du général Cambronne, cheers ,c'est toujours un régal de lire tes post! sunny

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MessageSujet: Re: La Vieillesse de Cambronne.....   Ven 7 Mai - 19:16

Superbe récit! Tu m'a tenu en haleine jusqu'au bout avec cette histoire éclatante de superbe! Et citer les vers hugoliens ajoute un certain souffle épique, le même qui caractérisat parfaitement cette époque et ces hommes!

Merci!!!!!
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MessageSujet: Re: La Vieillesse de Cambronne.....   Sam 8 Mai - 9:57

Percy a écrit:
Le style dans lequel est écrit ce récit est aussi sublime que les faits qu'il narre.
Je m'en régale ! Wink
Moi aussi mais J.B à l'art de nous dégotter des histoires peu ordinaires.Un yatus cependant: le fait du mot de Cambronne qui ne serait que légende d'après nombre d'historiens, et pas des moindres.
" Le capitaine de vaisseau commandant la "Melpomène" fait route vers Naples (pour recevoir madame, mère de l'empereur, pour la ramener en France) Arrivée près de l'ile d'Eschia elle rencontre le "Rivoli" ancien vaisseau français pris par les anglais lors de sa première sortie à Venise en 1810.Le commandant Collet, à l'injonction de se rendre, répond "M..." aux anglais et balance une bordée."
(Source: les marins de Napoléon/bibliothèque Napoléonienne/Tallandier)
un mois et demi plus tard à Waterloo la légende voudrait que le mot soit aussi repris, mais Cambronne n'en aurait pas eu la primeur.Vrai ou faux?
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Cambronne13

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MessageSujet: Re: La Vieillesse de Cambronne.....   Sam 8 Mai - 12:39

Si on lit "Les cents jours" de Dominique de Villepin, en note on voit qu'il s'interroge sur ce mot page 446.
Voici la note:

Le mot n'a peut-être pas été prononcé, du moins pas en ces termes. C'est un journaliste qui l'aurait forgé peu aprés, avant qu'il pénètre dans la mémoire collective sous la plume de Victor Hugo dans Les Misérables. Faut-il croire un certain Levot (cité par Jean-Claude Carrière), qui dans sa biographie bretonne rapporte ce propos attribué à Cambronne: " Je n'ai pas pu dire la Garde meurt et ne se rend pas puisque je ne suis pas mort et que je me suis rendu"? Grièvement blessé à la tête, Cambronne reste prisonnier en Angletterre. Renté en France en décembre, emprisonné par les Bourbons, il sera acquitté l'année suivante par un conseil de guerre. Henry Houssaye pense en revenche que le mot a bien été prononcé mais que Cambronne n'a jamais osé l'avouer. Barral affirme au contraire que Cambronne a bien dit merde et que c'est le général Michel, à la tête d'un autre carré de la Garde qui a dit: " La Garde ne se rend jamais. Elle meurt!"
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Drouet Cyril

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MessageSujet: Re: La Vieillesse de Cambronne.....   Sam 8 Mai - 16:10

Sur le mot de Cambronne et la phrase inventée pour la circonstance, on peut se référer au chapitre "Le Mot de Cambronne", du Waterloo les mensonges de Coppens ; ou le chapitre (sans compter les annexes) "Qu'est-ce qu'il a dit ?" de l'ouvrage de Le Boterf : Le brave général Cambronne.
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Ximo

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MessageSujet: Re: La Vieillesse de Cambronne.....   Dim 9 Mai - 2:41

Citation :
La Garde ne se rend jamais. Elle meurt!"

Bailen 1808 Twisted Evil
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MessageSujet: Re: La Vieillesse de Cambronne.....   

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La Vieillesse de Cambronne.....
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