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 La Charge de la Brigade Légère......

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: La Charge de la Brigade Légère......   Ven 5 Nov - 10:48

...... sunny .....


LA CHARGE DE LA BRIGADE LEGERE...


....(Sources Roger Delorme).


....Tableau..Oeuvre de Richard Caton Woodville (°1855+1927)...Peintre et Illustrateur Britannique.




Il est des noms de personnages historiques qui ont une curieuse façon de passer à la postérité. Par exemple ceux de Lord Raglan et Lord Cardigan. Ces deux illustres soldats auraient sûrement été consternés s’ils avaient su que leur souvenir de devait être conservé l’un, pour la coupe spéciale de son manteau, l’autre, pour la veste en tricot qu’il affectionnait de porter.

Ce n’est qu’aux historiens britanniques, et plus spécialement anglais, que les noms de Raglan et Cardigan rappellent l’un des épisodes les plus glorieux et les plus absurdes de l’histoire militaire européenne….la célèbre charge de la brigade légère, à Balaklava, le 25 octobre 1854.

Si Lord Cardigan portait ce jour là son fameux tricot en laine sous son uniforme de hussard, il devait avoir plutôt chaud à la fin de l’étrange affaire, où il se couvrit de gloire et ramassa, si on ose l’écrire, une « veste » d’une dimension historique.

Afin de contrecarrer l’expansion de la Russie tzariste dans les Balkans, la Grande-Bretage, la France, la Turquie et le Piémont, s’étaient alliés pour envahir la Crimée. Leur armée était basée à Balaklava, un petit port de la Mer Noire situé à quelques kilomètres au sud-ouest de la cité forteresse russe de Sébastopol. A trois kilomètres au nord de Balaklava, s’ouvrait une vallée, au long de laquelle passait une route reliant Sébastopol à Yalta. Cette dernière ville devait, près d’un siècle plus tard, être le siège de la conférence où les Russes et les Anglo-Saxons se partagèrent le monde, un peu avant la fin de la deuxième guerre mondiale.

Autour de cette vallée, les deux armées s’affrontèrent, au matin du 25 octobre. Les Russes s’emparèrent de quatre redoutes armées de canons de marine britanniques, puis avancèrent vers Balaklava. Mais ils furent arrêtés par une vaillante résistance des Ecossais du 93è régiment de Highlanders et par une contre-attaque de la brigade lourde de la cavalerie anglaise.

Ils se replièrent et établirent des positions d’artillerie sur les deux flancs et au fond de la vallée, faisait de celle-ci la véritable « Vallée de la Mort » que devait par la suite célébrer Alfred Tennyson dans son fameux poème sur la Charge de la brigade légère. Celle-ci était composée des régiments de cavalerie suivants….. 8è et 11è hussards, 4è et 13è dragons, 17è lanciers. Elle attendait les ordres, massée à l’entrée de la vallée, sous le commandement du général James Thomas Brudenell, septième comte de Cardigan.

Sur une hauteur, le général Fitzroy James Henry Somerset, premier baron de Raglan, un brave qui avait perdu un bras à Waterloo, observait le déroulement des opérations. Voyant que les Russes s’apprêtaient à emmener les canons capturés dans les redoutes, il décida de donner un ordre au général commandant l’ensemble de la cavalerie, Lord Lucan. Et c’est sur ce point de la sanglante affaire qu’un certain capitaine Nolan joua un « bout de rôle » fatidique dont il lui fut malheureusement impossible de revenir s’expliquer lui-même.

C’était au tour d’un autre aide de camp de porter l’ordre. Mais Lawis Edward Nolan était meilleur cavalier, et il s’offrit à le faire, ce qui fut accepté. Le message était ainsi rédigé….. « Lord Raglan désire que la cavalerie avance rapidement vers le front et essaie d’empêcher l’ennemi d’emmener les canons ». Tandis que Nolan éperonnait son cheval, lord Raglan lui cria….. « Dites à Lord Lucan que la cavalerie doit attaquer immédiatement. »

Du bas de la vallée, Lucan avait une vue du champ de bataille beaucoup plus limitée que celle qu’en avait Raglan sur sa colline. Lorsque Nolan lui eut transmis l’ordre, il lui demanda…. « Attaquer qui ? Quels canons ? » …… sur quoi Nolan lui répondit…. « Voilà vos canons, my lord » en désignant non point ceux des redoutes britanniques capturées, mais les canons russes en position au fond de la vallée.

Tandis que Lucan allait conférer avec Cardigan, Nolan demanda à un officier de ses amis l’autorisation de se joindre au 17è lanciers pour participer à l’attaque.

Le capitaine Nolan devait être tué dans la charge et, quelles qu’aient pu être ses responsabilités dans l’affaire, nul ne conteste qu’il mourut en vaillant soldat. Après plus d’un siècle de discussion, les historiens militaires britanniques n’ont pas encore réussi à se mettre d’accord sur la part de responsabilité réciproque qu’eurent dans le désastre Raglan, Lucan, Cardigan et Nolan.

Une chose certaine est le magnifique courage que déploya Lord Cardigan dans la fameuse charge. A 11 heures 10 du matin, un unique clairon sonna. Cardigan leva son sabre et annonça simplement…. « la brigade légère va maintenant avancer ».

Puis il lança son cheval au trot, à une cinquantaine de mètres en avant de la première ligne de ses cavaliers. Ceux-ci étaient exactement 673. A leur gauche, l’ennemi avait déployé 14 canons, 4 escadrons de cavalerie et 8 régiments d’infanterie. A leur droite, étaient 11 bataillons d’infanterie, une batterie de campagne et 30 pièces d’artillerie de gros calibre. En face d’eux se trouvaient 12 canons, 6 escadrons de lanciers et près de 10000 autres cavaliers russes. Toutes ces troupes étaient sous les ordres du général russe Liprandi.

A l’unisson, les trois lignes de la brigade légère s’engagèrent dans la « Vallée de la Mort » de Balaklava. Pendant un long instant, les seuls bruits que l’on entendit dans celles-ci furent celui du cliquetis des sabres et des harnais, et celui des sabots des chevaux de la cavalerie britannique. Un extraordinaire silence s’était soudainement abattu sur toutes les lignes adverses.

Les Russes étaient de toute évidence stupéfiés par la folie de cette attaque. La vallée avait à peu près une lieue de longueur. Lorsque la tête de la brigade légère en eut remonté « une demi-lieue » c'est-à-dire 2500 mètres, ainsi que le répète Tennyson dans son poème, les Russes ouvrirent le feu, de tous leurs canons et de tous leurs fusils.

Tandis que chevaux et hommes s’abattaient par douzaines, déchiquetés par les boulets et la mitraille, Lord Cardigan continuait à avancer calmement, au petit galop de son cheval alezan, Ronald. Derrière lui, les rangs des cavaliers décimés se reformaient réglementairement, superbe démonstration d’imperturbable discipline britannique.

.... A Suivre...

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: La Charge de la Brigade Légère......   Dim 7 Nov - 10:24

...... sunny .....


LA CHARGE DE LA BRIGADE LEGERE... (Suite et FIN).


....(Sources Roger Delorme).


La brigade légère ne « chargea » même pas, au sens technique du mot. Elle avança comme l’avait commandé son chef…lequel n’avait maintenant plus un clairon vivant pour sonner la charge, de toute façon. C’est en voyant se dérouler cette attaque, avec de la peine à en croire ses propres yeux, que le général français Bosquet prononça la remarque historique …. « C’est magnifique, mais ce n’est pas la guerre ! ».

Lorsqu’il fut arrivé à une trentaine de mètres de la batterie russe du fond de la vallée, Cardigan enfonça ses éperons dans les flancs de Ronald et fonça droit entre les éclairs des deux canons du centre, pénétrant le premier dans les rang de l’ennemi. Les 37 survivants du 17è lanciers et les 13 survivants du 13è dragons l’y suivirent, sabrant au passage les canonniers russes et réduisant les pièces d’artillerie au silence. Des cavaliers d’autres régiments les rejoignirent, et une mêlée confuse s’engagea avec la cavalerie russe. Puis les Britanniques, débordés sous le nombre, durent commencer à battre en retraite. A 11 heures 30, la brigade légère avait cessé d’exister.

Des 673 cavaliers qui s’étaient lancés à l’assaut dans la vallée, vingt minutes auparavant, 193 seulement revinrent à leur point de départ, beaucoup d’entre eux démontés. 113 hommes furent comptés comme morts, et 134 comme blessés. Les autres étaient prisonniers ou disparus. 497 chevaux avaient été tué ou durent être abattus. A la parade du soir, le 13è dragon ne put présenter que dix hommes à cheval sur les rangs.

Lord Cardigan n’avait pas une égratignure, bien qu’une lance russe ait traversé une jambe de son pantalon couleur cerise. Ronald lui-même était miraculeusement indemne… mais il n’était pas encore tout à fait au bout de ses épreuves.

Tandis que Lord Cardigan chevauchait vers l’immortalité. Lord Lucan n’était pas resté inactif. Lorsqu’il avait vu la brigade légère courir à sa perte, il s’était lancé à son secours, à la tête de la brigade lourde. Mais il avait vite constaté que l’attaque n’était qu’une affreuse erreur. Blessé à la jambe, son cheval deux fois touché, un aide de camp tué auprès de lui, il avait sagement décidé de ne pas faire massacrer une deuxième brigade après la première, et avait fait tourner bride à ses hommes.

Dans le même temps, les cavaliers français du 4è chasseurs d’Afrique chargeaient les Russes et réduisaient au silence leurs batteries d’artillerie du côté nord de la vallée. Grâce à cette action, pendant laquelle de nombreux chasseurs tombèrent, les rescapés de la brigade légère ne furent canonnés que d’un seul côté pendant leur retraite de la « Vallée de la Mort » sans quoi leurs pertes auraient été plus terribles encore.

En plus de la mémorable « veste » ramassée personnellement par Cardigan, le bilan de la journée était une coûteuse défaite pour les Alliés. Mais les trois brillants épisodes du combat…. La bataille des Ecossais, les deux charges de cavalerie des Anglais et des Français …donnèrent au nom de Balaklava l’auréole d’une victoire.

Lorsque le poète Tennyson se fut mis de la partie avec son fameux poème, et lorsque celui-ci eut été inscrit au programme littéraire de toutes les écoles britanniques, les jeunes écoliers de la grande Bretagne et du Commonwealth ne tardèrent pas à être persuadés que Lord Cardigan et Ronald avaient mis toute l’armée du tzar en déroute à eux seuls.

Au soir de la bataille, Cardigan, toujours aussi calme que s’il revenait de la parade, s’était retiré sur son yacht personnel, « la Dryade », ancré dans le port de Balaklava. Après avoir pris un bon bain chaud, il avait dîné de pâté de gibier et de jambon grillé, arrosés de champagne, puis glissé entre les draps de soie blanche de son lit. Il avait ensuite dormi toute la nuit comme un enfant, n’ayant certainement plus besoin de rêver d’une gloire dont il venait de faire une réalité.

Lorsqu’il retourna en Angleterre, deux mois plus tard, il faut accueilli en héros national, reçu au château de Windsor par la Reine Victoria, nommé inspecteur général de la cavalerie. Ses nombreux admirateurs arrachèrent la moitié des poils de la queue du pauvre Ronald, pour les conserver en souvenir.

Lord Cardigan vécut jusqu’en 1868, et se tua en tombant de cheval, âgé de soixante et onze ans. Lord Lucan vécut vingt ans de plus sur ses domaines irlandais, et mourut au bel âge de quatre vingt ans. Lord Raglan été décédé le premier, à soixante sept ans, en 1855.

En 1856, une enquête militaire avait été ouverte sur le désastre de Balaklava, et les trois lord avaient été tous les trois plus ou moins blâmés. Le fameux message de lord Raglan était d’un vague rendant toutes les erreurs possibles. Lord Lucan n’aurait-il pas dû demander des précisions ? Lord Cardigan n’aurait-il pas dû se rendre compte qu’il ne s’attaquait pas au bon objectif ?

Ce que, de son côté, l’opinion publique britannique reprocha le plus justement à ces aristocrates, fut leur total mépris du bien-être et de la santé de leurs soldats. Plus de la moitié des rescapés de la brigade légère moururent de froid, de privations et de maladie, dans l’hiver 1854 – 1855. C’est à l’occasion de la guerre de Crimée, que le journaliste William Howard Russell et l’infirmière Florence Nightingale menèrent une campagne pour l’humanisation de la guerre, qui devait faire passer leurs deux noms à la postérité.

Erreur glorieuse au nom du capitaine Nolan, il avait figuré dans une première version du fameux poème de Tennyson. Mais Tennyson avait été prié de l’en éliminer par la suite. Il était de très mauvais goût de révéler aux enfants des écoles qu’il pouvait arriver à un officier anglais de faire massacrer ses propres soldats par erreur.

Il est d’ailleurs certain que c’est uniquement sous leur respect patriotique que le public britannique préférait, de toute façon, voir les choses. La phrase de l’historien militaire anglais L.J. Hudleston est judicieusement révélatrice…. « L’impression créée par la conduite de la brigade légère fut exprimée dans la ballade de Tennyson, et la vérité plus profonde contenue dans la remarque du général Bosquet »…. « C’est magnifique, mais ce n’est pas la guerre » …. a fait moins d’impression sur le public britannique, qui a placé habituellement la stupidité valeureuse au dessus de l’habileté économique dans ses annales militaires….et a ainsi contribué à assurer la récurrence de telles folies. ».

….FIN…

.....

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Patrick

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MessageSujet: Re: La Charge de la Brigade Légère......   Mar 21 Déc - 11:43

Merci pour ce texte !! Tchin
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angelblue15



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MessageSujet: Re: La Charge de la Brigade Légère......   Lun 24 Juin - 14:05

Les deux premières clauses de ce document devaient être scrupuleusement exécutées. Louis Napoléon, venu à meilleure fortune, paya les billets souscrits en vue du remboursement. Bure, prête nom du prince, devint titulaire de quatre vingt actions du National dont trente passèrent à un autre familier, Bouffet Montauban.
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MessageSujet: Re: La Charge de la Brigade Légère......   

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