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 Le Pont d'Arcole......

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Le Pont d'Arcole......   Dim 15 Nov - 10:41

....... ..... .....Le Pont d'Arcole....

Il y a 213 ans.....le 15 Novembre 1796, commençait la Bataille "Du Pont d'Arcole".....Emile Jean Horace Vernet (°1789+1863)...Peintre Français a immortalisé par son talent une scène de cette journée...



Voici une évocation de cette prestigieuse Bataille....

(Sources B.Putigny)...Le Pont d'Arcole....

Nos Manuels d’histoire diminuent maintenant l’importance accordée aux batailles. Ils préfèrent accentuer les indications sur les mœurs, sur la vie sociale. Certains combats participent pourtant, eux aussi, du roman, et peuvent nous montrer cet aspect humain que recherchent aujourd’hui les historiens.

Entre Vérone et Vicence, sur la plaine humide et basse, les arbres noirs accrochent les lambeaux de brouillard. Les marais, les canaux enchevêtrés débordent. Toute cette eau piquée par les averses, ridée par le vent d’automne reflète vaguement le gris du ciel bas.

Arcole….village Lombard avec son église typique à toit plat dominant la grande place. Autour, quelques fermes dispersées forment rue…. pendant 200 mètres jusqu’à un torrent rapide, très encaissé…l’Alpone.

Posé sur deux culées de pierre, l’enjambe un simple plateau de planches….Le pont d’Arcole. Les Autrichiens occupent le village, ils ont barricadé à la hâte, traîné des canons, percé des meurtrières dans le mur des maisons.

A travers les bois inondés et les marécages, l’armée française arrive. Le gros des troupes progresse sur une large chaussée conduisant au pont que d’autres détachements s’efforcent de rallier en longeant la digue de l’Alpone. Le Général Augereau doit prendre Arcole avant que les Autrichiens puissent y recevoir des renforts.

Il faut passer le pont, mais impossible de se déployer dans ce bourbier. En attendant l’attaque, des hommes sont obligés de rester groupés sur les seuls points solides….la chaussée et la berge très surélevée du torrent…..La belle cible ! Les Autrichiens sont bons tireurs et s’en donnent à cœur joie. « En avant ! »…Les tambours d’Augereau battent la charge.

Courant, courbés, les assaillants se bousculent à l’entrée de ce pont étroit, sans parapet, balayé par le tir concentré de l’ennemi. Les planches tremblent sous leurs pieds. Le tonnerre des, canons dont les gueules crachaient presque à bout portant, ébranle le pont jusqu’au madriers. Les cadavres des Français s’y amoncelles ou en dégringolent, faisant des traînées rouges dans le jaune sale du courant.

Les grenadiers de l’Armée d’Italie sentent la peur pour la première fois. Une lourde consternation fige les plus braves…ils reculent…tellement que l’un d’eux Grambert, en a honte, il se reprend et, tout seul sans cet ouragan qui miaule, frappe et ricoche, miraculeusement s’avance. Parvenu au milieu du pont, il se retourne, hurle vers ses camarades tapis derrière la jetée…. « Eh bien, ça ne me tue pas, venez me passer des cartouches !... » Personne ne bouge, lui s’effondre à la renverse, la tête trouée. Il avait parlé trop tôt….

Le général Augereau veut en finir. Saisissant un drapeau, il rallie ses soldats. Les rangs, après quelques secondes d’hésitation se reforment, mais ce nouvel assaut déclenche un tel déluge de fer et de plomb que même Augereau l’Intrépide, n’étant plus suivi de personne, n’insiste pas. Dure, sévère, une voix frappe ces hommes effrayés…. « Où est donc votre courage, n’êtes vous plus les vainqueurs de Lodi ? Il faut vaincre ou mourir… ».

Les têtes se relèvent vers Bonaparte. Leur général en chef est là, martelant ses mots, droit sur son cheval qu’il fait brusquement volter et enlève vers le pont. Chacun oublie sa peur, les blessés ne sentent plus leurs souffrances….laissant leur sang couler, ils se précipitent pour protéger le Petit Caporal, empêcher qu’il s’expose, Lui dans cet enfer ! Qu’il mette donc, au moins pied à terre !...A cela, il consent, mais empoigne le drapeau à son tour bien résolu à s’engager le premier sur le pont. Lannes, dont la blessure n’est pas fermée se place à son côté…tous se serrent contre lui pour faire rempart de leur corps, et ils partent.

Cette masse humaine semble se soulever à chaque rafale de mitraille. De trois côtés, le feu Autrichien y pénètre et y ouvre des sillons sanglants. Bonaparte, au milieu d’une âcre fumée, se retrouve sans bouclier humain, mais va toujours. Muiron, son aide de camp, devine, ou plutôt pressent, la prochaine décharge, il se jette contre lui pour le couvrir et frappé à mort, chancelle, bat l’air de ses bras et bascule dans le torrent. D’autres viendront prendre sa place….

Devant ces sacrifices inutiles, Bonaparte cède enfin aux supplications de ses grenadiers qui l’emmènent et le remettent presque de force sur son cheval pour qu’il s’éloigne. A cet instant, chargent les Autrichiens. Leur flot emporte tout et le cheval, bousculé au bord de la chaussée, s’affole, se cabre et d’un grand bond désordonné va rouler dans le marais avec son cavalier.

Les Autrichiens, dans leur élan, frôlent et dépassent sans rien remarquer, l’endroit où la boue, leur alliée, retient pour eux, prisonnier, le général de l’armée française. Il l’a échappé belle, mais tout péril n’est pas conjuré. S’efforçant de se dépêtrer de cette gangue visqueuse et glaciale, il ne fait que s’enfoncer davantage, et bientôt, il se débat désespérément, enlisé jusqu’au cou. Marmont, par chance, l’aperçoit et, avec Belliard parvient à le tirer de là.

Une heure plus tard, à une lieue, dans une maison du village de Ronco, Bonaparte se sèche devant le grand feu tout en faisant ses plans. Son esprit est tendu vers la bataille du lendemain. Et au matin, les divisions françaises manoeuvrent aisément les colonnes ennemies venues en force, pour les attaquer. Joie de reprendre sa revanche, de les culbuter dans les marais….

Après avoir ramassé au passage, comme d’habitude, canons et drapeaux, ils se présentent de nouveau devant le pont d’Arcole, s’y heurtant cette fois, au gros des forces autrichiennes tout leur bel enthousiasme retombe, et se répètent les sanglantes tentatives de la veille, aussi stériles.

Le dos rond sous la pluie, les troupes reviennent, le soir à Ronco, épuisées, dégoûtées, grelottantes. Cette nuit-là encore, devant les flammes de sa cheminée, Bonaparte, stoïque et actif, étudie les mêmes cartes, pour mettre au point un troisième plan de bataille. Il lui faut emporter Arcole pour assurer le sort de son armée et consolider ses victoires. Tout le reste ne compte pas….

Puisque ce pont se révèle infranchissable, il fera établir par le génie, une passerelle…les troupes d’Augereau traverseront en aval, débordant les Autrichiens sur leur flanc gauche, tandis que Masséna, en amont, essaiera de tourner leur droite. Il convoque les généraux pour leur communiquer le détail de ses ordres.

La passerelle est exécutée à l’aube, salué par la canonnade, Augereau la franchit et pousse devant lui tout ce qu’il rencontre. Masséna de son côté, après quelques succès, se trouve paralysé parce que l’adversaire, solidement appuyé à un large marais, s’accroche. Toutes les réserves ont été engagées. Bonaparte n’a plus rien pour tourner cet obstacle irritant… que la ruse !
.....A....Suivre........ ....


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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Drouet Cyril

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MessageSujet: Re: Le Pont d'Arcole......   Dim 15 Nov - 11:59

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: Le Pont d'Arcole......   Lun 16 Nov - 9:51

..... ...... ...Suite et Fin.....Le Pont d'Arcole....


(Sources B.Putigny)...


Assourdies par le brouillard, venant d’une direction où leurs éléments de reconnaissance n’ont signalé aucune troupe française, les Autrichiens stupéfaits, distinguent, d’abord lointaines, puis claires et vibrantes, venant droit sur eux, les trompettes françaises qui sonnent la charge. Un mouvement, un flottement dans leurs lignes….ils se retournent, écoutent, et une certitude s’empare d’eux…d’énormes renforts français les prennent à revers….C’est la déroute.

Les cuivres mystérieux, les énormes renforts !..... Quelques musiciens des Guides…Galopant en aveugles dans la brume, ils font un carrousel de fantômes, soufflant dans leurs instruments à s’en faire éclater les joues. Tout le tintamarre est orchestré par un nègre, le lieutenant Hercule. A l’ampleur, l’ennemi avait estimé qu’un régiment, pas moins, surgissait derrière lui !.....

A eux la gloire de franchir, les premiers, le pont d’Arcole et d’occuper, en triomphateurs les bicoques de l’autre rive. Bonaparte est radieux, il nomme sur le champ Hercule capitaine et ne sachant, sans doute, comment témoigner aux Guides, héros de la journée, toute sa satisfaction, il leur fait distribuer de l’argent. C’est la première fois qu’il en offre à des soldats.

Grisante fierté d’une victoire complète. Les faisceaux d’armes s’alignent, les feux de bivouacs s’allument, les hommes s’interpellent, plaisantent, préparent en toute quiétude une bonne soupe et le cantonnement. Sur le pont résonne une étrange musique. Aujourd’hui c’est donc la série…..A tour de bras, Masséna frappe le fond d’une caisse avec, le pommeau de son épée. Tous comprennent que sans en avoir tout à fait l’air, c’est très sérieux….le général n’ayant pas de tambour sous la main bat, comme il peut « La Générale »….. Aux Armes !.....

Masséna en inspectant le camp avait aperçu quelques autrichiens qui se glissaient contre la digue. Peut-être que furieux d’avoir été joués, ils tentaient, eux aussi, de reprendre Arcole par surprise…. Une dernière charge éparpille ces revenants qui rejoindront leur armée battue se retirant vers le repaire du Tyrol ou Bonaparte ira plus tard les forcer.

Pour l’instant, il savoure la victoire en dînant avec les généraux. La terrible tension de ces derniers jours s’apaise. Il sait maintenant qu’il va revoir sa femme, sa Joséphine. Il est plus impatient que jamais et termine une lettre ardente qui le précédera de peu.

Dehors, le bruit de la pluie a cessé, il jette son manteau sur ses épaulettes et seul, tout doucement, marche dans la nuit calme. A un bruit rythmé, il s’arrête….Adossée à un tronc d’arbre, avec lequel elle se confond presque, une sentinelle, le menton sur sa poitrine, ronfle éperdument. La main du dormeur a abandonné son fusil. Le général prend la faction à sa place et songe….L’autre s’agite un peu et se réveille, désarmé. Reconnaissant la silhouette de son général en chef, il sursaute et gueule terrifié….. « Je suis perdu »…… « Allons, rassure toi, après tant de fatigues, n’importe quel brave peut se laisser aller au sommeil…Une autre fois choisis mieux ton temps »….Et lui rendant son arme, à son tour, il va dormir.

Quelques semaines plus tard, il a retrouvé son palais de Milan. Dans une chambre à fresques, où voltigent des amours, il rit comme un enfant avec Joséphine. Elle lui explique que la France réclame le portrait du vainqueur de l’Italie, qu’elle a justement amené de Gênes, tout exprès dans sa voiture, un jeune peintre plein de talent, qu’elle veut lui présenter….il est installé ici même au palais Serbelloni et peut venir tout de suite.

Bonaparte, aujourd’hui veut ce qu’elle veut, elle en profite. Il accueille le citoyen Gros avec des mots aimables, puis le futur modèle oublie complètement l’artiste, planté là avec tout son attirail, et son rectangle de toile blanche (actuellement à Versailles) qui devait fixer pour la postérité le geste du héros…..Bonaparte au….. Pont d’Arcole.

Heureusement, Joséphine est là pour aider les arts et satisfaire le peintre. Elle tire son général dans la lumière d’une fenêtre, lui met dans la main droite un sabre, et dans la gauche, un drapeau. Toujours impatient, il tient mal la pose. Pour le faire rester tranquille, elle lui sourit.

S’il n’a jamais passé le pont ainsi, cela ne fait rien à l’histoire….l’artiste, a immortalisé une attitude, son talent l’a imposée au public, à l’imagination de plusieurs générations d’une foule qui se souviendra du pont d’Arcole.

Bonaparte lui se souviendra du geste qu’avait eu là Muiron, son ami….il lui devait la vie. A son retour d’Egypte, la frégate qui le ramenait vers la France, portait sur son couronnement, en lettres d’or…..La Muiron. Plus tard à Sainte-Hélène, pour faciliter ses rapports avec ses geôliers, il fut sur le point de changer de nom et c’est encore celui de Muiron qu’il choisit. Moribond, il y pensait toujours, léguant par testament cent mille livres à ses, descendants.

Alors qu’au 19 brumaire la situation, politique cette fois, semblait irrémédiablement compromise, Bonaparte silencieux, réfléchissait. A Augereau qui ne put retenir un…. « Nous voici dans de jolis draps !.... » il fit remarquer simplement.. « Bah ! c’était bien pis à Arcole. »

Pour l’histoire, le Pont d’Arcole reste le symbole de la volonté, de ce vrai courage qui est bien plus qu’un héroïsme passager et trouve dans l’échec, non pas des motifs d’abandon, mais une source d’énergie meilleure, vers le seul but…..La Victoire.


……FIN…...

Oui….il y a des faits militaires qui sont devenus des légendes. Cet article aura eu, je l’espère le mérite de se souvenir de cette victoire française gagnée dans la douleur, le sang et la mort.


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Jean-Baptiste Guindey, 1785-1813
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Cambronne13

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MessageSujet: Re: Le Pont d'Arcole......   Dim 28 Fév - 14:39

A 6 kilométres du village d'ou je vis, il y a le village de cadenet. Un des tambours ayant fait croire aux autrichiens qu'une armée arrivée par devers eux provenait de ce village. Le tambour est mort, permettant par là la victoire. C'était juste un petit hommage à ce jeune tambour!


Dernière édition par Cambronne13 le Dim 28 Fév - 19:56, édité 1 fois
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Percy
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MessageSujet: Re: Le Pont d'Arcole......   Dim 28 Fév - 19:55

Merci pour cette évocation épique de cette bataille mythique qui forgea la légende impériale ! salut
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MessageSujet: Re: Le Pont d'Arcole......   

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