Forum des Amis du Patrimoine Napoléonien

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 La Mort de l'Aigle.

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Jean-Baptiste
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MessageSujet: La Mort de l'Aigle.   Mar 23 Jan - 19:46

Encore quelques belles lignes de Henri-Robert de l'Académie Française.....(1863-1936).

Le 18 Juin 1815, à huit heures du soir, L’aigle Impérial, qui jadis sous sa loi, couvrait le monde entier de tonnerre et de flamme, l’aigle impérial, dont le vol triomphal avait dominé tous les champs de bataille de l’Europe, est frappé à mort, dans la plaine de Waterloo.

La bataille, tardivement et maladroitement engagée, est perdue quand le soir tombe sur les champs couverts de morts et blessés. L’aide trop longtemps attendue, de Grouchy, la brusque arrivée de Blücher et de l’armée prussienne, ont entraîné la débâcle.

Vainement Napoléon a cherché la mort au milieu de ses soldats. Le dernier carré de la garde impériale a multiplié les prodiges de valeur….L’empereur est vaincu…La panique s’est emparée même des vieux grognards, pour la première fois, les soldats français ont connu la défaite définitive.

Deux facteurs principaux sont la cause du désastre, l’infériorité du nombre et l'état de santé de l’empereur. L’infériorité numérique est d’ordre secondaire. Vingt fois, au cours de l’épopée, la valeur des soldats français a fait des miracles. Mais, pour la première fois depuis les courts instants de trouble et d’hésitation du 18 brumaire, Napoléon a douté de lui.

Il est malade, torturé par la souffrance physique, affaibli par les rudes morsures du cancer héréditaire. Sur son cheval blanc, il quitte waterloo. Un peintre qui eut son heure de notoriété, et qui composait des tableaux aussi petits que sa taille sur des objets aussi grands que sa barbe, Ernest Messonier, a reproduit cette scène dramatique. Il est prostré, anéanti, quelques rares fidèles le suivent…c’est la première étape du calvaire, le début de la marche au supplice. Il n’est plus l’empereur tout puissant, il devient l’homme de la légende immortelle.

Le 20 juin, Napoléon est à Paris, il arrive à l’Élysée vers six heures du soir. Depuis six jours, il est resté constamment à cheval. Il succombe à la fatigue.
« Il me faut deux heures, dit-il, pour me reposer, qu’on m’apporte un bouillon et qu’on me prépare un bain ».
Drouot murmure « Tout est perdu ». L’empereur l’entend, le regarde sévèrement et lui répond par le mot historique « Excepté l’honneur ».

La terrible nouvelle du désastre de Waterloo parvient à Paris, aux heures difficiles, le peuple vaut toujours mieux que ses représentants. Le peuple de Paris, admirable de bravoure et de sang-froid, comme il sera en 1914, reste fidèle à son empereur. Les députés ne valent pas mieux que les maréchaux, eux aussi abandonnent leur maître.

Napoléon propose aux chambres une dictature temporaire, pour assurer la défense du territoire. Les députés longtemps courbés devant le maître, redressent la tête et veulent se venger de leur longue servitude. Ils exigent la présence de Napoléon parmi eux. Il faut qu’il vienne s’expliquer à la tribune de l’assemblée. Napoléon refuse cette humiliante proposition et ne veut pas parlementer avec ces néfastes bavards. La chambre riposte en qualifiant de haute trahison toute tentative pour la dissoudre et de traître à la patrie quiconque porterait atteinte aux droits des représentants. Lucien Bonaparte tente de sauver la situation, comme il l’a déjà fait le 18 Brumaire.

Il va s’expliquer devant les députés, l’entrevue est orageuse et inutile. Il revient auprès de son frère et lui dit « Il n’y a que deux solutions dissoudre ou abdiquer ». L’empereur peut songer le fond de l’ingratitude humaine. Tous ceux qu’il a comblés de places, de décorations, de traitements, de gratifications et de titres, tous les parvenus, tous les satisfaits et tous les repus l’abandonnent.

Napoléon peut résister, il peut compter sur l’ amour de ses soldats et sur la fidélité du peuple, mais il est las et dégoûté. Il méprise tous ces hommes qui le trahissent, il est écœuré de leur lâcheté. La déclaration d’abdication est accueillie à la chambre comme un bulletin de victoire. Les députés cèdent à la peur. L’action néfaste des parlementaires a paralysé l’empereur. Le peuple qui n’a rien reçu de lui a tout donné, jusqu’au bout lui reste fidèle.

Dans l’ombre, un homme qui doit tout le guette et au moment propice, lui passe le lacet pour l’étrangler…C’est Fouché ! Il a déjà tué son roi, il trahit son empereur. Avant d’accomplir le suprême sacrifice, Napoléon a voulu se recueillir et, comme ces grands penseurs d’autrefois qui se réfugiaient, avides de méditations, en une calme et silencieuse retraite, il se rend à la Malmaison. Il vit deux journées tristes, il évoque le souvenir de Joséphine, il reste seul dans la chambre mortuaire. Il demande aux fidèles qui l’entourent s’ils veulent l’accompagner en Amérique. Silence glacial ou prétexte poli pour voiler un refus, sa mère seule a un élan de tendresse.

Il signe une dernière proclamation à l’armée, un dernier adieu à tous ses soldats qu’il a tant aimés et qu’il a si souvent conduits à la victoire.

A suivre…………
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: La Mort de l'Aigle.   Jeu 25 Jan - 20:23

Suite du précédent chapitre…..L’Empereur déclare……..

« Soldats, je suivrai tous vos pas, quoique absent, je connais tous les corps et aucun d’eux ne remportera un avantage signalé sur l’ennemi que je ne rende justice au courage…si j’ai quelque part à votre affection, je le dois à mon ardent amour pour la France, notre mère commune, encore quelques efforts et la coalition est dissoute, Napoléon vous reconnaîtra au coup que vous allez porter ».

Mais l’ennemi est aux portes de Paris, on entend le grondement lointain du canon. L’Empereur propose ses services comme simple général au gouvernement provisoire, il essuie un refus dédaigneux. Alors résigné, il quitte la Malmaison….le voilà à Rochefort. S’il embarque immédiatement, il peut gagner l’Amérique.

Comme à Waterloo, il perd du temps. Il peut prendre place sur un vaisseau américain ou sur un navire danois, ou accepter l’offre de jeunes aspirants de marine, qui le supplient de se laisser conduire sur leur aviso. Il attend toujours…Quoi ? Il n’en sait rien lui-même. Le ressort de sa volonté est brisé. Il se décide enfin…..Il est trop tard.

Le croiseur anglais « Bellérophon » barre la route d’Amérique.

Que faire ? Marcher sur Paris en rassemblant quelques troupes fidèles eût été imprudent, gagner le Midi et déchaîner la guerre civile eût été coupable. Se livrer à l’Angleterre et avoir confiance en la noblesse d’âme de sa plus mortelle ennemie est insensé.

Napoléon juge l’ennemi d’après lui-même, vainqueur, il a toujours fait preuve de générosité et d’humanité. Il a connu et les gestes de pardon et les actes de bonté, qui ont rendu ses victoires plus belles et plus glorieuses……Il se décide et il écrit….
« Altesse Royale,…….En butte aux factions qui divisent mon pays et à l’inimitié des plus grandes puissances de l’Europe, j’ai terminé ma carrière politique, et je viens comme Thémistocle, m’asseoir au foyer du peuple britannique, je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de votre Altesse Royale, comme du plus puissant, du plus constant et du plus généreux de mes ennemis ».

La lettre est remise au capitaine du « Bellérophon », qui garantit à Napoléon un accueil digne de lui et les égards qui lui sont dus. L’officier Anglais a engagé la parole de l’Angleterre, il a même ajouté « Chez nous, on est généreux et démocratique ».

Éternelle honte pour le gouvernement anglais ! Il renie la parole donnée, il prouve sa générosité en faisant de Napoléon un martyr. Napoléon a été imprudent, il le payera cher. Il s’est contenté d’une promesse verbale, il aurait dû réclamer un engagement écrit.

Mais l’histoire récente s’est chargée de nous apprendre que, pour les hommes d’État fourbes et menteurs, les traités écrits n’ont hélas ! Que la valeur d’un chiffon de papier.

Napoléon monte sur le « Bellérophon », lui qui restait couvert devant les rois, il soulève son chapeau devant le capitaine de l’équipage assemblés et dit.
« Je viens me mettre sous la protection de votre prince et de vos lois ».

Dix jours après le « Bellérophon » est en rade de Plymouth, des milliers de spectateurs, accourus en barque, entourent le navire. Ils veulent contempler, pour repaître leur haine et leur vengeance, l’ennemi vaincu……. Quand le Corse qui les a fait tous trembler et a fait pleurer leurs mères et leurs épouses apparaîtra sur le pont, ils pourront sans crainte, se livrer à l’horrible plaisir de la vengeance et lui jeter à la face les crachats de leur mépris.

La porte de la cabine, j’allais dire de la cage, ou l’aigle captif est enfermé s’ouvre enfin….. L’homme prodigieux remporte une dernière et inattendue victoire. Un silence respectueux l’accueille et,….. subjuguées par son mystérieux prestige, toutes les têtes se découvrent. Une fois de plus, le peuple a prouvé qu’il vaut mieux, souvent, que ceux qui le gouvernent.

Le ministère anglais fait porter sa réponse à l’ennemi qui a commis l’imprudence de se confier à lui. Les termes sont nets et insultants…..

« Il serait incompatible avec nos devoirs envers le pays et les alliés de sa Majesté que nous laissions au Général Bonaparte les moyens de troubler de nouveau la paix de l’Europe et de renouveler toutes les calamités de la guerre, il est, par suite inévitable qu’il soit restreint (euphémisme charmant) dans sa liberté personnelle, autant qu’il sera nécessaire pour assurer notre premier et souverain objet ».

Son lieu d’exil est désigné…Sainte-Hélène, « île saine et isolée ». Cette fois, le mensonge et joint à l’ironie. Il aura le droit d’emmener trois officiers, un médecin et douze serviteurs.

À suivre…………
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Jean-Baptiste
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MessageSujet: La Mort de l'Aigle.   Sam 27 Jan - 12:14

Suite des deux précédents chapitres..........

Napoléon garde d’abord le silence, puis comme il songe à l’histoire, il écrit « En présence de Dieu et des hommes….(le malheur rapproche les plus incrédules de la divinité, les conduit à faire appel à la protection d’En Haut)…je proteste ici, solennellement, contre la violence exercée envers moi, contre la violation de mes droits les plus sacrés, on a porté par la force atteinte à ma personne et à ma liberté. Je suis venu volontairement à bord du Bellérophon, je ne suis pas prisonnier de l’Angleterre, je suis son hôte, je suis venu sur l’invitation du capitaine lui-même…il m’a dit qu’il avait ordre du gouvernement de me recevoir et de me transporter, ainsi que ma suite, en Angleterre, au cas où cela me serait agréable….Comptant sur cette assurance, j’acceptai cette offre, afin de me mettre sous la protection de la Grande-Bretagne…..Du moment où je montais sur le Bellérophon, j’avais droit à l’hospitalité anglaise….si le gouvernement a donné au capitaine du Bellérophon des ordres de me recevoir, moi et ma suite, afin de me faire tomber dans un piège, il agit contre l’honneur et dégrade son pavillon……Si cet acte a lieu, les Anglais auront parlé en vain à l’Europe de leur sincérité, de leurs lois et de leurs libertés, La confiance dans la bonne fois de l’Angleterre est anéantie dans l’hospitalité du Bellérophon »

« J’en appelle à l’histoire ! Elle dira ……Un ennemi qui, pendant vingt ans, a fait la guerre au peuple anglais vint, dans son uniforme, chercher asile sous la protection de ses lois, quelle plus forte preuve pouvait-il offrir de son estime et de sa confiance ? Mais comment l’Angleterre a-t-elle payé une telle magnanimité ? On affecta de lui tendre une main hospitalière et quand il se fut livré, on le sacrifia »….

Le gouvernement anglais reçoit le soufflet et ne comprend pas, il aggrave même sa faute, en confisquant l’argent et les malles de son hôte.

Napoléon quitte le Bellérophon, s’embarque sur le Northumberland et fait voile vers Sainte-Hélène, « île saine et isolée ».

L’île d’Elbe était trop près de la France, il ne faut pas renouveler une stupide générosité et une ridicule imprudence. Arrière les scrupules d’humanité ! Il importe de joindre l’hypocrisie à la cruauté et de mettre définitivement hors d’état de nuire l’homme infernal qui a troublé si longtemps la paix de l’Europe. Telle est la secrète pensée du gouvernement anglais, qui s’est couvert d’une honte ineffaçable.

Il eût été plus franc et presque excusable de le tuer, sans phrase et sans retard. Il eût été plus humain et plus noble, puisque le prince régent d’Angleterre et ses ministres voulaient sa mort, de le placer devant un peloton de soldats alliés et de lui donner la fin honorable d’un soldat.

Ney, Murat avaient été passés par les armes, ils étaient morts en braves, comme ils avaient vécu.

Le gouvernement de Londres a reculé devant ce geste sanglant, qui eût été préférable, pour son bon renom, à l’abominable supplice auquel Napoléon allait être voué. Le régent et son gouvernement vont trahir les lois sacrées de l’hospitalité, supplicier leur hôte et, n’ayant pas le triste courage de le tuer, ils l’envoient à la mort.

Sainte-Hélène est l’île de la mort, c’est le tombeau où l’Angleterre ensevelit vivant le grand capitaine qui a voulu la battre.

A des milliers de lieues de l’Europe et à mille lieues de l’Afrique, à une date perdue dans le lointain des siècles, une éruption volcanique a fait jaillir des profondeurs de la mer un bloc de lave….de loin, l’aspect des falaises noires et désolées est effrayant. De prés, les anfractuosités des rochers ressemblent aux portes de l’enfer……

L’Angleterre, comme un oiseau de proie, aime à faire son nid sur les forteresses naturelles qui commandent la mer, mais au lieu d’y déposer ses petits, elle y place des canons……….

Pour rendre à Sainte-Hélène habitable, il a fallu apporter d’Afrique le terre végétale. Mais dans ce désert de pierres, la végétation est rare, les arbres maigres ne garantissent point du soleil meurtrier. Sans doute il y a un port « James-down » quelques oasis fraîches et saines, dont Plantation-Housse, où habite le gouverneur.

Le Gouvernement anglais a pour Napoléon des raffinements et des soins spéciaux. Dans l’île isolée et malsaine, pour loger l’ennemi vaincu, il a choisi l’endroit le plus malsain et l’habitation la plus insalubre.

Puisque Napoléon est voué à la mort, il importe de mettre tous les atouts dans le jeu de l’Angleterre et de ne pas permettre au grand vainqueur de vaincre aussi Camarde.
Longwood est un lieu d’élection pour atteindre le but sinistre.

La maison, basse, délabrée, inconfortable, est moisie par une humidité constante, les murs suintent et sont rongés par le salpêtre, les rats ont établi leur domicile, impossible de les déloger. Ils galopent à grand fracas la nuit, sous le lit de camp où Napoléon tente en vain de trouver le sommeil.

A …suivre………………
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FRIEDLAND
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MessageSujet: Re: La Mort de l'Aigle.   Sam 27 Jan - 16:08

Quelques gravures "sur la mort de l'AIGLE" ... Crying or Very sad









sunny study salut

_________________
"Sur quoi pourrait-on m'attaquer qu'un historien ne puisse me défendre ? ... Les faits parlent d'eux-mêmes, ils brillent comme le soleil ..." NAPOLEON 1er
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MessageSujet: La Mort de l'Aigle   Sam 27 Jan - 16:21

C'est bien d'avoir complété par ces gravures ...cher FRIEDLAND....
J'ai encore quelques pages à transcrire sur les conditions de vie à Sainte-Hélène de l'Empereur....et bien sur sa fin......

salut
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MessageSujet: La Mort de l'Aigle.   Lun 29 Jan - 17:41

Suite des précédents chapitres ………N° 4.


Ils rongent les livres que Napoléon parcourt d’un œil distrait, pour tromper son mortel ennui, et qu’il rejette à terre, sans avoir achevé la page commencée. Sa pensée s’est envolée vers la France, vers son fils et vers les champs de bataille, où il a conquis la gloire.

Quand l’empereur veut prendre son bicorne, le matin pour sortir un instant, les rats s’échappent du chapeau où ils ont élu domicile.

Le climat de Sainte-Hélène, meurtrier pour tous, est plus dangereux encore pour Napoléon. Depuis longtemps, il a ressenti les premières atteintes du mal qui avait fait mourir, jeune encore, son père, Charles Bonaparte.

A la suite d’un excès de travail, d’une trop grande fatigue physique, d’un accès de colère violente où même d’un ennui passager, il souffrait cruellement de l’estomac. Depuis deux ans, le mal a fait des progrès rapides. Tel un médecin criminel qui, pour se débarrasser d’un rival redoutable, lui injecterait dans les veines les microbes homicides, le gouvernement anglais a choisi Sainte-Hélène parce qu’il sait que le climat de l’île aggravera la maladie de l’empereur et la rendra mortelle.

N’attendez pas de moi que je décrive tous les détails de l’horrible agonie de l’empereur. La science et l’autorité de l’excellent docteur Raoul Baudet pourraient, seules remplir cette tâche difficile. Une étude historique n’a pas la prétention d’être une leçon anatomique.

A Sainte-Hélène, les changements de température sont subits fréquents, à la chaleur tropicale de l’après-midi, succèdent, tout à coup, le vent glacial et l’humidité pénétrante. Le corps humain, même le plus robuste et le mieux constitué, ne peut résister longtemps au régime barbare de la fournaise et de la glacières alternées.

Si l’homme est affaibli, son organisme a une tare, la mort entre dans la brèche ouverte par la maladie. En écrivant une étude historique, il importe, avant tout, de se défier de l’imagination et de fuir la déclamation. Il faut s’efforcer d’être scrupuleux et impartial. L’histoire n’est point œuvre de polémique, de rancune ou de flatterie. Elle ne doit point ressembler à ces discours politiques fait pour susciter l’enthousiasme des foules, combattre les adversaires et exciter l’ardeur des partisans.

Sur le crime et la honte du gouvernement anglais, les preuves abondent, irréfutables. De tous les pays civilisés, s’est élevé un cri d’horreur et de réprobation. Les poètes ont exalté la victime et flétri le bourreau.

Un auteur allemand, Ludwing, dans son livre récent et remarquable sur Napoléon, heureux, sans doute, de dénigrer l’Angleterre, a résumé, dans un réquisitoire foudroyant, les témoignages accusateurs.

Nous autres Français, nous pouvons dire que le régent d’Angleterre et ses ministres ont commis un crime et une faute. L’histoire la plus récente nous enseigne qu’il est maladroit de se montrer impitoyable envers un ennemi vaincu. Captif il reste un héros, fugitif, il n’est plus qu’un contumace et un lâche.

En donnant à Napoléon l’auréole des martyrs, le régent d’Angleterre a contribué à sa gloire et a l’éternité de sa légende.

L’île est sinistre, Longwood est une affreuse et meurtrière résidence. Cela ne suffit pas ! L’oeuvre de mort, pour être complète et rapide, exige un bourreau. Le voici !

C’est le gouverneur Hudson Lowe, dont le nom reste à jamais déshonoré. Grand, maigre, osseux, rouge de figure, défiguré par une affreuse dartre, la peau cuite et le cou raviné comme celui d’un vieux paysan, l’air faux et hypocrite, quand sa bouche dit oui, son regard dit peut-être…..Tel était Hudson Lowe.

L’empereur disait…. Il est hideux ! C’est une face patibulaire, comme celle d’un sbire vénitien, c’est un garde-chiourme, bête, méchant et cruel, c’est l’exécuteur des basses œuvres du prince régent d’Angleterre et de ses ministres. C’est à ne pas boire sa tasse de café, si on a laissé un tel homme un instant seul auprès !……

Napoléon refuse de le recevoir, quand il se présente à Longwood. Le gouverneur est furieux. Il se venge en redoublant de vexations et de mauvais procédés. Il arrive un jour à l’improviste et surprend l’empereur dans le jardin. Il a l’inconvenance de lui faire des reproches sur les dépenses, pourtant minimes, de sa table. Napoléon, hors de lui, le chasse, après lui avoir craché à la figure son mépris.

« Vous n’êtes qu’un geôlier ! Où avez-vous jamais commandé autre chose que des bandits et des rebuts de tous pays ? Je connais les noms de tous les généraux anglais qui se sont distingués….quant à vous, vous n’êtes qu’un sbire et un brigand. »……

A suivre… sources Henri-Robert….(1863-1936).
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MessageSujet: La mort de l'Aigle.   Mer 31 Jan - 0:42

Suite des précédents chapitres ………N° 5

L‘île est sinistre, le gouverneur hideux. Le régent d’Angleterre a-t-il eu au moins la pudeur et l’humanité de donner à l’homme qui avait connu et habité tous les palais d’Europe une demeure saine et confortable ?

A son arrivée dans l’île, en attendant que fût prête l’installation de Longwood, Napoléon est d’abord logé dans un pavillon délabré, composé d’une pièce unique et d’une mansarde, où souffle le vent et où pénètre la pluie. Des figuiers, des laquiers, des grenadiers, des bouquets de myrtes, des roses blanches à profusion, des géraniums sauvages et une cascade égayaient le paysage et donnaient quelques fraîcheur, aux heures chaudes de la journée tropicale.

La première habitation est médiocre, mais elle n’est que la première étape d’un long calvaire.

Voici Longwood, au sommet de l’île, un vaste plateau stérile, sans eau, impossible à cultiver, battu par les vents environnés de nuages, envahi par l’humidité. Point d’arbres. Nous n’avons que quelques gommiers mutilés, disait l’empereur, les hommes finissent vite où les plantes s’étiolent.

Sur ce plateau désolé, un camp de soldats chargés d’enserrer le prisonnier dans un cercle de fer. A huit cents mètres du camp, une modeste maison, qui est la prison du vaincu.

Une petite antichambre, un salon et une salle à manger, qui ne reçoivent d’air et de jour que par une porte vitrée, une étroite bibliothèque et deux chambres exiguës….L’ensemble est obscur, bas de plafond, tapissé d’un affreux papier moisi et meublé d’un mobilier de rebut.

La chambre de l’empereur mesure quinze pieds de long et douze de large, le lit est le petit lit de camp où Napoléon a dormi la veille de Marengo et d’Austerlitz. La seconde chambre sert de cabinet de travail, c’est un réduit obscur, les planchers sont pourris et gardent la moisissure et l’odeur du fumier qu’ils recouvrent, car l’habitation impériale était, avant l’arrivée du captif, une étable et une porcherie. Rien n’a été nettoyé.

La suite de l’empereur habite un autre bâtiment contigu, aussi malsain et aussi délabré. A quelques pas de la maison, où, pendant sis années, Napoléon va souffrir un supplice cent fois pire que la mort, la prudente barbarie d’Hudson Lowe a placé des soldats en sentinelles.

Napoléon ne peut sortir seul de son maigre jardin. S’il veut se promener, il doit être accompagné et surveillé. Un télégraphe optique prévient Hudson Lowe de ses moindres mouvements….Le signal bleu serait l’avertissement de la disparition de l’empereur. Ce signal ne fut jamais hissé.

Napoléon jugeait la fuite indigne de lui, il la considérait comme un acte de faiblesse, de même qu’il jugeait le suicide une lâcheté. Il aurait pu s’enfuir, à plusieurs reprises l’occasion s’est offerte à lui, il l’a toujours repoussée, il veut jusqu’au bout, subir l’effroyable martyre. Il ne connaît ni la douceur ni l’humiliation des larmes, son entourage s’étonne de sa résignation ou, plutôt, de son calme dédaigneux. Il a ce mot magnifique « …..Je commande ou je me tais ! ».

La postérité vengera Napoléon de toutes les humiliations qu’il a subies de la part d’Hudson Lowe. Après la mort de sa victime, le gouverneur revient en Angleterre, il est insulté et frappé dans les rues de Londres par le fils de Las Cases…..il est contraint de quitter la ville et de se terrer dans un coin de province, où il vit isolé où il meurt déshonoré.

Une destinée implacable et vengeresse poursuit les tortionnaires, le ministre responsable de son martyre…Lord Castelreagt, devient fou, s’ouvre les veines et meurt, lui aussi !. Les bourbons sont chassés du trône de France et balayés par l’impopularité. Le vieux Charles X reprend le dur chemin de l’exil, qu’il avait jadis connu alors qu’il était comte d’Artois.

L’Europe a tellement peur d’un dernier coup de griffe de l’aigle captif qu’elle ne se contente pas de la surveillance, pourtant étroite et inhumaine, exercés par Hudson Lowe au nom du gouvernement anglais. Les diverses puissances nomment des délégués, qu’elles envoient à Sainte-Hélène, afin de constater sur place que la cage est toujours solidement fermée.

Le baron de Sturmer représente l’Autriche, la Prusse s’abstient, estimant sans doute que le geôlier est bon et que la prison est sûre.


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MessageSujet: La Mort de l'Aigle   Jeu 1 Fév - 10:30

Suite des précédents chapitres ………N° 6

Le traité du 2 août ne prévoit pas l’intervention de la France, mais le duc de Richelieu pense que le roi doit-être représenté à Sainte-Hélène. Le marquis de Montchenu est désigné pour cette délicate mission. Issu d’une vieille famille du Midi, l’envoyé spécial est, au témoignage de ses contemporains, un esprit assez médiocre, imbu des vieux préjugés.

Le 18 juin 1816, les envoyés des puissances arrivent à Sainte-Hélène.

Un gros homme rouge, la mine effarée, suant et soufflant, portant perruque à queue poudrée, débarque à Jamestown, il répète sans cesse « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Quel affreux rocher…et dire qu’on y parle qu’anglais ! »….C’est le commissaire français, tout le monde rit en l’écoutant et en le regardant.

« Je le connais, dit Napoléon, c’est un vieux fou, un vieux radoteur, un général de carrosse, qui de sa vie n’a entendu un coup de fusil ».

Les uns l’appellent le « Coiffeur », à cause de sa tresse postiche, les autres l’ont surnommé « le Marquis de Monte-chez-nous », parce qu’il a la mauvaise habitude d’accepter toutes les invitations, sans jamais en rendre aucune.

Hudson Lowe est exaspéré par la présence des délégués, qu’il considère comme une marque de méfiance. Il accomplit une vilaine besogne, il préfère supprimer des témoins gênants. Pendant des mois, il invente des prétextes pour empêcher les délégués de voir l’empereur. Lorsqu’il donne enfin l’autorisation, Napoléon refuse de recevoir les délégués, qui lui seraient présentés par le gouverneur.

Quel est la vie du captif dans sa triste prison de Longwood ?….L’heure du lever est variable, elle dépend du repos qu’il a pu prendre pendant la nuit, il souffre de longues insomnies.

A son réveil, Marchand lui apporte une tasse de café noir ou de café au lait. Il se lève, en conservant sur sa tête le madras noué à larges coques et il procède à une toilette minutieuse. Il a toujours eu grand soin de son corps et surtout de ses mains, qu’il savait fort belles.

Le déjeuner est à onze heures. A deux heures, quand le temps le permet, il sort. Au début de sa captivité, il fait de longues courses à cheval à travers la campagne. Il lance sa monture au galop et cherche à distancer et à perdre les officiers anglais qui le suivent.

Cette surveillance l’exaspère, il renonce à ces courses si nécessaires à sa santé. Il se confine dans son jardin, la tête couverte d’un large chapeau de paille, il prend une bêche et travaille avec les jardiniers. Il manifeste sa bienveillance à un vieux noir « Toby », ancien esclave, qui rit de toutes ses larges dents blanches lorsque l’empereur lui donne un napoléon en or.

Le lendemain, malade, incapable d’un effort, épuisé par la souffrance et l’insomnie, il revêt son habit vert, sa culotte et son gilet blanc, ses bas de soie, il met ses souliers à boucles et se promène solitaire, ou reste confiné dans sa maison, l’esprit perdu dans des rêveries sans fin.
Tout à coup, il se redresse, il appelle Gourgaud, Las Cases ou Montholon, car personne, suivant l’étiquette de l’ancienne cour, ne se présente devant lui sans être appelé. Il dicte ces pages immortelles où il raconte sa prodigieuse épopée. Quand il a terminé le récit de la bataille d’Austerlitz, Las Cases, qui est un ancien émigré et a vécu auprès des princes en exil, s’écrie « C’est plus beau de L’Iliade »….L’empereur sourit, menace du doigt Las Cases et lui dit « Vous êtes un flatteur…vous croyez encore à Coblentz ».

Quant il dicte le récit de ses campagnes, il semble transfiguré, il retrouve toute sa force sa vigueur, entraîné par son sujet, il oublie l’heure et la fatigue. Une fois, il dicte pendant quatorze heures sans désemparer. Quatre secrétaires successifs se sont relayés et sont tombés brisés dans l’effort, il est frais et dispos et se contente de dire, en se frottant les mains « Je crois que nous avons bien travaillé ».

Jamais il n’écrit lui-même. Heureusement car son écriture est illisible. Une centaine de ses lettres anciennes n’ont pu encore être déchiffrées..(L’auteur écrit en 1932).

La nuit vient vite sous les tropiques, l’empereur rentre à six heures, bientôt c’est le dîner, qui dure peu, car il a horreur de rester longtemps à table. La soirée se passe soit, à des parties d’échecs ou de whist, soit à lire Corneille, ou Ossian, ou Voltaire, à qui il a donné le titre de roi de l’esprit Français.

Quand onze heures sonnent, l’empereur se lève, dit tristement « Voilà encore une journée passée ».

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MessageSujet: La Mort de l'Aigle   Sam 3 Fév - 6:25

Suite des précédents chapitres…….N° 7

Le lendemain, l’empereur est en butte à de nouvelles vexations d’Hudson Lowe, le gouverneur envoie à Longwood de la viande corrompue, il décrète que les exilés n’ont droit qu’à un jour de provision.

La correspondance adressée à l’exilé est interceptée et retenue pendant de longues semaines. Un livre qui porte cette dédicace «  A Napoléon le Grand, empereur des Français », ne lui parvient jamais Hudson Lowe ignore l’empereur, il ne veut connaître que le général Bonaparte……S’il est vrai, comme le prétend Goethe, que l’homme vit aussi longtemps qu’il veut vivre, Napoléon, lassé de tout, même de l’espérance, ne veut plus vivre.

Quels sont les compagnons d’exil du vaincu de Waterloo ? A-t-il auprès de lui, pour l’entourer, le consoler et lui donner le cœur de marcher « jusqu’au soir », sa famille, quelques-uns de ses maréchaux qu’il a comblés de titres et d’argent, ou quelques amis fidèles jusque dans l’adversité ?. Non ! Sa famille l’abandonne. Seule, Madame Mère, admirable matrone romaine, a un élan de cœur vers son fils. Son grand âge la retient à Rome.

Les Maréchaux n’ont qu’un souci, sauvegarder leur situation personnelle. Les amis, depuis longtemps, l’ont renié. A l’arrivée à Sainte-Hélène, quarante personnes l’accompagnent. La petite escorte, peu à peu s’égrène, diminue et se réduit de plus de moitié.

Las Cases reste quelques mois seulement, juste le temps d'écrire le « Mémorial » qui donnera à son nom une célébrité mondiale….Gourgaud à un caractère difficile, il est susceptible et ombrageux. Napoléon fait preuve d’une patience admirable, s'efforce de le calmer, de l ‘amadouer. De temps à autre, il laisse percer sa colère et tout s’apaise. A son tour Gourgaud s’embarque pour l’Europe.

Voici les hommes courageux qui sont restés jusqu’au bout auprès de leur maître….Le général comte Bertrand et le comte de Montholon, tous deux sont mariés, malheureusement les femmes ne s’entendent pas, des mots amers des paroles blessantes s’échangent de part et d’autre. L’union de tous les cœurs permettrait de supporter la terrible épreuve, elle adoucirait la triste situation de l’empereur, mais la discorde et la désunion sévissent

Ne jugeons pas trop sévèrement les défauts et les écarts de caractère de la petite cour de Sainte-Hélène. Il aurait fallu, pour conserver l’égalité d’humeur et la force d’âme désirables, des cœurs exceptionnellement trempés.

Les meilleurs caractères résistent difficilement à de trop longues épreuves. Les deux prêtres sont insignifiants, l’un est trop vieux, l’autre trop jeune. Napoléon leur pose des questions embarrassantes sur la vie future.

Deux médecins ont soignés l’empereur, le docteur O’Meara, d’abord. Il est dévoué, il plait à Napoléon…..Hudson Lowe est averti par ses espions et le renvoie en Europe. Le second médecin a été envoyé par Madame mère….c’est un Corse, il est rempli d’ignorance et de bonne volonté. Il a rédigé un long journal sur la maladie de l’empereur, la lecture en est pénible.

De tous les compagnons d’exil, les plus fidèles, les plus dévoués, les meilleurs, sont les domestiques. Le maître d’hôtel corse revêt, pour servir la table, la livrée impériale, comme au temps des Tuileries. Le valet de chambre Marchand n’a jamais quitté son maître, il a une belle âme et un cœur excellent Aux heures de gloire, il a supporté toutes les ruades du caractère de l’empereur.

Pour habiller le maître de l’Europe et passer autour de son cou le grand cordon de la Légion d’Honneur, il fallait le suivre lorsqu’il marchait à pas précipités dans son cabinet de toilette. Le soir, s’il était contrarié et mécontent, l’empereur arrachait ses vêtements et les jetait à la tête de Marchand et des valets de chambre de service.

Aux années d’épreuves, pendant le cruel exil, Marchand reste à son poste sans ajouter par des récriminations incessantes aux tristesses de la vie à Sainte-Hélène. Avec le fidèle Marchand, l’empereur se sent en confiance, devant lui, il a de magnifiques épanchements………… « Dans la position où je suis, je ne trouve de noblesse que dans la canaille que j’ai négligée et de canaille que dans la noblesse que j’ai faite ».

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MessageSujet: La Mort de l'Aigle.   Lun 5 Fév - 10:43

Suite des précédents chapitres…….N° 8

Ainsi, Napoléon, victime d’Hudson Lowe, ne trouve même pas dans ses compagnons d’exil le calme et l’union indispensables pour supporter une si terrible épreuve. La barbarie dont son geôlier fait preuve est poussée à ses limites extrêmes.

Un médecin semble-t-il s’intéresser à son illustre malade et s’apitoyer sur son sort, il est aussitôt renvoyé, disgracié chassé. Le docteur O’Meara doit quitter l’île sans retard. Le chirurgien de marine Stockoe, qui a commis le crime de plaindre son impérial malade, est traduit devant un semblant de tribunal, qui prononce sa radiation des cadres de la marine.

Pendant plusieurs mois, Napoléon reste privé de toute assistance médicale. Le docteur Antommarchi, envoyé par Madame Mère, débarque à Sainte-Hélène le 20 Septembre 1819. Il a une qualité, il est corse et inspire, pour cette seule raison, de la sympathie à son malade. Il a un grave défaut, il est médiocre praticien et se préoccupe surtout de rédiger un journal dont la lecture est assez monotone. L’exemple de Las Cases est contagieux, le succès sans cesse grandissant du Mémorial tournera les têtes des compagnons d’exil et tous noirciront du papier, pour conter à la postérité les moindres détails de la vie du prisonnier.

Chaque jour, la maladie s’aggrave…..il n’y a plus d’huile dans la lampe, dit l’empereur. Le 1er Janvier 1821, il dispense la petite colonie française de lui présenter des vœux qu’il sait être inutiles et des hommages qu’il juge superflus, car il veut se détacher des choses de la terre.

Le docteur Antommarchi lui conseille, un jour, de ne pas rester enfermé dans sa malsaine demeure, il répond tristement….. « Non, l’insulte m’a longtemps confiné dans cette cabane, aujourd’hui le manque de force m’y retient »…..

Dans la seconde moitié du mois de mars, l’empereur torturé par d’affreuses douleurs d’estomac et d’entrailles ne peut plus quitter le lit. Hudson Lowe s’efforce de cacher la vérité au monde civilisé. Il craint un sursaut d’indignation et de pitié. Le régent d’Angleterre et ses ministres savent la vérité et laissent faire, s’ils n’approuvent pas. Dans les deux hypothèses, leur responsabilité est aussi lourde.

Le gouverneur de Sainte-Hélène veut persuader l’opinion mondiale que le général Bonaparte est simulateur, sa maladie n’est qu’un prétexte pour obtenir un changement de résidence.

Le 17 Avril, le docteur Arnott constate des symptômes alarmants, le pouls est irrégulier, les vomissements augmentent et les extrémités sont glacées. L’irrégularité du pouls est particulièrement grave, jusque là Napoléon avait eu une circulation exceptionnellement lente. La sérénité du moribond est admirable. La lutte contre la mort est sa dernière bataille. Si la victoire est impossible, il veut du moins, rester fidèle à sa bravoure légendaire et, comme un soldat, garder son calme et son sang-froid.

Il fait au docteur Antommarchi ses suprêmes recommandations …… «  Après ma mort, vous ouvrirez mon corps, vous prendrez mon cœur et vous le porterez à ma chère Marie-Louise….vous lui direz que je l’ai tendrement aimée….quand je n’y serais plus, vous vous rendrez à Rome, vous irez trouver ma mère, ma famille, vous leur rapporterez tout ce que vous avez observé relativement à ma situation, à ma maladie, à ma mort sur ce malheureux rocher….Vous leur direz que le grand Napoléon a expiré dans l’état le plus déplorable, manquant de tout, abandonné à lui-même et à sa gloire….vous leur direz qu’en mourant il lègue à toutes les familles royales l’horreur et l’opprobre de ses derniers moments »……..

Lorsque la souffrance lui laisse un court répit, il appelle Montholon et lui dictes ses suprêmes recommandations à son fils…. «  Qui ne doit jamais oublier qu’il est né prince français et ne doit jamais conquérir son trône avec l’appui des armées étrangères »…..

Il lègue au roi de Rome, comme bien le plus précieux, l’épée d’Austerlitz. Le testament de l’empereur est de la plus noble et de la plus haute inspiration. Aucun de ses écrits ne porte mieux l’empreinte de son génie.

Il est détaché des choses de la terre, son esprit est déjà tourné vers les choses éternelles. Avec une sérénité, une hauteur de vues incomparables, il jette un regard profond vers l’avenir. Il enseigne à son fils la vanité et le danger des succès guerriers, lui qui doit tout à la valeur de ses soldats, il dit au roi de Rome que la paix doit régler entre les peuples.

Bertrand, Montholon et Marchand sont ses exécuteurs testamentaires. Le testament et les codicilles sont longs, il n’oublie personne, pas même sa vieille nourrice. Le 27 Avril, malgré ses horribles souffrances, il cachette son testament et ses codicilles, il enferme dans une cassette en acajou la croix de la légion d’honneur qu’il destine à son fils.

….. « Je me sens bien fatigué, soupire t-il, je le sens mais il faut en finir »…..

A neuf heures du soir, il fait venir auprès de lui le comte de Montholon, le général Bertrand, l’abbé Vignali et Marchand. Il demande à Bertrand de dresser un Procès-verbal des pièces qu’il a scellés et sur lesquelles il veut que les quatre français apposent leurs cachets et leurs signatures. Tout est réglé, tout est prévu, il peut mourir.

Le 3 mai, une soif ardente le dévore, il ne parle plus qu’avec difficulté…la mort approche. L’abbé Vignali apporte le viatique….La nuit du 4 au 5 mai se passe dans le délire. Napoléon est allongé sur le dos, sans faire un mouvement. Le corps se refroidit, la respiration est de plus en plus pénible.

A deux heures du matin, il articule faiblement, presque indistinctement….. « France…tête armée »…..Au dehors, la tempête fait rage et menace de tout détruire. Le saule sous lequel l’empereur aimait à s’asseoir est renversé par le vent.

Le 5 mai, à cinq heures quarante cinq, il expire.

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MessageSujet: La mort de l'Aigle.   Mar 6 Fév - 12:35

Suite des précédents chapitres…….N° 9


Le 9 mai, l’empereur quitte sa prison….La journée est magnifique, de tous les coins de l’île les habitants accourent, pour saluer les restes de la victime d’Hudson Lowe. A midi et demi, les grenadiers placent le cercueil sur un char attelé de six chevaux.

Toutes les troupes de la garnison suivent, le canon des fusils baissés, les officiers ont un crêpe au bras. Quelle hypocrisie dans ces honneurs tardifs et dérisoires ! Un peu d’humanité envers lui, pendant sa vie, eût été préférable à cette parade militaire après sa mort.

Le comte de Montholon et le général Bertrand tiennent les cordons du poêle, le marquis de Montchenu est à cheval. Hudson Lowe a l’audace de figurer dans le cortège. La dépouille mortelle est portée à bras, depuis la route jusqu’au lieu de la sépulture. L’abbé Vignali récite les dernières prières, le corps est descendu dans le caveau, les batteries anglaises tirent quelques rares coups de canon.

Près d’une source, à l’ombre de deux grands saules, une large dalle de pierre, aucun nom n’y est inscrit…..Le 5 juillet seulement, le « Times » annonce la mort de Napoléon. L’opinion publique, en Angleterre, manifeste sa réprobation contre le traitement barbare qui a hâté sa fin. Plusieurs Anglais de la haute société prennent le deuil.

Le roi de Rome, en apprenant la mort de son père, fond en larmes…..Mais il faut constater que la mort de Napoléon ne produisit pas en Europe une impression considérable…. « Héros malheureux disait Lord Byron, tu as vécu trop longtemps et ta mort, qui eût dû ébranler la terre, ne l’émeut pas plus que le chute d’une feuille desséchée »……

Le 12 mai 1840, M. de Rémusat, ministre de l’intérieur, monte à la tribune de la chambre des députés et lit cette déclaration…..

« Messieurs, le roi a ordonné à S.A.R. le prince de Joinville de se rendre, avec sa frégate à l’île de Sainte-Hélène, pour y recueillir les restes mortels de l’empereur Napoléon. Nous venons vous demander les moyens de les recevoir dignement sur la terre de France et d’élever à Napoléon son dernier tombeau. Désormais la France seule possèdera tout ce qui reste de Napoléon. Son tombeau, comme sa renommée, n’appartiendra à personne qu’à son pays ».

Un crédit d’un million est voté par les chambres. Pour tombeau, l’empereur aura le dôme des Invalides. L’Angleterre donne son adhésion au projet du gouvernement. Le prince de Joinville, les anciens compagnons d’exil de l’empereur, s’embarquent à Toulon, où la gloire de Bonaparte a jeté ses premiers rayons.

Le 8 août, après soixante-six jours de mer, la frégate « Belle-Poule » et la corvette « Favorite » sont en vue de James-town. L’état major de l’amiral Middlemore, en grand uniforme se rend à bord de la « Belle-Poule ». Le 9...le prince de Joinville débarque et rend visite au gouverneur. La cérémonie de la translation est fixée au 15 octobre, vingt-cinquième anniversaire de l’arrivée de l’empereur à Sainte-Hélène.

La vallée où il repose est gardée depuis minuit par les soldats anglais. Les travaux d’exhumation commencent et se poursuivent jusqu’à neuf heures du matin. Le cercueil apparaît, l’abbé Coquereau récite les prières. Les soldats du génie portent la glorieuse dépouille sous une tente…..les cercueils intérieurs sont ouverts, une émotion profonde s’empare de tous les assistants.

Ils sont là, ceux qui entouraient l’exilé pendant son agonie et au moment de sa mort. Dans quel état vont-ils le revoir ?…..Le dernier drap de satin qui recouvrait le corps est soulevé. La mort et le temps n’ont point accompli leur horrible besogne…..Les traits de l’empereur sont calmes, il a retrouvé le masque de Bonaparte.

Le cercueil est refermé, placé sur un char décoré d’emblèmes funèbres et attelé de quatre chevaux. Le sarcophage est recouvert du manteau impérial, apporté de Paris. Les généraux Bertrand et Gourgaud, Las Cases et Marchand tiennent les quatre coins du manteau.

Les canons des forts et ceux de la « Belle-Poule » tirent de minute en minute. Cette fois le gouvernement anglais n’a pas marchandé la poudre, comme au moment de la mort. Arrivé sur le quai, le cercueil est placé sur une chaloupe et transporté sur la « Belle-Poule », où une chapelle ardente a été dressée.

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MessageSujet: La Mort de l'Aigle.   Ven 9 Fév - 10:41

Suite des précédents chapitres…….N° 10.


Le 8 décembre, « La Belle Poule » arrive à Cherbourg. Le vapeur « Normandie » transporte le cercueil au Havre.

Une flottille de dix bâtiments, commandée par le prince de Joinville, remonte la seine jusqu’à Rouen. Tout le long des rives, la population s’empresse. Les vieux soldats laboureurs accourent et tirent des coups de fusil, en l’honneur de leur général. Ils n’hésitent pas à se jeter à l’eau pour s’approcher des restes de leur empereur.

A Rouen, les vieux soldats laissent tomber sur le cercueil des couronnes d’immortelles. Simple et touchant témoignage de leur culte envers celui qui, souvent, les avait conduits à la victoire. A Pont-de-L’Arche, à Nantes, les mêmes scènes se renouvellent. A Saint-Denis, les honneurs sont rendus par le clergé, les autorités et les demoiselles de la Légion d’Honneur, en grand deuil.

Le 14 décembre, le cercueil est placé sur un bateau figurant un temple funèbre, surmonté d’un dôme recouvert d’un drap de velours violet, parsemé d’abeilles en or, d’aigles, au milieu desquels figure la première lettre de son nom, surmontée de la couronne impériale. En tête de la flottille, deux cents musiciens jouent des marches funèbres. Le soir, dernière halte à Courbevoie.

A Paris, la fièvre et l’émotion se sont emparées de toute la ville. Les places sur le passage du cortège se louent à un prix fantastique pour l’époque. Un balcon se paye trois mille francs, une maison non habitée cinq mille francs, une croisée du premier ou du second étage, cent cinquante francs.

Les invalides, émus et transportés d’enthousiasme oublient leurs blessures et leurs souffrance pour saluer le Petit Caporal. Ils brossent leurs uniformes, ils fourbissent leurs sabres, comme pour un jour de grande revue au Champs de Mars, pendant la glorieuse épopée.

Le 15, à sept heures du matin, les tambours de la garde nationale battent le rappel. Des centaines de milliers de personnes se pressent avenue de Neuilly et dans les Champs Elysées. Le thermomètre marque douze degrés au dessous de zéro.

Cent un coup de canon ébranlent l’air, toutes les cloches sonnent le glas. La neige, jusqu’à dix heures du matin tombe à gros flocons. Tout à coup le soleil brille, c’est le soleil d’Austerlitz qui vient dorer le cercueil de Napoléon. Les marins en grandes tenues, débarquent le cercueil impérial et le place sur un char funèbre.

L’absoute est donnée, le cortège se met en marche. La gendarmerie de la Seine, la garde municipale, les sapeurs pompiers, les escadrons de cuirassiers, de lanciers, un bataillon d’infanterie, des officiers de terre et de mer, les Écoles de Saint-Cyr et Polytechnique, sont en tête. Derrière eux, l’abbé Coquereau, quatre-vingt-six sous-officiers portent les drapeaux, S.A.R. le prince de Joinville et son état major, les anciens aides de camp et les membres survivants de la maison de l’empereur……

Voici le char funèbre, formé d’un piédestal, sur lequel figurent vingt-quatre victoires, soutenant un bouclier où repose le cercueil. Il est attelé de seize chevaux empanachés et couverts de draperies aux armes de l’empereur. Le grand chancelier de la Légion d’Honneur, l’amiral Roussin, le général Molitor et le général Bertrand tiennent les cordons du poêle.

Le cercueil du grand vainqueur reçoit les mêmes honneurs que les héros de la dernière guerre (l’auteur veut dire celle de 14/18). Il passe sous l’Arc de Triomphe, la foule s’agenouille. Paris, la ville au grand cœur, fait au martyr de Sainte-Hélène de magnifiques funérailles. Place de la Concorde s’élèvent des colonnes triomphales, surmontées d’un aigle ornées d’un bas-relief représentant le Génie de la Guerre et de la Paix.

Sur le perron de la Chambre des députés se dresse une statue de l’Immortalité. Dans l’église des Invalides, le « Requiem » de Mozart retentit, comme un chant de douleur et de triomphe. Tandis que les orgues résonnent et que le canon tonne, les vieux soldats et les invalides ne peuvent retenir leurs larmes……

La monarchie de juillet avait voulu rétablir son prestige ébranlé, en rendant à Napoléon l’hommage qui lui était dû. Elle pensait confisquer à son profit la légende napoléonienne et rallier tous ceux, chaque jour plus nombreux, qui vivaient dans le culte passionné de l’homme qui avait fait la France si grande et si glorieuse.

Le calcul était faux, le retour des cendres a ranimé les espérances des bonapartistes.

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MessageSujet: La mort de l'Aigle.   Mar 13 Fév - 11:34

Suite des précédents chapitres…….N° 11.


Les tentatives malheureuses de Boulogne et de Strasbourg, l’emprisonnement au fort de Ham, n’empêcheront point le neveu de bénéficier de la gloire de l’oncle. Le 15 décembre 1840, le retour des cendres a marqué la conception d’un nouveau régime impérial. Le 2 décembre 1851 une opération de police un peu rude permettra à Napoléon III, pâle copie du grand ancêtre, de devenir empereur le 16 décembre 1852.

Napoléon, depuis le 5 avril 1861, repose recouvert par une dalle de porphyre, sous le dôme des Invalides, gardé par les douze figures colossales de ses victoires, sur les bords de le Seine, au milieu de ce peuple français qu’il a tant aimé.

Un dernier hommage lui a été rendu, qui fut peut-être le plus doux à son cœur. Pour célébrer le centenaire de sa mort, le 5 mai 1921, le maréchal Foch, serrant entre ses mains l’épée d’Austerlitz, s’incline devant le tombeau de l’empereur et l’appelle.

Napoléon ! A la voix de Foch, l’empereur va-t-il se dresser dans sa tombe pour répondre à l’appel de son élève ?……Mais la tombe reste fermée, alors le maréchal Foch salue le grand empereur et lui parle…le vainqueur de la grande guerre peut traiter d’égal à égal avec le vainqueur d’Austerlitz.

« Sire, dormez en paix ! De la tombe même, vous travaillez toujours pour la France. Si nos légions sont rentrées victorieuses par l’Arc de Triomphe que vous aviez bâti, c’est parce que cette épée d’Austerlitz en avait tracé la direction, en montrant comment il faut réunir et mener les forces qui font la victoire ».

A quel instant de sa prodigieuse existence a-t-il été le plus beau ? A quelle minute suprême de cette vie unique nous donne-t-il l’image parfaite de la grandeur ? Est-ce à Arcole, à Millesimo, à Marengo, alors qu’il a vingt cinq ans, qu’il vole de victoire en victoire, acclamé par un peuple en délire, comme le libérateur de l’Italie ?….Est-ce à Austerlitz ? à Wagram ? Sur le radeau du Niémen, où il tente, avec Alexandre de Russie, d’assurer la paix en Europe ?……Est-ce à Erfurt, où les rois vaincus s’inclinent devant sa toute puissance ?

Non ! Ce n’est ni dans le fracas des batailles, ni dans l’enivrement de la gloire que son image doit apparaître aux yeux de la postérité et que sa légende demeure immortelle. C’est pendant l’exil, alors qu’il « fait énergiquement sa longue et lourde tâche, puis, après, souffre et meurt sans gémir ni pleurer », c’est sur le rocher de Sainte-Hélène que vaincu et prisonnier, je veux voir le titan foudroyé.

Il est seul, perdu dans sa douloureuse rêverie, les mains au dos, dans un geste familier, il regarde l’océan, comme si ses yeux, qui n’ont pas connu l’humiliation et la douceur des larmes, pouvaient, à travers l’immensité des mers, apercevoir la France, qu’il a tant aimé et à laquelle il a donné tant de gloire.

Les souffrances physiques et morales ont creusé son masque, qui retrouvera, après la mort, une beauté digne des statues antiques….

Le dieu de la guerre murmure ces paroles sublimes ….

« La guerre est un anachronisme. Si les rois du monde voyaient un champ de bataille couvert de morts et de blessés, ils seraient moins avides de tels spectacles. Celui qui veut troubler la paix de l’Europe veut la guerre civile ».

Il ajoute :

« Je voulais fonder un système européen, un Code européen, une Cour de Cassation européenne : il n’y aurait plus eu qu’un même peuple en Europe ».

Paroles magnifiques qui devraient servir d’enseignement à tous ceux qui sont investis de la redoutable mission de conduire les peuples.

Sous l’étreinte du malheur, qui élève les grands cœurs et leur donne de nobles aspirations vers l’idéal, le dieu de la Guerre était devenu l’apôtre de la Paix !.


FIN…………Merci… Henri Robert.
Avocat, historien….

Né à Paris, le 4 septembre 1863, Henri Robert était un enfant naturel.
Devenu avocat en 1885, il fut secrétaire de la Conférence et acquit une rapide notoriété par ses plaidoiries dans de célèbres affaires criminelles. Son nom fut lié notamment à l’affaire Gouffé, dans laquelle il défendait Gabrielle Bompart, accusée de complicité dans le meurtre d’un huissier de justice. Son talent d’orateur lui valut d’être considéré comme l’un des meilleurs avocats d’Assises de sa génération ; on alla jusqu’à le surnommer « Maître des maîtres de tous les barreaux ». Il fut d’ailleurs élu bâtonnier du barreau de Paris en 1913, fonctions qu’il devait exercer jusqu’en 1919.
Après la Première Guerre mondiale, il choisit de se consacrer aux procès civils, et rédigea plusieurs ouvrages dans lesquels il faisait revivre les grandes causes de notre histoire. Citons entre autres : Les Grands Procès de l’Histoire, Marie Stuart, Henri VIII, Catherine de Médicis, Cinq-Mars, Fouquet, Marie-Antoinette, Camille Desmoulins, Le duc d’Enghien.
Henri Robert fut élu à l’Académie française, le 15 novembre 1923.

Sa fille avait épousé Paul Reynaud, futur président du conseil.

Il meurt le 12 mai 1936.
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