Forum des Amis du Patrimoine Napoléonien

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 La Dernière Filleule de l'Empereur....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: La Dernière Filleule de l'Empereur....   Dim 24 Aoû - 18:13

...... sunny .......

1er Chapitre.....(Sources Carlo Bronne).

La publication des derniers mémoriaux de Sainte-Hélène attire l'attention sur le charmant visage de Mme de Montholon qui avait suivi l'Empereur à Sainte-Hélène avec son mari. Là-bas, une enfant naquit dont Napoléon fut le parrain.

Napoléone de Montholon.

Il pleuvait. L'hiver, commencé depuis dix jours, accumulait ses brumes contre la montagne de Diane. Sur l'âpre plateau, la rafale tordait les oliviers et les cactus, et dans le maigre bois de gommiers faisait un long bruit de sirène. Saint-Hélène semblait flotter sur l'Océan comme un grand navire aveugle.

On entendit du côté de Hutt's Gate un roulement de voitures. Bientôt leur forme voilée se précisa et l'on put reconnaître les calèches de lady Lowe. Elles vinrent se ranger devant Longwood.

Dans la première, Mme de Montholon monta avec ses trois enfants...Tristan, turbulent garçon de sept ans, Napoléone qui venait d'en avoir trois et la petite Joséphine qu'on portait encore sur les bras. La seconde reçut les domestiques Guillaume et Adèle Goff, une mulâtresse et de nombreux bagages.

Puis le Général de Montholon s'étant mis en selle, le petit cortège s'ébranla sous la pluis. Dans l'instant qu'elle quittait pour ne plus y revenir cette maison de l'exil où l'Autre demeurait, Albine de Montholon jeta un dernier regard derrière elle. A l'une des fenêtres de l'appartement de l'Empereur, le rideau s'était levé et quelqu'un regardait.

Déjà, les voitures s'étaient engagées dans l'avenue et atteignaient les deux piliers de pierre marquant la limite du parc. A ce moment, le canon d'Alarm Houss annonça le coucher de soleil. Mme de Montholon aperçut, silhouettes fantomatiques dans le brouillard, les sentinelles qui, suivent la consigne, se rapprochaient de Longwood. Et la geôle, avec la nuit, se referma sur le prisonnier.

Depuis longtemps, les Montholon songeaient à s'en aller, leur fidélité comme celle des autres compagnons de captivité, n'était pas exempte du secret espoir de retirer de la familiarité du grand homme tout ce qu'on pouvait en tirer. Ambitieux sans tenacité, ayant plus de besoins que de fortune, plus de gentilesse que de valeur, Charles de Montholon avait misé sur l'unique tableau qui lui restât en attendant, dans la fôret de Fontainebleau, Napoléon de retour de l'Ile d'Elbe avec le dessein bien arrêté de le suivre jusqu'au bout.

Il n'avait pas dix ans lorsque, se rendant en Turquis avec l'Ambassadeur Sémonville, son beau-père, il avait reçu, pendant une escale à Ajaccio, des leçons de Mathématiques d'un certain lieutenant Bonaparte....ainsi, il apparaissait à l'aube et au crépuscule de la prodigieuse épopée.

Entre temps, l'instabilité de son caractère l'avait fait successivement colonel d'état-major de Berthier, chambellan de Joséphine, ministre plénipotentiaire destitué, général de division aux cent-Jours.

Napoléon l'avait fait comte, mais son père, le marquis de Montholon, avait été grand veneur de Monsieur. Deux de ses ancêtres étaient chanceliers de France mais sa soeur, veuve de Joubert, avait épousé le maréchal Macdonald, il tenait à la fois à la noblesse de l'Empire et à celle de l'ancien régime et ne comptait que sur celle du malheur pour assoeoir sa réputation.

Las Cases était parti, Gourgaud était parti. Pour retenir Montholon, l'Empereur promis des libéralités testamentaires et des pensions que devaient payer sur le continent le prince Eugène et Madame Mère. Sachant l'influence que sa femme exerçait sur lui, il l'invita à dîner seule.

"""""En Europe, dit l'Empereur en riant, vous trouverez aisément un mari....Sire, répondit Mme de Montholon, une femme trouve aisément un amant, non un mari.""""""

Elle en avait cependant trouvé trois, bien qu'elle n'eût que quarante ans. Après avoir été Mme Bignon, puis Mme Daniel Roger, Albine-Hélène de Vassal était devenue la maîtresse du beau Montholon qu'elle avait épousé à Duvreil le 2 juillet 1812. A la fin de l'année, naissait le jeune Tristan.

Napoléon que l'exil n'avait pas rendu plus galant, lui avait dit un jour qu'elle ressemblait à une blanchisseuse et Gourgaud, qui la détestait, notait dans son journal.....""""Elle essaye tout ce qu'elle peut pour faire la passionnée avec S. M. Yeux doux, pieds en avant, robe pincée sur la taille, enfin elle cherche à faire la belle et ce n'est pas facile.""""""

Cette mauvais langue de Gourgaud avait des raisons personnelles de contester les charmes de Mme de Montholon....il les avait naguère loués sans succès.

A la vérité, la sveltesse d'Albine, ses yeux bleus, ses cheveux châtains, plus encore sa patience et sa sollicitude avaient triomphé de l'antipathie qu'au début l'Empereur éprouvait à son égard. Les femmes étaient rares à Longwood. Mme Bertrand restait parfois des semaines sans y paraître, accusant "La Montholon" d'accaparer les faveurs du Maître.

Seule, Albine s'ingéniait à entourer celui-ci de la douceur que procure une présence féminine...elle faisait de la musique, lui parlait de son fils et, rabrouée, montrait quand même un visage amène. Elle fut, dit M. Octave Aubry...."Le dernier sourire de la captivité"....et son départ fit couler les dernières larmes de Napoléon.

La séparation brisa entre eux un autre lien. Quand le " Northumberland " avait pris la mer, il y avait à bord quatre enfants, Napoléon, Henri et Hortense Bertrand, et Tristan de Montholon, sans compter Emmanuel de Las Cases qui avait quinze ans. Le plus jeune des Montholon, Charles, âgé de quinze mois, avait été laissé à Rochefort chez une amie de sa mère. A Sainte-Hélène, la nursery s'augmenta de trois petits Français, les seuls disait Fanny Bertrand, qui fussent arrivés dans l'île sans la permission du Gouverneur.

Napoléone de Montholon vint au monde la première, le 18 juin 1816, et dans le cercle de Longwood, l'accouchement prit des proportions d'un évènement d'Etat. O'Meara, qui assitait le Dr. Livingstone, directeur de l'hôpital de Sainte-Hélène, écrivit....""""Je ne suppose pas qu'il y ait eu moitié autant d'anxiété à propos de la naissance du roi de Rome """"....

La famille Montholon était catholique mais il n'y avait pas de prêtre de cette confession sur place...ce fut le révérand Vernon qui procéda au baptême selon le rite anglican.

Chaque jour, l'Empereur venait voir sa filleule et passait un long moment au chevet d'Albine. Dès cette époque, le bruit courut qu'il n'était point que le parrain de l'enfant et quand naquit, le 26 janvier 1818, la petite Joséphine, seconde fille des Montholon, il y eut des gens bien intentionnés pour insinuer que le bébé avait le menton épais de Sa Majesté.

La coquetterie naturelle de Mme de Montholon, une certaine imprudence de Napoléon qui la recevait lorsqu'il était dans son bain, pouvaient prêter aux commentaires. La jalousie régnant entre les Français eut tôt fait de transformer les soupçons en médisances. Néanmoins, la condition physiologique de l'Empereur, les circonstances de la captivité rendent douteuse l'hypothèse de sa paternité...aussi bien n'est-elle pas nécessaire pour expliquer l'attachement qui l'unissait à la fillette et à ses petits compagnons.

.....A......Suivre....

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Re: La Dernière Filleule de l'Empereur....   Lun 25 Aoû - 10:27

....... sunny .......


2e Chapitre.....(Sources Carlo Bronne).


Napoléon avait toujours aimé les enfants. Leur franchise le reposait de l'inquiétante complexité des hommes. Il s'amusait de la candeur avec laquelle Tristan de Montholon avouait son penchant pour la paresse et de sa colère quand il menaçait de le faire page de Louis XVIII. Avec des mots qu'on voudrait avoir conservés, il commentait pour lui "Le loup et l'Agneau", dont la morale politique avait été si souvent la sienne.

Lorsqu'il était sage, il l'emmenait en calèche, en compagnie d'Hortense Bertrand, faire un tour du parc au galop....lorsqu'il était malade.... la dysenterie régnait à Sainte-Hélène, il venait s'asseoir près de son petit lit comme l'eût fait auprès de celui de son fils.

Le jour de l'An, il distribuait des jouets achetés à Jamestown, des cadeaux de prix, des friandises confectionnées par le fidèle Pierron. Les garçons reçurent des timbales, Hortense une bonbonnière de 50 louis...au départ de Mme Sturmer, femme du commissaire autrichien, il acheta une parure de turquoises et en fit présent à celle qu'on appelait Lili, sa filleule Napoléone.

Déjà malade, ayant renoncé à tout espoir de retour, l'Empereur ne se dissimulait pas le vide qu'allait créer l'absence d'Albine, le silence qui soudain tomberait sur Longwood déserté par les jeux des enfants.

Quant il fut décidé que Mme de Montholon souffrant du foie, irait prendre les eaux en Europe, Napoléon désira passer avec elle et les siens l'ultime journée. La tempête, au dehors faisait rage. L'émotion contenue que chacun ressentait faisait de tous les instants une souffrance.

Les piqûres d'amour-propre, les mots vifs échangés, les rancunes cachées, tout était oublié. Il n'y avait plus face à face, pour quelques heures que des êtres ayant vécu ensemble quatre années d'exil, traversé les mêmes épreuves, goûté les mêmes tristes joies, et qui ne reverraient probablement jamais.

L'Empereur aurait voulu emplir ses yeux et ses oreilles des mines et des rires des trois petits Montholon mais comme s'ils devinaient l'anomalie de la réunion, les enfants se tenaient étrangement tranquilles.

Alors, il se fit apporter les souvenirs qu'il leur destinait. Outre le jeu d'échecs d'Elphinstone, aux aigles sculpées dans l'ivoire, qui devait être remis à l'Impératrice, il y avait une boite en or dont le couvercle montrait son portrait entouré de diamants et le théâtre de Voltaire, relié en maroquin rouge frappé à ses armes. Sur la première page, il écrivit un seul mot...Albine..., puis, comme les yeux de chacun se mouillaient, il les embrassa l'un après l'autre et rentra brusquement chez lui.

Les voitures emmenant les voyageurs mirent longtemps à franchir les deux lieues séparant Longwood et Jamestown. On longeait par moments le précipice et les chevaux n'avançaient qu'au pas dans le brouillard. Les Montholon, qui étaient les hôtes du Gouverneur et de Lady Lowe, dînèrent au château avec les commissaires français, autrichien et russe. Le "Lady-Camphell" devait lever l'ancre le lendemain 2 juillet 1819.

A Longwood, Napoléon demeuré seul prit un bain. Comme il entrait dans la salle à manger, deux rats en se bousculant faillirent le faire choir.
Dans la soirée, il pria Marchand de lui lire "Mahamet", bien qu'il n'aimât pas beaucoup cette tragédie, mais il était visible qu'il n'écoutait pas. A un moment donné il l'interrompit,""""....Vous retournerez tous en Europe, dit-il poursuivant tout haut sa pensée. Vous retrouvrez vos familles. Montholon retrouvera sa femme et ses enfants. Toi, Marchand, tu retrouveras ta mère.....je serai mort, abandonné, dans cette solitude...""""

Tard dans la nuit, Montholon rentra à cheval, ruisselant. Napoléon l'entendit mais ne bougea pas. Marchand s'était tu. Immobile dans son fauteuil, le regard perdu au loin, sans bruit, sans qu'un muscle de son pâle visage tressaillit. L'Empereur pleurait.

....A...Suivre.....

...... salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Re: La Dernière Filleule de l'Empereur....   Lun 25 Aoû - 11:10

...un mot - MERCI flower
Aujourd'hui je lis aussi nouveau "Le Figaro - Magazine" et textes Max Gallo et Jean Toulard consacre Napoleon
Amities et salut
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Percy
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MessageSujet: Re: La Dernière Filleule de l'Empereur....   Lun 25 Aoû - 19:24

Merci pour ce beau récit chargé d'émotion.
La pauvre enfant repose aujourd'hui dans un cimetière bruxellois et une cérémonie d'hommage lui sera rendue en octobre prochain.
Je m'efforcerai d'être présent sur place et j'aurai alors en tête les moments forts de votre narration...
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FRIEDLAND
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MessageSujet: Re: La Dernière Filleule de l'Empereur....   Mar 26 Aoû - 11:05

"Magnifique" récit en effet, ... merci à BERNARD de nous le faire partagé ... Wink



AMITIES HERVE sunny study salut

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"Sur quoi pourrait-on m'attaquer qu'un historien ne puisse me défendre ? ... Les faits parlent d'eux-mêmes, ils brillent comme le soleil ..." NAPOLEON 1er
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Sujet: La Dernière Filleule de l'Empereur....   Mar 26 Aoû - 11:18

....... sunny .......

3e Chapitre.....(Sources Carlo Bronne).


Escale à Bruxelles.


Au début de septembre, les papiers publics annoncèrent que Mme la comtesse de Montholon ne serait vraisemblablement pas autorisée à résider dans la ..."libre et galante Angleterre"..... En effet, le 11 septembre 1819, le floop britannique "Flyingfish" débarquait à Ostende la jeune femme, ses trois enfants et ses trois domestiques. A ceux qui purent l'approcher, elle déclara que Napoléon avait grossi, qu'il se portait assez bien, mais qu'il souffrait du foie.

Tristan et Napoléone, amusés par le sepctacle sans cesse renouvelé qui leur était offert depuis six semaines, ne se ressentaient guère des fatigues du voyage. Il en était autrement de leur soeur cadette qui paraissait avoir mal sipporté l'interminable traversée et le changement de climat. Mme de Montholon elle-même était lasse et résolut de se reposer quelques jours à Ostende avant de se remettre en chemin.

Arrivée le 18 dans la capitale brabançonne, Albine s'installa à l'hôtel de Belle-Vue, place Royale. Tout ce qui touchait à Sainte-Hélène était assuré de rencontrer la faveur du public mais plus que quiconque, un homme guettait dans les journaux les nouvelles de l'île.

C'était le comte de Las Cases, chambellan de l'Empereur, rentré en Europe depuis deux ans...moins heureux que Mme de Montholon, il avait été refoulé non seulement d'Angleterre, mais de France et des Pays-Bas, et n'avait trouvé asile qu'à Offenbach, petite ville du Grand-Duché de Darmstadt.

Dès qu'il apprit la présence à Bruxelles de la comtesse, Las Cases décida de l'y rejoindre. Sa visite inattendue fut, pour Albine, d'un puissant réconfort.

Le petit chambellan laissa percer sa rancoeur à l'endroit de la famille de Napoléon. La jeune femme était d'autant disposée à le comprendre qu'elle rencontrait elle-même, depuis son arrivée, de multiples déceptions.
Il avait été convenu qu'elle toucherait les 24000 francs constituant le traitement de son mari chez le banquier Barling, dépositaire de fonds appartenant à Bertrand.

Baring refusa les traites qui ne furent payées que longtemps après. Hélas ! les difficultés financières étaient de peu d'importance à côté des douloureuses épreuves qu'allait subir Mme de Montholon. Sa plus jeune fille Joséphine, loin de se rétablir, avait gagné un refroidissement pendant le trajet d'Ostende à Bruxelles.

A sa langueur insolite avait succédé une fièvre violente. Le 28 septembre, son babillage se tut aux oreilles de la mère angoissée...deux jours après, une petite âme s'exhala. Désormais Lili-Napoléone de Montholon était la dernière filleule de l'Empereur.

Le samedi 2 octobre, quelques français avertis par les gazettes suivaient l'étroit cercueil en l'église voisine de Saint-Jacques-sur-Coudenberg. Après les obsèques, l'inhumation eut lieu au cimetière de Saint-Josse-Ten-Noode. Une dalle usée recouvre encore à Evere, où ils ont été transportés en 1888, les restes de la petite morte. Sous le blason où s'efface le mouton héraltique de la famille, l'épitaphe porte....."Joséphine Napoléone de Montholon née à Ste-Hélène le 26 janvier 1818 morte à Bruxelles le 30 Sbre-18...." De la tombe oubliée, le temps, brisant la pierre, a emporté la dernière partie du millésime.

Le surlendemain de la cérémonie, Albine se décida à apprendre à son mari la triste nouvelle...."Un grand malheur m'a frappée, mon beau Charles. Ma pauvre petite Joséphine m'a été enlevée en huit jours...je me reprocherais toute ma vie de l'avoir fait voyager et changer de climat si jeune. Je suis persuadée que je ne l'aurais pas perdue à Saint-Hélène"....

L'hôtel de Belle-Vue étant trop onéreux pour les ressources dont elle disposait, Mme de Montholon alla s'installer au coeur de la ville basse. Mais cette prudente détermination eut des conséquences imprévisibles, qui attirèrent bien malgré elle l'attention des gazetiers.

L'Eau, Le Feu et L'Oubli.

Mme de Montholon avait loué longue rue Neuve, non loin du nouveau théâtre de la Monnaie, un appartement dans la maison d'un marchand de dentelles nommé Catineau. Elle s'y était installée le 8 novembre avec ses deux enfants et vivait la plus discrètement possible.

Les premières lettres de Montholon n'étaient pas faites pour rendre du courage à sa femme. Son retrour dans la pluie, le soir des adieux, lui avait valu une bronchite. L'Empereur venait passer auprès de lui de longues heures...ils déjeunaient et dînaient ensemble, parlant longuement des voyageurs...."Les noms de Tristan, Lili, Joséphine sont sortis cent fois de sa bouche dans la journée"....

Désemparé par la perte d'une compagne de bon conseil, Montholon au début, écrivait chaque jour pour tromper son ennui...." Cinq jours se sont écoulés depuis ton départ, mon Albine chérie, et chaque fois je sens plus vivement le besoin de toi, de mes enfants, leur tapage me manque, je voudrais entendre dans ces éternelles nuits ma Lili m'appeler"....

Le courrier de Sainte-Hélènne arrivait irrégulièrement. Chargés de regrets, de commissions et d'amour conjugal, les messages ne variaient guère...la santé de Napoléon, les mariages entre les domestiques, les fausses couches de Mme Bertrand telles étaient les nouvelles ordinaires de l'île.

.......A......Suivre...

salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: La Dernière Filleule de l'Empereur....   Mer 27 Aoû - 10:18

........ sunny ........


.........4e Chapitre.....(Sources Carlo Bronne).


Une lune de miel toute neuve brillait sur l'Océan, séparant les époux et toujours le souvenir du père revenait vers l'enfant préférée...."""Je recommande à Tristan de te rendre heureuse, de bien soigner ses soeurs (il ignorait encore qu'il n'en avait plus qu'une). Tu dois lui apprendre qu'il est destiné à me remplacer et que son bonheur est ma première pensée. Tâche que Lili ne m'oublie pas""".....

La vue des petits Bertrand courant sous ses fenêtres lui était pénible, disait-il, parce qu'elle lui rappelait les siens dont il était éloigné de 2000 lieues.

Il s'en fallut de peu qu'une catastrophe ne privât le tendre Montholon de ceux qu'il chérissait tant. Une nuit....celle du 25 au 26 novembre....un malaise réveilla la comtesse de Montholon. Elle suffoquait dans son sommeil. L'aube blanchissait les murs, elle se rendit compte pourtant que la clarté étrange qui baignait la chambre provenait d'une autre cause.

Soudain, elle se souvint...depuis quelques jours, une odeur de bois brûlé flottait dans l'air, elle s'en était plainte en vain au propriétaire. D'un bond la jeune femme, pieds nus, fut à la porte et l'ouvrit. L'appartement flambait. Une poutre, sous le foyer s'était échauffée, jusqu'à provoquer l'incendie. Déjà le plancher se consumait et d'une minute à l'autre pouvait s'effondrer.

A peine vêtue, Albine secoua son fils, pris Napoléone dans ses bras et se sauva dans la rue. Le jour trouva l'incrédule M. Catineau abîmé parmi ses dentelles roussies. Le feu avait dévoré tous les étages et les effets de Mme de Montholon recueillie par une voisine, étaient irrémédiablement perdus.

Il était écrit que la filleule de l'Empereur devait échapper, durant son séjour à Bruxelles, aux élèments déchaînés. Le 20 janvier 1820, une inondation envahit la ville basse.

Quand la ville reprit, non sans dommage, sa physionomie normale, Mme de Montholon se mit en devoir de satisfaire aux demandes de Sainte-Hélène. Les exilés réclamaient des ouvrages récents, Mémoires ou libelles, spécialement ceux contenant des pièces officielles. A la requête, Holmes en expédia soixante-dix, bien choisis...elle en envoya d'autres, mais beaucoup s'égarèrent.

Une Grande Ombre sur Une Petite Fille.

Mme de Montholon quitta enfin le sol des Pays-Bas pour rentrer en France après cinq ans d'absence.

Tristan fut mis en pension, son instruction en exil ayant été fort négligée. La filleule de l'Empereur resta auprès de sa mère....sa mémoire vierge avait gardé étonnamment vivaces les images de la petite île. Elle parlait souvent de ceux qui l'y avaient choyée, attendait toujours pour le dimanche suivant l'arrivée de son papa et mettait chaque jour pour lui quelque chose de côté.

Le 15 août, toute la famille fut réunie. C'était la fête de l'Empereur que les canons et les cloches célébraient jadis à grand bruit d'airain. C'était aussi, par conséquent, la fête de Napoléone de Montholon. Mais, de part et d'autre, il y avait trop de manquants pour que le bonheur fût sans ombre. Le matin même la comtesse écrivit à son mari.....""""Je vous vois tous dans le billard. Les enfants sont bien parés. Je vois la jolie Hortense avec ses beaux cheveux noirs bouclés, Mme Bertrand dans ses atours, et toi, mon pauvre Charles, tu fais une mine encore plus triste qu'à l'ordinaire en pensant aux absents. Je fête ma Lili, mais bien tristement, je t'assure. Je dînerais avec mes enfants, je leur parlerai de vous. Tristan pleurera au souvenir de cette journée naguère si belle pour lui, maintenant si terne !""""".....

A Sainte-Hélène, le 15 août fut d'une poignante mélancolie. Avec Albine, il semblait que le peu de douceur qui réchauffait encore le coeur du prisonnier s'en fût allée pour toujours.

"""""Votre femme, dit l'Empereur à Montholon, semait des fleurs sur la tombe...depuis son départ, il n'y a plus que des ronces."""""

Il avait renoncé insensiblement à toutes les distractions...l'équitation, le jardinage, les promenades en calèche. Il ne se rasait plus que tous les deux jours, restait parfois vêtu d'une robe de chambre jusqu'au soir. Il lisait à peine les lettres de sa famille...sa femme, son fils, les seuls dont il désirait passionnément des nouvelles, ceux-là n'écrivaient pas.

Napoléon enfermait en lui ce chagrin avec les autres, mais il était plus amer, plus lancinant que les autres et le rongeait lentement. Il pensait au roi de Rome en affublant la fillette des Bertrand du bel habit cerise de Premier Consul qu'il eût aimé lui donner, et le visage de l'enfant blond élevé, loin de lui, au fond des palais autrichiens, souriait du sourire du petit Arthur quand il jetait dans son tablier les 1200 francs nécessaires à l'achat d'un poney convoité.

Ses dernières joies lui venaient de ces êtres charmants et sa crainte était d'en être privé. Il n'oubliait pas ceux qui étaient partis et singulièrement cette """"Petite Merveille""""" qu'était, aux dires maternels, Napoléone de Montholon.

Le grand maréchal, poussé par sa femme, cherchait à quitter l'île. Privé de la tendresse d'Albine de Montholon, Napoléon avait tenté d'obtenir les mêmes faveurs de Fanny Bertrand, mais il s'était heurté à un refus dont le testament impérial allait porter les traces. Les navires n'apportaient le courrier qu'avec beaucoup de retard....pendant cinq mois, de juillet à décembre 1820, il fut sans nouvelles des siens.

.......A......Suivre......

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: La Dernière Filleule de l'Empereur....   Jeu 28 Aoû - 9:30

........ sunny ........


5e Chapitre.....(Sources Carlo Bronne).


Peu à peu sa présence était devenue indispensable à l'Empereur. Il dînait en tête à tête avec lui, lui servait de secrétaire et bientôt de garde-malade. Napoléon n'ignorait pas la nostalgie dont souffrait son aide de camp. Un jour, il dit à Marchand....."""Ils partiront tous, mon fils, tu resteras seul pour me fermer les yeux""".... Cependant le général se refusait à partir avant d'avoir été remplacé.

Dans tous ses messages, Montholon pressait sa femme d'aboutir dans ses démarches. 1821 trouva le gouvernement français disposé à favoriser les projets de la comtesse qui, déçue et lasse d'une si longue séparation, avait résolu de regagner l'île avec ses enfants. Le petit groupe allait s'embarquer quand une lettre datée du 6 mai parvin.

"""""Tout est fini, ma bonne Albine, disait Montholon, l'Empereur a rendu le dernier soupir hier à six heures moins dix minutes.""""

Le "Camel", ramenant les témoins de la captivité, arriva le 2 août, à Portsmouth où Mme Montholon était venue attendre son mari. Le 19 octobre, à Calais, Montholon foulait à nouveau la terre française et pouvait serrer dans ses bras ses enfants retrouvés.

L'histoire de Napoléon était achevée. Sa légende commençait, cette légende que trois quarts de siècle plus tard, sa filleule incarnait encore aux yeux de ses concitoyens étonnés.

En Octobre 1904, Maurice Barrès, qui séjournait au château de Mirabeau, fit une brève tournée en Provence. Toujours attentif au détail psychologique ou à l'anecdote révélatrice que lui offrait l'observation quotidienne, il nota dans ses "cahiers"...."""""A... Aix-en-Provence, il y a une vieille demoiselle qui est née à Sainte-Hélène et dont le visage impérieux à des traits de l'Empereur....sa mère était la femme d'un officier de la suite de l'Empereur. Elle a le culte de cette grande mémoire. Un professeur Corse, qui ne lui a jamais été présenté, la salue profondément chaque fois qu'il la rencontre dans la rue.""""

Le signalement est exact à celà près que la vieille demoiselle avait convolé deux fois en justes noces. Celle qui avait frappé l'imagination de Barrès, n'était autre que la marquise douairière de Lapeyrouse, née Napoléone de Montholon, la dernière filleule de l'Empereur. Elle avait alors quatre-vingt-huit ans.

En sa longue existence que de régimes elle avait vu passer et trépasser !....Sur sa famille même, les catastrophes s'étaient abattues avec un égal acharnement.

Le général de Montholon était revenu riche de Sainte-Hélène. Le premier testament, brûlé en avril 1821, lui attribuait 650.000 francs, réservant la moitié des diamants de l'Empereur à Mme de Montholon. En vertu du second il recevait 2 millions sur les fonds confiés à Laffitte, tandis que Bertrand ne recueillait que 500.000 francs. Les travaux de M.J. Savant, qui a publié le "Testament et ses 8 condicilles", et de M. Fleuriot de Langle, auquel on doit "Le journal du général Bertrand", dans son texte intégral, semblent établir que cette inégalité de traitement fut motivée par la manière tout aussi inégale dont Mme de Montholon et Mme Bertrand traitèrent l'exilé avide d'affection féminine.

Les legs dépassant la valeur du dépôt, un arbitrage de Maret, Daru et Caulaincourt réduisit de 1.351.298 francs la somme que toucha Montholon en 1826. Malheureusement, sa témérité naturelle l'avait fait engager sa fortune dans des entreprises hasardeuses...trois ans après, la ruine l'acculait à la faillite.

La Monarchie de juillet aurait pu apporter quelque adoucissement au sort de Montholon....Reintégré dans les cadres de l'armée, réhabilité en 1838, il avait vu sa chère Lili, l'enfant de son coeur, épouser dès sa majorité un jeune officier de marine de bonne noblesse bretonne, le capitaine de corvette du Couëdic de Kergoualer.

Une autre joie mêlée d'orgueil et de tristesse lui serait échue en partage s'il ne s'était lancé tête baissée dans de nouvelles aventures. Le gouvernement de Louis-Philippe ayant décidé le retour des cendres de l'Empereur, ses anciens compagnons étaient partis pour Sainte-Hélène avec le prince de Joinville à bord de la "Belle Poule". Ils étaient tous là....Bertrand et son fils Arthur, Gourgaud, Emmanuel de Las Cases, le fidèle Marchand.

Seuls manquaient à l'appel Las Cases, aveugle et bien près de la tombe, et Charles de Montholon. Réfugié en Angleterre pour échapper à ses créanciers, il s'était lié avec le prince Louis-Napoléon et l'avait suivi, comme chef d'état-major, dans l'équipée de Boulogne. Le 7 octobre 1840, dans l'instant que la frègate "Belle Poule" arrivait en vue de Sainte-Hélène, Montholon entrait prisonnier au fort de Ham où il devait passer six années de détention et écrire de mémoire ses "Récits de Captivité". De douleureuses épreuves attendaient encore sa fille.

.......A......Suivre.....

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MessageSujet: La Dernière Filleule de l'Empereur....   Ven 29 Aoû - 9:40

........ sunny .......


6e...et dernier... Chapitre.....(Sources Carlo Bronne).


Le jeune ménage s'était installé à Toulon, où l'appelaient des raisons de service. Deux enfants lui étaient nés, un fils et une fille, tous deux ayant reçu parmi leurs prénoms celui vénéré de Napoléon. Un troisième devait venir au monde, hélas ! posthume...son père à peine âgé de trente huit ans, étant mort cinq mois avant sa naissance.

La vie du comte de Montholon, à son déclin, avait été assombrie par les chagrins domestiques qui s'étaient ajoutés à ses démêlés financiers et politiques. La tendre correspondance que par-dessus les mers il entretenait naguère avec sa femme n'avait pas évité une mésentente, bientôt irrémédiable. Ils avaient dû se séparer.

Albine s'était retirée à Montpellier et l'âge l'inclinait à la dévotion. Elle mourut subitement en 1848.

Napoléone veuve à trente ans, s'était remariée le 20 février 1845 avec un autre officier de marine, Léonce de Bonfils-La-Blémie de Rochon, comte de Lapeyrouse. Le second Empire rendit aux Montholon honneurs et fortune. Le lieutenant de vaisseau fut nommé préfet du Doubs et Napoléon III demanda 8 millions aux Chambres afin d'exécuter le restant du testament de l'Empereur.

Il semblait que celui qui avait été son aide de camp et le compagnon de sa détresse n'eût attendu que cette revanche pour quitter cette terre.....Charles de Montholon mourut en 1853 et ses héritiers touchèrent un reliquat de 667.282 francs sur le partage de 1826.

Dix lustres s'écoulèrent. Napoléone vit poindre l'aube du vingtième siècle. Des six enfants qu'elle avait donnés à son second époux, les uns étaient morts, les autres étaient mariés.

Entourée de sa nombreuse descendance, la dernière filleule de l'Empereur faisait figure d'aïeule légendaire. Sur son passage se levait un siècle éteint dont les reflets de gloire éclairaient encore son vieux visage si noble, si impérieux.

La mort autour d'elle avait fauché à tour de bras. Elle seule demeurait, relique vivante d'une époque héroïque.

Peut-être soulevait-elle parfois, avec une secrète émotion, le couvercle d'un écrin marqué d'un... N ....impérial où, sur le velour mat, luisait doucement la parure de turquoise qu'un jour à Sainte-Hélène le grand homme avait donnée à une toute petite fille, et les pierres changeantes lui rappelaient les larmes dernières que son départ avait fait verser à l'Empereur.

Enfin, un jour d'hiver 1907, Napoléone de Montholon s'éteignit en son hôtel d'Albertas, à Aix-en-Provence. Elle avait quatre-vingt-dix-ans.

.....FIN......

.....Merci .. Carlo Bronne pour vos recherches... né en 1901 à Liège, il meurt dans cette même ville en 1987......Magistrat....Il est avant tout connu comme écrivain.

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MessageSujet: Re: La Dernière Filleule de l'Empereur....   

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