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 Le Mariage Manqué de Napoléon.....

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Le Mariage Manqué de Napoléon.....   Sam 4 Avr - 9:48

......sunny ...... (Sources François Piétri)......1er Chapitre.


Le 26 mars 1801, une dépêche diplomatique, datée d'Aranjuez, où se trouvait comme toujours aux environs de Pâques la Cour d'Espagne, et adressée au Chevalier de Azara, ambassadeur de Sa Majesté Catholique à Paris, lui annonçait l'expédition d' " un portrait en miniature de Son Altesse Sérénissime Madame l'Infante Marie-Isabelle ".

Dona Marie-Isabelle, alors âgée de treize ans, était le sixième des sept enfants du roi Charles IV et de la reine, son épouse, Marie-Louise de Bourbon-Parme.

Aucune précision n'accompagnait ce curieux envoi, manifestement destiné à un autre objet que celui d'orner les salons de l'ambassade.

Aussi bien les Mémoires très concordants de Lucien Bonaparte, de Godoy, de Mme de Rémusat et de Volney vont-ils nous en donner l'explication romanesque.

Il ne s'agissait de rien de moins que de marier cette jeune princesse au général Bonaparte, Premier Consul de la République Française. C'était là le prologue d'une intrigue assez mal connue et dont le succès, si elle avait abouti, aurait totalement transformé la destinée napoléonienne. Le thème du nez de Cléopâtre est de toutes époques et de tous les pays.

Au printemps de 1801, Napoléon n'est pas Empereur, mais le prestige de ses victoires, l'éclat de son administration, la prodigieuse réussite de ses entreprises en font déjà, dans l'Europe entière, l'égal d'un souverain.

Il n'a pas encore trente-deux ans, il a une belle figure, comme nous le montrent, dans son habit rouge et or, les portraits d'Ingres et de Creuze...et Joséphine et lui n'en sont déjà plus à la lune de miel de leur début. Il n'est pas encore brouillé avec Lucien qui, demain, désapprouvera l'Empire, refusera d'obéir à son frère et se trouvera écarté à la fois de la dynastie et du gouvernement.

Pour l'instant, cet enfant terrible de la famille est ambassadeur à Madrid, où sa diplomatie a été fort heureuse. Il y a notamment mené à bien trois négociations importantes...la rupture du Portugal avec l'Angleterre, une alliance navale franco-espagnole et la création d'un royaume d'Etrurie, au profit d'un gendre et d'une fille du roi Charles.

Il va, par contre, dans celle dont le récit va suivre, se heurter à un échec. Il faut auparavant, comme dans toute comédie bien ordonnée...car c'en fut une, passer en revue ceux qui en seront les personnages. Le couple royal d'abord....singulier ménage que celui dont le pinceau de Goya nous a cruellement légué les portraits !

Lui, le grand et gros Charles IV, sorte d'Hercule silencieux, assez semblable à son cousin Louis XVI, ne se complaisant qu'à la chasse et au bricolage, levé à quatre heures du matin, entendant deux messes coup sur coup avant de s'enfermer dans son atelier, très brave homme au surplus, généreux, placide, bon père et époux distrait.

Elle, d'une laideur sympathique, intelligente, active, d'un patriotisme chaleureux et que l'ardeur de ses....amitiés n'empêche point d'être l'excellente mère de sept enfants.

Quant à Godoy, qui règne et gouverne à leur place, c'est un ancien garde du corps, fort bel homme, mais qui n'est pas seulement "arrivé" par les faveurs suspectes de la reine, car ses qualités d'homme d'Etat sont indéniables, et sa politique extérieure, qui lui a fait renouer avec la France républicaine la vieille alliance du "pacte de famille", est des plus habiles.

Au demeurant, ami des plaisirs et des arts, entouré d'une coterie brillante, faisant sa toilette, le matin, au son des violons et des flûtes, parcourant les rues de Madrid dans le fracas d'une escorte de cent gardes suisses, mais doué avec cela d'une étonnante force de travail et d'une résistance physique qu'il doit à ses origines de hobereau campagnard.

Ses relations avec la reine n'ont été qu'une passade de jeunesse. Il affiche mainteant, quoique marié, une maîtresse en titre....qui sera un jour sa femme...Marie Tudo, cependant que la reine, de son côté, accorde ses bontés à un jeune officier vénézuélien de sa maison, nommé Mallo qui, pour les besoins de la cause, a été fait maréchal des logis du palais.

Quant aux enfants, ils sont trois garçons et quatre filles. Dans l'ordre Marie-Amélie, mariée à son oncle.... l'infant don Antoine, lequel sera en 1808 l'ennemi le plus acharné de Napoléon...Charlotte-Joséphine, princesse du Brésil par son union avec le régent Jean de Bragance, héritier présomptif, et, plus tard, roi du Portugal....Marie-Louise, qui a épousé son cousin germain, Louis de Parme, et est devenue depuis, par la grâce de Bonaparte, reine d'Etrurie....Ferdinand, prince des Asturies, le futur et méprisable Ferdinand VII....Charles-Marie, qui sera un jour le Charles V de l'insurrection carliste....enfin les deux derniers, à savoir...Marie-Isabelle, la nôtre....et François de Paule, le benjamin de la nichée, celui que les mauvaises langues disent être né de Godoy et qui vient d'avoir sept ans.

Marie Isabelle est la mieux tournée du groupe familial, dont Goya a fait une peinture plus fameuse que flatteuse, et où on la voit blottie contre les jupes de sa mère, avec des yeux éveillés et un assez gentil visage de petite fille.

C'est d'elle, en dépit de son jeune âge, qu'une extraordinaire initiative de Lucien, approuvée, sinon suscitée, par la reine et Godoy, moins bien accueillie peut-être par Charles V, rêve de faire l'épouse du Premier Consul. Comment s'est nouée et dénouée cette étonnante entreprise ?

Le 24 avril qui suit l'envoi de la miniature à Azara, Lucien Bonaparte écrit à son frère une lettre, où, sans lui dire carrément...""" Voulez-vous épouser cette jeune personne ?""".....il laisse entendre, à ne pas s'y tromper, que c'est bien de cela qu'il est question.

"""""" Le Prince de la Paix m'a demandé de vous faire une ouverture confidentielle, et la reine de son côté, m'a prié de vous consulter sur l'établissement de sa fille...au cours d'une entrevue d'une heure, elle m'a parlé de ses sentiments pour vous...ma fille m'a-t-elle glissé dans sa conversation, devait être casée au Portugal, mais celà ne me plaît pas. Maintenant se présente pour sa main un fils de l'électeur de Bavière, et je voudrais savoir ce que le consul en pense....C'est ma fille chérie et l'on ne peut trouver ni jolie, ni meilleure. Je veux qu'elle soit heureuse, elle a été élevée par une Française, la baronne de Saint-Louis, et elle aime beaucoup la France. """""

""""" Je n'ai pas cru devoir pousser plus loin cette explication, mais je crois que cete confidence a pour but de découvrir quelque motif plus secret et plus personnel à vous. On est persuadé ici que vous allez être bientôt le maître de l'Europe...il résulte de tout cela que je suis convaincu que le propos de la reine à pour objet de voir si vous lui conseillez d'établir sa fille ou si vous l'engagez à ne pas se presser, car le mariage, que certains ont en vue, est sans engagement de part et d'autre...Telles sont, mon cher frère, les ouvertures que j'ai à vous faire et sur lesquelles j'attends quelques mots de vous. J'entendrai aussi votre silence."""""

Bonaparte ne pouvait guère se méprendre à la lecture de cette lettre...dont a été souligné à dessein les prudents sous-entendus. Comment l'accueillit-il ?....Sa réponse nous est rapportée par un souvenir de Volney, alors sénateur, à qui le consul montre la missive trop diplomatique de Lucien et dit, en haussant les épaules... Si j'étais dans le cas de me marier une seconde fois, ce n'est pas dans une maison en ruine que j'irais chercher ma descendance...Et l'affaire en reste là.

......A.....Suivre......salut

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" Ne crains pas d'avancer lentement, crains seulement de t'arrêter "   (Sagesse Chinoise).

Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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MessageSujet: Le Mariage Manqué de Napoléon.....   Dim 5 Avr - 10:29

......sunny ...... (Sources François Piétri)......2è et dernier Chapitre.



Bien entendu et comme toujours dans les projets qui avortent, chacun après coup voudra sortir son épingle du jeu ou trouver que les raisins étaient trop verts..... A en croire, par exemple, les Mémoires de Godoy, écrits trente ans plus tard à une époque où il n'en coûtait rien de prendre cette position, il semblerait, peu vraisemblablement, que Lucien aurait été seul à imaginer la possibilité de cette union.

"""Lucien....y est-il écrit a ajouté, avec sa finesse habituelle, que l'infante Isabelle était très jeune...que tel jour pourrait arriver où d'autres princesses d'Europe rechercheraient son frère..qu'il partagerait donc volontiers sa grandeur avec elle, que les obstacles étaient de peu d'importance et qu'il y a dispense pour tout, qu'enfin, la gloire couvrirait tout cela de ses lauriers. Il ne m'était pas facile d'improviser une réponse. Je balbutiais des paroles vagues, car jamais il ne me serait entré dans la tête qu'une infante d'Espagne pût s'assoir, à côté d'un soldat heureux, sur un trône taché du sang de la maison de Bourbon. L'honneur, la morale et la religion s'opposaient à cet amalgame.""""

Charles IV, à son tour, se serait défilé, toujours selon Godoy, il aurait déclaré qu'il ne redoutait rien de plus qu'une acceptation de Bonaparte et qu'il n'aurait su que faire. Or, si Lucien avait agi ainsi en étourneau, et sans prendre la peine de s'assurer l'accord de l'un et de l'autre, comment s'expliquerait l'envoi de la miniature par la voie officielle ?

Comment comprendre surtout que la reine Marie-Louise ait pu écrire à Godoy dès le 12 mai, la lettre suivante... """""Lucien est venu au palais nous faire sa cour. Nous avons parlé de Marie-Isabelle. Je lui ai dit combien je serais heureuse que le mariage se fît. Il m'a répondu, oui, mais il ne faut pas se presser. Nous vîmes alors la maladresse de Azara, qui, n'a jamais été qu'un nigaud !""""

Il est de toute évidence que le complot avait été dûment préparé entre eux, Azara compris, et que, si le "soldat de fortune" y eût répondu autrement que "par son silence" la cour d'Espagne n'aurait point trouvé si scandaleux que la jeune Isabelle épousât l'Empereur.

Mais il y a mieux....Est-il bien certain que Bonaparte ait repoussé le projet de son frère avec l'espèce d'indignation dont Volney s'est fait, peut-être un peu vite l'écho ?.....Les arguments pour et contre ne manquent pas.

Madame de Rémusat pense que le Premier Consul, tenait à se poser en champion de la Révolution. Il faut aussi tenir compte de ce que la question de l'érédité ne le hantait pas encore, "je n'ai qu'un héritier naturel", avait-il répondu un jour à une allusion de Roederer, "c'est le peuple Français ".

On ne saurait enfin soutenir qu'il fût disposé, dès cette époque, à se séparer de sa femme, qu'il continuait à aimer tendrement malgré ses incartades. Et même, à cet égard, l'hostilité que ses frères et soeurs, et Lucien surtout montraient à "la veuve Beauharnais" avait le don de l'irriter. Lorsque l'un d'eux alléguait que, son mariage purement civil étant à leurs yeux sans valeur, il lui serait facile de le briser, il leur imposait aussi sèchement silence que lorsqu'ils déploraient une stérilité qui ne commencera à lui peser que sept ou huit ans plus tard.

Tout cela est parfaitement plausible, et peut-être exact. Pourtant quelques indices, négligés par les historiens, donneraient à penser que l'offre audacieuse de Lucien et de la cour d'Espagne n'aurait pas été si indifférente au vainqueur de Lodi et de Marengo.

Un érudit espagnol du siècle dernier, Perez de Guzman, grand connaisseur de cette période, affirme qu'en juin 1801, Napoléon, resséréné par l'heureuse issue de la guerre hispano-portugaise et par les premières ouvertures de paix de l'Angleterre, aurait songé à reprendre ce projet matrimonial, qui eût fait partie de tout un système de concorde entre les deux pays, sorte de nouveau "Pacte de Famille" destiné à faire de l'Espagne, comme il en était déjà de l'Italie, une annexe politique de la France.

C'eut été le plan de Bayonne avant la lettre, mais réalisé par un croisement amiable de mariages et non plus par une conquête militaire.

A peu de temps, en effet, de l'époque où se place notre récit, Napoléon ne cherchera-t-il pas, et avec une étrange insistance, à fiancer au prince des Asturies le Ferdinand VII de demain...l'aînée des deux filles que Lucien a eues de son mariage avec Christine Boyer, dont il est veuf ?...Ne tentera-t-il point également de marier Lucien lui-même à l'infante Marie-Louise, celle qu'il a faite reine d'Etrurie et dont le faible époux vient de décéder ?...Il se heurtera d'ailleurs dans l'un et l'autre cas, au refus de son frère et il en concevra un dépit très vif. Et quant à lui, enfin, il faut croire que l'idée d'épouser l'infante à la miniature l'a tout de même fait réfléchir et qu'il a peut-être gardé quelque regret de n'y avoir pas donné suite.

Ce qui autorise cette hypothèse, c'est un curieux entretien que Napoléon Empereur va avoir en 1805 avec le marquis del Gallo, ambassadeur extraordinaire du roi des deux-siciles, le jour où il est venu ceindre, à Milan, la couronne de fer des rois lombards.

Dans l'intervalle, la jeune Isabelle a épousé son cousin François, fils de Ferdinand IV de Naples et de la trop célèbre Marie-Caroline de Bourbon, la soeur de l'infortunée Marie-Antoinette.

A la réception que Napoléon donne au palais Visconti, pour fêter son avènement comme roi d'Italie, il retient par la main le marquis del Gallo et lui demande à brûle-pourpoint des nouvelles de l'infante.....Comment va cette charmante enfant ?...Comment se trouve-t-elle de son établissement ?..Pensez-vous qu'elle est heureuse ?...La traite-t-on comme elle mérite ?...A-t-elle grandi ?....A-t-elle engraissé ?....Les Bourbons ont la rage de se marier entre eux....A-t-elle des enfants ?....Sont-ils beaux ?...Il en parle avec une sorte d'émotion précipitée, dont le diplomate napolitain demeure saisi....Il me pressait de questions,rapporte Del Gallo dans une lettre à ses souverains, etcomme aurait fait un ami ou un père.

Il est toujours vain de se livrer au jeu des conjectures après coup, mais se représente-t-on l'extraordinaire changement qu'aurait apporté dans l'histoire du monde le mariage dont Lucien avait formé le projet, en accord évident avec la famille royale d'Espagne et de l'échec duquel on le voit, Napoléon aurait éprouvé tardivement le regret ?

Le moins qu'on puisse dire est que l'impérial époux de Marie-Isabelle se fût épargné le drame de Bayonne et ses terribles conséquences.

Quant à l'innocente héroïne de ce récit, à celle dont un coup de pouce du, destin aurait fait la campagne de Napoléon le Grand et la souveraine d'un empire continental plus vaste que celui de Charles Quint, elle vivotera tant bien que mal dans la petite cour de Naples, où son existence sera celle d'une princesse obscure et, ensuite d'une femme oubliée.

En 1806, elle suit sa belle-famille dans l'exil de Palerme, pour faire place à Naples, aux royautés successives de Joseph Bonaparte et de Murat. A la mort de Ferdinand IV, remis sur son trône en 1815, elle devient reine des Deux-Siciles. Veuve en 1830, elle épouse un général de l'armée napolitaine, le comte Balzo et elle meurt assez tristement... en 1848, nayant rien laissé, dans ses écrits ou des propos émanés d'elle, qui contint la moindre allusion à l'étonnante fortune qu'elle avait cotoyée.

Parmi les douze enfants qu'elle aura de François 1er...un seul jouera dans l'histoire un rôle considérable....sa fille Marie-Christine, qui sera la quatrième et dernière femme de Ferdiand VII d'Espagne et la mère d'Isabelle II.

On pourrait croire à un mystérieux phénomène d'imprégnation quand on pense que cette fille de la douce Marie-Isabelle sera la fameuse Reina Gobernadora...la reine "gouvernoresse"...celle qui exercera sur l'Espagne, vingt année durant, une impérieuse dictature.

Belle, passionnée, d'une intelligence exceptionelle, d'un sens politique aigu, au surplus amazone intrépide et douée d'une résistance et d'une volonté de fer, Isturiz disait d'elle qu'elle était le Napoléon de son sexe.

.......FIN...... salut

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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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