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 AVALLON - UNE ÉTAPE POUR NAPOLEON 1er (3ème Partie)

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CapitaineCOIGNET

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Localisation : Vierzon (CHER)
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MessageSujet: AVALLON - UNE ÉTAPE POUR NAPOLEON 1er (3ème Partie)   Jeu 22 Nov - 0:47

AVALLON - UNE ÉTAPE POUR NAPOLEON 1er
(3ème Partie) - 3/4
- Récit présenté par Jean-Pierre BIBET
Archives départementales de l'Yonne - Sources : M. ROSSIGNEUX




Cependant, malgré toutes ces effusions, le front de César restait soucieux, les autorités ne se présentaient toujours pas. L’Empereur, qui entendait être traité en souverain, fit donner au Maire un avis indirect de son arrivée. Sur les sept heures du soir, un officier se présenta chez M. Raudot, lui dit qu’il était attaché au grand-maréchal et lui exprima son étonnement de ne pas le voir solliciter la faveur d’une audience de Sa Majesté. Il appuya cet avis amical de l’exemple des autorités de Grenoble et de Lyon ; en même temps, il lui remit les journaux de ces deux villes et l’engagea à ne pas attirer, par une conduite différente, des désagréments à ses administrés. Le Maire répondit : « Je ne dois pas chercher des règles de conduite dans la Gazette de Lyon, ni dans celle de Grenoble ; nommé par le Roi, je n’ai ni titre ni motif pour me présenter chez Napoléon. J’ai déjà fait ma profession de foi au général Girard et à l’officier d’ordonnance, mais si le refus de paraître doit attirer quelques désagréments aux habitants, je me rendrai à l’hôtel de la Poste avec le Sous-Préfet pour recommander la ville. »L’officier se contenta de cette réponse et quitta le Maire en lui répétant que sa démarche toute amicale ne lui avait point été dictée ; ce qu’il assura avec une affection qui convainquit tout le monde du contraire. M. Raudot partit sur-le-champ avec le Sous-Préfet Berjaud-Dessignes (Nommé à Avallon, le 22 juillet 1814, en remplacement de Romain, remplacé le 25 avril par Vaury, avoué à Avallon), le Commissaire de Police Chausson, qui se trouvait présent, voulu aussi être de la partie. Arrivés à l’hôtel de la Poste, on les fit attendre quelques minutes ; pendant ce temps, Napoléon donnait audience à un officier qu’ils virent sortir ; c’était celui qui était venu donner au Maire l’avertissement amical !.Les trois fonctionnaires furent introduits dans le petit salon par un officier demeurant à Avallon.
L’Empereur fit quelques pas au-devant d’eux et la conversation s’engagea dans les termes suivants : « Sire, nous venons recommander la ville à votre indulgence. - Vous êtes Maire ? - Oui, Monsieur. - Monsieur est votre adjoint ? - Monsieur est Sous-Préfet. - Depuis quand êtes-vous Sous-Préfet ? - Depuis huit mois. - Monsieur est-il adjoint ? - Monsieur est le Commissaire de police. » Napoléon s’informa ensuite « des moyens pris pour assurer les vivres » et du nombre de boulangers qu’il y avait dans la ville. , puis il passa à des questions plus importantes : « Que dit-on ici de Paris ? » - Les voyageurs qui ont passé ces jours derniers, disent tous que Paris est tranquille et qu’on y est dans une grande sécurité. On est loin de se douter de la rapidité de votre marche. Tous ces voyageurs parlaient de l’enthousiasme qui régnait à Paris pour le Roi, et des dispositions favorables des cinq régiments qui composent la garnison. - J’ai reçu des adresses de félicitations et des assurances de dévouement de quatre de ces régiments (Au 16 mars, aucune adresse n’était parvenue), et le général Maison m’a écrit il y a quelques jours pour me demander la permission de faire une proclamation dans un sens royaliste ; je lui ai permis... (Maison accompagna le Roi à Gand)Je rentre en France où j’ai mon armée ; partout elle reçoit mes ordres et y obéit ; il ne peut y avoir et il n’y aura de résistance nulle part. Les cours royales mêmes de Grenoble et de Lyon ont senti qu’il était inutile de s’exposer à être persécutées. Dans 6 ou 8 mois, vous auriez eu une révolution terroriste, dont aucun de ceux qui sont à la tête des affaires n’aurait pu diriger les résultats d’une manière favorable à la France. Le Roi est un bon homme, il a des moyens, d’assez bonnes vues ; mais il est entouré de gens qui le trompent, d’une noblesse féodale qui le fait agir dans le sens contraire à la Révolution dont il fallait suivre les mouvements ; les autres princes sont des bêtes. Le duc d’Orléans a plus de moyens ; peut-être eut-il su tirer quelque parti des événements, mais il aurait travaillé pour lui... Moi seul, je pouvais éviter à la France les maux dont elle était menacée, et j’ai quitté l’île d’Elbe... J’ai passé la mer sur des barques semblables à celles dont vous vous servez pour transporter vos denrées sur les canaux ou sur les fleuves, et je suis venu au travers des flottes ennemies, avec 600 hommes, débarquer en Provence... J’espère bien qu’il n’y aura pas un coup de fusil de tiré ; quelle résistance pourrait m’être opposée ? L’armée entière est pour moi ; le maréchal Ney m’a amené des troupes et vous verrez sa proclamation, elle est fort bien faite. (La proclamation avait été faite par l’Empereur lui-même)
« J’ai 40.000 hommes sur cette route : le maréchal Oudinot marche avec ma garde sur Paris ; le peuple partout m’accueille comme un libérateur. J’entrerai à Paris comme je suis entré à Grenoble et à Lyon ; la garnison de Paris et les chefs sont à moi ; la garde nationale m’est à moitié dévouée... Je ne suis d’accord avec personne qu’avec le peuple et l’armée ; aucune puissance n’agit de concert avec moi ; je n’avais pas besoin de l’étranger, et je n’aurais pas voulu l’appeler pour m’aider à reconquérir mon Empire. Mais j’ai choisi un moment favorable : au Congrès, il y avait des difficultés entre les plénipotentiaires... » Et comme on criait au dehors : Vive l’Empereur ! et quelques voix : Plus de droits réunis ! « Ils disent tous cela : Plus de droits réunis ! Probablement que cet impôt ne convient point à la nation française... Ils m’ont demandé partout de l’abolir, mais je n’ai rien promis... Je ne flagorne point le peuple, je ne lui promets rien. »
Puis revenant au sujet qui lui tenait à cœur : « Le Roi et les princes ont manqué à leurs promesses. Il ont avili l’armée et la gloire nationale. Ils ont jeté dans l’esprit du peuple des craintes sur la propriété des biens nationaux. Le Roi n’a rien fait, à la vérité, de positif pour les discréditer, mais on a souffert que les journaux bavardassent à ce sujet ; qu’à la tribune des députés on laissât échapper des mots équivoques ! les princes se sont entourés de gens qui n’étaient plus français, puisqu’ils combattaient depuis 25 ans contre la France. Tous les honneurs ont été pour ces gens-là ; une partie des biens affectés à la Légion d’honneur a été destinée aux chevaliers de Saint-Louis ; un des premiers actes du Roi a été de supprimer la maison des orphelins de la Légion. 20.000 officier étaient sans emploi, on a créé officiers 3 à 4000 jeunes gens qui n’avaient jamais servi et qui étaient destinés à sortir successivement de la maison du Roi pour remplacer les anciens officiers de l’armée... Les étrangers eux-mêmes étaient étonnés de l’avilissement où l’on voulait plonger ceux à qui la France devait tant de gloire. Les princes auraient dû se rendre populaires, ils ne l’ont point fait. Henri IV, remontant sur le trône, changea de religion, et ce grand changement offrait à ses peuples des motifs de sécurité et de soumission ; le Roi, en entrant en France, aurait dû oublier d’anciennes idées et, s’identifiant avec cette Révolution dont la marche n’avait pu être arrêtée, gouverner d’une manière populaire pour s’attacher les peuples... Mais le Roi et les princes n’avaient point connu la Révolution, non plus que les hommes rentrés avec eux ; ils ne pouvaient pas la connaître, et étaient par conséquent incapables de gouverner la France dans les circonstances présentes. Ce soin ne peut appartenir qu’à une dynastie née dans le sein même de cette Révolution... De Lyon, j’ai réglé ce qui doit être fait : je casse la Chambre des Pairs, parce qu’elle est composée en partie de gens qui n’ont eu pour titre d’admission que celui d’avoir porté les armes contre leur Patrie pendant 25 ans. Je casse la Chambre des Députés, parce que leurs pouvoirs sont expirés, et que n’ayant pas été réélus d’une manière légale, ils ne sont plus les représentants de la Nation... Je convoque à Paris, en assemblée du Champ de Mai, tous les collèges électoraux ; je réunis ainsi 300.000 hommes autour de moi, et je ne crains point que leur vœu soit manifesté. Les Bourbons ne l’ont pas osé et je l’ose. »
L’entrevue dura une heure, Napoléon était bientôt « sorti de son calme apparent »Il ne tenait pas en place, prenant à chaque instant du tabac, soit dans sa tabatière, soit dans la poche de son gilet, « tantôt ses yeux lançaient des éclairs, tantôt ils paraissaient d’une douceur extrême. » Il semblait qu’il voulût fasciner ses interlocuteurs.
Les trois fonctionnaires écoutaient debout ce long monologue, abasourdis par tant de paroles débitées avec une extrême volubilité. Mais le Corse ne parvint point à séduire le Maire d’Avallon : en sortant de la pièce où Napoléon avait donné audience, M. Raudot remit sa démission au grand-maréchal Bertrand. L’Empereur le remplaça par le Baron Nérin qui lui porta, le 30 mai suivant, l’adresse du Conseil municipal et se rallia cependant plus tard au gouvernement de Charles X.
(L’attitude de M. Raudot fut récompensée sous la seconde Restauration ; le 14 août 1815, il était élu Député de l’Yonne)

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